Je profite un instant de votre passage pour remercier toutes celles qui m'ont laissé des reviews, c'est une petite fierté pour moi, mille mercis. Dans cet OS (commencé il y a quelques mois et terminé ce soir), je reprends un thème de prédilection, une alternative à l'histoire originale. Mon OS commence au départ d'Edward au début de New Moon.
OS – Détour 2
Couple: Edward et Bella
Rating: M
PDV Bella
« Ce sera comme si je n'avais jamais existé. » me déclara-t-il.
J'étais dans un état second, hébétée mais pas vraiment surprise. Qui sur cette terre serait assez bien pour lui ? Pas moi, évidemment. J'avais craint ce réveil brutal, je savais que je souffrirais au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. Quand il disparut, j'eus un sursaut de courage et je m'engageai dans les bois à sa poursuite.
Des heures durant, j'errais, totalement perdue. J'essayais en vain de me souvenir de ce que mon père m'avait appris quand j'étais enfant, comment se repérer grâce aux étoiles. Mais la couverture verte des arbres et le ciel nuageux ne m'aidèrent pas.
J'étais épuisée mais j'aurais pu continuer toute la nuit. Une vive douleur au pied droit n'était rien comparée au trou béant qui s'était creusé dans ma poitrine. À chaque seconde, ce trou s'agrandissait, aspirant mon envie de vivre.
J'avais contemplé la plus merveilleuse lumière, et je retombais brusquement, douloureusement dans un noir complet. Mes yeux avaient été éblouis, sans lui, je devins aveugle.
Je trébuchais pour la énième fois et finalement je m'abandonnai sur le sol froid et humide, ma joue à même la terre et cette mousse que je détestais tant. De toute façon je ne le rattraperais pas. Il était sûrement déjà à des centaines de kilomètres de moi.
J'allais mourir là dans cette forêt, que j'avais quelques temps considérée comme mon enfer personnel, et qui serait donc mon tombeau. Avec lui, j'avais aimé me promener dans les bois, j'avais appris à aimer le vert, à ne pas pester contre chaque jour de pluie, puisqu'il était mon soleil.
J'allais disparaître, petite chose insignifiante. J'avais connu un bonheur inespéré, j'avais assez vécu, j'étais prête à mourir. Aussi je fermai mes yeux, me remémorant son regard, sa peau, sa voix, ses mains, son odeur et surtout sa bouche.
« Je t'aimerai par delà ma mort. Adieu. » murmurai-je.
Je sombrai, un sourire aux lèvres. Une mort douce en somme, mourir parce que vivre sans lui n'était pas vivre.
Je me réveillai au chaud, une odeur de café dans les narines. La mort n'était donc pas venue… Je m'assis dans mon lit, soupirai et finalement repoussai les couvertures. Puisqu'une mort douce ne m'était pas proposée, j'allais devoir forcer les choses.
Malheureusement, mon père entra alors que j'allais quitter ma chambre, vaguement habillée.
« Oh Bella, tu es enfin réveillée ! Mais que s'est-il passé ? »
Son ton m'alarma, combien de temps avais-je dormi ? Pourquoi cette inquiétude et cette peur dans ses yeux ?
« Il est parti. » soufflai-je.
« Je… Oui je suis au courant, mais pourquoi être allée en forêt ? Je t'ai déjà dit que c'était dangereux, surtout pour quelqu'un comme toi… »
Il avait beau être plein de bonnes intentions, je me vexai.
« Quelqu'un comme moi ? Je sais marcher, je te signale ! »
« Tu m'as compris, Isabella. Tu as la cheville foulée, tu t'es ouverte le front et on t'a retrouvée gelée. Tu t'es perdue ? »
« En quelque sorte. » ironisai-je pour moi-même.
Oui je m'étais perdue, dans un monde merveilleux où l'homme le plus parfait avait posé ses yeux sur moi et m'avait laissée l'aimer. Ce monde s'était écroulé, j'étais égarée, sans savoir quelle était la prochaine étape.
« Mais… tu comptais aller où ? » me demanda-t-il en me détaillant de la tête aux pieds.
« Nulle part, enfin si au lycée. »
« C'est samedi aujourd'hui. »
J'avais donc dormi près de quatre jours, je me souvenais désormais de quelques moments de lucidité, mais décidée à mourir, j'avais apparemment réussi à forcer mon corps. Pas étonnant que mon père fût si inquiet. J'étais d'ailleurs surprise qu'il ne m'ait pas directement amenée à l'hôpital.
« Alors je vais faire un tour. » déclarai-je d'un ton aussi neutre que possible.
« Euh, mais tu es sûre de pouvoir conduire ? »
« Je me suis assez reposée, Char… papa. »
« Ta cheville n'est pas encore guérie, le docteur m'a dit que tu devrais attendre au moins dix jours avant de pouvoir marcher vite ou conduire. »
« Génial » maugréai-je.
« Viens, je vais t'aider à descendre pour manger un morceau. » me proposa-t-il en attrapant mon bras puisque je ne réagissais pas.
Il me surveilla tout le weekend. Et finalement le lundi suivant, je repris le chemin du lycée. J'arrivai à mettre un pied devant l'autre mais impossible de saisir ce que l'on me disait, de prendre la moindre note. J'étais collée le jour même.
Je ne me rendis pas à la cafétéria pour déjeuner puisqu'ils ne seraient pas là et que je n'avais pas faim. Je n'avais mangé ce matin que pour faire taire mon père. En retenue, je passai l'heure à regarder par la fenêtre la forêt. J'allais y retourner et cette fois-ci on ne me retrouverait pas, me promis-je. J'eus une pensée pour mes parents, les seuls qui allaient vraiment se rendre compte de mon absence, j'allais les rendre malheureux. Devais-je écrire une lettre pour expliquer mon geste ?
Je serrai dans la poche de mon jean le petit couteau canif que j'avais dérobé le matin même dans la chambre de mon père. Plus que quelques minutes et je partirais, constatai-je avec soulagement. Hélas, à la sortie, mon père m'attendait. Il me regarda sévèrement.
« Je suis arrivé il y a une heure et comme tu n'étais pas là, je suis allé au secrétariat. Bells, tu dois te reprendre et vite. Tu ne vas pas gâcher tes études pour un garçon ! Je sais que vous étiez proches mais… »
« Je l'aime. » le coupai-je sèchement.
« Rentrons. »
Sur le chemin du retour, il ne m'adressa pas la parole mais il me guettait du coin de l'œil, hésitant. En arrivant, je montai directement dans ma chambre et ne redescendis pas pour le dîner. Mon père me laissa tranquille.
J'aurais pu partir la nuit, je ne dormais pas, mais je voulais retrouver la clairière où il m'avait emmenée quelques fois et je savais que je n'y parviendrais jamais de nuit. Le lendemain matin, Charlie me conduisit à nouveau et m'annonça qu'il serait mon chauffeur toute la semaine. Je ne fus plus en retenue, mon père avait expliqué au proviseur que je vivais une rupture difficile.
Je dus donc attendre le dimanche suivant pour être seule. Je lui avais menti, prétendant vouloir rendre visite à Jacob à la réserve, pour que mon père aille pêcher. J'avais réussi, j'étais seule et alors que je démarrai ma vieille Chevrolet, je pus enfin sourire.
J'avais tenté d'ignorer toute la semaine le trou dans ma poitrine. J'avais verrouillé mes yeux, n'avais versé aucune larme. De quoi me plaindrais-je ? D'avoir aimé un homme extraordinaire ? J'étais réaliste, jamais je n'aimerais autant, et surtout jamais je ne me laisserais approcher par un autre. Le monde avait perdu ses couleurs, tout était fade, sans intérêt. Il n'y avait aucune autre solution pour moi.
Je tapotai sur ma poche de manteau, le couteau était en place. Edward aurait pu apprécier ma petite mise en scène digne d'une tragédie grecque. Je me couperais les veines au milieu de notre clairière, le sang qui lui avait fait envie, gâché et répandu dans la terre.
Je mis plus de trois heures pour atteindre la clairière. L'herbe était encore très verte et quelques fleurs finissaient leur vie. Comme j'aimais cet endroit. Ici, je pouvais l'imaginer si facilement. Le trou sembla se réduire quelque peu. Je pouvais me remémorer notre premier baiser, son toucher si frais sur ma peau, ses yeux changeants et profonds, sa voix douce comme du velours.
Je m'allongeai au milieu de la trouée, fermai les yeux et saisis le couteau. Une idée me traversa l'esprit : et si je me plantai le couteau dans le cœur, comme Roméo ? Mais la lame était petite et j'avais peu de force hélas. Je polémiquai durant plusieurs minutes, les yeux toujours clos. Soudain un souffle glacial balaya ma gorge et je remerciai ma mémoire.
« Ouvre les yeux, stupide humaine ! »
Cette voix, je l'avais déjà entendue mais ne me souvenais plus où, ma mémoire était faillible. J'obéis, me relevai et découvris une créature à la chevelure rousse.
« Où est ton vampire ? » questionna-t-elle durement.
« Edward ? »
« Oui ! Je veux qu'il assiste à ta mort. »
Je souris et me rallongeai.
« Il est parti. » répondis-je.
« Leur maison est vide, en effet. Mais, il t'a laissée ici ? »
Elle ne cachait pas sa surprise. Au printemps dernier, Edward s'était montré extrêmement protecteur envers moi, elle ne comprenait pas pourquoi les Cullen ne vivaient plus à Forks et moi encore, ou pourquoi ils m'avaient laissée en vie.
« Oui. » répondis-je simplement.
« C'est toi qui l'a rejeté alors. Tu ne sembles même pas affectée par le départ de ton compagnon. »
Je me relevai et la fixai gravement.
« Non. »
Elle retroussa sa lèvre supérieure, me donnant l'image d'une chienne enragée.
« Où est-il ? » hurla-t-elle.
Qu'elle me tue, je m'en fichais bien de ma mise en scène, tant que le résultat restait le même. Mais il était hors de question qu'elle s'en prenne aux Cullen. Je réfléchis rapidement et me souvins de ce qu'Edward m'avait appris sur les Volturi.
« Il m'a parlé de l'Italie, des Volturi. Je crois qu'ils vont y vivre désormais. »
« Et tout ça sans torture, tu me gâches mon plaisir ! Ces blondasses en Alaska n'ont rien voulu me dire. »
« Je ne veux plus avoir affaire avec lui, avec toutes ces histoires de vampire. » mentis-je.
« Tu le voudrais mort ? » me demanda-t-elle énigmatiquement.
« Tu peux lui faire ce que tu veux. » mentis-je.
« Tu n'as pas peur ? » s'étonna-t-elle alors que je me recouchai dans l'herbe tendre.
« Bien sûr. »
« Il doit payer. Il a tué James. À cause de toi ! »
Elle se mit à trembler de rage. Tandis qu'elle m'assassinait du regard, je vis à la périphérie de ma vision un énorme loup noir. Il se jeta sur elle et croqua sa tête. Un autre loup, plus petit, mais toujours trop énorme pour être normal, s'approcha et arracha un bras et une jambe. Quand Victoria fut totalement démembrée, les loups amassèrent ses restes puis disparurent.
Un indien vint moins d'une minute plus tard me relever brutalement. Puis il alluma un feu et embrasa les débris de la rouquine. J'étais soulagée, elle était morte, elle ne pourrait pas blesser Edward, Esmé, Alice ou les autres. Mais j'avais une fois de plus été retrouvée. Le jeune indien me tira un peu fort quand je résistais, je sursautai en entendant un craquement d'os.
« Merde ! » pesta-t-il.
« Ramène-la chez son père. » dit une voix lointaine.
« Attends, je crois que je lui ai cassé l'épaule ! » lui répondit l'indien.
L'autre nous rejoignit et je me sentis happée par son regard. Il me faisait peur ! Enfin pas tout à fait, mais il était très intimidant. Il tâta mon épaule et je repris conscience de mes sensations. J'avais très mal. Le trou se manifesta à son tour tandis que j'étais portée sur l'épaule du second indien, le grand baraqué.
Il courut rapidement, évitant avec une grande habilité toutes les branches et racines. Je me retrouvai moins d'un quart d'heure plus tard dans une petite voiture bleue, direction l'hôpital, si j'en croyais mes geôliers. Je tendis l'oreille pour entendre leur conversation.
« Il est parti, on peut y aller. » assura le grand au plus jeune.
« Tu es sûr ? »
« Oui. Nous allons devoir patrouiller davantage maintenant que nous avons récupéré toute la ville. »
J'abandonnai et laissai mon regard se perdre dans le paysage qui défilait.
Deux heures plus tard, mon père me fit de nouveau une crise. Une épaule déboîtée, en plus la droite ! Je serais sacrément handicapée pour les cours. Je jubilais intérieurement, j'allais avec un peu de chance être dispensée de lycée pour plusieurs jours et me retrouver seule !
Le soir même tout mon enthousiasme s'évanouit quand j'eus ma mère au téléphone. Elle me fit redescendre sur terre avec ses cris et ses larmes. Elle avait compris mon intention de mourir, elle était folle d'inquiétude, avait passé un savon à mon père qui lui ne me quitta pas des yeux durant toute la communication.
Mes yeux m'avaient finalement trahie, je sanglotais. Après que ma mère m'ait fait promettre de ne plus attenter à ma vie et de venir vivre chez elle dès la fin de mon année scolaire, après mon diplôme, je rendis le combiné à mon père qui ne le prit pas mais qui me serra très fort dans ses bras.
Mes pleurs n'avaient pas cessé de la nuit. Puis toute la journée suivante. Mon père me força ensuite à reprendre les cours et même si je ne pouvais pas écrire, mes notes étaient prises par mes camarades, les professeurs furent compréhensifs.
_oOo_
Les mois défilèrent et tandis que tous me crurent guérie de mon chagrin d'amour d'adolescente, je m'enfonçais en fait davantage. Je n'avais plus pleuré mais mon cœur battait en sourdine. Je me donnais l'impression d'être au ralenti alors que tout autour de moi allait très vite.
Mon père cessa peu à peu sa surveillance, reprit ses parties de pêche. À partir du mois de mars, nous passâmes tous nos dimanches à la réserve. Jacob, le fils de Billy me suivait d'un peu trop près et je l'avais repoussé en avril, ainsi que deux de ses amis. Qu'avaient donc ses jeunes dans la tête ? Je donnais le change en riant à leurs blagues, en souriant à qui était chaleureux avec moi, mais au fond j'étais transie de froid.
J'avais revu Sam, le grand indien et le plus jeune, Jared. J'avais depuis fait la connexion entre les légendes dont m'avait parlées Jacob un an plus tôt et ce qu'il s'était passé dans la clairière en septembre. Je n'en avais parlé qu'à Sam. Il ne m'avait rien appris de plus sauf qu'il n'y aurait sans doute plus d'autres loups puisque les vampires étaient partis ou morts. Je n'avais pas cherché à en savoir plus, et il m'avait assuré sa protection.
A l'été, mon diplôme en poche, je partis en Floride à reculons car j'étais triste de quitter le peu qui me reliait encore à Edward. Je promis à mon père de revenir souvent et me promis à moi-même de toujours retourner dans la clairière.
Je n'avais fait aucun choix d'études et mes parents m'avaient proposé de prendre une année pour bien réfléchir. Ma mère cessa rapidement de me dire que j'irais mieux, elle m'avoua qu'elle et Charlie s'étaient souvent parlés depuis mes tentatives de suicide et qu'ils savaient que j'étais encore en dépression.
C'était la première fois que quelqu'un mettait un mot sur mon état. Je dus prendre sur moi pour ne pas envoyer balader ma mère. Elle voulait m'aider et pour cela je lui en étais reconnaissante aussi je ne cherchais jamais à l'en dissuader. Il était pourtant évident que je ne m'en remettrais pas.
Contrairement à tous les pronostics, ceux de mes parents, des livres, des films, des magazines, le trou s'agrandit avec le temps. Je ne guérissais pas, j'apprenais seulement à cacher de mieux en mieux ma douleur. Je m'étais habituée peu à peu à cette lame aiguisée qui avaient ralenti mon cœur et ma vie.
L'été suivant, je n'avais toujours pas pris de décision quant à mon avenir. Mes yeux étaient secs depuis longtemps, je me sentais sèche, je ne pleurais plus. Mais ma peine était toujours de plus en plus vive et je pensais souvent de nouveau au suicide.
Ma mère m'offrit un voyage au Mexique pour deux semaines dans un bel hôtel. Mais la veille de mon départ, alors que je bouclai ma valise, j'eus un haut le cœur et partis vomir le peu que j'avais ingurgité au déjeuner.
Alors que je tentai de calmer ma respiration, je m'autorisais à repenser à ses mains fraîches, qui m'auraient à cet instant bien soulagée. Ensuite je courus sous mes couvertures légères en tremblant. Une heure plus tard, je défis ma valise et y mis le strict minimum, mes sous-vêtements, pyjama, jean et sweat et quelques effets personnels. Je cachai mon portable dans ma chambre. Je réussis au dîner à dissuader ma mère de m'accompagner à l'aéroport et pris donc la route le lendemain matin tôt en direction de Forks. Je n'avais prévenu personne, le but était de partir en douceur. Le voyage fut long mais agréable. J'avais laissé ma Chevrolet à mon père et ma mère m'avait acheté une Golf verte, équipée de la climatisation, le luxe.
J'arrivai le soir à Forks et pris la direction de la villa des Cullen. Tout était différent, pourtant pareil. J'entrai facilement à l'intérieur, la porte avait déjà été fracturée et je supposais que Victoria m'avait facilité la tâche. Heureusement que la villa était si éloignée et peu connue, aucun visiteur n'était venu et n'avait saccagé les lieux. Je souris en découvrant les draps blancs sur les meubles, l'électroménager en place, et même tout le linge de maison encore rangé dans les placards. Ils étaient partis si précipitamment.
Mais surtout le piano était encore là. Pour la première fois depuis près de deux ans, mes doigts frôlaient les touches noir et ivoire. Je me sentais enfin reconnectée à lui. Je montai ensuite à l'étage, directement dans sa chambre. Tous ses CD et ses livres étaient là et je l'en remerciai en silence. Puis je me couchai sur son canapé. Je sombrai enfin dans un sommeil lourd, ce qui ne m'était pas arrivée depuis son départ.
La nuit suivante, je me rendis chez Charlie, me garant à deux minutes de la maison. J'entrai en douce grâce aux clefs que j'avais pensé à emmener. Je récupérai quelques vêtements et repartis aussitôt. Je m'installai chez les Cullen et pus enfin respirer presque normalement. Je n'avais plus de masque à porter, je pouvais être malheureuse sans témoin, sans pitié, sans mentir.
Les jours passèrent entre mes journées dans la clairière et mes nuits sur son canapé. Je lisais de nouveau, je choisissais ses romans les plus usés et donc les plus lus. J'écoutais de nouveau de la musique, la sienne. J'avais même trouvé un CD de ses compositions, une copie de celui qu'il m'avait offert mais que je n'avais jamais retrouvé après son départ. Il m'avait pris toutes les preuves de son existence. Il ne se doutait pas à l'époque que j'aurais eu l'audace de vivre illégalement chez eux.
Je trouvai ensuite dans son dressing plusieurs paquets avec mon prénom écrit dessus. Des vêtements tous plus beaux les uns que les autres, des chaussures, de la lingerie, des sacs à main, des accessoires et quelques bijoux. Dans l'une des boîtes se trouvait une lettre à mon intention.
« Bon anniversaire Bella,
Edward n'a pas voulu que je t'offre tout cela lors de ta soirée pour ne pas t'embarrasser, mais je t'ai vue tous les essayer. Pense bien à me remercier quand tu auras cessé de faire ce caprice sur les cadeaux !
Il m'a promis de te les donner dans une semaine, alors bon anniversaire avec une semaine de retard !
Avec tout mon amour, ma chère sœurette,
Alice C.»
Pour mes dix-huit ans, elle m'avait offert d'abord une robe mais avait acheté tout cela pour plus tard. Je la reconnaissais bien là et pour lui rendre hommage, je pris le temps d'essayer chacun des vêtements.
Le lendemain de mon retour supposé, je décidai d'en finir. Vivre chez eux m'avait vraiment fait du bien. J'avais pu enfin laisser libre cours à ma douleur, je m'étais rapprochée de lui avant de quitter ce monde. Son absence m'était encore plus insupportable pourtant.
Je me préparai donc pour me rendre à la clairière, le couteau toujours sur moi. J'espérai sincèrement ne plus être dérangée mais en sortant de la villa, je découvris mon père assis sur le capot de sa voiture de patrouille.
« Bells. »
« Papa. »
« Ça suffit, tu rentres avec moi. »
« Non. »
« Tu vas recommencer, et je ne peux pas te laisser faire ça. »
« C'est trop difficile. » plaidai-je.
« Je sais, mais tu vas devoir vivre encore avec ce poids quelques années. Alice m'a prévenu. »
« Elle… elle est ici ? »
« Non, j'ai reçu un appel ce matin tôt. Je devais t'empêcher de partir de leur maison. Tu imagines l'état de ta mère ? Tu ne t'en soucies donc pas ? » tempêta-t-il.
« Papa, je n'arrive plus à faire semblant. »
« Alors ne le fais plus, mais tu dois vivre. »
Je m'effondrai sur le perron et il me rejoignit après avoir juré quelques fois.
J'avais l'impression de rejouer ma vie. Je me réveillai dans ma chambre chez Charlie. Il ne me laissa pas quitter mon lit durant trois jours, me nourrissant telle une enfant. Il me raconta l'année passée, ses parties de pêches, les fiançailles éclair de Jacob avec une jeune fille de la réserve, et aussi les derniers potins de la ville. Ma mère me sermonna par téléphone mais était rassurée de me savoir chez mon père.
« Papa, laisse-moi y retourner, au moins pour y dormir. » lui dis-je au soir du troisième jour.
« Tu connais ma condition. » argua-t-il.
« Je suis majeure, tu sais. »
« Oui, mais je ne te fais pas confiance. Écoute, je veux que tu sois honnête avec moi. Plus de mascarades et de mensonges. Je veux savoir quand tu vas mal et je veux tout faire pour t'aider à aller mieux. »
« D'accord, je te dirai tout mais laisse-moi vivre chez lui. J'en ai besoin, je ne peux rien y faire. »
« Marché conclu. Euh, au fait Bella. » hésita-t-il au seuil de ma chambre.
« Oui ? »
« J'ai fait quelques recherches, mais je ne les ai pas retrouvés. »
« Oh. »
« Désolé. J'aurais adoré lui botter les fesses, tu n'as pas idée. »
_oOo_
Le temps passa inexorablement et très vite grâce à ma routine, j'allais mieux. Vivre chez les Cullen, dans la chambre d'Edward en sachant que personne ne m'en délogerait, se révélait une cure très efficace. Le trou avait réduit de moitié. Je me sentais tellement liée à lui et j'espérai qu'Alice le verrait et prendrait contact avec moi. Même si je ne reçus jamais de nouvelles des Cullen, je recevais souvent de nouveaux vêtements, livres et divers cadeaux. Ce n'était pas signé mais je savais que mon amie était derrière l'anonyme expéditeur de ces présents.
Quatre ans plus tard, je squattais toujours la villa. Mon père avait réussi à légaliser la situation. Il avait voulu transgresser la loi, il estimait que puisque les Cullen avaient littéralement abandonné leur maison, elle me revenait. Mais Alice, encore une fois, était intervenue et Carlisle m'avait « offert » la maison. Sur le papier j'étais donc la propriétaire de la villa, je me sentais cependant plus chez eux que chez moi. J'étais encore un peu dans leur univers, accompagnée de leurs souvenirs. Je me repassai souvent des vidéos qu'Emmett avait faites depuis ces quarante dernières années et même si je m'étais étonnée qu'ils n'aient pas emportés tous ces souvenirs, j'étais si heureuse de pouvoir ainsi voir Edward et entendre sa voix, de les entendre tous rire.
Charlie m'avait traînée si souvent au poste de police pour m'occuper que j'avais finis par travailler pour lui et j'étais entrée à l'académie de police de l'État de Washington. J'étais rarement sur le terrain, plutôt gratte papier mais un espoir avait grandi en moi ces dernières années et je comptais bien utiliser mes passe-droits pour retrouver la famille Cullen. J'en savais peu sur eux et leur passé mais j'avais du temps, beaucoup de temps.
J'aimais toujours Edward, passionnément, entièrement. J'évacuais régulièrement mes pulsions solitairement, je n'avais laissé aucun homme m'approcher. J'étais encore vierge à vingt trois ans. J'avais gagné en maturité, j'étais une femme sûre de moi et séduisante. Pour autant, je n'avais jamais usé de mes charmes pour obtenir quelque chose.
J'avais été affectée à Port Angeles et le travail ne manquait pas. J'étais entourée d'hommes jeunes et arrogants mais m'étais vite faite une réputation de « Reine des glaces ». Ils avaient tous cessé leurs tentatives de séduction en quelques mois et mon travail devint moins stressant.
Mon enquête sur Edward et les siens me prenait tout mon temps libre et mes congés, si bien qu'au dernier Noël, Renée avait fait le voyage avec Phil pour me voir car je refusais de les rejoindre.
Chaque piste était étudiée, je retrouvai les traces de leur vie « d'avant », sauf pour Carlisle, qui lui était né plusieurs siècles plus tôt et dans un autre pays. Grâce à ces informations, je les cherchais avec leurs anciens noms dans tous les registres du pays, mais ils étaient soit très discrets soit à l'étranger.
Les portes se fermèrent une à une et quand je n'eus plus d'autre option, je n'eus plus de but, plus de motivation. Je retombais dans ma dépression. J'avais envisagé un temps m'engager dans l'armée et y mourir, mais je ne pouvais pas me passer de la clairière et malgré mes réticences, ma vie me convenait finalement. Je vivais encore et toujours dans son souvenir.
Un an plus tard, je fus mutée à Forks. Le collègue de mon père ayant déménagé à Seattle. Travailler avec Charlie était bizarre mais agréable. Nos silences ne nous angoissaient pas, nous étions plus proches que jamais. Il s'était fait une raison, je ne me marierais pas, resterais célibataire.
Je pris la résolution de sortir Charlie de sa coquille et de son train-train. Il ne portait plus le deuil de son mariage avec Renée depuis longtemps mais s'était habitué à être seul et n'avait jamais fait d'efforts. Finalement, je me trouvais une autre quête, avoir une belle-mère. En quelques mois, grâce à mes efforts et à mes pressions sur mon père, il avait eu quelques rendez-vous et même si rien n'en avait résulté, il était devenu moins bourru, plus à l'aise avec la gente féminine.
Un soir d'été, en rentrant d'une promenade à la clairière (je la rejoignais en une demi-heure désormais), je découvris une jeune femme magnifique assise dans le salon. Un vampire, végétarien. Elle était blonde, élancée, des jambes interminables et des yeux dorés.
« Tu dois être Bella. »
« Oui, et vous ? »
« Je suis Tanya. J'ai voulu rendre un service à Alice et j'ai été soulagée de constater que la maison était toujours habitée. »
J'étais coincée, mais un espoir éclipsa soudainement le trou dans ma poitrine.
« Quel service ? » m'enquis-je.
« Un bijou. »
« Oh, je peux vous montrer sa chambre. »
Elle me suivit, un sourire collé à son visage. Je repensai au clan des Denali, en Alaska et il me semblait bien avoir entendu parler de ces trois sœurs, dont une se nommait Tanya. Victoria avait aussi évoqué ces « blondasses » qui ne lui avaient rien révélé sur les Cullen.
Tanya trouva très rapidement ce qu'elle cherchait puis retourna s'asseoir au salon. Je pris place dans un fauteuil et attendis.
« Veux-tu que je leur parle de toi? » proposa-t-elle.
« Oui. Enfin juste que je continue de pendre soin de la villa. » soufflai-je en jouant nerveusement avec mes doigts.
« C'est d'accord, mais je ne pense pas que cela changera quoique ce soit. Edward est persuadé d'avoir fait le bon choix. »
« Oui, bien sûr. Je ne … je ne cherche pas à… » je ne savais pas quoi lui dire.
« Tu as l'air malade. »
« Non, je suis toujours comme ça. »
« Je vois. Tu vis seule ici ? »
« Oui. »
« Vous vous ressemblez tous les deux, pas étonnant qu'il t'aime à ce point. »
Pourquoi utilisait-elle le présent en parlant de ses sentiments ?
« Je ne l'ai pas vu depuis au moins deux ans, mais aux dernières nouvelles, il recherchait toujours cette Victoria. »
J'eus un hoquet de stupeur. Tanya attendit patiemment, un sourcil curieux relevé.
« Elle est morte, deux semaines après leur départ. » lui appris-je.
« Oh quel gâchis, si seulement nous avions su... Son ami Laurent est resté, lui et Irina filent le parfait amour. Pauvre Edward. Il tenait le coup grâce à ses recherches. Maintenant que tu es hors danger, il va… Et puis zut ! »
Elle se leva gracieusement et vint s'agenouiller à mes pieds et me prit doucement les mains.
« Bella, il n'est plus rien sans toi et je vois que tu tiens difficilement le coup. Cela fait six ans mais tu n'as toujours pas tourné la page. Il t'aime tant. Je n'avais jamais vu un homme aussi malheureux que lui. »
Mes yeux s'embuèrent tandis que Tanya me répétait qu'Edward m'aimait, qu'il avait passé six ans à chasser un fantôme pour me protéger et qu'il avait prévu de mourir quand je m'éteindrais.
« Mais il … c'est impossible… » balbutiai-je.
« Bella, crois-moi. Je suis pourtant celle qui aurait le plus voulu qu'il t'oublie, mais rien n'y fait. »
Je ne comprenais pas tout de ces paroles, je ne pouvais y croire.
« Non, je ne suis pas assez bien pour lui, il m'a dit que… » sanglotai-je, tentant de tuer dans l'œuf l'espoir de le revoir.
« Au contraire. Il t'a quittée pour te préserver, pour que tu aies une vie sans danger. Et aussi…»
« C'était donc bien à cause de mon âme. Il refusait de me transformer. Mais jamais je ne pourrais supporter de vieillir à ses côtés. »
« Bella, je veux bien t'aider mais ça ne dépend pas de moi. » me réconforta-t-elle en essuyant mes joues inondées.
« Transforme-moi ! Si je suis déjà un vampire, il ne pourra plus… »
Nous fûmes interrompus par une sonnerie stridente. Tanya ne décrocha pas et sonda mon regard.
« Non, je n'y arriverai pas. » soupira-t-elle quelques instants plus tard.
« Je comprends, tant pis. »
« Par contre, je peux demander à Eleazar. Tu veux bien ? » me demanda la blonde avec un grand sourire.
Je pris dix minutes pour fourrer quelques vêtements dans un sac de voyages et prévins Charlie que j'avais enfin une piste pour les Cullen. Il soupira mais me souhaita quand même bonne chance.
Tanya me convainquit de voyager sur son dos car le voyage serait moins long jusqu'à Vancouver où les Denali vivaient depuis un an. Je ne pensais à rien durant le trajet, mes yeux étaient souvent fermés mais parfois le paysage valait le coup d'être admiré et alors Tanya faisait un court arrêt.
Quand nous rejoignîmes les Denali, je fus accueillie par Eleazar et Carmen. Tanya lui relata sa visite et ma demande. Les deux vampires acquiescèrent puis m'expliquèrent comment tout allait se dérouler. Tanya m'apprit également qu'Alice avait tenté de la joindre pour l'empêcher de me transformer, car elle aurait échoué et m'aurait tuée. Alice n'avait pas rappelé ensuite ce qui signifiait que j'avais sa bénédiction.
Je devins vampire une semaine plus tard, j'avais prévenu mes parents que je ne reviendrais pas. Pour faire accepter mon éloignement, je leur fis croire que j'avais retrouvé Edward et que nous nous apprêtions à faire le tour du monde en amoureux.
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Je n'avais pas voulu réfléchir à la manière de retrouver Edward ni à la réaction des Cullen. J'avais patienté deux mois avant de revoir enfin Alice. Je m'étais plus ou moins bien intégrée aux Denali, je passais le plus de temps possible à chasser loin de toute présence humaine. Mes yeux devinrent peu à peu moins écarlates, ma soif était facilement gérable. Eleazar diagnostiqua en moi un don de protection très efficace. Il était cependant persuadé que le fait d'avoir voulu, en toute connaissance de cause, être transformée m'avait rendue moins assujettie à la soif. J'étais un nouveau-né, mais pas sauvage.
Alice resta une dizaine de jours et me raconta tout ce que j'avais loupé de leurs vies, elle avait définitivement rétabli la vérité. Edward m'aimait toujours, il était tout aussi désespéré que moi. Toute la famille Cullen m'attendait avec impatience. Esmé avait supplié Edward de revenir en lui taisant la vraie raison.
Je pris la route avec Alice, en courant, jusque dans les confins de l'État de l'Illinois. Les Cullen m'accueillirent très chaleureusement, nous passâmes près de trois jours dans leur immense salon à discuter. Ils furent mortifiés en apprenant ma dépression et ma longue traversée du désert de ces dernières années. De mon côté, je pris conscience de leur attachement envers moi.
Edward prévint enfin de son retour deux semaines après mon arrivée en Illinois. J'étais persuadée désormais que tout allait rentrer dans l'ordre. Puisqu'il m'aimait et que je l'aimais mille fois plus, rien ne nous empêcherait d'être heureux. Rien sauf peut-être son goût trop prononcé pour les drames.
Rose et Alice passèrent plus de dix heures à me préparer. J'étais parfaite, époustouflante. Mais quand Edward me vit, il s'effondra, murmurant des paroles incohérentes. Je me postai en un clin d'œil à ses côtés.
« Tu n'es pas heureux de me revoir ? »
« Je suis mort, c'est ça ? »
« Non… je suis là pour toi Edward. »
« Pourquoi ? Je ne te mérite pas… Oh mon amour, je ne peux pas croire que tu aies fait ça… Tu as voulu mourir. Par ma faute. »
« Comment le sais-tu ? »
Je me retournai et constatai que la famille venait de quitter la maison par la porte arrière.
« Alice vient de me faire un rapide résumé de ce que tu as vécu… Je suis tellement désolé… Je ne te mérite pas. »
« Ne le dis plus. Contente-toi de m'aimer… »
Ses lèvres se posèrent brutalement sur les miennes, me faisant découvrir des milliers de sensations inédites et enivrantes. Ses bras m'emprisonnèrent, ses mains m'agrippèrent, son corps se plaqua contre le mien. Mon cœur pourtant véritablement mort sembla se réveiller. Le trou de ma poitrine se referma complètement dès qu'il me fit l'amour, moins d'une heure après nos retrouvailles. A ma demande, il me répéta des centaines de fois qu'il m'aimait, j'avais tant besoin d'être sûre que je ne rêvais pas.
La suite fut une succession de bonheur, de joies, de rires et aussi de sang évidemment. J'envoyais régulièrement des photos d'Edward et moi à mes parents, sur lesquelles je posais toujours des lunettes de soleil sur le nez. Charlie et Renée étaient heureux pour moi, soulagés que je sois « vivante », et ne me mirent jamais la pression pour que je revienne. Trois ans plus tard, j'étais allée les voir avec Edward, quelques jours chacun pour leur annoncer que j'allais continuer de suivre mon mari dans ses missions de volontariat auprès des plus démunis. Ce mensonge les apaisa, ils moururent chacun leur tour avec la certitude que j'avais vécu une vie heureuse.
FIN
