Je suis désolée je me suis fait un peu attendre cette fois, mais ce n'est pas évident de tout gérer. J'ai un peu mal, quand même, mais je me rétablis vite.
Ma rentrée est après demain, j'espère que même après je pourrai continuer à avoir un bon rythme.
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Second battement
Mais j'en ai marre de parler du passé, tellement il me reste en travers de la gorge comme une chanson inachevée. Ce n'est pas que mon présent vaille le coup c'est plutôt que regarder derrière mon épaule me rend malade, ce n'est pas que j'essaie de vivre vers l'avant c'est plutôt que je pourrais crever de regrets si je me laissais à la dérive, ce n'est pas que tout ça me tue mais plutôt que j'ai tous envie de vous tuer.
C'était la sonate de ma vie, et je l'ai vu se flétrir sous mes yeux figés d'horreur sans rien pouvoir y faire. J'ai vu les secondes s'alourdir et les hésitations se faire plus longues, j'ai vu les regards chargés de dégoût et de haine, j'ai vu les sentences tomber sous les marteaux des juges et les amants ne plus jamais se relever. J'ai vu ma vie, la sienne, la leur, s'enliser dans la vase puante d'un monde que j'aurais voulu ne jamais connaître.
Ce n'est pas que je fais un caprice c'est plutôt que je vais devenir fou, irrémédiablement, si je continue de dire à quel point on s'aimait, à quel point ça aurait pu être parfait. Ce n'est pas que je vous hais, c'est plutôt que j'en vomis chaque soir et qu'au bout du compte, dans la tombe, il n'y aura sûrement que moi.
Je vis seul aujourd'hui, dans une maison perdue dans la montagne. J'avais pensé à la mer mais ça me rappelait trop son odeur, et le sable ressemblait trop à sa peau. Je ne réside pas dans le luxe, j'ai juste un peu plus que le nécessaire matériel, pour combler le vide sentimental qui a pris possession de moi le jour où l'on nous a séparés.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l'injustice de vos lois, je ne sais pas si quand je vous parle vous arrivez à me comprendre un tant soit peu. Vous m'avez arraché mes ailes, et personne n'a la colle pour que je puisse me réparer, personne à part lui, que vous m'avez volé.
Je suis majeur maintenant, et ça ne veut pas dire pour autant que je suis libre. On m'a enchaîné dans les jours qui ont suivi notre dix-septième anniversaire, irréversiblement à ce qu'il paraît. Et j'ai vingt deux ans, voilà, ça fait cinq ans que je meurs de lui, ça fait cinq ans que tous les matins j'ai l'impression de le sentir contre moi et que la sensation de ce bonheur s'en va toujours trop vite.
Permettez-moi de vous dire que je vous emmerde sincèrement. Je la sens d'ici, votre pitié, je sens d'ici vos cœurs qui se serrent bêtement dans vos poitrines alors que vous n'êtes que des étrangers à tout ça. Je sens vos soupirs désabusés, vos hochements de tête. Seulement c'est trop tard maintenant. C'était il y a cinq ans qu'il fallait nous sauver.
Aujourd'hui j'ai ce clavier au bout des doigts, je le saborde, je le prends de haut en bas et je secoue ses touches, je me rappelle même si ça fait un mal de chien, ce flash à la con alors qu'on était dans le lit, nus, cet éclair qui a déchiré nos vies. Et nos têtes sur les magazines à scandales, encore une fois, mais si mortellement différemment pourtant, et les accusations, et les plaintes, et le procès, et les avocats, et les pleurs de maman, et les cris des hystériques, et les tentatives de suicides de quelques folles, et toutes ces choses qu'on aurait dû éviter, qu'on n'a pas réussi à éviter.
On n'aurait pas dû aller dans cet hôtel, je le savais pourtant. Il n'était pas assez bien protégé, on n'avait qu'un seul garde du corps, on aurait dû faire attention, on n'aurait pas dû se perdre encore une fois l'un contre l'autre, l'un dans l'autre. On n'aurait pas dû, on l'a fait pourtant, mais ai-je vraiment tort de dire que la faute n'est pas notre ? Vous savez aussi bien que moi que non, même si vous êtes bien trop lâches pour l'avouer.
J'ai envie de vous dire « rendez-le moi », mais comme je sais que vous ne me répondrez pas, je ne le ferai pas. J'ai envie de prier Dieu, même si le simple fait d'y penser est un blasphème. J'ai envie d'implorer Satan, puisque l'enfer est ici-bas, quand il n'est pas là.
Je suis adulte mais je suis encore un enfant, je ne peux pas grandir sans lui. C'est sûrement con mais l'amour est un truc d'imbéciles de toutes façons, et j'ai besoin de sentir son regard bienveillant sur moi, j'ai besoin de toucher ses dreads pour prendre conscience du monde réel, j'ai besoin de sa guitare pour accompagner ma voix. J'ai besoin de l'aimer, et finalement je crois pouvoir dire que c'est tout sauf ridicule.
Il est l'air qui manque à mes poumons, et vous pourriez bien crever de jalousie de ne pas trouver un amour aussi exclusif.
Ne me rabrouez-pas, vous vous êtes déjà bien assez vengés comme ça.
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