Un grand merci à Barbiemustdie, tes reviews me font l'effet d'un Redbull : elles me donnent des ailes !
Vous êtes de plus en plus nombreux à me lire et ça, c'est le pied !
James leur en parla pour la première fois durant leur retenue. Hawksight les avait privés d'une grasse matinée le dimanche qui suivit. Ils s'appliquaient à dépoussiérer les tapisseries du premier étage lorsque celui-ci s'exclama soudainement :
— J'ai une idée !
— Laisse-moi deviner, tu veux tuer Hawksight ? bougonna Dominique en frottant un coin particulièrement sale.
— Non, grimaça-t-il, une vraie idée pour ne plus se faire attraper.
William posa sa brosse à terre. Le support en bois lui avait laissé plusieurs échardes et il avait les mains rouges à force de frotter.
— A quoi tu penses ?
— Le sort qu'il utilise, reprit-il. Tu as bien dis qu'il servait à détecter les humains ?
— C'est ce que disait Guide de Défense : quand votre ennemi est aussi un sorcier.
— Je ne vois pas bien comment tu veux contourner le fait qu'on soit des humains à moins de nous transformer en Goule, railla Dominique toujours penchée sur sa tapisserie.
James croisa le regard de William. Une lumière espiègle brillait dans ses yeux, signe qu'il avait quelque chose derrière la tête. Il comprit aussitôt où il voulait en venir.
— Pas en Goule, Dom, reprit son camarade. En Animagus.
Dominique s'arrêta de frotter et daigna enfin relever les yeux de sa tapisserie.
— Oh mais oui bien sûr ! Devenons Animagus ! Et pourquoi pas se lancer dans la chasse aux vampires et remporter un Ordre de Merlin ?
— Je suis sûr que ça doit être faisable, on a tous eu nos BUSE en métamorphose, encouragea James.
— J'ai aussi un BUSE en soins aux créatures magiques mais ce n'est pas pour autant que je me sens prête à élever un dragon ! On ne devient pas Animagus comme ça, c'est extrêmement difficile. En plus, on n'a aucune idée de comment s'y prendre.
— On pourrait essayer de se renseigner auprès de Blackbird, proposa William.
— Sauf que c'est interdit de devenir Animagus sans le déclarer. Aller demander des renseignements à quelqu'un ça reviendrait à lui dire : Hey ! Attrape-moi si tu peux !
James fronça les sourcils. Après quelques minutes de réflexion, ils furent bien obligés de reconnaître qu'elle avait raison. Ils se résignèrent et continuèrent de frotter leur tapisserie en silence.
La discussion ne fut plus abordée de la journée. William se concentra sur ses exercices d'arithmancie pendant que James et Dominique s'entraidaient en divination. Everitt vint leur mettre la pression en annonçant qu'il avait déjà pris une avance considérable dans ses devoirs ce qui au lieu de les motiver, les découragea complètement.
Ils passèrent le reste de l'après-midi à jouer aux cartes avant que Dirk et Gayle ne leur proposent d'aller fumer sur les gradins du stade, alors que les Poufsouffles s'entraînaient pour leur prochain match. Leur équipe était constituée d'une majorité de filles, ce qui procura aux garçons un ravissant spectacle.
Les entraînements ne s'achevèrent qu'une fois la nuit tombée. Dirk ne put s'empêcher d'essayer de rentrer dans les vestiaires et reçu en réponse, un bon coup de batte entre les jambes. Il se plaignit pendant tout le chemin jusqu'à la Grande Salle. Mais une fois à table, il oublia bien vite lorsqu'un énorme jambon rôti accompagné de petits pois carottes et de sauces en tout genre apparut dans les plats en or.
Une fois rassasiée, Dominique proposa à William de faire une dernière partie d'échec avant d'aller se coucher. Ils s'installèrent à une table, près d'une fenêtre au panorama imprenable sur le parc. James s'était avachi dans le canapé face à la cheminée, où il feuilletait une revue sur les balais tout en se goinfrant de bonbons. Ils veillèrent tard, tantôt distraits par les flammes qui dansaient dans l'âtre de la cheminée, tantôt par le bruit du vent qui sifflait contre les arbres de la Forêt interdite. James sortit sa carte de sa poche arrière et il la feuilleta d'un air songeur.
— Est-ce que je vous ai déjà parlé des Maraudeurs ? demanda-t-il au bout d'un moment.
— Des gens de ta famille qui ont créé la carte, répondit sèchement William.
Il ne pouvait pas se permettre d'être déconcentré. En à peine cinq minutes, Dominique avait déjà abattu la moitié de ses pièces alors qu'il n'avait pu avoir qu'un pion et un fou de son jeu.
— Non, je veux dire… est-ce que je vous ai raconté leur histoire ? insista-t-il.
William poussa un soupir lorsque sa dame fut écrasée par le cavalier de Dominique. Il était décidément trop mauvais à ce jeu.
— C'étaient des élèves comme nous, poursuivit James. Pas plus doués que les autres, mais ils avaient une force. Ce qu'ils faisaient, ils le faisaient ensemble. C'est comme ça qu'ils ont créé un truc aussi génial que la carte, c'est comme ça qu'ils sont parvenus à devenir Animagus : parce qu'ils se faisaient confiance.
Dominique leva les yeux au ciel, trop exaspérée pour répondre quoi que ce soit. William observa son camarade, allongé dans le canapé face au feu, fixant sa carte d'un air boudeur.
— Je ne crois pas qu'il s'agisse seulement de se faire confiance, avança-t-il prudemment.
— Bien sûr que si. En travaillant tous ensemble, en comptant les uns sur les autres, je suis sûr qu'on pourra y arriver ! J'ai confiance en vous. Dominique est forte et toi, Will, tu es intelligent. De tous les livres de la réserve, il y en a forcément un qui parle d'Animagi. Il faut seulement qu'on se donne la peine de le chercher. Les Maraudeurs étaient les meilleurs amis au monde, souffla James comme on remue de vieux souvenirs, s'ils y sont arrivés alors pourquoi pas nous ?
— C'est pour ça que tu voudrais qu'on devienne Animagi ? Pour que l'histoire se répète ? interrogea Dominique.
Leur camarade eut soudain un regard triste.
— Non, Dom, répondit-il sur un ton grave. Je ne veux pas que l'histoire se répète.
— De toute façon, il est trop tard pour faire quoi que ce soit maintenant, trancha William. Attendons demain. D'ici là, on trouvera peut-être une meilleure idée.
Il ne s'attendait cependant pas à ce que James revienne à la charge dès le lendemain matin. Les hiboux étaient passés dans un bruissement d'ailes auquel personne ne fit attention. William beurra un moment sa serviette avant que Dominique ne lui fasse remarquer.
— J'ai réfléchi, déclara James en piquant dans une saucisse aux herbes. On a trois sources d'information. La première et la plus évidente, c'est Blackbird. En plus, on a cours avec lui en deuxième heure ce matin. Mais ça ne va pas être évident. Il ne faut pas qu'on ait l'air trop intéressés.
Dominique vida une louche d'haricots rouges dans son assiette en faisant le plus de bruit possible, ce qui indiquait sans doute son agacement. James se tut un moment, pensant qu'elle allait lui répondre dans une pique cinglante mais elle ne fit rien. William, toujours groggy, essaya d'enfourner un toast trop grand pour sa bouche.
— Sinon, il y a la réserve, poursuivit-il. Mais pour y accéder on a besoin d'un mot signé par un professeur. Encore une fois, ça sera dur de convaincre Blackbird que nos recherches ne sont que purement théoriques. Du coup, j'ai pensé qu'on pouvait peut-être trouver un livre sur les Animagi à Pré-au-Lard. La première sortie est pour mercredi. Personne n'ira vérifier l'usage qu'on fera de leurs livres.
— Et si on n'en trouve pas ? cassa Dominique.
— Si on n'en trouve pas, il y a toujours Delfeena.
William s'arrêta de mâcher son bacon et fronça les sourcils.
— En quoi Reddoch peut nous aider ?
— Sa mère travaille au bureau d'enregistrement des Animagus.
— Tu crois qu'elle sait quelque chose ?
James haussa des épaules.
— De tous les gens qu'on connaît, c'est la seule qui m'a l'air la plus informée...
Dirk et Gayle les rejoignirent à table avec les dernières plaisanteries du jour. Dirk avait réussi à transformer le gros chignon de Jodie Wigge en un véritable oignon. Il prétendait qu'il sentait tellement fort que tout le monde se bouchait le nez lorsque qu'elle passait dans les couloirs. William ricana un moment avant de se resservir.
Il n'avait pas confiance en Dirk, qui était prêt à raconter n'importe quoi pour se faire remarquer et la nonchalance de Gayle ne faisait pas de lui une oreille attentive. Le fait que James ne leur parla pas de son désir de devenir Animagus le laissait penser qu'il était du même avis que lui.
A la fin du repas, ils enfilèrent leur sac sur leurs épaules en direction des serres. Au dehors, la pluie battait si fort contre les vitres des serres qu'ils durent hausser la voix pour s'entendre parler. L'odeur de terre et de fertilisant lui remplit les narines lorsqu'il entra dans la serre n°2 où leur professeur les attendait, déjà équipé de son tablier et de ses gants.
— Allez, allez, ne perdons pas de temps, pressa Neville Londubat. Deux heures de botanique dès le matin, ça met de bonne humeur, vous n'avez qu'à me croire !
Ils prirent place autour d'une table en fer forgé au bout de laquelle Neville déposa un grand pot en terre cuite. Il pianota impatiemment des mains contre le rebord en attendant le silence. Dominique jeta un regard mauvais à Femie Hoghen et Delfeena Reddoch qui eurent le culot de s'installer à côté d'elle.
— Est-ce que quelqu'un reconnaît cette plante ?
Neville désigna le pan de mur derrière lui qui était entièrement recouvert d'un lierre violet étrange, dont le bord des feuilles était découpé de petites dents pointues.
— James, ça doit te dire quelque chose.
— Du lierre étrangleur ?
— Cinq points pour Gryffondor. Son père m'appelle à l'occasion lorsque sa maison en est envahie, expliqua-t-il au reste de la classe.
Quelques-uns de leurs camarades se retournèrent vers James. Neville Londubat était toujours très fier de ses petites anecdotes et avec sa femme, patronne du Chaudron Baveur, il était largement considéré comme le professeur le plus cool du château.
James, à l'inverse, n'aimait pas ce genre d'attention. Lors de leur première année, il était devenu rouge de honte lorsque Neville l'avait salué chaleureusement, lui parlant pendant au moins cinq bonnes minutes de son père et de leurs années à Poudlard. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux pour se redonner confiance.
— Ce sont des plantes considérées comme nuisibles mais si vous voulez mon avis, elles font d'excellents gardiens, poursuivit Neville. Elles sont capables de recouvrir une maison entière en seulement deux jours, dépendant du temps qu'il fait. Elles bouchent alors toutes les entrées, les fenêtres et s'attaquent à tous ceux qui essayent de s'approcher. Leur incroyable résistance tient à ceci.
Il plongea la main dans le grand pot qu'il tenait et en ressorti un bulbe violet qui n'était pas plus gros qu'une noix.
— C'est ici qu'elles se développent. Tant que leur bulbe n'a pas été arraché, elles repoussent à chaque fois. J'ai planté quinze bulbes. Vous avez des pelles et des sécateurs pour tous me les ramener dans ce pot, désigna-t-il.
Les élèves sortirent leurs tabliers et leurs gants avant de s'approcher de la plante. William laissa James et Dominique passer devant lui. Il détestait la botanique. Il n'avait jamais eu la main verte ni même aucun intérêt pour les plantes, pas même celles magiques. Il avait d'ailleurs la certitude qu'elles le ressentaient car les rares fois où il avait fini à l'infirmerie, c'était suite à un cours de botanique.
— Passe-moi le sécateur, Will, lui intima James.
Il avança un pas prudent pour lui tendre l'objet, sans quitter du regard la plante, à l'affût du moindre bruissement de feuille. James se retourna vers la paire de sécateur bien trop loin pour lui.
— Fais pas l'imbécile.
— C'est du lierre étrangleur, gémit William sans bouger.
James lui arracha le sécateur des mains. Puis il le saisit bien en main et attrapa une grosse tige. La plante fit glisser une de ses ramifications jusqu'à l'objet et l'envoya brusquement vers William qui n'eut même pas le temps de l'esquiver et se le prit en pleine tête.
Il étouffa un cri, plié en deux, se tenant le front avec ses mains pour tenter de calmer la douleur. Le sang pulsa si fort contre son crâne qu'il crut que sa tête allait exploser. Heureusement, la violence du choc ne dura que quelques secondes. Sonné par le coup, William sentit le sol tanguer sous ses pieds. A peine eu-t-il le temps de retrouver ses esprits que Neville accourut vers lui pour examiner sa blessure.
— Oh ce n'est rien ! Vous saignez un peu mais la blessure semble superficielle. Bientôt vous n'aurez plus qu'une énorme bosse au front, dit-il d'un ton qui se voulait encourageant.
William ramassa le sécateur avec rage. Il détestait la botanique. Leur professeur en profita pour échanger quelques mondanités avec James pendant que Dominique creusait un trou dans le sol afin d'atteindre les racines.
— Alors ses sélections de Quidditch ? J'ai entendu dire que tu avais recruté un nouvel attrapeur.
— Hugo Weasley, mon cousin.
— Quel était le problème avec Findlay ?
— Sa mère lui a interdit de jouer au Quidditch pour qu'il se concentre sur ses BUSE.
— Quel dommage. J'en toucherais deux mots avec lui. Tu ne peux pas savoir combien Querida m'agace à répéter que sa maison va gagner la coupe une nouvelle fois. Je me fiche bien de la Coupe des Quatre Maisons, renchérit-il, mais la coupe de Quidditch ! Il faut absolument qu'on la gagne, James !
Un cri l'interrompit dans son discours et il repartit au secours de Dreeda Fox, leur camarade de Gryffondor, que le lierre était en train d'étrangler. Dominique s'arrêta alors de creuser et essuya son front en sueur.
— Il a raison ! s'exclama-t-elle, essoufflée. C'est notre dernière année à Poudlard et depuis qu'on est dans l'équipe, on n'a pas gagné une seule coupe !
— On n'arrivera jamais à battre Serpentard, marmonna James en lui reprenant la pelle des mains. Albus est trop fort. Il faudrait qu'on trouve quelqu'un d'encore plus fort que lui. Mais tu l'as bien vu aux sélections… il n'y a personne. Même Kemp ne lui arrivait pas à la cheville et c'était pourtant notre meilleur attrapeur !
— Peut-être que Neville arrivera à convaincre sa mère. Kemp est nul dans toutes les matières sauf au Quidditch. C'est complètement idiot de l'interdire de faire la seule chose dans laquelle il est doué !
William passa le reste de l'heure à superviser James et Dominique dans leur travail. Ils parvinrent à retirer une dizaine de bulbes, soit plus que le reste de leur camarade. Neville leur accorda donc dix points chacun, dont cinq à William pour avoir essayé. Cette dernière remarque fit rire toute la classe. A la pause de dix heures, Dirk prit un malin plaisir à l'imiter se faire assommer et à pointer du doigt dans toutes les directions en criant : « attention, Will, un sécateur ! ».
William serra les dents toute la matinée. Par moment, il regrettait de ne pas avoir autant de répartie que Jodie Wigge. Il fit un détour par les toilettes des garçons où il se tamponna le front avec de l'eau claire, priant silencieusement pour ne pas avoir de bosse.
Il remonta ensuite vers l'aile ouest du château pour rejoindre la classe de métamorphose. Alors qu'il venait tout juste de prendre place à côté de James, un merle fila à toute allure depuis une fenêtre entrouverte, effectua un cercle au-dessus de son bureau avant de prendre forme humaine.
— Bonjour à tous.
Blackbird observa sa cape trempée et eut un frisson qui fit glousser quelques sorcières. Puis il referma la fenêtre d'un coup sec. Le bruit de la pluie claquait toujours aussi violemment contre les carreaux et tout portait à croire qu'elle ne s'arrêterait pas de la journée.
— Étant donné que vos dernières tentatives sur les sortilèges d'apparition n'étaient pas très fructueuses, je vous propose de travailler un peu sur les dernières découvertes en métamorphose puis vous réessayerez en deuxième heure. Est-ce que quelqu'un, à tout hasard, lirait le Mensuel de la Métamorphose ?
Seule Jodie Wigge leva la main. Elle n'avait pas réussi à se débarrasser du gros oignon qui ornait sa tête. William reconnut le rire gras de Dirk, trois tables plus loin.
— Très bien, fit leur professeur en cachant mal sa déception. Je veux dire… c'est très bien de se tenir informé. Montrez à votre examinateur que vous vous intéressez au sujet et vous gagnerez facilement quelques points bonus.
Leur professeur fit défiler un diaporama au tableau et William sortit un parchemin vierge. James lui envoya un coup de coude un peu trop brutalement dans les côtes.
— Quoi ? chuchota-t-il agacé.
— On aurait dû lever la main ! Comme ça il aurait bien voulu nous parler d'Animagi !
— Arrête de rêver, James ! répondit William entre ses dents. On ne deviendra jamais Animagi !
— Il faut juste trouver le bon moyen d'amener ça !
— Alors fais-le ! Vas-y, lev…
— Potter ? Allen ? Quelque chose à ajouter peut-être ? intervint leur professeur.
William défia James du regard. Celui-ci passa une main dans ses cheveux avant de se jeter à l'eau.
— En fait… oui. Avec Will, on se demandait… euh…, hésita-t-il. Vu que vous êtes Animagus, quand vous vous transformez… on peut considérer ça comme une forme d'auto-métamorphose ou il s'agit plus d'un auto-enchantement ?
Blackbird les observa pendant un moment. Toute la classe s'était tue. William sentit tous les regards converger vers eux et il commença de regretter que James l'ait mêlé à son histoire. Puis, au bout d'une minute qui lui sembla une éternité, leur professeur reprit la parole :
— C'est une très bonne question. Au début de l'année, je vous avais dit que les sortilèges d'apparition étaient le summum de la métamorphose. Mais en réalité, c'est plutôt d'être Animagus. Parce qu'en plus d'avoir d'excellentes bases en métamorphose, il faut également se connaître soi.
James hocha de la tête, mimant son intérêt de façon très convaincante. Puis Blackbird reprit son cours sans en ajouter d'avantage.
— … comme nous l'apprend l'anecdote de Sir Evermore qui a essayé de transformer la Lune en pin's…
— Allons lui parler après le cours, se décida James.
— On s'est déjà suffisamment fait remarqué pour aujourd'hui.
— Tant mieux ! Qu'il remarque qu'on s'intéresse vraiment à sa matière et il nous donnera plus facilement un accès à la réserve !
— Tu iras lui parler tout seul. Je ne veux plus être mêlé à tes histoires.
James se renfrogna. Il ne lui adressa plus la parole durant le reste du cours. William put alors prendre ses notes pleinement concentré, ce qui n'était pas plus mal. Ensuite Blackbird les laissa réessayer les sortilèges d'apparition. La plupart des élèves échangeaient avec leurs camarades, faisant vaguement semblant de s'entraîner. William se retourna vers Dominique et ils cancanèrent sur Everitt Mc Tighe pendant un moment.
James mit un point d'honneur à faire apparaître quelque chose. William lui adressa un air blasé, se doutant bien que son acharnement n'était qu'un stratagème pour mieux convaincre Blackbird de lui donner un accès à la réserve. Mais sa persévérance s'avéra payante car il finit par faire apparaître une aile de coccinelle sur sa table, rapportant cinq points à Gryffondor par la même occasion.
Lorsque la pause de midi sonna, William rangea rapidement ses affaires dans son sac. Du coin de l'œil, il vit que James faisait exprès de prendre son temps. Il attendait sûrement que la salle se vide avant d'aller parler à Blackbird. Énervé par son attitude, William quitta la classe sans même l'attendre.
— James s'est mis en tête d'aller parler d'Animagi à Blackbird, dit-il à Dominique avant même qu'elle ne lui pose la question.
— Quand est-ce qu'il va arrêter avec cette histoire ?
William haussa simplement des épaules. Puis voyant que tous ses camarades se pressaient vers la Grande Salle, sans même remarquer que James manquait, il fit brusquement demi-tour.
— Qu'est-ce qu'y t'prends ?
Il poussa un soupir, jeta son sac à terre et attendit devant la porte. Il n'aurait pas aimé qu'on l'abandonne ainsi. James était ce qu'il était, il n'en restait pas moins son meilleur ami. Dominique hésita un moment avant de jeter son sac à côté du sien. Elle s'assit par terre et fixa le mur devant elle d'un air contrarié. William tendit l'oreille.
— … une belle performance tout à l'heure ! félicita Blackbird. Vous avez besoin de quelque chose ?
— En effet… oui. Vous avez dit que c'était payant de montrer qu'on s'intéresse à la métamorphose devant les examinateurs, amena-t-il avec précaution. Est-ce que vous auriez des livres à me recommander ?
Le professeur gratta sa barbe de trois jours, comme pour mieux réfléchir. Puis il leva ses grands yeux bleus en l'air, en proie à une intense réflexion.
— Je vous conseillerais bien le Mensuel de la Métamorphose. La bibliothèque garde toutes leurs publications depuis 1859 à ce qu'on m'a dit. C'est assez difficile à lire au début, mais vous verrez qu'ils ont toujours un œil très jeune, assez novateur, de ce qu'est ou de ce que devrait être la métamorphose.
— Ah, fit James sans parvenir à cacher sa déception. Et en dehors des périodiques, vous n'auriez pas un livre pour m'aider à… aller un peu plus loin ?
— Métamorphose : un siècle de records présente tous les sorciers qui se sont illustrés dans le domaine. Des exemples toujours très utiles à mettre en avant et qui montre tout de suite que vous savez de quoi vous parlez !
— Je vous remercie, coupa James un peu abruptement.
— C'est un plaisir, Mr. Potter.
Un bruissement d'aile leur indiqua que Blackbird s'était à nouveau transformé en merle. Il prenait sans doute plaisir à rejoindre la Grande Salle en volant. James ressortit le visage sombre.
— Je sais ce que vous allez dire, grogna-t-il.
La mauvaise humeur de leur camarade ne s'effaça pas avec le déjeuner. William se resservit copieusement de la purée de groseilles à maquereaux et de crumble aux pommes, sans plus se préoccuper de ses sautes d'humeur. Albus et James avaient plus de choses en commun qu'ils ne le pensaient, songea-t-il.
Durant l'heure d'étude des Runes qui suivit, William fut bien content de renouer avec Everitt McTighe. Ils cancanèrent pendant longtemps sur les humeurs de James et l'immaturité de Dirk avant de se faire reprendre par leur professeur.
Rasmus Rambling leur adressa un regard sévère. Il redressa ses lunettes ovales et détourna la tête dans un geste plus que maniéré. Sa carrure toute en longueur et ses robes délavées lui donnaient des airs de phasme.
— Je vais vous faire passer un extrait des runes qui sont habituellement gravées sur les pensines, expliqua-t-il de sa voix efféminée. J'aimerais que vous le traduisiez en même temps de relever les runes liées et les sigils les plus importants, vous savez… ceux qui sont censés donner à l'objet des caractéristiques propres.
William travailla tellement efficacement qu'il eut terminé avant tout le monde. Son professeur lui accorda alors cinq points ainsi que le droit d'aller faire la correction de l'exercice au tableau. Il perdit ses mots lorsqu'il remarqua qu'Eraleen Ward l'écoutait attentivement. Il cligna rapidement des yeux et baissa la tête vers ses notes de façon à ne plus avoir à lui faire face.
Rambling leur donna un nouvel exercice et de retour à sa table, William se félicita d'avoir pu montrer à Era qu'il était plus intelligent et plus rapide qu'elle. Puis il se souvint de la Succube qui avait son apparence, de Tubbagus Prinz qui cherchait peut-être à se remettre avec elle et il sentit sa nuque le picoter, comme pour le prévenir qu'elle était en train de le fixer.
Il se figea sur sa chaise, sentant le rouge lui monter aux joues. Peut-être qu'elle ne l'observait pas lui en particulier mais plutôt sa bosse qui commençait de gonfler. Il posa une main sur son front brûlant, tâtant l'endroit où il s'était cogné. Il se demanda si les autres élèves l'avaient remarquée. Il s'était sans doute ridiculisé en allant au tableau avec une bosse aussi grosse. Il inspira longuement. Il se posait trop de question.
— Tu vas bien ? l'interrogea Everitt.
— J'ai juste trop chaud.
Il retira maladroitement son pull, découvrant son nombril. Une fois replongé dans ses calculs, l'heure passa bien plus vite. A la pause de quatre heures, il retrouva Dominique dont le visage parsemé de tâches de boue laissait penser que le cours de soins aux créatures magiques n'avait pas dû être de tout repos.
— Hey Will ! Ta bosse commence à gonfler, le salua-t-elle.
— T'as de la boue sur le visage, répondit-il.
— Hein ?
William passa son pouce sur le coin de joue pour retirer une trace de boue. Il se figea brusquement, se demandant ce qui lui avait pris de faire ça. Dominique et lui s'observèrent un moment, embarrassés par ce qu'il venait de se passer.
— Euh… où est James ? relança-t-il.
— En train de ruminer sa peine quelque part. Il a passé toute l'heure à bouder, du coup j'ai été obligée de suivre le cours, bougonna Dominique.
Les deux heures d'histoire de la magie qui suivirent leur semblèrent interminables. La voix lente et monocorde de Cuthbert Binns plongea la classe dans une atmosphère soporifique. Les Gryffondors et les Poufsouffles s'occupèrent comme ils purent pour ne pas tomber de sommeil.
William prit sérieusement des notes pendant les vingt premières minutes puis Dominique et Dirk commencèrent une bataille de boulettes de papier auquel il fut forcé de participer étant donné qu'il se trouvait entre eux deux. James s'était installé à l'écart. Il était en pleine discussion avec Delfeena Reddoch, qui s'amusait à faire boucler ses cheveux miel autour de son doigt.
Au moment où la sonnerie retentit, tous les élèves avaient déjà fait leur sac, prêts à partir comme s'ils étaient montés sur des ressorts. William suivit Dominique, Dirk et Gayle vers leur dortoir où ils déposèrent leurs affaires de cours avant de redescendre dîner.
A table, Melice Brewster s'inquiéta de sa bosse qui avait maintenant la taille d'une balle de golf. Elle essaya de le convaincre d'aller à l'infirmerie, ce qu'il déclina gentiment en répondant que tout aurait disparu d'ici demain.
— T'es vraiment un gros naze en botanique, écrasa Dirk entre deux rires.
William lâcha ses couverts pour lui adresser un geste obscène, faute de n'avoir pas pu trouver meilleure réponse.
— Tu peux parler, triple-buse, cracha Jodie Wigge juste à leur droite.
Celle-ci avait retrouvé la forme initiale de son chignon, ainsi que sa répartie légendaire.
— Tu m'as appelé comment là ? s'énerva Dirk.
Jodie haussa calmement des épaules en se servant un verre de jus de citrouille. William lui envia son assurance.
— Eh bien… tu n'as décroché que trois BUSE, non ? Du coup, ça me semblait pleinement justifié comme surnom… triple-buse.
Dominique et William éclatèrent de rire. Gayle recracha son verre dans sa soupe à l'agneau avant de rire de plus belle. Le rire de Gayle Steamupp ressemblait à une locomotive. D'abord il commençait de secouer les épaules, comme pris de spasmes puis il sortait un premier rire discret, suivi presque aussitôt d'un rire tonitruant. William avait toujours trouvé son rire contagieux. Ils finirent leurs assiettes les larmes aux yeux, ce qui acheva d'énerver Dirk qui remonta à la tour de Gryffondor sans même prendre de dessert.
— Tu pourrais être marrante comme fille si tu n'étais pas aussi agaçante le reste du temps, lança-t-il à Jodie en croyant lui faire un compliment.
La sorcière se braqua. Elle plissa des yeux, encadrés par deux sourcils broussailleux et William regretta bien vite sa remarque.
— Ne te crois pas plus intelligent que lui, rabroua-t-elle. C'est facile d'être plus intelligent que le roi des imbéciles.
William plissa les lèvres pour encaisser sa dernière pique. Fatigués par leur journée, ils ne tardèrent pas à rejoindre leur dortoir. Il montait machinalement les marches vers son dortoir lorsqu'une pensée le percuta. Il agrippa le bras de Dominique qui se retournait vers le dortoir des filles.
— Et James ? On ne l'a pas vu du repas !
— Il est peut-être avec Delfeena, fit-elle en haussant les épaules.
— On devrait l'attendre.
Dominique pouffa en se laissant tomber dans le canapé écarlate de leur salle commune. William attrapa un exemplaire de Sorcière Hebdo que quelqu'un avait laissé traîner là. Il l'ouvrit et lu pendant un moment un article sur un sortilège qui permettait de faire disparaître les boutons avant de le jeter au feu. Il s'amusa ensuite à tisonner les cendres pour faire entièrement brûler le magasine.
— Dis-moi, amorça Dominique.
— Ouais ? grogna-t-il trop occupé à jouer avec le feu.
— Tu t'es jamais dit que…
Sa phrase fut étouffée par le bruit que fit James en passant par le portrait de la Grosse Dame. Il arriva les bras chargés de coupure de journaux.
— Où tu étais ? le questionna aussitôt William.
— A la bibliothèque. Je recherchais des infos sur les Animagi.
Dominique frappa brusquement l'accoudoir de son fauteuil avec son poing.
— En quelle langue il faut qu'on te le dise ?! On n'arrivera jamais à devenir Animagi !
— Attends, attends ! tempéra-t-il. J'ai parlé à Delfeena pendant le cours d'histoire de la magie et elle m'a dit que sa mère ne connaissait pas le processus mais en général, chez les Animagi qu'elle reçoit, cela prend entre huit et vingt-quatre mois. Je sais, c'est beaucoup… attendez ce n'est pas fini ! insista-t-il, j'ai épluché plusieurs Mensuel de la Métamorphose, comme me l'a conseillé Blackbird. Je n'y croyais pas trop au départ… regardez ce que j'ai trouvé.
Il leur tendit une copie d'un article. Celui-ci comportait trois colonnes de texte condensé. En bas de page, il y avait un graphique compliqué, censé décrire les effets de différentes métamorphoses humaines sur le comportement.
— J'ai déjà vu ça en arithmancie, se souvint William. La droite ici représente la résonance magique et là c'est l'interférence. Ce qui signifierait que… lorsqu'on se transforme en Animagus, la puissance du sort est telle que… qu'on serait plus apparenté à un animal qu'un sorcier…
— Oui ! s'exclama James surexcité. C'est ce qu'ils appellent l'impact Moribus, ils ne parlent que de ça ! C'est bien la preuve qu'Hawksight ne pourrait pas nous détecter !
— Mais… tu te rends compte de ce que ça voudrait dire ?
— Ça voudrait dire que même si on parvint à devenir Animagi, on risquerait d'oublier qu'on est des sorciers, fit Dominique.
TADAM ! L'histoire est lancée ! Qu'en pensez-vous ?
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Pour la suite, rdv dimanche prochain ;)
