Chapitre cinq : L'amour.

Le Titanic était sauvé, tout comme la Terre. Frôler Buckingham Palace avait vraiment été impressionnant pour Alonso Frame, mais au moins ils étaient encore en vie. Tout comme les Terriens.

Dans le salon, les survivants du Titanic sont encore sous le choc de la mort qu'ils venaient d'éviter. Le Docteur se rappela soudainement que la jeune femme qui l'avait sauvé, l'innocente Astrid Peth - qui ne rêvait que des étoiles et des sols des planètes qu'elle voyait depuis ses croisières spatiales sans jamais pouvoir les frôler de ses pieds – avait encore son bracelet téléporteur. Et il la rappela à lui, la matérialisant dans le salon alors qu'elle avait sombré dans les moteurs nucléaires du vaisseau de croisière.

Mais il était trop tard : Astrid était déjà morte et c'était son fantôme qui apparut devant eux. Le Seigneur du Temps s'en voulut de ne pas avoir pu la sauver, puis il se décida à rendre à la jeune femme le baiser qu'elle lui avait donné. Embrasser un fantôme... Quand il ne pouvait pas embrasser celle qu'il aimait. Et pourtant il avait l'impression de sentir encore la chaleur de ses lèvres. Comme si le fantôme d'Astrid Peth était encore assez vivante pour ressentir ce baiser.

C'était aussi le premier baiser qu'il échangeait avec une femme depuis des années, depuis bien plus longtemps qu'il ne lui semblait. Il se recula et sortit son tournevis sonique puis disloqua le corps du fantôme en milliers d'atomes, libres de s'envoler vers l'espace et de découvrir l'univers qui la fascinait. Astrid était partie… Elle était libre. Rose, elle, était prisonnière. Prisonnière du monde de Pete. Et lui-aussi, il était prisonnier, prisonnier de ses souvenirs et de l'amour qu'il ne cessait de ressentir pour la jeune terrienne.

C'était le jour de Noël sur Terre et il neigeait. Dans le ciel, le Docteur voyait avec tristesse les feux d'artifice qui éclairaient l'obscurité. Des feux d'artifice qui ne faisaient que renforcer encore sa propre obscurité. Le Docteur ferma les yeux : le bruit des pétards et des feux d'artifice lui arrivaient toujours aux oreilles.

Et il se sentit revenir en 2012, après avoir été voir les jeux olympiques de Londres...

Le ciel était aussi chargé de lumières éclatantes que ce soir-là, Rose avait pris sa main dans la sienne et posait sa tête sur son épaule. Il venait de lui dire qu'une tempête approchait, et il la sentait de plus en plus les menacer. Menacer sa compagne mais plus encore le couple qu'ils formaient. Rose releva la tête et lui demanda de rentrer au TARDIS. Elle souriait sans savoir ce que son compagnon pensait. Le Docteur ne la suivit pas. Il gardait les yeux fixés sur les feux d'artifices.

« Vous venez, Docteur ? Demanda la jeune femme. »

Le Seigneur du Temps ne bougeait pas, Rose retourna à ses côtés et lui reprit la main pour l'entraîner avec elle. Il tira sur la main de sa compagne et l'attira à lui avant de l'embrasser. Rose était surprise de son geste mais elle s'étonna surtout de trouver ce baiser, dont elle avait tant rêvée, si naturel. Au-dessus d'eux, les feux d'artifices se faisaient plus grands et colorés encore qu'au début de la soirée. Rose prolongea ce baiser avant que le Docteur ne se demande s'il n'avait pas commis une erreur en embrassant sa compagne. Les deux voyageurs temporels se séparèrent au bout d'un moment.

« Waouh… Fit Rose. C'est cette tempête qui te fait tant peur que ça ?

- Je ne veux pas qu'elle t'enlève à moi, Rose.

- Elle ne le fera pas. Lui assura sa compagne avant de prendre son visage dans ses mains et de l'embrasser à nouveau. »

Ils ne se dirent rien d'autre de la soirée mais retournèrent dans le TARDIS ensuite, main dans la main et plus heureux que jamais. Le Docteur lança le TARDIS dans le vortex du Temps et retourna aux côtés de Rose Tyler. La jeune femme s'était assise dans le fauteuil derrière la console. Elle le prit par la main et l'attira à lui avant de l'embrasser de nouveau passionnément. Leurs regards brillaient de désir et le Seigneur du Temps commença à déshabiller la jeune femme alors qu'elle caressait ses cheveux sans cesser l'embrasser avec ce désir et cette passion qu'ils se laissaient enfin tous deux exprimer.

(…)

Le matin ne pouvait pas se lever, ils étaient au plein cœur du vortex temporel, mais le jour se levait quand même dans le TARDIS ; Au moins par la présence de cette odeur délicieuse de thé chaud et de croissants à la banane. Rose émergea du sommeil et reconnut la console du rotor où le Docteur avait aménagé en plateau petit déjeuner.

« Où est passée la cuisine, demanda Rose, ne me dis pas que tu l'as supprimée par erreur.

- Pas du tout, j'avais juste envie d'un petit déjeuner au lit. Mais vu qu'on a dormi, ici… Je ne voulais pas te réveiller. »

Rose hocha la tête et se leva pour prendre sa tasse de thé que lui présentait le Docteur.

« … Qu'est-ce qu'on peut dire un matin dans le Vortex ?

- Quoi ?

- Ben, je voudrais bien te demander si tu as bien dormi, mais vu le sol dur où je me suis réveillée, ça ne doit pas vraiment être le cas ; Te demander l'heure qu'il est, ce n'est pas vraiment possible vu qu'on est dans le vortex du temps… Et puis te demander si tu as aimé hier soir, ce n'est peut-être pas une bonne idée avant le petit-déjeuner.

- Pourquoi ? Tu en doutes ? Demanda le Docteur en lui souriant. »

Rose lui rendit son sourire puis éclata de rire. Elle n'osait seulement pas en parler, de peur d'en avoir rêvé, mais elle sentait bien que tout ça était réel. Leur petit-déjeuner fut long et rempli de plaisanteries, dans une ambiance habituelle et réconfortante.

« On va où au fait, là ? Demanda Rose.

- En fait nulle part. Je n'avais pas trop la tête à nous choisir une destination hier soir.

- Très drôle. On fait du surplace ?

- En attendant qu'on décide où aller, oui.

- Et où tu me proposes d'aller ?

- Pourquoi tu ne choisirais pas pour une fois ? Même si la dernière fois, tu m'avais quand même emmené dans un paradoxe temporel qui a eu ma peau… Je suis sûr que tu ne feras pas deux fois une telle erreur.

- Je ne sais pas, je compte bien utiliser les spécificités du Temps et du TARDIS, le temps ne s'écoule pas, non ? Alors ce matin peut durer aussi longtemps qu'on le veut ?

- Hum, oui.

- Je commencerais bien par une douche bien chaude, et peut-être une sieste après. Un vrai lit, je veux dire.

- Tu as si mal dormi que ça ?

- En fait… C'est plutôt le contraire : j'ai bien envie de recommencer. »

Rose avait fini son dernier croissant et s'assit sur les genoux du Docteur, en glissant ses jambes entre son torse. Il prit sa compagne entre ses bras et l'embrassa avant de la laisser l'emporter avec lui dans les couloirs du TARDIS…

Les larmes coulaient sur ses joues alors qu'il voyait les atomes d'Astrid Peth voler autour du TARDIS. Il l'avait aimé, brièvement, mais il avait ressenti quelque chose en l'embrassant. Mais les larmes qui coulaient à ses yeux, ils ne les versaient pas pour elle. Il les versait pour son seul et unique amour, perdu mais qui restait le fantôme de ses cœurs.