La fin approche, d'ici un ou deux chapitres, au maximum trois, je pense : Mme l'Inspiration est en train de me quitter petit à petit et souhaite terminer cette histoire au plus vite (ça commence à se voir, d'ailleurs).


La princesse Emma se reposait tranquillement dans ses quartiers, seule, lorsqu'elle entendit quelque chose frapper contre le hublot qui se trouvait dans la pièce. Elle ignora d'abord le bruit, pensant que ce n'était rien de grave, mais dut se résoudre à aller voir ce qu'il se passait lorsque celui-ci se réitéra à plusieurs reprises. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle aperçut face à elle une sirène aux longs cheveux roux qui cherchait à attirer son attention ! La jeune fille ouvrit donc la petite fenêtre et salua timidement l'autre femme d'un geste de la main, ne comprenant pas bien ce qu'elle venait faire ici. Cette dernière semblait contrariée mais tenta tout de même d'esquisser un sourire avant de prendre la parole :

« Vous devez être la princesse de la Forêt Enchantée, n'est-ce pas ?

– Euh… oui, c'est bien moi, répondit l'intéressée, méfiante.

– Je sais que l'on ne se connaît pas, mais vous devez me faire confiance et croire tout ce que j'ai à vous dire, d'accord ? Je suis ce bateau depuis quelques jours déjà en attendant le moment parfait pour vous parler seule à seule. Je ne sais pour quelle raison vous avez accepté de monter ici ni ce que le Capitaine Crochet vous a promis, mais il vous ment. Je l'ai entendu discuter avec son équipage : son but est de vous livrer à une méchante sorcière en échange d'une grosse somme d'argent. Il faut que vous fuyiez, et vite. Je peux vous aider si vous le souhaitez, avec un plan et quelques amis à moi, il vous sera facile de vous échapper. »

Emma n'arrivait pas à y croire. Qui était donc cette sirène pour venir la déranger ainsi et lui affirmer de telles absurdités ? Le pirate n'avait rien de ce que la rousse pouvait décrire. Elle ne devait pas le connaître aussi bien qu'elle. La princesse était certaine qu'elle se trompait ou qu'elle était du côté de Peter Pan qui souhaitait à nouveau lui faire du mal. C'était obligé.

« James est quelqu'un de bien, assura-elle à l'inconnue. Il m'a déjà sauvée d'une mort certaine, je lui fais entièrement confiance. Plus qu'à vous, en tout cas !

– Princesse, je vous jure que mes intentions sont bonnes et que je ne souhaite que vous venir en aide…

– Merci, mais je n'en ai pas besoin. Je sais très bien me débrouiller toute seule. »

Puis, suite à cela, la blonde referma le hublot avec force sans laisser la possibilité à la jeune femme face à elle de continuer d'argumenter. Elle se rassit sur son lit en soupirant au même moment où le fameux James entra dans la pièce avec leur repas.

« Quelque chose ne va pas, princesse ? demanda-t-il devant l'air agacé de cette dernière.

– Tout va bien, répondit la jeune fille avec un sourire forcé en posant ses yeux sur l'homme face à elle. »

Crochet, qui commençait à bien la connaître et ne croyait donc pas un mot de ses dires, prit place à ses côtés. Il libéra sa main valide et la déposa tendrement sur celle d'Emma, qu'il commença à caresser doucement, ce qui la fit frémir quelque peu. (La blonde lança à Killian un furtif regard interrogateur. Ce n'était pas dans le script, ça !)

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu peux tout me dire, tu le sais. »

La jeune fille réfléchit un instant, ne sachant pas vraiment si elle devait lui parler de sa discussion avec la sirène ou non. Elle lui faisait confiance, oui, mais tout au fond d'elle une petite voix ne cessait de lui répéter : et si cette femme avait raison ? Le seul moyen d'en avoir le cœur net était de lui poser directement la question. C'est pourquoi elle se tourna vers lui et, ses irises émeraude plantées dans celles océan de son vis-à-vis, elle l'interrogea sans détournement :

« Est-ce que tu te joues de moi ?

– Pardon ?!

– Tu m'as très bien comprise : est-ce que tu te joues de moi ?

– Bien sûr que non, assura le pirate tout en essayant de paraître le plus naturel et convainquant possible. Pourquoi cette question ?

– Parce que… parce que quelqu'un est venu me voir en me disant que tu me mentais, que ce voyage n'était qu'un prétexte pour que tu puisses me livrer à une sorcière contre de l'argent. Est-ce que c'est vrai ?

– Emma, je… »

Les mots sortirent instinctivement de la bouche de James. Il ne pouvait plus lui mentir, cette mascarade avait bien trop duré et elle devait être mise au courant avant qu'il ne soit trop tard. Cependant il fut incapable de terminer sa phrase : la déception qui apparut sur le visage de la princesse lorsqu'elle comprit que tout ceci était bien réel obligea le jeune homme à détourner le regard. Il ne pouvait pas supporter l'air accusateur de celle dont il avait fini par tomber amoureux. Elle, de son côté, trahie et déçue, s'empressa d'enlever sa main et se releva pour sortir de la cabine mais le pirate réussit à la retenir par le bras.

« Attends, laisse-moi t'expliquer, je t'en prie ! la supplia-t-il. Je comptais t'en parler bientôt, mais je voulais attendre le moment propice. Tout ceci était peut-être vrai, mais j'ai changé d'avis en apprenant à te connaître, je me fous de l'argent ou des représailles de cette sorcière, ce qui compte à présent est ta sécurité. Il faut que tu me croies…

– Je ne peux plus te faire confiance à présent, asséna la demoiselle en se détachant vivement de son emprise. Comment le pourrais-je ? »

Puis elle quitta les lieux en faisant claquer la porte, laissant le capitaine seul avec sa peine, sa tête cachée entre sa main et son crochet.

Killian sortit de scène une fois le rideau tombé pour rejoindre Emma dans les coulisses. Cette dernière se trouvait assise sur une chaise avec sa bouteille d'eau à la main, l'air pensive. Elle détestait cette pièce de théâtre. Elle haïssait sa professeur de lui avoir confié ce rôle. Pourquoi fallait-il qu'à chaque fois il reflète si bien la réalité et ce qu'elle vivait avec son partenaire de jeu ?

La veille, ils s'étaient disputés et ne s'étaient pas encore reparlé. Depuis la déclaration de l'irlandais, la blonde avait beaucoup discuté avec sa colocataire, Mary-Margareth et David qui lui avaient raconté l'homme parfait qu'il pouvait être lorsqu'il était amoureux et tout ce dont il était capable pour celle qui lui avait volé son cœur. Toutes ces paroles ainsi que les différentes petites attentions que pouvait avoir le brun à son égard ne cessait de la rassurer et, chaque jour, de nouvelles parcelles du mur qu'elle s'était forgé autour de son cœur se mettaient à tomber. Elle se sentait presque prête à lui laisser enfin sa chance.

Mais voilà qu'elle l'avait surpris le soir précédent en compagnie d'une fille de sa promotion, une certaine Tink, cette dernière dangereusement proche de lui à le draguer ouvertement, ses mains caressant son bras tandis qu'elle lui parlait, les yeux rivés sur ses lèvres. De ce qu'elle avait entendu dire par certains, le jeune homme avait eu une aventure avec elle durant l'année précédente et il ne semblait pas dérangé le moins du monde par leur proximité. Cette vision fit remonter tous les doutes d'Emma en un instant : certes, elle ne lui avait jamais avoué explicitement que de son côté aussi, des sentiments commençaient à naître au fond d'elle mais elle croyait sincèrement qu'il avait compris de lui-même que tout n'était qu'une question de temps. Alors pourquoi restait-il si proche de sa camarade de classe ?

En l'apercevant, il avait quitté la jeune fille d'un signe de la main pour rejoindre la blonde et lui avait parlé comme si rien ne s'était passé, ce qui avait fini de l'énerver totalement. Il s'était bien vite rendu compte que quelque chose clochait chez elle et lui avait demandé ce qui n'allait pas. Quand il avait remarqué que le problème n'était autre que Tink, il avait simplement ri avant de s'exclamer d'un air victorieux :

« Sérieusement Swan, tu es jalouse ? »

Elle lui avait alors répondu qu'il ne comprenait définitivement rien et s'en était allée sans ajouter quoi que ce soit d'autre, la vue brouillée par ses larmes et le cœur meurtri. Elle avait fini par réellement tomber amoureuse de lui, elle aussi.

Killian avait voulu la suivre mais s'était finalement résigné. Il savait qu'il valait mieux qu'elle reste seule pour le moment. Ils auraient tout le temps le lendemain pour mettre les choses au clair.

A présent, à l'image de son personnage, Emma se sentait trahie, comme si l'irlandais avait ébranlé sa confiance qu'elle donnait pourtant si difficilement aux autres. Peut-être en avait-il tout simplement marre de l'attendre, après tout. Elle comprendrait. Mais dans ce cas, elle préférait qu'il le lui dise afin qu'elle n'espère pas pour rien. Pourtant, elle avait bien ressenti à travers les répliques qu'ils avaient à réciter qu'une part de réalité se trouvait dans les mots qu'il prononçait ou dans les gestes qu'il improvisait. Elle l'avait entendu arriver dans les coulisses mais n'avait pas pour autant relevé les yeux dans sa direction, attendant qu'il initie le premier pas. Et c'est ce qu'il fit. Il s'approcha doucement d'elle et releva son menton de ses doigts pour la forcer à lui faire face avant de lui caresser tendrement la joue.

« Je suis désolé d'avoir pris à la légère ta réaction d'hier, mais je ne comprends pas, brisa-t-il le silence. Je n'allais pas la laisser me sauter dessus ni le faire moi-même, si c'est ce que tu craignais, tu sais. Surtout pas après ce que j'ai pu t'avouer.

– Oui, je sais… murmura-t-elle en baissant les yeux, incapable de supporter son regard.

– Alors pourquoi est-ce que tu as l'air de m'en vouloir ?

– Parce que… j'ai eu peur. Mais tout est de ma faute, après tout. Je te fais attendre, ce serait normal que tu en aies marre au bout d'un moment.

– Ce n'est pas un problème, crois-moi. Je pourrais attendre des milliers d'années juste pour être avec toi. »

Stupéfaite, la blonde plongea à nouveau ses irises dans celles du jeune homme et ne put y lire que de la sincérité. Jamais personne ne lui avait fait part de telles choses ni ne l'avait considérée comme assez importante pour cela. Peut-être devait-elle lui donner sa chance. Peut-être était-ce temps d'arrêter de fuir ses propres sentiments et de commencer à croire en la construction d'une belle histoire… Tout ceci avait assez duré, après tout. C'est pourquoi, lentement, elle se rapprocha de plus en plus de lui et déposa délicatement ses lèvres sur les siennes tout en laissant ses mains se plonger dans ses cheveux comme elle l'avait fait la première fois qu'ils s'étaient embrassés. Sauf qu'il ne s'agissait plus d'une quelconque fiction mais bien de la réalité. Leurs corps se rapprochaient, leurs langues s'entremêlaient. Ils ne se quittèrent qu'une fois à bout de souffle, leur front collé l'un contre l'autre, tout sourire. Ils n'avaient aucune envie de se lâcher, se trouvaient si bien dans les bras l'un de l'autre… Cependant, ils étaient en plein cours de théâtre et avaient disparu depuis assez longtemps. Madame Darbus finit donc par apparaître à son tour dans les coulisses tandis qu'ils étaient toujours aussi proches. Elle esquissa un rictus satisfait devant la vision qui s'offrait à elle et, pour faire part de sa présence, s'exclama :

« Je vois que vous vous entraînez très bien tous seuls pour les scènes de baisers. C'est bien, je n'aurais pas d'heures supplémentaires à faire à vos côtés ! Mais vous aurez tout le temps pour répéter plus tard, en attendant si vous voulez bien nous rejoindre pour la suite… »

Elle quitta les lieux sans attendre de réponse de la part de ses élèves dont les joues avaient virées au rouge à cause de la gêne d'avoir été surpris dans une telle situation. Killian déposa un dernier baiser sur les lèvres de sa partenaire et se détacha à contre-cœur de leur étreinte. Ils sortirent des coulisses main dans la main.

Lorsque leurs camarades les aperçurent ainsi, ils ne firent aucune remarque mais n'en pensèrent pas moins : tous avaient fini par être mis au courant de leurs rapprochements et n'attendaient plus que de les voir franchir le pas tous les deux. Seuls David et Elsa se lancèrent un clin d'œil entendu, sincèrement heureux pour leurs amis. Après ce qu'ils avaient vécu par le passé, ils méritaient à présent tout le bonheur du monde. Sans un mot, ils retournèrent s'asseoir à leur place tandis que Ruby et Mary-Margareth montaient sur scène à leur tour.

Blanche-Neige et le Petit Chaperon Rouge se connaissaient depuis leur plus tendre enfance et avaient grandi ensemble dans les bois de la Forêt Enchantée. La reine, qui ne dormait plus depuis des semaines à cause du départ de sa fille cadette, avait appelé son amie à la rescousse dans un dernier espoir qu'elle puisse l'aider à la retrouver. Elle se sentait si mal à l'idée de ne plus jamais la revoir… Elle aurait dû se rendre compte qu'elle ne se sentait pas bien au sein du château. Elle était sa mère, après tout.

« Ne t'inquiète pas, tenta de la rassurer l'autre jeune femme, je suis certaine que nous allons la retrouver.

– Je l'espère tellement… »

Blanche-Neige esquissa un faible sourire forcé pour montrer à la brune qu'elle était touchée qu'elle soit ainsi là pour elle avant que cette dernière ne la prenne dans ses bras. Elles se séparèrent après de longues secondes et partirent à la rencontre du reste de la famille royale et leurs sujets afin de trouver un nouveau plan maintenant que le Petit Chaperon Rouge les avait rejoints : sa grand-mère avait de nombreux contacts dans plusieurs royaumes, ce qui ne pourrait être que bénéfique pour leurs recherches.

C'est sur cette scène que se termina le cours de théâtre et que Madame Darbus libéra ses élèves pour le restant de la soirée puisqu'ils avaient, encore une fois, bien travaillé. Leur investissement dans la pièce pour que tout soit le plus parfait possible se ressentait réellement, de même que la bonne entente entre tous.

Alors qu'Emma et Killian discutaient tout sourire en retrait par rapport aux autres tandis qu'ils sortaient de la salle, leurs amis – et plus particulièrement Anna – les coupèrent dans leur conversation :

« Eh les amoureux, les héla-t-elle, ils font une soirée irlandaise aujourd'hui au bar, on y va ? Toi qui rêve tant de rentrer dans ton pays Killian, tu ne vas tout de même pas rater ça… »

L'intéressé se tourna vers la blonde pour la questionner du regard avant d'acquiescer devant son air approbateur. Il aurait aimé être seul avec elle pour qu'ils puissent parler de ce qu'il s'était passé entre eux dans les coulisses et l'impact que ceci allait avoir sur leur relation mais, après tout, ils en auraient toujours la possibilité plus tard. Et puis, comme l'avait si bien fait remarquer sa cousine, il ne pouvait pas ne pas assister à une soirée irlandaise !

Comme d'habitude, ils s'assirent tous ensemble à leur propre table en attendant que Kristoff, Graham, Victor et Eric arrivent à leur tour. Une fois tous installés, ils commandèrent une bouteille de whisky ou des bières pour certains et trinquèrent au nouveau couple du groupe. Bien entendu, curieux comme ils étaient, ils ne cessèrent de demander des détails sur ce qu'il s'était passé pour qu'enfin ils franchissent le pas. Le brun remarqua bien qu'Emma restait évasive et ne souhaitait pas vraiment en parler. En fait, depuis qu'ils avaient décidé d'aller au bar, elle semblait ailleurs, pensive, presque triste, même. Elle ne paraissait pas non plus réceptive aux geste d'affection qu'il avait à son égard, ce qui inquiéta quelque peu Killian : et si elle regrettait de l'avoir embrassé plus tôt ? Peut-être s'était-elle rendu compte qu'elle ne voulait finalement pas démarrer une nouvelle relation amoureuse… Ou elle avait seulement besoin de temps afin de prendre conscience de ce que tout ceci impliquait, aussi. C'est en tout cas ce qu'il se répéta pour se rassurer du mieux possible.

Thème de la soirée oblige, les sujets dévièrent ensuite vers l'Irlande et les souvenirs qu'en avait de ce pays le jeune homme. Il avait beau ne pas en garder beaucoup, on pouvait sentir dans sa voix et le ton qu'il employait pour en parler qu'il était vraiment passionné par cette île qui l'avait vu naître. Quand il commença à faire part de son envie de retourner y vivre, le visage d'Emma devint subitement livide et elle prétexta un appel important à passer pour sortir de table.

« J'ai dit quelque chose de mal ? questionna Killian, troublé et ayant bien entendu remarqué son changement de comportement qui n'avait certainement rien à voir avec ce faux coup de fil.

– Tu veux partir… tenta de lui faire comprendre Elsa, qui ne savait que trop bien de quoi il était question. »

Même s'il n'était pas sûr d'avoir vraiment compris ce que sous-entendait sa cousine, l'irlandais s'excusa et se leva de table à son tour pour rattraper la jeune fille. Il la vit qui s'éloignait du bar alors il lui courut après et la retint par le bras.

« Emma, attends ! s'écria-t-il. »

Son cœur se serra fortement dans sa poitrine lorsqu'il aperçut les larmes perler au coin des yeux de la blonde. Il planta son regard dans le sien, la main qui tenait son bras enserrant à présent ses doigts à elle et lui demanda :

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Je sais que c'est difficile d'accepter de tourner la page après tout ce qu'il t'est arrivé mais il faut que tu me fasses confiance. Je ferai tout pour que tu ne souffres plus jamais, et encore moins par ma faute, tu dois me croire.

– Je sais…

– Alors qu'est-ce qui ne va pas ?

– Killian, la première chose que j'ai apprise de toi lorsqu'on s'est rencontrés, c'est que tu veux retourner t'installer en Irlande dès l'année prochaine alors que moi, je vais rester ici. J'ai déjà été abandonnée par assez de monde comme ça, je… je ne peux pas risquer de te perdre toi aussi… »

Le garçon la contempla un instant sans rien dire. Alors c'était donc cela qui la contrariait. Même s'il se souvenait parfaitement de ses paroles – en effet, comment oublier la première fois que son regard s'était posé sur la blonde sans plus jamais la lâcher depuis ? – il n'en pensait à présent plus un mot. Bien sûr qu'il voulait retourner dans son pays d'origine, c'était son rêve que d'y vivre, mais jamais il ne partirait sans elle si elle ne pouvait ou ne souhaitait pas le suivre ! C'est pourquoi il esquissa un faible sourire (après tout, elle venait quand même de lui avouer qu'elle ne pouvait pas le perdre) avant de s'approcher d'elle afin que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

« Tu n'as pas à t'inquiéter, voulut-il la rassurer. Je ne te connaissais pas encore lorsque j'ai dit ça et si je voulais tant m'en aller avant, c'était parce que tout me rappelait mon passé et que je n'avais rien qui pouvais me donner envie de rester. Mais ça… c'était avant toi. Je ne compte pas te quitter, jamais. »

Puis, pour accentuer encore davantage ses mots, il l'attrapa par la taille et la colla tout contre son corps pour l'embrasser. Soulagée, Emma répondit à son baiser avec passion, ses mains se perdant dans les cheveux du brun. C'était si bon que de pouvoir à nouveau compter sur quelqu'un de vraiment sincère, si nouveau, aussi…

Ils restèrent ainsi un long moment, seuls au beau milieu de la rue éclairée, sans jamais se quitter. Ils se sentaient vraiment heureux, ensemble. Cependant ils furent bien obligés de rejoindre leurs amis après un certain temps avant que ceux-ci ne s'inquiètent suite à leur long départ – à vrai dire, ils n'avaient pas vraiment notion du temps qui s'était écoulé depuis. La soirée se termina dans la joie et la bonne humeur et chacun rentra se coucher chez lui le cœur léger. Ce fut même Emma qui fit le premier pas et embrassa Killian devant leurs amis pour lui souhaiter bonne nuit tandis que lui était resté en retrait, ne sachant si cela la dérangerait que de se montrer ainsi devant tout le monde ou non.


« Blanche, Blanche ! »

Essoufflée, le Petit Chaperon Rouge poussa la porte du château à la recherche de son amie. Lorsqu'elle la trouva enfin en pleine discussion avec son mari, elle s'arrêta devant eux, le visage illuminé de soulagement. Ces derniers la dévisagèrent longuement avant de la questionner du regard devant le sourire qu'elle arborait et qui ne la quittait plus – eux n'avaient plus souri depuis si longtemps…

« C'est Emma, commença la brune. Mère-grand l'a retrouvée !

– Comment ça ? Où est-elle ? Est-ce qu'elle va bien, au moins ? s'écrièrent d'une même voix le roi et la reine face à cette révélation qu'ils croyaient inespérée.

– Elle se trouve à bord du navire du Capitaine Crochet et semble être en forme, oui. C'est la Petite Sirène qui a informé mère-grand, elle a essayé de ramener votre fille à la raison mais elle ne veut rien entendre. Pourtant, le pirate ne lui veut pas que du bien : il a pour projet de la livrer à la Méchante Reine. Actuellement, ils sont en direction de l'Île Maudite mais semblent s'être arrêtés. C'est le moment ou jamais d'aller à son secours…

– Oh, ma pauvre enfant, s'effondra Blanche-Neige dans les bras du Prince Charmant. Tout est de ma faute…

– Ne t'inquiète pas, chérie, nous allons la ramener seine et sauve. Gardes, appelez nos soldats, il faut que nous mettions un plan à exécution au plus vite ! »

Suite à ces paroles, tout le monde quitta la scène, les lumières s'éteignirent complètement, les rideaux se baissèrent quelques secondes puis se relevèrent sur un nouveau décor et de nouveaux personnages : James et Emma.

« Laisse-moi tranquille, je t'ai déjà dit que je ne voulais pas te parler, s'écria d'une voix ferme la jeune fille tandis qu'elle parcourait de long en large le pont du Jolly Roger.

– S'il-te-plaît… répliqua d'une voix suppliante le capitaine. Même si tu ne me fais plus confiance, on a besoin de te sortir de là, pour empêcher la sorcière de te faire du mal. Je suis prêt à me livrer pour toi mais je t'en prie, laisse-moi t'aider !

– Et quel est ton plan ? répondit froidement la princesse en se retournant enfin vers son vis-à-vis tout en soutenant son regard. »

Ce dernier s'approcha doucement d'elle jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'à quelques pas l'un de l'autre. Il voulut la prendre par la main mais elle la retira vivement ; après ce qu'il lui avait fait, elle ne supportait plus qu'il la touche. Et dire qu'elle avait accepté d'embrasser ce traite et se demandait parfois s'il n'était pas en train de tomber amoureux d'elle ! Quelle naïve princesse avait-elle fait.

« Je vais aller affronter la Méchante Reine pendant que resteras sous la garde de mon équipage, s'expliqua le pirate. Ils te ramèneront jusqu'à chez toi.

– Mais elle te tuera si tu fais ça !

– Et alors, je l'ai bien mérité, non ? De toute façon, nous n'avons pas d'autre choix.

– Tu serais prêt à sacrifier ta vie pour moi ?

– Aye. »

Incrédule, Emma le contempla un instant et son regard s'adoucit quand elle se rendit compte de la sincérité des propos du brun. Peut-être ne lui mentait-il pas lorsqu'il lui affirmait avoir changé d'avis et ne voulait plus la livrer à cette horrible sorcière ? Cependant, il semblait que son « pouvoir magique » qui lui permettait de voir quand quelqu'un lui mentait ne marchait pas sur lui – après tout, elle l'avait cru lorsque, lors de leur rencontre, il lui avait promis souhaiter l'aider à découvrir le monde alors que ce n'était visiblement pas le cas. Malgré tout, qu'il pense ce qu'il avait dit ou non, ce n'était pas dans ses habitudes que de laisser quelque mourir, encore moins à cause d'elle.

« On peut trouver un autre moyen, affirma la jeune fille. Si l'on demande de l'aide à mes parents, je suis sûre…

– Nous n'avons pas le temps de les attendre, la coupa James. Et puis, de toute façon, nous n'avons aucun moyen de les informer de notre situation et je ne pense pas qu'ils feraient confiance à un pirate de mon genre.

– Alors je viens avec toi.

– Il n'en est pas question.

– Pourquoi ?

– Parce que je ne peux pas risquer de te perdre, voilà pourquoi ! »

Emma voulut continuer son texte mais fut coupée dans son élan par Madame Darbus qui, toujours dans le noir, s'exclama :

« Bien, je pense que nous pouvons nous arrêter là.

– Pourquoi, on ne termine pas la scène ?

– Non, vous avez l'air de vous en sortir plutôt bien pour l'instant, je vous fais confiance pour la suite. Pour une fois, je vais vous laisser vous en aller à l'heure, vous l'avez tous bien mérité. N'oubliez pas cependant de commencer à lire le troisième acte de la pièce pour la prochaine fois, puisque nous avons bientôt terminé les répétitions du deuxième. A lundi ! »

Les étudiants rejoignirent donc la sortie tous ensemble avant de se séparer chacun de leur côté pour rentrer chez eux. Ils étaient trop fatigués par la semaine qu'ils venaient de passer pour aller au bar comme ils le faisaient d'habitude.

« Tu veux venir manger chez moi ? proposa Killian alors que le tout jeune couple marchait d'un même pas en direction de leurs appartements. David n'est pas là cette nuit, on pourrait en profiter pour répéter la fin de la scène qu'on n'a pas pu jouer pendant le cours… Ou simplement regarder un film sur Netflix, si tu préfères.

– C'est gentil, mais j'ai beaucoup de travail qui m'attend pour la semaine prochaine, il faudrait que je m'avance. Une prochaine fois, peut-être…

– Comme tu voudras. »

Le garçon ne put cacher sa déception. Ils n'avaient pas passé un moment rien que tous les deux depuis ce qu'il s'était passé dans les coulisses trois jours plus tôt. Il savait qu'il devait être patient, la blonde le lui avait déjà fait remarquer, mais il souhaitait tellement lui faire oublier ses peines passées et qu'elle arrête de voir l'amour comme quelque chose de mauvais, qu'elle profite enfin un peu… Cependant il ne fit aucune remarque et la raccompagna jusqu'à chez elle avant de la quitter après un dernier baiser.

Une fois dans son appartement, Emma s'assit sur une chaise en soupirant. Elle s'était bien rendu compte que sa réponse avait déçu l'irlandais, mais elle ne pouvait s'empêcher de se poser tout un tas de questions malgré tout. Néanmoins, si elle voulait faire en sorte que leur histoire marche – et elle le souhaitait de tout cœur –, elle allait devoir faire encore plus d'efforts. C'est pourquoi elle attrapa son téléphone, rechercha le numéro de Killian dans son répertoire et, lorsqu'elle le trouva, lui envoya un message :

« Est-ce que ça te dirait de sortir quelque part demain soir ? »