Chapitre 6
Si les Darcy avaient su comme leur demeure serait perturbée suite à l'invitation de la vicomtesse Tonbridge, ils auraient dissuadé Georgiana et Mary d'y participer. Le matin suivant le dîner, elles se mirent à s'entraîner de façon si fervente que Darcy dut ouvrir la salle de bal : ainsi l'une ou l'autre pouvait faire usage du piano-forte qui s'y trouvait quand elles ne jouaient pas en duo. Chaque jour, la musique résonnait dans l'hôtel jusqu'à ce qu'ils aillent se promener à Hyde Park.
M. Palmer vint donner sa leçon à Georgiana, et on lui imposa Mary comme cliente supplémentaire. Mary, folle d'enthousiasme avant son premier cours, en était réduite aux larmes quand il s'acheva ; M. Palmer avait critiqué sa technique, et sa fierté. Il avait dit qu'il faudrait lui faire perdre toutes ses habitudes avant de pouvoir commencer à lui apprendre quoi que ce soit. Après quelques heures de calme réflexion, cependant, elle en vint à voir qu'il avait raison. Elle s'appliqua à suivre ses recommandations, et nota rapidement assez de progrès pour se sentir encouragée à continuer. Après l'avoir entendue chanter, il avait également dit que sa voix ne s'y prêtait pas, et qu'elle devrait se limiter au piano-forte ; ceci lui était beaucoup plus difficile à accepter.
Catherine entama sa première leçon de dessin sans illusion quant à son propre talent. Elle s'était essayée aux esquisses de temps à autres, ce n'était donc pas sa première expérience avec un crayon, mais elle était totalement ouverte aux conseils de M. Shaw. Comme Georgiana et Mary se concentrait entièrement sur le piano-forte, elle avait largement le temps de s'entraîner. Elle réalisait soigneusement les exercices que lui avait confiés M. Shaw, mais aurait souhaité de temps en temps aller faire les magasins ou faire quelque chose d'un peu plus léger.
Lundi arriva, amenant la première soirée musicale de Georgiana et Mary. Mme Annesley les accompagna, et Catherine se retira dans le jardin d'hiver pour s'entraîner à dessiner des plantes, laissant Elizabeth et Darcy seuls au salon après le dîner. Il s'assit à côté d'elle et se laissa aller contre le canapé.
« Enfin en paix », dit-il. « Ne croyez-vous pas que nous puissions les envoyer s'exercer chez Lady Catherine ? Après tout, elle possède un réel amour de la musique. »
« Je crois qu'une telle somme d'exercice viendra à bout même de son amour de la musique », rit Elizabeth. « J'espère seulement que leur talent est identique au reste du club, ou nous n'aurons pas la paix avant qu'il ne le soit. »
« Cela m'offre au moins une chance de passer une soirée seul avec mon épouse », dit-il.
Elizabeth se fit la réflexion que, bien qu'il en plaisantât, ces dernières semaines avaient dû être difficiles pour lui. Avoir tant de visiteurs chez eux, et savoir qu'ils allaient passer de plus en plus de temps en société au fur et à mesure que Georgiana allait se faire une place dans la société, ne devait pas un facile pour un homme qui aimait la solitude. Elle résolut de le surveiller de près, et de suggérer qu'ils se retirent à Pemberley si cela lui pesait trop ; Georgiana apprécierait probablement le changement elle aussi.
« Oui, il y a bien longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés tous les deux », dit-elle. « Désirez-vous que je vous joue un morceau de piano-forte ? »
De nombreux domestiques entendirent le rire suscité par sa question, et sourirent. Ils avaient toujours été reconnaissants de travailler pour un maître juste et généreux. Ils étaient ravis qu'il eût amené dans la maisonnée une épouse toute aussi juste et généreuse, et que cela fût clairement un mariage d'amour.
XXX
Le petit-déjeuner suivant amena le récit complet de tout ce qui s'était passé au club musical. Les dames décrivirent Sir Robert Morris, qui jouait de la flûte avec une étonnante délicatesse, et Lady Louise Barton, qui était fort douée à la harpe, ainsi que de nombreuses autres jeunes dames accomplies au piano-forte, et quelques gentilshommes qui jouaient de la trompette, du violon et d'autres instruments. Elizabeth perdit vite le fil des descriptions excitées de Mary.
Georgiana et Mary avaient été incitées à jouer en duo et séparément. Elles avaient découvert un groupe passionné par la musique et indulgent face aux erreurs, particulièrement celles commises par des musiciens qui s'essayaient à de nouvelles choses.
Mary décrivit leur réception avec le plus grand enthousiasme, mais Georgiana semblait assez abattue, et Elizabeth se demanda si elle avait été mal à l'aise de jouer devant tant de monde. Elle avait l'intention de poser la question à Mme Annesley dans la journée, mais Mary lui procura en aparté les informations qu'elle cherchait, alors que les dames se retiraient au salon.
« M. Davis, à la trompette, a porté beaucoup d'attention à Georgiana », dit-elle. « Il l'a à peine quittée de toute la soirée, et il a dit qu'elle avait une fortune de trente mille livres. Est-ce vrai ? Est-il possible qu'elle ait une telle dot ? »
Elizabeth confirma, avec délicatesse, que c'était vrai, et commença à comprendre pourquoi Georgiana était si abattue. Elle regrettait de ne pas les avoir accompagnées la veille, ou de ne pas avoir au moins prévenu la vicomtesse Tonbridge que Georgiana n'était pas encore prête à affronter les coureurs de dot auxquels elle allait devoir faire face.
Georgiana les rejoignit au salon, mais se retira rapidement, se plaignant d'un mal de tête. Elizabeth la suivit jusqu'à sa chambre, frappa à sa porte sans obtenir de réponse, et entra.
« Dites-moi de sortir si vous avez vraiment mal à la tête et avez besoin de solitude », dit Elizabeth. « Mais j'ai cru comprendre que ce mal de tête pourrait porter le nom de M. Davis. »
Georgiana, assise au bord du lit, leva brusquement la tête. « Comment l'avez-vous su ? »
« Mary m'a informée. Je vous prie de ne pas lui en vouloir : nous sommes toutes deux inquiètes pour vous. S'est-il comporté de façon déplacée ? »
Georgiana secoua la tête. « Il était indiscret, mais à part cela, ses manières ne laissaient rien à désirer. Il ne parlait que de la grandeur de ma famille, et de la manière dont ma fortune lui permettrait d'agrandir son petit domaine au Pays de Galles. Il s'exprimait comme s'il était sûr que nous allions nous marier ; je n'avais pourtant pas laissé penser que j'appréciais sa compagnie ! »
« Oh Georgiana. » Elizabeth tendit la main et la plaça sur celle de sa sœur. « Je crains qu'il ne soit pas le dernier homme avec ce genre d'audace que tu rencontreras. »
« Je sais », soupira Georgiana. « Mme Annesley m'a prévenue que de nombreux prétendants ne seraient intéressés que par ma fortune. C'est juste – c'est juste que je n'avais pas réalisé que certains seraient d'une compagnie si terrible. Je suis sortie hier soir avec l'idée de rencontrer des amoureux de la musique, et je n'étais pas préparée. Cela n'arrivera plus. »
Elizabeth ressentit un profond élan de sympathie pour sa sœur. Elle avait, en grandissant, fait face au défi qu'un manque de fortune posait pour ses perspectives de mariage. Elle réalisait maintenant que trouver un bon partenaire avec une fortune aussi large que celle de Georgiana pouvait être tout aussi difficile.
« Je suis sûre que la vicomtesse comprendrait que vous ne vouliez pas y retourner », dit Elizabeth.
« Oh, non ! » s'écria Georgiana. « Je veux dire, j'ai vraiment apprécié la musique, et tous les autres étaient gentils. Je ne pensais pas que je pourrais être à l'aise, à jouer devant un groupe d'inconnus, mais je l'étais. J'avais même pensé demander s'il était possible d'envoyer chercher ma harpe à Pemberley. »
« C'est possible, certainement. Mais comment allez-vous faire face à M. Davis ? »
« Je vais devoir être ferme, et lui dire que je ne privilégie pas sa compagnie », dit Georgiana, avec suffisamment de la détermination de son frère pour en sembler capable.
« Je viendrai avec vous la prochaine fois, en plus de Mme Annesley, pour que vous ayez plus de famille à vous soutenir », dit Elizabeth, décidée à dire à l'homme de cesser ses avances si Georgiana n'en était pas capable elle-même. « Mais pour l'instant, si vous vous sentez assez forte pour cela, entraînons-nous. »
« S'entraîner ? Comment s'entraîne-t-on à ce genre de chose ? »
« Oh, Mlle Darcy vous possédez une telle fortune », dit Elizabeth, lui saisissant le bras. « Je suis sûr que vous adorerez mon insignifiant petit domaine, au Pays de Galle, rien moins que cela. »
Georgiana pouffa, et finit par dire : « Monsieur, je suis venue pour le club musical. Je vous remercie de votre intérêt, mais je vous demanderais de retourner votre attention vers la musique. »
« Mais Mlle Darcy, nous sommes faits l'un pour l'autre ! Sûrement notre amour de la musique nous rapprochera ! »
« M. Davis, je suis désolée, mais je dois être claire : je ne suis pas intéressée par votre cour. »
« Là, vous le faites très bien », dit Elizabeth.
« Oui, mais je crains que ce ne soit pas si simple avec le vrai M. Davis. »
« Je pense que vous y arriverez très bien. »
Après le départ d'Elizabeth, Georgiana s'allongea sur le lit, contemplant le plafond. Maintenant qu'elle avait feint un mal de tête, elle devrait rester dans sa chambre au moins quelques heures. Elle aurait dû demander à Elizabeth de lui amener un livre. Elle sourit à la pensée de sa sœur ; elle se sentait beaucoup mieux après sa discussion avec Elizabeth.
Au tout début de la soirée, elle avait apprécié la compagnie de M. Davis. Il s'était assis à côté d'elle quand elle avait fini son morceau en solo, et l'avait complimentée sur son jeu. Mais il avait continué à chercher sa présence tout au long de la soirée, et s'était montré de plus en plus hardi sur les possibilités d'alliances entre eux deux.
Sa seule consolation était qu'il ne s'était clairement intéressé qu'à sa fortune. Après avoir failli s'enfuir avec M. Wickham – aujourd'hui encore, le souvenir la faisait rougir de honte – elle avait réalisé qu'il ne serait probablement pas le dernier à se prétendre amoureux d'elle pour s'approprier sa fortune. Elle était jeune, personne ne lui avait jamais payé une telle attention avant, et elle s'était crue amoureuse si facilement. Quand son frère avait évoqué sa présentation en société cette année, elle avait su qu'il avait raison, que c'était le bon moment, mais elle s'était déterminée à être très prudente. Elle devait garder son cœur, et contrôler ses sentiments de façon à ne plus jamais se croire amoureuse d'un tel homme.
XXX
Georgiana était encore dans sa chambre quand Lady Ellen leur rendit visite ; elle exprima sa sollicitude pour sa nièce et son espoir qu'elle serait rétablie avant le vendredi deux semaines plus tard. Les dames exprimèrent toutes leur curiosité sur l'importance de cette date, et Lady Elle leur apprit que l'une de ses amies intimes, Lady Ruth Allen, organisait un bal ce soir-là. En apprenant que les nièces de Lady Ellen étaient en ville, Lady Allen avait immédiatement élargi l'invitation pour les inclure. Lady Ellen pensait qu'un petit bal privé serait parfait pour la première sortie de Georgiana ; le bal de présentation de cette dernière n'aurait pas lieu avant janvier, en pleine saison.
Catherine fut d'abord déçue en entendant cela – elle avait très envie d'un bal depuis un bon moment, et maintenant Elizabeth et Georgiana allaient en avoir un tandis qu'elle resterait à la maison. Mais bien vite, les déclarations de Lady Ellen montrèrent qu'elle et Mary étaient inclues dans l'invitation. Catherine avait toujours apprécié Lady Ellen, mais cette condescendance – les considérer elle et Mary comme ses nièces, et pour les inviter à un bal privé en ville – faisait de Lady Ellen l'une de ses personnes favorites.
Elizabeth nota également cette condescendance avec satisfaction, et la réaction de Kitty. Au lieu des cris aigus et sauvages auxquels on aurait pu s'attendre si Lydia avait été là, Catherine dit à Lady Ellen qu'elle avait grande hâte d'aller au bal ; il y avait quelque temps déjà qu'elle n'avait pas dansé. Son enthousiasme était évident, mais elle le contrôla soigneusement.
Pas de telle condescendance de la part de Lady Catherine quand elle arriva, si tôt après le départ de Lady Ellen qu'Elizabeth se demanda si elle avait vu la calèche aux armes des Brandon, et avait ordonné à son propre équipage de faire le tour du quartier jusqu'à ce que Lady Ellen s'en aille. Lady Catherine venait inviter M. Darcy, son épouse et Georgiana uniquement, pour un dîner, deux jours seulement avant le bal de Lady Allen. Elle s'en acquitta malgré la présence de Mary, Kitty et Mme Annesley dans le salon. Elizabeth avait assez envie de refuser, mais savait que Lady Catherine devait avoir invité au moins un prétendant approprié pour Georgiana elle ne nuirait pas aux perspectives de Georgiana juste pour exprimer son indignation.
Kitty ne se souciait pas du dîner de Lady Catherine alors qu'elle devait assister à un bal deux jours plus tard. Mais Mary se sentit insultée ; elle avait cru que Lady Catherine l'appréciait. Elle se rendit au piano-forte et se mit à pratiquer, dans l'espoir de rappeler son sérieux à Lady Catherine. Mais Lady Catherine prit rapidement son congé, et Mary n'eut plus que la prochaine soirée musicale de la vicomtesse à attendre avec impatience, ce qu'elle fit.
Ils dînèrent en famille ce soir-là ; seuls les Bingley avaient été invités. Tout le monde fut soulagé de voir Georgiana remise de son mal de tête, et on lui raconta les visites de la journée, et les invitations formulées à cette occasion. Georgiana n'arrivait pas à s'enthousiasmer pour l'invitation à dîner de sa tante – elle ne doutait pas que Lady Catherine eût un prétendant en tête pour elle, quelqu'un qui correspondît aux attentes de Lady Catherine sur l'homme que Georgiana devrait épouser, et qui lui serait présenté au cours de ce dîner. Le bal, en revanche, voilà qui l'excitait. Elle savait que sa tante Ellen n'aurait pas sollicité une invitation si elle n'avait pas pensé que c'était une première sortie appropriée pour Georgiana. Elle avait hâte d'y être, et d'avoir enfin l'opportunité de danser en société.
Les gentilshommes ne s'attardèrent pas autour de leur porto ce soir-là, mais au lieu de venir au salon, Darcy demanda qu'Elizabeth et Jane se joignent à lui et Charles dans son cabinet. Elizabeth fut étonnée par la requête ; il arrivait qu'elle se joigne à Darcy dans son cabinet au cours de la journée pour lire dans le calme relatif de la pièce, particulièrement quand Mary et Georgiana s'exerçaient avec enthousiasme au piano. Mais qu'il requière sa présence, et avec Jane et Charles, était totalement nouveau. Elle se demanda s'il avait quelque mauvaise nouvelle à partager avec elles, dont il ne veuille pas encore parler au reste de la famille.
Quand ils furent installés, Darcy sembla perplexe sur la meilleure façon d'aborder le sujet qui l'intéressait. Finalement, il dit :
« Charles et moi avons réalisé quelques investissements heureux l'an dernier, qui nous ont procuré des revenus exceptionnels avec le retour de la paix. Nous avons discuté de ce que nous pourrions faire avec les profits, et pensons que le meilleur usage de cet argent serait peut-être d'accroître les dots de Mary et Catherine. »
« Oh », fit Elizabeth, voyant Jane trop choquée pour prendre la parole. « C'est extrêmement prévenant de votre part. »
« Billevesées ! » dit Charles. « Ce sont aussi nos sœurs, désormais. »
« Mais qu'en est-il de Georgiana et Caroline ? Elles sont vos sœurs de naissance, vous voudrez sûrement augmenter leurs dots. »
« Georgiana et Caroline ont déjà des dots largement suffisantes », dit Darcy. « Georgiana va être courtisée par assez de coureurs de dot comme cela, et c'est en partie pour elle que je souhaite faire ceci. Elle, Catherine et Mary se sont liées d'une belle amitié, mais les différences entre leurs perspectives d'avenir doivent certainement influencer leurs relations. »
Darcy ne mentionna pas une autre raison de contribuer à la fortune de Mary et Catherine, mais lui et Charles avaient longuement discuté de ce qui se passerait si Mme Bennet survivait à M. Bennet. Cette dame devrait certainement vivre avec une de ses filles, et si l'une de ses filles célibataires le restait, une fortune suffisante leur permettrait de s'installer dans un cottage de taille raisonnable. Si toutes ses filles se mariaient – et une dot élevée améliorait les chances de Mary et Catherine – Mme Bennet pourrait se déplacer d'une maisonnée à une autre, ce qui signifiait que Darcy et Charles souffriraient sa compagnie moins souvent. Il ne pouvait cependant pas donner cette raison aux deux filles aînées de Mme Bennet ; à la place, il dit :
« Nous avions pensé compléter leurs dots de façon à ce que chacune ait cinq mille livres. Pensez-vous que votre père puisse l'accepter ? »
D'une certaine manière, ce serait une insulte pour M. Bennet, que ce qu'il avait échoué à mettre de côté dans sa vie puisse si facilement être procuré par ses beaux-fils. Elizabeth le savait, mais elle savait aussi que son père était assez altruiste pour accepter ce don poliment. Cinq mille livres étaient bien en deçà des trente mille de Georgiana ou des vingt mille de Miss Bingley, mais cela serait suffisant pour réaliser un bien meilleur mariage qu'elles n'avaient pu l'espérer.
« J'en suis sûr », dit Elizabeth. « Je sais que tout ma famille vous sera reconnaissante. »
« Oh oui », renchérit Jane. « Vous êtes tous deux si généreux. »
« Bien, en ce cas nous allons faire préparer les documents, et je vais écrire à votre père pour lui indiquer nos intentions », dit Darcy. « Voulez-vous appeler vos sœurs pour que nous les en informions ? »
« J'aimerais que vous deux les informiez sans nous », dit Elizabeth, vérifiant que Jane était d'accord. « Elles devraient savoir que c'était votre idée, pas la nôtre. »
« Très bien. Envoyez-les nous. »
Mary et Catherine furent toutes deux terrifiées d'être convoquées à une telle conférence, particulièrement sans leurs sœurs aînées. M. Darcy les avait traitées avec beaucoup de gentillesse, et elles avaient toujours connu Charles comme un homme aimable, mais elles ne pouvaient imaginer de raison d'être appelée dans ce refuge masculin des affaires.
Quand la raison de leur convocation leur fut expliquée, quand elles eurent assimilé la nouvelle qu'elles allaient chacune avoir cinq mille livres, elles furent aussi ravies qu'on peut l'imaginer. Mary ne pensait sans doute pas se trouver un époux en ville ; elle avait l'espoir, peut-être, de rencontrer un jour un pasteur de campagne aux vertus morales élevées. Elle savait, avec deux sœurs bien mariées, qu'elle n'était plus en danger de finir sous les ponts, mais l'idée d'avoir un peu d'argent de côté était très plaisante, même si elle ne se mariait jamais.
Catherine, pour sa part, était extatique. Elle était venue à Londres avec l'espoir de trouver un époux, et de bien meilleure manière que Lydia l'avait fait. Et maintenant, en plus des talents artistiques qu'elle espérait acquérir, elle avait également une petite fortune pour la recommander. Elle avait encore plus hâte d'aller au bal, et regardait ses frères avec presque autant d'adoration qu'elle en avait montrée à Lady Ellen.
