Chapitre 5

Légilimencie

Le ciel s'assombrissait et quelques gouttes de pluie commençaient à tomber lorsque Liliane disparut à l'angle du couloir. Ahuri, Fred resta plusieurs minutes assis, inquiet : qu'avait-il bien pu dire pour la mettre dans un tel état ? Ne sachant trop que penser, il se leva finalement pour aller rejoindre son frère dans la Grande salle.

George était toujours assis avec Angelina et Lee, et lorsqu'il vit son frère se diriger vers lui, les yeux grands comme des soucoupes, son imagination se mit à courir.

« T'étais où frangin ? S'exclama-t-il tout haut, faisant sursauter Angelina. »

« Je peux pas te le dire ici, répondit Fred en arrivant à sa hauteur. »

Un petit sourire railleur se dessina sur les lèvres de George.

« Et comment ça, tu peux pas me le dire ici ? Dis-moi Freddy, qu'est-ce que toi et Liliane êtes allés fabriquer pendant une demi-heure ... ? D'ailleurs, elle est où ? »

Lee Jordan releva subitement la tête de son journal alors que George la cherchait des yeux.

Agacé, Fred le saisit par le bras.

« Eh ! Qu'est-ce qui se passe ? Me dis pas que ... ? »

Il lança un regard moqueur à son frère sans terminer sa phrase. Fred répondit en le traînant à l'extérieur de la Grande Salle :

« Va pas te faire des idées, Georgie, c'est pas du tout ce que tu crois. »

En arrivant dans le hall, Fred le lâcha.

« Oh, c'est bon ! Allez dis, vous êtes allés faire quoi ? »

Fred ne répondit pas tout de suite, car il fut intrigué par Rusard, qui, en équilibre sur une échelle bancale, clouait quelque-chose au mur. Certains élèves s'amassèrent autour de lui, et lorsqu'il descendit de son échelle, ils découvrirent qu'il venait d'accrocher un cadre dans lequel était écrit :

« Ombrage nommée grande inquisitrice. »

« Je sens qu'on va s'amuser, murmura Fred. »

A côté d'eux, les jumelles Patiles discutaient à voix basse en regardant le cadre, fixé au beau milieu du mur de l'entrée.

« Elle devrait arrêter de mettre son nez partout, dit George, on va finir par lui faire manger des pastilles de gerbe. »

« Il faudrait qu'on mette au point un bonbon qui rend muet, ça nous ferait des vacances. »

Ils hochèrent simultanément la tête, apparemment d'accord pour mettre des bâtons dans les roues d'Ombrage, comme elle en mettait dans les leurs.

« Mais change pas de sujet, reprit George en donnant un coup de coude dans les côtes de son frère, tu as des choses à me dire toi, je le sens. »

Ses yeux pétillaient de malice.

« Allez Freddy chéri, va droit au but ... Minauda-t-il pour se moquer de son frère. »

« C'est pas marrant, répondit Fred, c'est même carrément flippant ! Liliane vient de me piquer une crise, j'ai pas trop su quoi faire. »

George fit la moue, déçu.

« Ah ... Je m'attendais pas vraiment à ça. »

Fred raconta à son frère ce qui venait de se passer, tout en faisant le lien avec leur rencontre à la bibliothèque, lorsque Liliane avait ri à quelque chose qu'il n'avait même pas dit. Il fit aussi le rapprochement avec l'étrange flacon vert. Si ça n'avait pas été son frère jumeau, George l'aurait sûrement envoyé rejoindre Lockart à Sainte Mangouste.

« T'es légilimens maintenant ? Se moqua George après avoir emmagasiné tout ce que Fred venait de lui dire. »

« Je suis pas légilimens, mais elle lit dans mon esprit. Elle lit dans le tien aussi, et dans celui des autres. Elle est capable de savoir ce que tout le monde pense ! »

« Wouha, elle est gonflée ! S'exclama George, s'introduire dans l'esprit des gens, je vais aller lui causer deux mots. »

« T'es con, lui dit Fred, exaspéré. »

« C'est bon ! Elle peut lire dans les pensées des gens, tant mieux pour elle, elle pourra nous dire ce que les autres pensent de nous comme ça, ça va être cool ! Et on saura plein de secrets sur tout le monde, si c'est pas génial ça ! »

George s'interrompit un court instant, puis s'exclama tout à coup :

« Mais elle a sûrement dû lire dans ma tête ! »

Il prit un air faussement affolé.

« Peut-être qu'elle a appris des trucs que je soupçonne même pas sur moi ... »

Fred éclata de rire, imité par son frère. Au même moment, le professeur McGonagall passait dans le hall.

« Un peu de tenue Messieurs Weasley, dit-elle de sa voix sèche. »

Les jumeaux firent mine de retrouver leur sérieux, mais à peine avait-elle disparu qu'ils recommençaient à faire les imbéciles.

« Je m'inquiète quand même un peu, dit Fred après s'être calmé, j'ai jamais vu quelqu'un réagir comme ça ... J'ai peut-être fait quelque-chose de mal. »

George haussa les épaules.

« Elle est peut-être un peu folle ... Dès qu'elle revient de sa promenade de santé, on va la voir et puis ce sera réglé. »

Ils se dirigèrent vers les grands escaliers en se demandant ce que Liliane pourrait bien leur apprendre sur les faces cachées des autres élèves et des professeurs.

« Imagine, elle nous raconte les aventures de Dumbledore, ricana George. »

« Ah ! Ah ! Si ça se trouve, c'était trop un tombeur, dit Fred. »

« C'est vrai que la barbe, ça donne un côté pittoresque plutôt attirant. »

« Peut-être qu'elle sait des trucs sur Ombrage ! S'exclama Fred. »

George se frotta les mains.

« Oh, ce serait la meilleure ça !

Les élèves commençaient à se rendre à la Grande Salle pour le dîner, il était presque six heures du soir. La rumeur des conversations s'élevait un peu partout autour d'eux, et tandis qu'ils montaient les escaliers pour se rendre à leur salle commune, ils aperçurent Liliane qui se frayait un chemin parmi les élèves, ses longs cheveux auburn ruisselants d'eau de pluie. Elle les avait repérés dès qu'elle était entrée dans le château, et elle essayait depuis de faire en sorte qu'ils ne la voient pas. Alors qu'elle gravissait les marches, George fit un sourire entendu à son frère avant de lancer :

« Alors Durose, t'as oublié les bonnes manières ? »

Elle qui cherchait à être discrète, c'était raté. Elle s'arrêta au milieu des escaliers et se tourna vers les jumeaux.

« Tu nous passes sous le nez, comme ça, enchaîna Fred, on mord pas, je crois ! »

« Oui, enfin, pas moi ... Dit George à voix basse afin que seul son frère l'entende. »

Fred le bouscula.

Plus haut, Liliane regardait tour à tour les deux frères, ne sachant pas trop quoi leur répondre, mais surtout quoi faire. Elle n'avait qu'une seule envie : partir en courant et ne plus jamais les voir tant elle avait honte de la réaction qu'elle avait eue. Elle les scrutait, incertaine.

« Viens, dit Fred, on a faim nous, et on espère que toi aussi ! »

Liliane hésita un peu, puis elle descendit finalement les quelques marches qui les séparaient. George lui donna une petite tape amicale sur l'épaule :

« Et puis, la prochaine fois que tu piques une crise, j'aimerais être là. »

Liliane réussit à décrocher un sourire.

« Et communiquez pas trop vous deux, reprit George en les montrant du doigt, j'ai pas le don de super légilimens, moi. »

Liliane rit et les suivit jusque dans la Grande Salle, où le dîner était maintenant servi.


Quelques jours plus tard, Liliane feignait d'être plongée dans sa lecture. En vérité, elle attendait seulement que Drago Malefoy et ses deux inséparables amis pénètrent dans la bibliothèque. Cachée dans un coin, de façon à ce qu'elle voit tout le monde, mais que personne ne l'aperçoive, elle guettait l'arrivée du garçon. Elle était contente que Fred soit passé au-dessus de sa réaction de dimanche dernier. Elle les remerciait, lui et son frère, pour leur discrétion et leur relativisme sans égal. Elle essayait donc de mieux contrôler ses pensées et de moins se mêler de celles des autres, en particulier de celles de ses amis.

Fred et George l'avaient tannée pour qu'elle essaie de lire dans l'esprit de Rogue pendant le cours de potion de lundi matin, et elle avait par cette occasion été obligée de leur expliquer que l'occlumentie l'en empêchait. Ils avaient ensuite passé les deux derniers jours à l'embêter, non sans parfois essayer de comprendre d'où venait cette étrange faculté. Mais elle avait fait en sorte de dévier la conversation sur autre chose. Ils prenaient le problème avec tellement de légèreté qu'elle allait finir par mieux le supporter.

Ombrage avait commencé sa grande inquisition et se baladait dans les couloirs de l'école, un petit calepin à la main, passant au peigne fin chaque leçon, chaque professeur, chaque élève, voire même chaque coin et recoin du château. Elle était odieuse, elle avait même osé demander au professeur Trelawney de lui faire une prophétie. Comme si une prophétie pouvait tomber du ciel. Décidément, le Ministère n'avait pas l'intention de laisser l'école en paix, ni même le directeur. Il était surveillé de très près, tout comme Liliane. La veille, durant la pause de la matinée, Ombrage avait passé son temps à la scruter, presque jusqu'à en faire un schéma légendé sur son petit calepin favori.

Liliane passa la main sur son visage et sortit de ses pensées, reportant son regard sur l'entrée de la bibliothèque. Quelques secondes plus tard, elle commença à le sentir, puis enfin, il apparut. Il était seul, ce qui était bien rare. Saisissant cette opportunité, Liliane se leva et se dirigea vers le grand blond. Lorsqu'il la vit s'avancer vers lui, son cœur accéléra la cadence, et il pria intérieurement pour qu'elle ne le sente pas.

« Drago, j'ai besoin de toi. »

Il la regarda d'un air interrogateur, très peu habitué à ce qu'elle lui parle de la sorte. En fait, c'était la première fois. Elle se retourna, et il la suivit jusqu'à sa place. Il s'assit en face d'elle et attendit patiemment qu'elle commence.

« J'ai de bonnes raisons de me tourner vers toi, débuta-t-elle. »

Drago ne disait toujours rien.

« Toi qui vis avec un mangemort ... Est-ce que tu sais ce qu'il advient de ceux qui refusent de servir le Seigneur des Ténèbres ? »

« En général, ils meurent, répondit directement Drago, impassible. »

« Oui, je sais, mais ... Des gens comme moi, je veux dire. »

Drago allait répondre, mais il laissa sa phrase en suspend, repensant à la lettre que son père lui avait envoyée et à la tâche qu'il lui avait confiée. Il essaya de dissimuler ses pensées grâce aux quelques cours d'occlumentie qu'il avait commencés à suivre. Apparemment, cela fonctionna, car Liliane ne releva pas. Un débat avait commencé en lui, il était tiraillé entre l'envie d'écouter Liliane, et servir les intérêts de son père. Il se mordait les joues, ne sachant pas comment s'y prendre. Comme il ne répondait pas, Liliane commença à se poser des questions.

« C'est quoi cette tête Drago ? Demanda-t-elle. »

Elle se concentra pour lire ses pensées, mais elle n'y parvint pas.

« Qui t'as appris ? Demanda-t-elle brusquement. »

« C'est Rogue, répondit Drago. »

« Pourquoi ? »

« A cause des personnes comme toi. »

Les traits de Liliane se durcirent.

« Si tu réponds à ma question, je te fiche la paix Drago, mais si tu fais ta mauvaise tête, je te jure que ta maigre expérience en occlumentie va vite être mise à l'épreuve. »

« Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ? S'énerva Drago en haussant le ton. »

« Drago, reprit Liliane à voix basse, j'ai refusé la Marque des Ténèbres, et j'en ai payé le prix. Dis-moi seulement si tu sais pourquoi ... Certains peuvent aussi m'entendre penser. »

Drago se mit à pianoter sur la table.

« Si tu ne voulais pas de problèmes, Lili, tu n'avais qu'à te plier aux ordres de ton père. »

« Ah oui ? Et faire comme toi ? Devenir une marionnette malléable à souhait incapable de se défaire de ses fils ? »

« Tu retires ce que tu viens de dire. »

« Pourquoi ? Sinon, ton père va en entendre parler, c'est ça ? »

Drago serra les poings. Il oublia de fermer son esprit, et tout un flot de pensées se déversa dans celui de Liliane.

« Ton père compte sur toi pour me faire entendre raison ? Et il pense vraiment que tu vas réussir ? »

Drago respira profondément pour se calmer, puis se pencha vers elle :

« Liliane, si tu acceptes, tu ne souffriras plus. Tu pourras dire adieu à ta cicatrice et tu ne seras plus obligée de prendre ta potion. »

« C'est du chantage, Drago, jamais, tu entends, jamais tu ne réussiras à me convaincre de devenir un mangemort. Parce que je ne veux pas ressembler à mon père, parce que je ne veux pas ressembler au tien. Tout ce que je te demande, c'est si tu sais pourquoi certains lisent en moi comme je lis en eux. Répond par oui ou non, et ce sera affaire réglée. »

Drago n'en revenait pas : Liliane s'énervait devant lui, sortait de ses gonds et réussissait à s'affirmer et à trouver suffisamment de courage pour se dresser contre son propre père. Elle était prête à tout pour ne pas rejoindre Lord Voldemort. Lui n'en avait pas la force, elle avait raison, il n'était qu'une marionnette, un pantin manipulé par son père.

« Qui lit en toi ? Se résigna-t-il. »

« C'est moi qui pose les questions, se défendit Liliane. »

Vaincu, Drago détourna le regard : il l'admirait, il ne pouvait pas s'en cacher.

« Demande à Rogue, il te répondra mieux que moi ... »

« Je veux pas en parler à Rogue, c'est de toi que je veux obtenir cette réponse. »

« Mais pourquoi tu t'entêtes ? Tu sais très bien que tu ne l'auras pas. »

« Je m'entête parce que derrière ta fierté bien placée et ton manque cruel de courage, il y a le vrai Drago Malefoy ! »

Il ouvrit la bouche pour répondre, mais la ferma aussitôt. Au lieu de parler, il regarda Liliane. Il était fasciné par tant d'audace, et ses beaux yeux n'arrangeaient rien. Troublée par ce qu'elle entendait, Liliane détourna son attention de Drago et se leva.

« Merci Drago Malefoy, pour ton courage et ta dévotion, dit-elle tout haut, je sais vraiment pas à quoi je m'attendais venant de toi. »

Et elle quitta la bibliothèque sous les brimades de Madame Pince.

Drago avait oublié ce qu'il était venu faire ici. Ses pensées étaient orientées vers Liliane, vers ce qu'elle venait de lui dire. La franchise dont elle avait fait preuve l'ébranlait tellement qu'il ne savait pas trop quoi en penser. Il hésitait aussi à l'aider. Car après tout, personne n'en saurait rien. Et puis, il ne s'agissait que d'une réponse à une question, rien de plus. Une drôle de question d'ailleurs, mais moins il s'en mêlerait, mieux se serait. Il savait qu'Ombrage surveillait tout de très près.


Le lendemain soir, Liliane se retrouva seule au dîner. Fred et George devaient terminer de mettre au point une nouvelle invention, qu'elle aurait d'ailleurs l'honneur de découvrir en avant-première. Elle sentait qu'il était temps que sa potion soit prête, car elle s'énervait facilement et son bras recommençait à lui faire mal. Elle avait aussi, malgré ses efforts et sa volonté, beaucoup plus de difficultés à tenir ses pensées éloignées de celles des autres. Aujourd'hui, elle avait par inadvertance capté celles de Lee Jordan pendant le cours de métamorphose, et elle s'en serait bien passée : il l'observait sous toutes les coutures en faisant des commentaires muets. Mais elle restait tracassée par Fred. Elle n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi il l'entendait, et elle ne savait pas vers qui se tourner pour l'éclairer. Il était hors de question de s'adresser à son professeur de potion, et Drago avait fait preuve d'une lâcheté sans égal. Tandis qu'elle pensait à lui, elle le vit entrer dans la Grande Salle avec Pansy Parkinson. Elle minaudait et riait très fort dès qu'il disait quelque-chose. Ils allèrent s'installer à la table en face de la sienne, avec Crabbe et Goyle. Quand Drago aperçut Liliane, il se ne s'assit pas et s'avança vers elle. Liliane eut la chance de percevoir les insultes qui fusaient dans la tête de Pansy.

« Je suppose que je ne te dérange pas, dit Drago en s'asseyant en face d'elle. »

Surprise par sa venue et son ton plutôt amical, Liliane ne répondit rien.

« J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit hier, enchaîna Drago, mal-à-l'aise, et ... »

Il ne termina pas sa phrase, car à quelques mètres à peine, les jumeaux venaient de s'asseoir et ne parlaient pas. Drago interrogea Liliane du regard et elle hocha la tête : ils étaient bien en train d'écouter. Il sortit une feuille de se poche et la mit discrètement dans la main de Liliane. Elle n'en revenait pas.

« Tu as ... ? »

Il lui indiqua de se taire.

« Pourquoi ? Insista Liliane. »

« Pour qui tu veux dire, corrigea Drago alors qu'il se levait. »

Avant de s'en retourner à la table des Serpentards, il ajouta :

«J'espère que ça répondra à ta question. »

Liliane regardait la feuille pliée en deux dans sa main. Elle but une dernière gorgée de jus de citrouille avant de la déplier.

« Ne peuvent communiquer par la pensée que deux êtres touchés par une malédiction, une maladie ou simplement lorsqu'ils possèdent ce don de naissance [...] »

Jusque-là, Liliane n'apprenait rien.

« [...] Dans le cas où seul un individu peut lire dans les pensées d'autrui, il pourrait s'agir, soit d'un manque de maîtrise de cette faculté, soit d'un trop grand pouvoir, ou alors, d'une relation privilégiée de deux esprits. »

Drago devait avoir recopié ceci d'un livre ou simplement demandé à son père. Peu importait, mais il avait rajouté, au bas de la feuille et au crayon gris :

« En général, cette relation s'établit après un contacte physique. »

Liliane détacha son regard de la feuille et le dirigea vers les jumeaux. Ils parlaient du match de samedi, apparemment déterminés à mettre une raclée aux Serpentards. Peut-être que si Liliane se concentrait mieux, elle parviendrait à déceler une réponse dans l'esprit de Fred, mais tout ce qu'elle obtint fut :

« Tu vas finir par me faire croire que je suis schizophrène, Lili. »

Liliane piqua un fard et plongea le nez dans son assiette. Fred venait d'éclater de rire sous les yeux ahuris de George.

« Heu ... Ça va Freddy ? »

Fred n'arrivait pas à calmer son fou rire, augmentant par-là même le malaise de Liliane. Elle se tortillait nerveusement sur le banc et portait une attention exagérée à son morceau de viande.

George se tourna alors vers elle, puis fit la moue.

« Je crois que j'ai raté quelque-chose, constata-t-il en commençant à être gagné par le rire communicatif de son frère. »

A moitié allongé dans son assiette, Fred hoquetait toujours de rire. Liliane n'osait même plus bouger et George avait l'impression de revenir de la planète Mars. Quelques élèves s'étaient retournés vers eux et semblaient tout aussi dubitatifs que lui. Lee, qui était assis un peu plus loin, ne put s'empêcher d'en rajouter :

« On t'a jeté un sort ou quoi ? S'exclama-t-il, faisant rire une bonne partie de la table. »

Tout en continuant à se tenir les côtes, Fred se redressa enfin.

« Je crois qu'il est pas tout seul dans sa tête, dit George en plissant les yeux. »

Fred se mordit les lèvres avant de repartir dans une autre crise de rire. Son double venait tout juste de faire le rapprochement avec Liliane, et il craqua à son tour.

« Ils sont malades ces deux là, constata Lee en secouant la tête. »

Liliane, rouge jusqu'aux oreilles, se leva précipitamment. Heureusement, les autres élèves étaient trop intrigués par les jumeaux pour se préoccuper d'elle. A cet instant, elle aurait souhaité n'être qu'une toute petite poussière dans un coin sombre du château. Elle contourna la table et marcha rapidement vers la sortie de la Grande Salle. Mais Fred saisit la manche de son pull alors qu'elle passait à côté de lui.

« Boude pas, hoqueta-t-il en se frottant les yeux, je voulais pas te vexer, c'est juste que ... Ta tête. »

George pouffa et Fred prit sur lui pour ne pas recommencer une nouvelle fois à rire. Liliane ne partageait pas la bonne humeur générale. Furieuse, elle essaya de se dégager.

« Mais quel caractère ! S'exclama George. »

Fred approuva en invitant Liliane à s'assoir à côté de lui. Elle croisa les bras sur sa poitrine, luttant pour ne pas sourire. La commissure de ses lèvres tremblait, et elle se décida enfin.

« T'aurais dû voir ta tête, gloussa Fred. »

« Et tu devrais voir la tienne, rétorqua Liliane en le regardant de haut. »

Un sourire angélique s'étira sur le visage de Fred.

« T'es vraiment susceptible, Durose, ricana George. »

Liliane fit semblant d'être contrariée et piqua le dernier morceau de gâteau dans l'assiette de Fred.

« C'est bon, arrête, plaisanta-t-il, si tu étais vraiment vexée, tu te serais pas assise. »

Triomphants, les jumeaux souriaient.

« Non c'est vrai, admit Liliane en leur rendant leur sourire. »

Satisfaits et calmés, Fred et George reprirent leur conversation là où ils l'avaient arrêtée. Ils demandèrent tout de même à Liliane ce que Drago lui avait donné. Elle leur expliqua brièvement. Ils étaient surpris de voir qu'elle accordait de l'importance à ce « détail ».

« C'est vrai, dit George, c'est plutôt courant, la légilimencie. »

« Oui, mais ton frère n'est pas légilimens. »

« Je dois être Légilimens qu'avec toi, Lili ... Murmura Fred en lui faisant les yeux doux. »

« Attention Freddy, dit George, Lee n'est pas loin. »

Liliane rit alors que Fred se passait la main dans les cheveux d'un air suffisant. Puis ils s'intéressèrent tous trois à Lee Jordan, qui serrait sa fourchette avec un peu trop de force.