Un an était passé depuis l'affaire Yûgi Mutô, la justice et les médias avaient eu de quoi s'occuper durant ce temps. Beaucoup d'émissions parlaient de maltraitance enfantine en plus de faire énormément de prévention. Le tuteur, lui, recevait énormément de demandes d'interview et avait été honoré à de multiples reprises, car il était le "sauveur". Il reçut aussi beaucoup d'offres d'emploi dans divers hôpitaux, mais il n'en tint pas compte, car l'affaire du patient 42 n'était pas terminée pour lui.
D'ailleurs, durant cette année, il avait eu très peu l'occasion de voir le garçon qui lui manquait. En fait, il ressentait un vide, et se rappelait avec envie des bons moments passés en sa compagnie.
Son protégé était désormais sous la garde de Seto Kaiba et il avait plusieurs fois annoncé qu'il allait embaucher les meilleurs, la crème de la crème pour s'occuper de Yûgi. Bien évidemment, Yami n'en faisait pas partie. Toutefois, il eut comme récompense un nouvel appartement, très luxueux dans un beau quartier et un compte en banque bien fournie qui le mettait à l'abri du besoin.
Mais cela ne comblait pas le vide dans son cœur.
Yami était dans son lit en train de jouer avec sa console portable, et les heures s'écoulaient paisiblement. Après tout, c'était l'été, les vacances ! Et des vacances un peu tristes pour cet homme qui passe généralement son temps à penser à ses études et son patient.
Je me demande s'il va bien ? J'espère qu'il est bien traité…
Il s'étira et porta à nouveau son attention sur son jeu, mais la sonnerie de la porte d'entrée le tira de sa rêverie. Il se leva péniblement en soupirant et ouvrit la porte. Yukino se tenait sur le pas de sa porte.
« - Oh, mon garçon, j'aurai mis une tenue plus osée si j'avais su… »
Le jeune homme ne comprit pas sur le moment, mais il remarqua peu après qu'il était torse nu, dans son fidèle pyjama.
« - Ah, j'étais encore au lit… s'excusa Yami tout en invitant la femme à entrer.
- Au lit ! À dix-sept heures ! Et bah après tout, pourquoi pas… »
Une fois installés au salon, après avoir enfilé un haut, devant une tasse de thé, ils parlèrent des évènements passés. Elle lui donna plus d'informations sur Johnson. Cet homme avait avoué tout ce qu'il savait, mais n'avait pas divulgué les noms de ses supérieurs, par peur de représailles. Il avait pour mission de faire pression sur les décisionnaires de l'hôpital, donnait des informations erronées à Seto Kaiba et menait une surveillance rapprochée sur le garçon. Tous les moyens étaient bons pour le surveiller et le faire parler.
Le jeune tuteur, plongeant dans ses pensées pour se souvenir de cette infâme personne, ne put s'empêcher de se remémorer aussi l'interrogatoire au commissariat.
Toute l'équipe hospitalière, les anciens tuteurs et même le petit Yûgi se firent questionner à tour de rôle. Son patient qui ne tenait pas en place fut le premier interrogé.
« - Mon garçon, peux-tu te concentrer quelques instants ? demanda l'agent un peu troublé.
- Oh ! c'est quoi ça ? Ça se mange ? s'excita le garçon en prenant le carnet qui avait la forme d'un biscuit.
- Non, ça ne se mange pas… Mange pas ça ! cria le commissaire qui n'eut pas le temps de l'empêcher de croquer dans l'objet.
- Beurk carton ! recracha-t-il un peu dégouté. Et ça ! c'est quoi ? questionna Yûgi qui touchait tout ce qui était présent sur le bureau.
- À l'aide ! j'ai besoin de le tenir concentré ! »
Suite à la demande du commissaire, Yami fit son entrée et prit le garçon sur ses genoux. La présence de son tuteur à ses côtés le calma et il répondit de son mieux aux questions posées. Et tout ça, avec son langage bien assaisonné de vulgarité. L'homme de loi était bien entendu le premier à être soulagé que ça soit fini, car le garçon, tout juste sorti de soins, possédait une énergie difficile à contenir.
Restant avec Yami en lui tenant la main, Yûgi chantonnait une autre chanson qui avait l'air datée. Un agent aux cheveux grisonnants commenta :
« - Eh bien, c'est une chanson bien rare qu'il chante là.
- Ah bon ? Vous pouvez m'en dire plus ?
- C'est une des chansons du groupe OFF COURSE qui date de 1969, aujourd'hui on n'écoute plus ça.
- OFF COURSE ? Je ne connais pas de tout…
- Triste jeunesse… désespéra l'agent en reprenant son service. »
Yukino l'appela et lui toucha l'épaule afin de gagner son attention.
« - Enfin ! je suis sûr que tu veux des nouvelles de Yûgi ?
- Il va bien ?
- Je ne l'ai vu que très peu de fois, il avait l'air bien portant. Mais Kaiba se méfie de moi… Mais bon ! Je ne suis pas là pour ça, déclara-t-elle en déposant sur la table une belle pile de photocopies. Ce sont des copies du carnet et des livres que tu m'as demandées.
- Merci, Johnson voulait tellement en savoir sur le contenue, ça devait forcément être important. »
Yukino lui tapota l'épaule avec un franc sourire et lui fit un clin d'œil complice, Yami ne comprit pas son geste et voulut la questionner, mais elle ne lui en laissa pas le temps.
« - Bonne chance, je te contacte très vite. »
Il n'eut le temps de répondre que la jeune femme quitta l'appartement, extrêmement pressé. Yami trouvait parfois cette femme bizarre. Elle venait souvent le voir pour discuter de tout et de rien. Parfois, elle prenait ses aises en s'installant sur le sofa pour parler de son père luthier et passionné de voyage. Elle racontait avec beaucoup d'humour les épisodes de sa grossesse et avec beaucoup de regret le moment où elle avait abandonné Yûgi. Bien sûr, seul les passages concernant son patient intéressaient vraiment Yami, il voulait toujours en savoir plus…
Alors même qu'il se remémorait les moments et confidences de Yukino, il en vint à penser :
Bon sang ! je suis devenu son psychologue gratuit depuis un an !
Deux mois passèrent sans nouvelle de Yukino. Yami, durant ses deux mois, il avait flemmardé dans son lit, s'était occupé à décoder les documents et s'était même payé le luxe de partir en vacances avec des amis. D'ailleurs, il avait rendez-vous avec Anzu, rien d'autre qu'une amie à ses yeux. Il ne se sentait pas attiré par elle, alors qu'elle usait de ses charmes pour attirer de son attention.
Yami soupira, il regrettait déjà d'avoir accepté ce rendez-vous, mais peut-être qu'il aurait une chance de lui faire comprendre avec délicatesse que ce n'était pas réciproque ? Il était un peu rustre dans ses propos parfois, et son physique de « méchant garçon sévère » ne l'avantageait pas non plus.
Il quitta son appartement et se dirigea vers le lieu de rendez-vous, près du café le plus populaire de la ville. Quinze heures à sa montre… Ils arrivèrent en même temps. Yami la convient à prendre un café avant d'aller au cinéma. Pour lui faire plaisir, il avait sélectionné une comédie musicale, un genre que la jeune femme appréciait particulièrement. La musique et surtout la danse était sa plus grande passion. Elle économisait d'ailleurs tout son argent pour la réalisation de son rêve, danser à Broadway, et prenait des cours particuliers.
La jeune femme était émerveillée devant le film, contrairement à Yami qui s'ennuyait en peu.
Ils ont l'air heureux de chanter leur vie comme ça… Peut-être que je le serai aussi se je faisais ça chez moi ? pensa-t-il tout bâillant sans trop de discrétion. Nan ! Sans façon en fait…
Après deux heures de film, ils sortirent du ciné, aveuglés par le soleil d'été. Ils se promenèrent un peu en ville et se dirigèrent vers le parc pour se rafraichir. Yami remarqua un jeune garçon très familier, son cœur se mit à bondir dès que ses yeux se posèrent sur lui.
Ça ne pouvait pas être lui…
Il s'approcha discrètement après avoir rapidement prévenu son amie qu'il revenait. À demi caché derrière un arbre, il avait bien distingué son patient, son imagination ne lui jouait pas des tours, il en était certain. Une fois plus près, il vit Yûgi… Il vit à quel point en une année dans un bon cadre de vie celui-ci avait changé. Il avait grandi de quelques centimètres, pris du poids et était vêtu de manière distinguée, si ce n'est que les boutons de sa chemise soient mal ajustés.
Yûgi haletait, il était à bout de souffle, il avait sans doute couru jusqu'ici, mais pourquoi ?
« - Yami ? C'est toi ? »
Il fut surpris par le son de la voix, il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était approché d'aussi près, et il remarqua aussitôt que la voix fluette du garçon était devenue plus mâle, presque identique à la sienne, d'un timbre posé et calme. Mais le regard intrigué et inquiet de son patient lui rappela qu'il attendait une réponse.
« - Oui… C'est moi… »
Sans plus attendre, Yûgi vint se blottir dans ses bras.
« - Ce n'est rien… Ça te dit qu'on discute un peu ? Ça fait longtemps.
- S-si ça ne te gêne pas…
- Bien sûr que non ! Allons chez-moi, on sera tranquille, lui proposa Yami non sans envoyer un bref message à Anzu via son mobile. »
Pendant le chemin, Yami observa les attitudes du garçon. Celui-ci se frottait souvent la nuque, montrait une certaine nervosité et semblait être effrayé par la foule. Apparemment, les meilleurs médecins de Kaiba n'avaient pas su faire de miracle !
Yami invita Yûgi à s'installer confortablement dans le sofa, puis lui apporta de petites douceurs dans l'espoir de le calmer un peu. Ce n'était pas gagné, car le garçon semblait toujours nerveux, il tremblait de façon convulsive et respiration était haletante.
« - Yûgi, comment-vas-tu ?
- Bien… juste- et bien nerveux… répondit-il en se forçant à sourire.
- Qu'est-ce qui t'effraie ?
- Kaiba va être furieux, ça fait deux jours que j'ai fui la maison et je n'ai pas pris de « médicaments ».
- QUOI ?! Deux jours ? Tu as dormi où ? Tu as fait quoi ? Tu sais que c'est dangereux…
- Hum… Hum… Oui, deux jours… je n'ai fait que marcher… je te cherchais. J'ai réussi. C'est cool, car en un an, tous les « médecins » ne me disaient pas apte à affronter le monde extérieur. C'était comme à l'hôpital… Et comme là-bas… Je me suis senti comme le garçon qui a perdu son numéro, le numéro qui à quittait la liste… »
Comme là-bas ? Le garçon qui a perdu son numéro ? Yûgi… que s'est-il passé en un an ?
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