Son mauvais état d'esprit s'était envolé en fumée lorsque Grissom lui avait appris qu'il tenait vraiment à elle. Tout ce qui comptait maintenant c'était la tendresse dont il faisait preuve, il la serrait très fort dans ses bras.
Grissom semblait du même avis, il la berçait et lui caressait les cheveux. Il commençait à peine à se détendre, il s'était tellement inquiété pour elle, sa Sara. Malgré le bruit de la foule en bas qui hurlait de joie, ils semblaient ne rien entendre, trop concentrés sur leur intimité. Ils gardaient les yeux clos pour ne pas perturber leurs sens tactiles. Au bout de quelques minutes, quand il sentit que Sara était un peu plus calme, Grissom la guida vers la sortie. Elle devait passer des examens de santé, c'était le « règlement », même si elle n'avait rien. La tenant par la taille, les deux CSI sortirent doucement du bâtiment. A peine avaient-ils franchi la porte d'entrée que des pompiers étaient venus à leur rencontre. Des policiers faisaient barrage, pour empêcher les journalistes de se ruer sur eux.
Grissom relâcha Sara lorsqu'un des pompiers mit une couverture sur ses épaules. D'autres l'aidèrent à monter directement dans l'ambulance. Grissom la suivit et s'assit en face d'elle. Les EMT fermèrent les portes et l'ambulance avança doucement, pour ne pas blesser quelqu'un. Elle fit son passage dans la foule.
Les autres membres de l'équipe remontèrent dans la Tahoe et Jim dans sa Taurus. Ils sortirent les gyrophares pour pouvoir suivre l'ambulance Les agents de police qui étaient présents sur les lieux empêchaient les journalistes et les curieux de la suivre aussi.
Dans l'ambulance, Sara était silencieuse, elle semblait réfléchir à ce qu'elle avait tenté de faire. La tête baissée, elle évitait le regard de Grissom qui ne la quittait pas des yeux. Il se rapprocha légèrement d'elle afin de saisir ses mains.
« Eh… ça va aller maintenant, je suis là… » lui dit-il.
Sara leva les yeux et croisa le regard de son superviseur. Ils étaient emplis de douceur et se voulaient protecteurs et rassurants. Soudain une envie de pleurer la prit à la gorge et elle ne put empêcher les larmes de couler… elle était toujours sur les nerfs et était très fatiguée.
Grissom changea alors de place et vint s'asseoir à côté d'elle. Il la prit dans ses bras, Sara posa sa tête dans le creux de son épaule. Il ne savait pas trop comment s'y prendre pour la réconforter, en fait seul sa présence à côté d'elle suffisait. Ils restèrent ainsi jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'hôpital.
Il l'accompagna jusqu'à ce qu'une infirmière la prenne en charge et lui demande de rester dans la salle d'attente le temps le médecin vienne le voir. Sara se retourna alors vers lui et le regarda l'air de dire : « Ne me laisse pas. »
« Ne t'inquiète pas Sara, je reste là. »
Sara obtempéra alors et suivit l'infirmière tandis que Grissom s'assit dans la salle d'attente. Il fut rejoint par le reste de l'équipe cinq minutes plus tard. Il avait la tête baissée, le regard dans le vide… il pensait. Catherine l'interpella.
« Gil, on est là. »
Il leva alors la tête et se mit debout pour les accueillir. Nick commença la discussion.
« Comment va t-elle?
-Ça va aller maintenant… elle… doit se reposer. L'infirmière vient de l'emmener, le médecin ne devrait plus tarder à l'examiner.
-Et vous, ça va ? » Demanda Brass, rassuré de savoir que Sara était saine et sauve grâce à l'intervention de Grissom, et que celui-ci était de nouveau relativement calme.
-Oui…, ne vous en faites pas pour moi. »
Sans aborder directement le sujet de la nouvelle relation qui s'était établie - comme si chacun redoutait que Grissom puisse changer d'avis s'ils s'occupaient de sa vie privée - Warrick ne put s'empêcher de féliciter Grissom, suivi de toute l'équipe.
« C'est super ce que vous avez fait pour Sara.
-Oui… vous avez été là quand elle a eu besoin de vous et à votre place, je ne suis pas sûr que j'aurais eu autant de courage. » Dit Nick.
-On a eu peur vous savez. » Ajouta Catherine.
-… Moi aussi j'ai eu peur. » Avoua Grissom. Puis après quelques secondes de silence, il ajouta : « Je vais rester là, je vais m'occuper des formulaires à remplir... Catherine, je vous confie les commandes, je ne travaillerai pas ce soir. Et si Ecklie fait des histoires, dîtes-lui que Sara a besoin de mon soutien. Je dirais à Sara que vous êtes tous venus la voir. »
Tous comprirent où Grissom voulait en venir, il voulait rester seul avec Sara. Et au fond, il avait raison, Sara avait besoin de stabilité et de calme. Ils repasseraient la voir plus tard, quand elle sera bien reposée et plus apte à voir du monde. Ils tournèrent les talons et Brass avant de partir donna une petite tape amicale sur l'épaule de son collègue.
Grissom se retrouva seul à attendre le médecin qui ne tarda pas à arriver – après tout, Sara n'avait rien physiquement, elle était sur les nerfs et avait besoin de repos.
« Docteur Grissom ? »
Grissom était tellement absorbé dans ses pensées qu'il n'avait même pas remarqué que le médecin l'avait appelé « Docteur ».
« Oui… Comment va t-elle ?
-Mademoiselle Sidle est dans sa chambre, nous allons la garder une nuit. Elle est très fatiguée. Le psychologue viendra la voir à son réveil, en attendant, on lui a administré un sédatif. »
Grissom changea alors de tête, il paraissait rassuré à présent. Sara dormait, elle ne risquait plus rien. Il paraissait également gêné, comme s'il avait quelque chose à dire de spécial…
« … J'ai une faveur à vous demander… j'aimerais rester auprès de Sara cette nuit…
-J'ai entendu parler de ce que vous avez fait pour votre collègue docteur Grissom. » Le médecin se mit à sourire: « Je vous accorde votre faveur, ce sera mieux pour mademoiselle Sidle… Veillez bien sur elle.
-Comptez sur moi. Merci beaucoup.
-C'est normal… je dois vous laisser, d'autres patients m'attendent. Je repasserai revoir votre collègue avant qu'elle ne sorte. Au revoir.
-Encore merci docteur. Au revoir. »
Grissom ignorait totalement ce qu'il s'était passé en bas pendant qu'il essayait de sauver Sara. Il ne savait pas que des journalistes avaient réussi à enregistrer et à diffuser ce qu'ils s'étaient dit. Lui qui ne montrait jamais ses sentiments…
Il se renseigna sur le numéro de la chambre et s'y rendit. Il poussa tout doucement la porte pour ne pas surprendre Sara et entra sur la pointe des pieds. Sara dormait paisiblement, ce qui différait complètement de son état lorsqu'elle ne dormait pas. Grissom prit la chaise qui se trouvait adossée au mur, l'approcha du lit et s'assit à côté d'elle. Il ne put s'empêcher de repousser la mèche de cheveux qui retombait mal sur le visage de la jeune femme. Les traits de son visage n'étaient plus crispés, ils étaient doux. Elle avait l'air d'un ange. Au passage de sa main, Sara frissonna, c'était un réflexe car la jeune experte dormait profondément, assommée par les somnifères qu'on lui avait administré. Grissom prit ensuite la main de sa collègue et lui murmura :
« Je suis désolé. »
Il regrettait de ne pas lui avoir parlé avant il considérait que c'était en grande partie à cause de lui si elle se trouvait ce soir dans cette chambre d'hôpital. Il s'en voulait de ne pas être à la hauteur de ses espérances.
Bon nombre de fois, il s'était demandé comment Sara pouvait s'intéresser à lui, lui qui était si froid, si peu sociable. Qu'est-ce qu'elle lui trouvait d'intéressant ? c'était une question à laquelle il ne trouvait aucune réponse il n'avait pas le même âge tout d'abord, il était son supérieur hiérarchique, il n'avait rien de drôle, rien de touchant, il ne se trouvait pas beau. Il était marié à son travail, ce qui avait posé plusieurs fois problèmes à ses anciennes conquêtes. Il était considéré comme étrange, adulant ses petites bêtes comme s'il s'agissait de ses amis d'enfance. Grissom ne se trouvait rien et c'était là son problème avec Sara Sidle : il lui trouvait beaucoup de chose et lui n'avait rien. La Belle et le Clochard. Mais il omettait un détail : dans l'histoire la Belle finissait avec le Clochard. Sara était intelligente, attentionnée, attentive, très professionnelle, faisant le don de soi – quelque fois même à son détriment à elle – jeune, belle, combative – bien que dernièrement elle ait eu tendance à baisser les bras - aimante. Elle aussi était mariée à son travail, peut-être même plus que lui encore. Elle ne l'avait jamais déçu.
Atteint lui aussi par la fatigue, il se laissa tomber dans les bras de Morphée, ne lâchant pas la main qu'il serrait gentiment.
