Chapitre 7 : Severus le Chanceux
- Nous faisons tout notre possible pour réparer les dégâts mais cela va prendre du temps. Dîtes-nous comment se porte le Professeur Sinistra, prononça le chat argenté qui était apparu aux côtés d'Aurora et de Severus.
Ils sursautèrent tous deux violemment en entendant la voix sévère et inquiète du Professeur McGonagall. Leurs lèvres s'étaient enfin séparées et Severus s'était relevé prestement pour s'éloigner d'Aurora. Il ne pouvait la regarder dans les yeux après…ça. Il lança un second Patronus pour prévenir le professeur de Métamorphose qu'Aurora allait assez bien malgré sa jambe en mauvais état.
Cette dernière fixait le dos de Severus intensément, mais son cerveau restait focalisé sur le baiser qu'ils venaient d'échanger. Peut-être n'aurait-elle pas dû s'y prendre de cette manière. Peut-être n'aurait-elle pas dû voler les douces lèvres de Severus. Plus douces que tout ce qu'elle avait pu imaginé… Non, à bien y réfléchir, elle ne regrettait rien. S'ils ne s'en sortaient pas, elle aurait au moins vécu ça, se dit-elle, sarcastique.
Sa jambe, qu'elle avait momentanément complètement oubliée, la faisait de nouveau souffrir. Elle jeta un œil à sa blessure qu'elle trouvait tout à fait affreuse en plus d'être horriblement douloureuse. Elle releva les yeux vers Severus qui n'avait pas bougé d'un pouce et qui n'avait manifestement pas l'intention de se retourner vers elle.
- Vous…vous ne pouvez vraiment rien y faire, alors ?
Severus fit un vif demi-tour vers elle, comme surpris, et se racla la gorge avant de dire :
- Si elle était juste cassée, je pourrais. Mais là…
Il fit un geste vague vers sa jambe.
- Vous devriez la couvrir. Je ne sais pas combien de temps on va rester là et il vaudrait mieux éviter l'infection, continua-t-il d'une voix neutre en regardant la robe retroussée aux genoux d'Aurora.
La jeune femme suivit ses instructions et fit redescendre sa robe jusqu'à ses chevilles. Elle retint un gémissement lorsque la robe frotta sa blessure à vif, mais ne put empêcher une larme de dévaler sa joue. Un violent mal de tête lui martelait les tempes et sa nausée avait repris. Ses yeux se tournèrent de nouveau vers Severus. Un malaise tenace régnait dans la pièce, et Aurora n'avait pas la moindre idée pour le dissiper. « Ne vous en faîtes pas, vous embrassez très bien » paraissait totalement inapproprié pour détendre l'atmosphère. Elle n'avait aucune intention de lui dire qu'elle regrettait et que cela ne se reproduirait plus puisque c'était l'exact opposé de ses pensées. Mais elle ne supportait plus le silence pesant qui étreignait sa poitrine.
- Je crois qu'on est quitte et que vous ne me devez plus de dîner, dit-elle un sourire triste aux lèvres. Je vous ai sauvé la vie, vous avez sauvé la mienne…expliqua-t-elle.
Severus jeta un coup d'œil vers elle et ne répondit pas. Il ne savait si c'était la poussière, mais Aurora paraissait trop pâle pour aller bien. Il s'approcha d'elle à contrecœur et s'agenouilla pour vérifier qu'elle n'allait pas défaillir maintenant. Elle parut surprise lorsqu'il le fit mais ne dit rien. Sa blessure était correctement refermée, mais ses yeux étaient vitreux et elle semblait réellement sur le point de tomber dans les pommes. Il changea un morceau de pierre en verre à pied et lui tendit après l'avoir rempli d'eau. Elle le prit, la main tremblante et but doucement avant de lui rendre.
- Merci.
Il espérait vivement que la jeune femme ne sombre pas dans un sommeil qui pourrait lui être fatal avant que les secours n'arrivent. Mais comment était-il censé la garder éveillée ? Il rechignait à lui faire la conversation, mais il n'allait quand même pas l'embrasser à nouveau… Il se recula un peu, craignant qu'elle l'attire à elle encore une fois et racla sa gorge irritée par la poussière en suspension. Il cherchait de l'inspiration pour mener la conversation. Il se dit alors qu'il ne connaissait presque rien d'elle. Mais il était très réticent à lui demander des renseignements : et si elle croyait qu'il s'intéressait à elle ? Alors que les yeux de la jeune femme commençaient à papillonner, il demanda :
- D'où venez-vous, Aurora ?
Surprise, elle mit un temps pour répondre.
- Il ne faut pas que vous vous endormiez, je crois que vous avez une commotion, expliqua Severus rapidement.
- Je viens de Londres. Ma mère travaille sur le Chemin de Traverse chez Fleury & Bott, et mon père travaillait au Service de Coopération Internationale au Ministère.
Severus se cala contre le mur à côté d'elle.
- Travaillait ?
- Il avait des contacts à l'étranger grâce à son travail, et il y a envoyé des nés moldus pour leur éviter les détraqueurs. Jusqu'à ce qu'on le juge pour trahison… Vous avez toujours vos parents ? continua-t-elle.
- Non, répondit brièvement Severus. Des frères et sœurs ?
- Non. Votre père était moldu, c'est ça ?
Severus faillit se lever et l'ignorer jusqu'à ce que leurs « sauveurs » n'arrivent enfin, mais il prit sur lui. On pouvait d'ailleurs entendre des voix autour d'eux mais elles semblaient si lointaines…
- Vous entendez ? Ils ne mettront peut-être pas si longtemps, dit-il en éludant la question.
- Non, je n'entends rien. Pourquoi les Potions ?
Severus en avait déjà tellement marre de cette discussion sans autre but que de la maintenir réveillée…
- Pourquoi l'Astronomie ? demanda-t-il sèchement en retour.
- Mais enfin, Severus… Quel est votre problème ? Ça ne vous arrive jamais de discuter simplement avec les gens ?
- Je vous préviens, Aurora : si vous continuez de me harceler comme ça, je ne vous parle plus du tout et vous n'aurez qu'à mourir toute seule.
Elle haussa légèrement les sourcils, mais un demi-sourire relevait un coin de ses lèvres.
- Je ne vois pas du tout ce qu'il y a de drôle, mais si c'est vraiment ce que vous voulez…dit-il en commençant à se relever.
- Non, fit-elle en attrapant son poignet.
Severus se rassit, les yeux rivés sur la montagne de débris qui leur faisait face.
- Si vous tenez absolument à tout savoir de moi et que vous insistez tellement pour ne rien me dire de vous… J'ai eu une enfance très heureuse, donc très ennuyeuse pour vous. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai choisi l'Astronomie. Vous devez sûrement penser que ça ne sert strictement à rien, comme matière.
Severus ne répondit rien mais n'en pensait pas moins. Il trouvait même l'Astrologie plus passionnante ; avant il adorait écouter les prévisions plus qu'absurdes de Trelawney, surtout celles qui concernaient la mort très prochaine et très douloureuse de Potter.
- Pour être honnête, je n'aime pas enseigner, continua Aurora. C'est parce que j'étais amoureuse de vous que je suis restée à Poudlard, fit-elle, pensive.
Severus ne savait absolument pas quoi répondre. Tout ça le mettait terriblement mal à l'aise et le souvenir de leur baiser remontait à la surface à son plus grand déplaisir.
- Vous n'avez vraiment jamais rien remarqué ? demanda-t-elle soudain.
Severus secoua simplement la tête en signe de dénégation. En la regardant, il sentit qu'elle allait un peu mieux et semblait moins sur le point de s'évanouir. Parler de lui avait l'air de mieux la tenir éveillée que de parler d'elle.
- Vous pensez réellement que rien ne peut se passer entre nous, n'est-ce pas ?
Il se tourna vers elle. Avait-il enfin réussi à se faire comprendre ? Sceptique, il regarda son air à la fois triste et attentif à sa réaction. Il prit une profonde inspiration avant de répondre :
- Aurora, je n'ai rien contre vous personnellement. Hormis le fait que vous m'ayez sauvé dans la Cabane Hurlante et que je n'aie maintenant aucune idée de ce que je vais pouvoir faire…
En le disant, sa colère contre elle remontait, ce qui le soulageait grandement. Il commençait à avoir peur des sentiments qu'il pourrait avoir pour elle.
- Mais j'aimerais que vous compreniez que je n'ai aucun sentiment à votre égard. Je comprends que vous m'ayez fait part des vôtres et…si ça vous soulage, tant mieux. Mais il ne peut rien y avoir entre nous.
Son ton était à la fois décidé et impitoyable. Il n'avait pas envie de lui faire de mal, mais il tenait vraiment à lui faire comprendre que jamais ses sentiments ne seraient partagés. Tout ce qu'il ressentait pour elle, c'était simplement le désir d'un homme après de longues années de solitude. Rien d'autre.
Severus savait qu'Aurora avait fait beaucoup d'efforts pour ne pas se mettre à pleurer, mais ses paroles avaient dû atteindre leur but puisque les larmes roulaient maintenant incessamment sur les joues pâles de la jeune femme. Si on lui avait dit un jour qu'il devrait repousser avec ardeur les avances d'une jeune femme telle qu'Aurora il y a quelques temps, Severus ne l'aurait sûrement pas cru. Et pourtant…
Aurora préférait nettement le malaise qui avait suivi leur baiser en fin de compte. La tristesse la dévastait et elle ne pouvait même pas se cacher de lui. Un froid insidieux qui n'était pas seulement dû aux cachots la faisait frissonner et elle s'enroula plus fermement dans la cape de Severus. Elle tenta d'essuyer ses larmes avec, mais la douleur qui tenaillait son cœur se fit plus forte lorsqu'elle sentit son odeur sur l'étoffe noire. La jeune femme s'agrippa au tissu comme elle l'avait fait avec la robe de sorcier de Severus pendant qu'ils s'embrassaient.
Depuis qu'elle lui avait avoué ses sentiments, elle avait toujours eu l'espoir qu'elle pouvait le faire changer d'avis à son propos. Et cet espoir avait atteint son paroxysme quand Severus avait répondu passionnément à son baiser. Et il était redescendu aussi vite qu'il était monté.
Soudain, une grosse partie des pierres devant eux se soulevèrent et commencèrent à s'agencer pour former le plafond. Devant eux, McGonagall, les architectomages, Mme Pomfresh et de nombreuses autres personnes tentaient de scruter les deux rescapés au travers de la poussière soulevée. Soal traversa la salle et se dirigea droit vers Aurora. Il se pencha pour le prendre dans ses bras et la souleva comme si elle ne pesait rien.
- Ne vous en faîtes pas, Aurora. C'est fini. Vous êtes sauvés.
Severus regarda leur « sauveur » pavaner, Aurora s'accrochant à la robe de sorcier de Soal. Il commençait à exaspérer fortement le Maître des Potions, à jouer les héros à deux noises. Même Potter ne jouait pas autant la comédie. En plus, Aurora allait finir par lui vomir dessus s'il continuait de tournoyer comme ça juste pour montrer combien il était musclé, courageux…
- Merci, Jeremiah.
Minerva arriva près de Severus après s'être enquit de la santé d'Aurora qui allait passer dans les mains de Mme Pomfresh, sur une civière. Un moyen de locomotion nettement plus approprié que les bras d'un architectomage pour un blessé, soit dit en passant.
- Vous allez bien, Severus ?
- Oui. Merci Minerva. Vous savez ce qu'il s'est passé ?
- Monsieur Soal a parlé d'un oubli de colle de doxy des bois pour fixer les dalles de pierre.
- C'est un oubli assez fâcheux… Enfin… J'imagine que ça aurait pu être pire.
- Oui, on dirait que la chance est avec vous, Severus, répondit le Professeur avant de se tourner vers la sortie.
Des sorciers avaient commencé à nettoyer la salle et à enlever les derniers débris. Severus suivit le Professeur McGonagall vers la sortie tout en se demandant si elle n'avait pas voulu se moquer de lui. Un empoisonnement et un éboulement en une semaine, si ça c'était de la chance… Il se demandait ce que les astres avaient contre lui.
