Un petit chapitre en retard en raison de mes examens qui s'éternisent (plus que deux semaines et je pourrais publier régulièrement jusqu'à janvier).
J'ai retravaillé le scénario et désormais, ma fic devrait contenir 23 chapitres, nombre toutefois modifiable, ce n'est pas le genre de fics avec une structure fixe.
J'espère que ce chapitre qui s'est fait attendre vous plaira, et que vous me laisserez vos impressions !
Chapitre 6 : une symphonie de pureté :
Lorsque le soleil traverse le rideau du jeune feuillage de printemps, des envies d'escapade envahissent les enfants. Le saule cogneur étirait paresseusement ses branches à la recherche d'un peu de chaleur, comme pour narguer les élèves qui frissonnaient encore sous la fraicheur du vent. Le calmar géant, lui, se laissait aller à caresser la surface de l'eau de ses immenses tentacules, espérant pouvoir capturer une proie facile s'aventurant un peu trop près de l'eau.
D'ailleurs, deux jeunes gens se promenaient au bord du lac, l'un encore enroulé dans une chaude et coûteuse écharpe de cashmere, l'autre retroussant les manches de sa chemise de coton, sans se préoccuper apparemment de la chair de poule qui donnait un aspect granuleux à ses avants bras plus pâles que jamais.
- Regarde le lac ! Il nous appelle ! Tu ne l'entends pas ?
- Non, Al, j'entends juste l'infirmier dire : « buuuvez votre pimentine ! ». Allez, remets au moins ton pull.
- Mais non, Scorp, je suis en communion avec la nature, je la sens autour de moi, elle veut me dire quelque chose ! Il faut que je l'écrive, et je saurais ce que c'est.
L'enfant s'assit au bord de l'eau, sans se rendre compte qu'il était bien trop prêt, et que les galets sous son pantalon étaient mouillés et glissants. A la première vaguelette, ses chaussures se remplirent d'eau, arrachant à Scorpius Malfoy un soupir agacé. Mais Al ne semblait pas en tenir compte. Au contraire, il fermait les yeux, comme pour laisser la fraicheur de l'eau l'envahir petit à petit.
Il avait l'air si âgé et si jeune à la fois, se dit Scorpius en l'observant. Le vent relevait en douceur ses cheveux d'ébène rebelles qui semblaient roussis par endroit, comme s'il s'était endormi sur le rebord d'une cheminée. Et le garçon savait que son ami en était capable. Une barre soucieuse surlignait ses sourcils sur son front pourtant lisse par ailleurs, lui donnant un faux air de vieil homme, alors que la langue qui passait avec application sur ses lèvres rappelait étrangement un jeune enfant s'appliquant sur le dessin qu'il destinerait à sa maman, afin qu'elle l'encadre à la façon d'une grande œuvre d'art abstrait, que seules les spécialistes maternelles peuvent apprécier à sa juste valeur.
Assit là, à gratter le papier, il a l'air d'un musicien un peu fou, qui vient de trouver l'inspiration pour écrire une nouvelle symphonie, et qui a l'impression que s'il ne couche pas très vite les notes sur le papier, elles vont s'envoler, se perdre dans le ciel, tandis que lui restera désespérément au sol, le nez en l'air, sans pouvoir tendre le bras pour les rattraper par la suite. Condamné à les voir planer au-dessus de lui, juste hors de portée, n'est-ce pas un châtiment du Tartare ? Que lui importait le monde réel, sa nourriture onirique était plus que suffisante. Un ouragan n'aurait pu le perturber, ni même un scroutt à pétards volant qui plongerait dans les nuages : la nature lui parlait.
Hésitant entre la fascination et l'agacement devant le spectacle du génie incarné, Scorpius choisit une voie médiane : il commença à ramasser des cailloux plats, s'appliquant à leur sélection comme s'il eut s'agit de pierres précieuses à expertiser, les glissant au fur et à mesure dans la large poche de sa robe d'uniforme. Le collecteur de gemmes finit par avoir l'air satisfait de sa cueillette, et de son air le plus digne, malgré ses poches bizarrement déformées par son trésor, lui donnant l'allure d'un kangourou à deux poches, il se mit au défi de battre le record du monde de Poudlard du nombre de ricochets sur le lac, titre que des générations d'élèves se sont transmis depuis plus de mille ans, le battant vingt fois par an, dans une optique d'amélioration perpétuelle. La grâce l'habitait alors que dans un geste souple et maîtrisé, il se saisissait d'une pierre, la soupesait, la tenait savamment entre deux doigts, écartait son bras droit vers l'arrière, et ramenait très vite son poignet en avant. Alors, il était le musicien qui venait de jouer une note parfaite, tandis que résonnait son instrument sur la surface miroitante du lac : « Ploc. Ploc. Ploc. ». Il jouait de plus en plus vite au rythme imposé par son chef d'orchestre, le grand Albus Severus en personne, proche de l'essoufflement, laissant la musique l'envahir, possédé à son tour par la magie du moment.
Le dénouement était proche. Déjà, un mince sourire apparaissait au coin de la bouche d'Albus, comme un étudiant qui finit la dernière question de son examen juste avant la sonnerie, persuadé qu'il aura une bonne note. Des heures de travail pour l'un, quelques minutes pour l'autre, mais tellement intenses qu'il se sentait déjà défaillir, alors qu'il s'apprêtait à apposer les deux barres finales sur sa partition, indiquant la fin du morceau.
Un petit cri indigné le tira de son élan créatif. Un instant, une vague de regret s'imposa à lui, alors qu'il observait sous ses yeux la page de son carnet presque totalement noircie d'encre brillante. Mais lorsqu'il vit son camarade de dortoir passer au-dessus de sa tête, une impression d'horreur sur le visage, le corps retenu par un énorme tentacule, il se résigna à poser son précieux carnet à l'abri sur un rocher sec, bien ouvert pour permettre à l'encre de sécher, un caillou sur l'angle pour le maintenir ouvert, un autre de l'autre côté pour l'empêcher de se refermer, sa bouteille d'encre à côté, vérifier que le bouchon est bien serré, que sa plume dans sa poche ne va pas s'enfuir…
- AAlll !
Il était temps de s'en remettre à dame Nature pour veiller sur le carnet, se dit Al. Il leva pensivement la tête, se demandant ce qu'il devait ressentir devant le spectacle de son ami volant. Etrangement, il avait vraiment envie de ressortir son matériel d'écriture et de coucher sur le papier cette formidable aventure, qui faisait naître en lit une formidable vague d'inspiration. Mais pris par une subtile folie, que sa mère aurait surement appelée son héréditaire tendance à vouloir jouer les héros, Al se contenta de tendre le bras au passage du tentacule et de l'agripper de toutes ses forces. Une fois en l'air, tel un équilibriste, il voulut s'asseoir à califourchon dessus, comme sur le dos d'un hippogriffe un peu rebelle. La seule différence, c'est qu'un hippogriffe ne fait pas de loopings aériens. Les tentacules du calmar géant, si. C'est ainsi qu'Al le sévère tomba dans le lac. Juste à l'endroit où il y a peu d'eau mais beaucoup de vase. Son ami le rejoignit bientôt, mais beaucoup plus loin. Scorpius Malfoy agitait vainement les bras, mais l'élément liquide se refermait sur lui. Un sang-pur n'a aucune utilité à apprendre à nager. Ce ne sont que des disciplines moldues sans importance. Le sang-pur en question était en train de se noyer dans son ignorance.
Crachant des litres de vase par la bouche, Albus prouva encore une fois la suprématie d'un sang gryffondorien dans ses veines, et rejoignit en deux brasses son ami en difficulté. Arrivé à lui, il lui sortit la tête de l'eau et essaya de le trainer à sa suite jusqu'au bord, mais l'autre se débattait et lui donnait des coups de poings et de pieds, sans se rendre compte que sa résistance pouvait lui être fatale. Alors qu'Albus commençait à douter du succès de l'opération sauvetage, il se sentit brusquement attiré sur le bord, en même temps que Scorpius. C'est ainsi que les deux compagnons d'infortune se retrouvèrent dégoulinants d'eau et de vase aux pieds d'un professeur McGonagall blême, qui avait pu voir la scène depuis la fenêtre de son bureau, et qui avait couru porter secours à ses deux élèves.
- Mais… commença Minerva, la main sur le cœur, comme si elle avait pu le ralentir par ce simple geste. Avez-vous perdu tout sens commun ?
L'air un peu perdu, Albus leva un sourcil accusateur vers elle.
- Si c'est commun, alors je ne veux pas avoir ce sens.
Scorpius sembla reprendre ses esprits à cette réplique inattendue, et se releva difficilement en camouflant son rire dans une quinte de toux. Il tendit la main à Al qui sembla se demander quoi en faire, mais qui finit par comprendre alors que la directrice reprenait la parole, accentuant sa sévérité afin de cacher son trouble face aux paroles du jeune Potter.
- Je vous demande pardon, monsieur Potter ? Trouvez-vous normal de provoquer un accident en énervant le calmar géant, et de manquer vous tuer par la même occasion ?
- Où est le rapport avec le commun là-dedans?
- Mais enfin, c'est bien ce que je vous… Ca suffit ! s'écria Minerva McGonagall, encore trop remuée pour se laisser entrainer dans un dialogue sans queue ni tête avec son élève le plus intriguant. Vous vous êtes mis en danger et c'est tout ce qui compte ! Une retenue ce soir ! Je vous enverrai un hibou pour vous signifier la date et l'heure. Et pour l'amour de Merlin, allez vous changer et demandez à notre infirmier de vous donner de la pimentine ! Et attention, je le saurai si vous ne le faites pas !
La directrice fit demi-tour et repartit d'un pas vif vers le château, abandonnant derrière elle les deux enfants qui jugeaient respectivement l'allure de l'autre.
- Au moins, mon pull ne va pas rétrécir au lavage vu que je ne l'avais pas mis, fit remarquer Albus avec sagesse.
Essorant rageusement son écharpe de cashmere détrempée, Scorpius prit la direction du château, sans vérifier qu'Al le suivait. Ce dernier prit le temps de récupérer ses affaires, et repartit en titillant la plume dans sa poche, chantonnant distraitement, comme s'il ne s'était rien passé. C'est là toute la magie de l'enfance : vivre intensément et survivre quand même.
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- Regarde ! Là, je les ai écrits, j'ai tout écrit, rien que pour toi !
- De quoi tu parles, Potter ? demanda une voix trainante.
Bien loin des symphonies enfantines d'un après-midi au bord du lac, deux hommes se faisaient face, séparés par une grande table recouverte de papiers. Dans l'atmosphère étouffante de la cave, Draco Malfoy et Harry Potter continuaient leur introspection. Draco avait donné des instructions à Harry concernant des souvenirs de la guerre qu'il aimerait voir couchés sur le papier, car c'est ce genre de détails qui fait vendre un livre. Il s'imaginait que l'homme allait oublier ses instructions, mais lorsqu'il avait passé la porte, ignorant superbement le regard soupçonneux de Madame Potter Weasley à qui il avait brièvement expliqué les raisons de sa venue (les fameuses affaires d'« hommes » dont les femmes ne devraient pas se mêler) le dément s'était jeté sur lui, un sourire un peu fou jusqu'aux oreilles, ses yeux affichant un air particulièrement triste détrompant son expression apparente, exhibant un petit paquet de parchemins dégoulinants d'encre entre ses mains.
- Là, il y en a un de toi. C'est le jour où j'ai sauvé ta pauvre face puante dans la salle sur demande après que ton idiot de copain Goyle ne l'ai faite brûler. Ou peut être que c'était Crabbe ?
- Si tu as pour intention de m'insulter, je m'en vais, Potter.
- Là, c'est le jour où j'ai combattu Snape après qu'il ait tué Dumbledore, continua-t-il sans donner l'impression de s'être rendu compte qu'il avait été interrompu. J'ai presque l'impression qu'il a essayé de me donner des conseils ce jour-là, comme s'il savait que c'était la dernière fois qu'on serait face à face lui et moi. Il a jamais été du côté des méchants, tu sais.
- Crois ce que tu veux, Potter. Je n'ai que faire du point de vue d'un dément.
- Même toi, tu aurais pas dû te faire tatouer. C'était pas ton truc, tout ça ! Je t'ai bien vu pleurer dans les toilettes ! Tu as simplement voulu que ton père soit fier de toi.
- Ne parle pas de mon père, Potter ! Et arrête de croire que tout le monde est plus gentil qu'il ne le parait !
Draco s'éloigna le plus possible de l'homme, s'adossant au mur opposé, luttant contre la vague de souvenirs qui l'assaillaient. Pourquoi les personnes les plus éloignées de la réalité sont-elles aussi les plus promptes à nous révéler de grandes vérités sur nous, avec une sagesse qui laisserait pantois n'importe quel philosophe ?
Qu'est-ce que la normalité si ce n'est l'illusion d'une vision commune de la réalité ? Les fous ne seraient alors que ceux qui refuseraient de prétendre voir la réalité avec les mêmes yeux que les autres, essayant de promouvoir leur propre vision. Mais comme il n'est pas politiquement correct que de s'éloigner de la norme…
Draco passa sa main dans ses cheveux, comme pour éliminer ce genre de pensées dérangeantes, qui remettraient en cause son éducation. On ne l'avait jamais poussé à penser par lui-même. On lui avait même pratiquement interdit, selon un accord tacite entre ses aînés et lui-même : il devait rendre sa famille fière, et pour cela, il devait suivre un code de conduite unique. Penser n'en faisait pas partie.
Il sursauta violemment alors que deux mains se posaient simultanément sur ses épaules. Deux yeux verts pénétraient les siens.
- Ca fait mal, quand on comprend enfin, hein ? Mais on se sent bien mieux après.
- Tu as l'impression de te sentir mieux, toi ? fit remarquer Draco avec mépris.
- C'est comme un arrière goût, continua Harry en ignorant la question. Un arrière goût déplaisant. On a beau avaler notre salive, il est toujours là, il nous nargue, il nous empêche de l'oublier, jusqu'à ce qu'on ait mis des mots dessus. Des maux, des mots, tu comprends ?
- Non. Lâche-moi. Si avant tu ne parlais pas assez, maintenant je commence à regretter que tu ais retrouvé ton éloquence.
- Je les ai tous écrits pour toi. J'y ai écrit ta mère, lorsqu'elle est venue voir si j'étais vivant. Je sais que lorsque j'étais allongé au sol, c'était toi qu'elle voyait. Elle se demandait si elle verrait ton corps dans le même état quelques minutes plus tard.
- Ne parle pas de mes parents ! Tu ne les connaissais pas !
- Ils fonctionnaient comme tout le monde. Ca va mieux quand on a tout dit. Tes souvenirs, les miens, ce n'est que l'ensemble d'un grand tout. Si on avait tous essayé d'agir à l'époque, ils ne seraient pas morts.
- Alors tu aurais proposé quoi, au juste ? A partir d'où faudrait-il recommencer ?
Il pensait humilier le Survivant avec cette question. L'idée de remonter le temps lui rappelait étrangement un conte de Beedle le barde, qui mettait en garde contre l'envie de revenir en arrière. Mais le grand Potter soupesa sa question, la jaugea, la décortiqua, pour finalement croquer dedans à pleines dents.
- On aurait pu recommencer depuis la naissance de Jedusor, tuer ces porcs de Gaunt avant que Merope ne s'éprenne d'un moldu qui l'abandonnerait, ou tuer les Jedusor, mais ce n'est pas vraiment dans mes attributions, pas vrai ? L'arme se devait d'accomplir la prophétie, sans elle, je n'aurais même pas existé s'il le faut. J'aurais changé trop de choses.
- Je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu dis.
- Le traitre, ce n'est pas le mot mais la pensée. Elle s'égare si on refuse de mettre des mots dessus.
- Si tu veux.
- Non, moi je crois qu'il aurait fallu que je commence par retourner à l'époque où Voldemort m'a marqué comme son égal.
- Son égal, tu délires, Potter !
- Mais non, cruche, c'était la prophétie ! Je devais le laisser me marquer ou sinon je n'aurais pas eu les pouvoirs nécessaires pour le tuer.
- Tu veux dire que la prophétie existait ?
- Bien sûr ! Sinon comment… Oh, laisse tomber. Il aurait fallu…
- Chut ! Ne dis rien. Ecrit ta théorie, tu seras plus clair. Raconte tout depuis le début.
Harry sourit de nouveau, rapprochant doucement son visage de celui de l'autre. Il déposa un baiser au coin de sa mâchoire, avant de relâcher la pression sur ses épaules, et de retourner s'asseoir à la table. Un instant, Draco Malfoy eut l'impression de sombrer dans une étendue d'eau glacée. Potter l'avait touché. Potter lui avait donné un b… Le sang-pur savait qu'il aurait dû se sentir sali, agressé par ce geste, mais la seule chose qu'il ressentait était le sang qui bourdonnait à ses oreilles. Il observa un instant son ancien ennemi trempant distraitement la pointe de sa plume dans l'encrier. Tout son corps était à présent mobilisé dans l'exercice de l'écriture : les pieds croisés sous la table, les avant-bras posés sur le plan de travail, dans une attitude tellement naturelle et décontractée que Draco avait l'impression qu'il aurait pu passer des heures à l'observer. Une petite mèche de cheveux noirs lui retombait sur la figure, comme un trait tiré sur le passé.
Certains jours, il était taciturne, il ne laissait échapper que quelques mots sans queue ni tête qui n'étaient en fait, avait découvert Draco, que des extraits de ce qu'il écrivait sans relâche. D'autres, au contraire, il apparaissait presque normal, réagissant calmement à ce que lui disait son interlocuteur. Aujourd'hui, pourtant, il semblait particulièrement excité, et c'était ces jours-là qu'il était le plus imprévisible.
Des coups secs retentirent sur la porte de la cave, suivis bientôt par l'entrée fracassante de Ginny dans la pièce. Elle tenait deux parchemins identiques à la main.
- Celui-ci vient d'arriver pour vous, monsieur Malfoy, fit-elle d'un ton presque accusateur en lui en tendant un. Il semblerait que nos enfants se soient encore attiré des ennuis.
- Je règlerai le problème, répondit-il en arrachant le papier des mains de Ginny. J'ose espérer que votre fils va se plier à l'attitude honorable exigée pour un membre de la noble maison Serpentard et qu'il arrêtera de déteindre sur le mien.
Sur ces derniers mots, il quitta la pièce, essayant de ne pas tenir compte du rire de Harry qui s'élevait dans l'escalier, suivi de quelques mots.
- Jolie façon de se déculpabiliser, Malfoy !
La porte d'entrée claqua derrière le très noble monsieur Malfoy, qui transplana bientôt. Restés seuls, Ginny et Harry se dévisagèrent, contraints d'interagir réellement pour la première fois depuis très longtemps.
- Qu'est-ce que tu fais avec Draco ? demanda Ginny en tentant de camoufler la jalousie dans sa voie.
- J'écris un livre, sur tout ça.
Par tout ça, il désignait les journaux et autres documents empilés contre les murs. Ginny semblait se demander quelle conduite tenir, si cette situation pouvait ou non être bénéfique à son mari. Elle décida que si cette histoire avait réussi à le faire parler, elle ne pouvait pas être foncièrement mauvaise.
- Tu me promets que si tu finis ce livre, tout ça, ce sera fini ? Définitivement ?
- Si on arrive au bout, on fera ce qu'il convient de faire.
Ce n'était pas la réponse qu'attendait Ginny. Mais son mari venait de lui parler. De lui répondre. Et l'espoir renaissait, racine traitresse qui s'incrustait en elle, lui chuchotant que tout allait s'arranger, que ses enfants allaient avoir de nouveau un père, que peut être ce père allait de nouveau travailler pour nourrir la famille…
A quelques pas d'elle, Harry regardait fixement une tâche sur son plan de travail, immobile, la mâchoire pendante. L'atmosphère de la pièce lui sembla tout à coup étouffante, et Ginny s'enfuit dans les étages, vers la lumière du jour.
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- Ne faites pas de bruit, les enfants, chuchota Hagrid. Je crois qu'il y a quelque chose qui bouge dans les environs.
Un éclair blanc traversa la nuit, faisant sursauter l'héritier Malfoy. Son père allait en entendre parler, de sa retenue dans la forêt interdite. Il devait y avoir des lois contre ça. Il aurait préféré passer sa nuit à récurer des chaudrons plutôt que de devoir fréquenter le garde-chasse soi-disant professeur de Soins aux Créatures Magiques, en charge de la sureté de deux élèves, alors que l'homme lui-même était connu pour boire plus que de raison, habiter dans une masure avec tout un tas d'animaux et élever des Dragons dans sa cheminée. En plus, il se sentait responsable de la sécurité d'Albus, qui semblait prendre cette aventure comme une petite balade au clair de lune entre amis. Il discutait joyeusement avec Hagrid, marchait le nez en l'air au risque de se cogner contre les arbres, et avait marché dans un crottin de licorne, d'après Hagrid qui avait insisté pour prélever une partie de la substance pour la donner au professeur de potion. Il ignorait disait-il si cela pouvait avoir un intérêt en temps qu'ingrédient, mais mieux valait prévoir que de devoir revenir plus tard.
Scorpius entendit un souffle léger sur sa gauche. Se tournant lentement, il vit le plus magnifique spectacle qu'il lui fut donné de voir dans toute sa courte vie. Une licorne immaculée les observait, avec une expression si naïve que le garçon en fut ému. Elle semblait étrangement éclairée de l'intérieur, comme si sa pureté irradiait la nature autour d'elle, maintenant l'équilibre entre la nuit et le jour.
Sans avoir eu le temps de comprendre ce qu'il se passait, Scorpius vit soudain Albus entrer dans son champ de vision, s'avançant la main tendue vers la lumière. Il entendit Hagrid prendre une grande inspiration à ses côtés, comme pour mettre en garde le garçon, mais déjà, Albus Severus Potter avait rejoint la créature mythique. Celle-ci n'hésita pas un instant, et bientôt, une main enfantine caressait doucement les naseaux soyeux. La lumière sembla se propager à travers son bras, et l'enfant rayonna.
Albus illuminait la nuit.
Ne fuyez pas comme des voleurs ! Laissez-moi une review si ça vous a plu! Et même si ça ne vous a pas plus ! Exprimez-vous, pour une fois qu'on vous en laisse l'occasion !
