Dans le plus profond de ses beaux yeux noirs, Amita ressentait le besoin primaire de se poser, de respirer. Elle marchait tranquillement, sans se presser. Elle arriva bientôt devant l'école qui traduisait l'entrée de Mohinder dans la vie américaine. La belle mathématicienne regarda sa montre tout en passant au près d'un jeune couple attendant, eux aussi, leur enfant. Car il s'agissait bien de cela, Amita n'était plus seule malgré le vide, presque troublant et évident, qu'avait provoqué la mort de son double, la mort de son grand frère… Son avenir était bouleversé, presque anéantit. Faire face pour élever Mohinder, s'occuper d'un enfant qui n'avait plus aucun repère.
Le petit homme avançait néanmoins sans pleurer, d'ailleurs, Alan avait plusieurs fois fait remarquer à Amita les ressemblances entre le petit nouveau et son fils ainé. Apprendre la langue de ce pays et parler sans souffrir, sans penser au vide et à l'absence des êtres les plus importants de sa vie. Mohinder avait tant à surmonter…
Amita leva la tête, un couple venait de prendre place près de la grille de l'école primaire. La belle indienne leva discrètement les yeux, un petit sourire apparut sur ses lèvres : tout n'était pas si noir…
Depuis cette triste nouvelle, Charlie et elle ne formait plus qu'un. Tout allait pour le mieux, une réelle petite famille, lui, elle et Mohinder. Il y avait désormais un « eux ». Alors que sa vie soit à néant, peut être pas, son frère lui avait laissé le plus beau des cadeaux, une partie de lui-même, un ange.
Le grésillement strident de la sonnerie rappela Amita à l'ordre. Une agitation presque brutale et un flot de bambins de huit à dix ans arrivèrent en courant. L'un deux attira spécialement l'attention de la jeune femme : assez grand pour son âge, châtain clair, il se dirigea vers le premier couple qu'Amita avait remarqué.
Soudain, un mauvais pressentiment la fit pivoter vers la gauche. Son sang ne fit qu'un, ses yeux s'arrondirent.
« Mohinder, mais qu'est ce que… ? »
Honteux, Mohinder baissa la tête et murmura quelques mots indous, Amita plissa les yeux, son souffle fut plus saccadé.
« Non Mohinder, je ne suis pas en colère, je veux juste comprendre… »
Mohinder leva la tête, une ombre se porta au dessus de l'épaule d'Amita et une force la fit brutalement se tourner vers un homme de grande taille.
« Excusez-moi mademoiselle !dit-il avec une certaine forme de mépris.
Oui ?
Je suis Harold Dikam, le père d'un des élèves de la classe de… »
Il pointa Mohinder du doigt, son regard fut froid et hostile. Amita lui tendit la main, choisissant de ne pas prendre en compte les allusions de l'homme.
« Mohinder, enchantée, moi c'est Amita Raminujan… »
L'homme évita sa main et prit tout de suite une autre posture, plus autoritaire.
« Ecoutez-moi ma belle dame, vous et votre indien, si vous approchez encore de mon gosse, je ne laisserais pas faire !
Comment ?s'indigna Amita.
Comment ça ? Je ne suis pas assez clair ? Vos fesses de bouddhiste et vos paroles de zoulou, si elles approchent encore Théo, je vous fais la peau !
(s'adressant à Mohinder) Tiens, prend mon téléphone et appelle Charlie, j'arrive mon poussin… (à monsieur Dikam) Quant à vous, je vous interdis de me parler sur ce ton ! Alors vous et vos fesses de racistes pour le moins finit, si vous osez toucher ne serait ce qu'à un seul cheveu de mon fils, je saurais me défendre ! »
Harold Dikam la saisit par le bras et serra son emprise. Ils se regardèrent puis après un moment il la lâcha pour faire demi -tour. Amita replaça nerveusement quelques mèches derrière son oreille puis courut vers Mohinder, elle lui prit la main et se mit à courir. Elle ne voulait plus le lâcher, elle n'avait pas le temps, elle voulait juste protéger son fils.
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Profitant de sa pause déjeuner, l'agent David Sinclair avait prit la décision d'aller voir Liz pour tirer toute cette histoire au claire. Il actionna la sonnette et attendit que la jeune femme lui ouvre. La porte finit, en effet, par s'entrouvrir mais le visage qu'elle découvrit était bien loin de celui que David s'attendait à voir.
« Charlie ?
David ? Qu'est ce que tu fais là ?
J'viens voir Liz.
Je peux pas te laisser entrer, désolé…
Quelqu'un va se décider à me dire pourquoi Liz reste enfermée chez elle ? »
Le jeune homme s'était emporté, il ne voulait pas se montrer agressif mais le secret qui entourait Liz lui faisait craindre le pire. Se calmant, David reprit :
« Il faut que je sache Charlie, je pourrais peut être l'aider.
Personne ne peut l'aider… »
Charlie n'avait pas voulu le blesser mais la phrase lui avait échappée. Toute la douleur et l'horreur qui l'entouraient, finissaient par le terrasser peu à peu.
« Charlie ? »
Le jeune homme réfléchit de longues secondes avant de finalement laisser le passage libre à David. Don ne devait pas être au courant et il était risqué de confier ce « secret » à une personne aussi proche de lui mais David était un homme de confiance. Il ne restait plus qu'à trouver les mots pour annoncer à quelqu'un qu'une amie avait vécu la pire des épreuves. David poussa un soupir de soulagement et entra dans l'appartement.
« Où est-elle ?
Dans sa chambre mais n'y vas pas, il faut que je t'explique avant… »
David lui lança un regard inquiet avant de prendre place sur le canapé.
« Voila…si Liz ne sort pas c'est que… »
Charlie s'interrompit, incapable d'en dire d'avantage. David s'approcha de lui, conscient de la dureté de prononcer certains mots, il espérait seulement que se serait réparable.
« Dis-moi, Charlie…
Elle a était…agressée et …
David écarquilla les yeux de stupeur, il n'avait quand même pas osé… C'était impossible, tout simplement impensable. Pas elle…
« Tu veux dire que quelqu'un l'a… »
Lui aussi incapable de prononcer le moindre mot supplémentaire, il assista, impuissant, au hochement de tête de Charlie, lui confirmant la pire horreur que pouvait commettre un homme, ou celui qui se prétendait être un homme alors qu'il n'était que la pire des animaux.
« Mon Dieu ! »
Les deux hommes restèrent longtemps silencieux, les yeux dans le vague, ils n'osaient même pas imaginer ce que ressentait Liz. Une infinie succession d'images défilèrent dans leurs esprits. Dans un sursaut de dégout, David se releva et pesta :
« J'vais retrouver l'enfoiré qui a fait ça ! »
Après un dernier regard échangé avec son ami, David se tourna vers la chambre de leur amie puis il partit d'un pas rageur. On ne s'en prenait pas impunément à sa famille !
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Le rétroprojecteur se ferma et de multiples agents du FBI sortirent calmement de la salle de réunion. Don trainait à ranger ses affaires, discutait avec une certaine Habby Grey, nouvelle recrue. Un large sourire s'était installé sur son visage tandis que la jeune femme jouait avec une mèche rebelle.
Megan regardait, impuissante, la scène, une boule de nervosité dans son estomac se formait au fur et à mesure que la jeune femme s'approchait de Don. « Bon sang, c'est pas le moment, Don ! » le supplia-t-elle. Ne pouvant en supporter d'avantage, elle s'approcha d'eux prétextant un manque de temps.
« Don, il faut y aller, c'est important.
J'arrive, je finis de débarrasser et je te rejoins. »
Megan faillit hurler, elle posa le dossier sur la table, elle en avait trop vu en trop peu de temps, des explications s'imposaient.
« Je peux te parler en privé ? » dit-elle froidement.
Don la dévisagea, il finit tout de même par s'excuser et demander à Habby de l'attendre dehors.
« Quoi ?
Don, réfléchit un peu !
Je te suis pas Megan…
Tu cherches quoi au juste ? Liz n'est pas la une matinée et tu fais les yeux doux à une autre !
Quoi ? »
Don n'en revenait pas, il s'était planté devant son amie, attendant la suite de ses explications.
« Tu veux dire quoi ?
Tu cherches à tout faire foirer, Don réveilles toi tu vas finir par la perdre !
Depuis quand tu te mêles de mon histoire avec Liz ? je peux savoir ce qui te prend ?
Don…
Non Megan, ce que je vis ave Liz ne regarde qu'elle et moi ! (il baissa les yeux) elle pourrait me téléphoner, mais mademoiselle se fait désirer, je ne suis pas son larbin !
Tu te venges ? lui demanda Megan excédée.
Je vis ma vie ! » lâcha Don.
Megan sentit tout son corps lui faire faux bond, une sensation d'impuissance et une colère l'immobilisa tandis que Don passait une main dans ses cheveux, trop énervé pour réfléchir correctement. Quand il croisa le regard de Megan, il regretta aussitôt ses mots.
« Tu n'est pas digne d'elle, t'es qu'un pauvre type, Don… »
Megan récupéra son dossier et partit dans la pièce voisine. Don la suivit et retomba nez à nez avec Colby. Celui-ci lui barra la route :
« Laisse tomber, solidarité féminine ! »
Don sourit alors que Megan avait disparu au détour d'un couloir.
« Deux filles dans l'équipe c'est trop pour moi ! dit Don épuisé.
Ouep ! je te plain ! »
Colby le tapa sur l'épaule et partit rejoindre Megan. Don quant à lui fit signe à Habby qu'il serait bientôt près. Il souffla et s'avança. Un sourire naquit sur son visage, au boulot.
