- ME VOILÀ ENFIN, NON, VOUS NE RÊVEZ PAS !-

Je tiens tout d'abord à m'excuser pour mon affreux retard. Je tiens simplement à vous informer que ces deux dernières semaines n'ont pas été des plus reposantes et ne figurent pas parmi mon top cinq de l'éclate, si vous voyez ce que je veux dire. J'ai donc mis du temps à le fignoler et j'en suis désolée. Enfin bon, je propose qu'on ne se laisse pas gagner par l'animosité et que l'on fête dignement l'arrivée de mon petit chapitre. Voilà voilà...


Réponses aux reviews :

Merry : Merci encore une fois pour ton soutien infaillible ! Je suis ravie du fait que tu aies aimé mon chapitre et les personnages que je dépeints, comme Eva ou mon « bellâtre russe » ahah ! J'avais peur de rater les échanges Jude/Regulus mais comme je vois que tu les as appréciés, je suis rassurée. En tout cas, je te laisse avec la suite que tu attendais tant, j'espère qu'elle te satisfera... ;)

Titi : Merci pour ta review et pour m'avoir dit que j'écrivais bien, ça me touche ! En ce qui concerne « l'admiration » pour notre Voldinouchet adoré, je te demande de ne pas t'inquiéter. J'ai prévu un développement et j'ai envisagé la suite des évènements donc... voilà. Je ne vais rien dire pour ne pas dévoiler la suite mais sache que normalement, j'ai tout prévu. J'ai lus les livres un million de fois, et je relis encore et encore les passages pouvant concerner Regulus donc, s'il te plaît, ne me mets pas la pression... x) Et non, t'inquiète, tu fais pas ta chieuse, je suis très consciente de mon retard qui me dérange au moins autant que toi ahah ! J'espère que tu aimeras mon chapitre sept ! :)

Bonne lecture à tous !


Aujourd'hui, c'était le jour de l'élection des champions du Tournoi des Trois Sorciers, et ça se sentait. Ils faisaient tout un foin pour pas grand chose. Tout le monde était beaucoup plus excité que d'habitude, et ça ne me ravissait pas. Je n'étais vraiment pas prête pour affronter l'agitation. Le seul bon côté, c'était que nos cours de l'après-midi avaient été banalisés. Nous étions donc tous réunis dans la Grande Salle pour être témoins de l'élection la plus ennuyeuse du siècle des personnes les plus déterminées à se faire bousiller la tronche par des créatures tout droit sorties de l'enfer. Évidemment, ces personnes seraient adulées, admirées pour leur courage et leur honneur, acclamées pour le simple fait d'avoir été choisies sans rien avoir accompli. Ce n'était qu'une répétition des jeux du cirque de l'Antiquité, la magie en plus.

Les jaspinages redoublaient autour de moi, des cris, des rires, des chamailleries me parvenaient de chaque coin de la salle. Certains allaient même jusqu'à s'assoir sur les tables, reposant leurs derrières gras à l'endroit même où ils ingurgitaient chaque jour leurs apports nutritionnels. Deux ou trois gnomes avaient encore accouru vers l'estrade et jeté leurs noms au fond de la Coupe dans un dernier acte de désespoir. Et moi, je ne faisais qu'attendre l'ouverture de la "cérémonie", comme ils appelaient ça, n'ayant pas d'autre choix que d'y assister. En fait, j'étais surtout pressée d'en voir la fin.

Je jury au grand complet, à savoir Dame Séverin, Leonidov, Dumbledore, Alma Cree et Andrew Lindley, était réuni. Ils se parlaient à voix basse et affichaient tous un air affairé, jetant par moment des coups d'oeil à la Coupe. . Les professeurs de l'école étaient rassemblés derrière leur table, debout, contre les murs. Je me demandais bien ce qu'ils attendaient pour lancer cette satanée élection. Deux heures sonnèrent à l'horloge et ils relevèrent la tête d'un même mouvement, observant la Coupe dont les flammes bleues s'agitaient. Le silence se fit aussitôt dans la salle, si bien qu'on entendit plus que le feu qui crépitait avec acharnement. Dehors, l'orage sembla gronder plus intensément, le vent fou envoyait des branches se cogner contre les vitraux. Dumbledore s'éloigna de ses collègues, éteint toutes les lanternes et bougies, et la Grande Salle fut plongée dans la pénombre. Le feu magique était la seule source de lumière et attirait par conséquent tous les regards. La tension était désormais palpable, tous les corps étaient tendus vers la Coupe avec une attirance irrépressible, comme hypnotisés par sa puissance. Une lueur de crainte mêlée au désir de connaissance brillait au fond de chaque prunelle. Les flammes aveuglantes s'accrurent encore, et encore, et encore. Dumbledore s'approcha un peu plus de nous, un fin sourire flottait sur ses lèvres.

- La Coupe de Feu aura bientôt fait son choix, assena-t-il. Dans quelques instants, elle nous révèlera l'identité des trois champions. Les heureux élus seront priés de s'avancer jusqu'à moi, je leur remettrai le morceau de parchemin sur lequel ils avaient écrit leurs noms, puis ils iront attendre patiemment dans la pièce jouxtant la Grande Salle, précisa le directeur en pointant du doigt la porte située derrière la table des professeurs. Là, quand tous auront été élus, le jury les rejoindra pour leur expliquer le rôle qu'ils auront à tenir et ils recevront des informations cruciales au sujet de la première tâche.

Il se tut et recula légèrement pour se placer à côté de la Coupe, dont les flammes viraient en un battement de cils du bleu le plus électrique au doux cérulé pour repartir sur l'indigo qui laissait ensuite place à un pervenche éblouissant.

Soudain, les flammes passèrent au rouge vif, un vermeil saisissant, et une langue de feu s'éleva sur plusieurs mètres. Tout le monde suivit sa brusque ascension sans en perdre une miette. La langue de flammes elle-même s'embrasa, d'autres flammèches vinrent lécher ses côtés et une sourde détonation se fit entendre. Un murmure de stupeur courut dans l'assemblée, les élèves eurent un geste de recul. Un papier minuscule aux contours noircis avait jaillit et décrivait à présent des petits cercle dans les airs. Dumbledore s'empara du morceau de parchemin d'un geste sûr, expert, sans jamais sembler craindre de se brûler. Les flammes étaient redescendues aussi vite qu'elles étaient montées, mais surtout, elles étaient redevenues bleues et flottaient doucement, souplement dans la Coupe.

- Le champion désigné pour représenter l'Institut Durmstrang, nous apprit Dumbledore, est Luben Droski !

Les garçons de Durmstrang se mirent à applaudir et à frapper la table des Serpentards de leurs poings en beuglant une série de cris gutturaux dignes des plus anciens hommes des cavernes. Un grand nombre d'entre eux se retournèrent sur un garçon de quatorze ou quinze ans qui avait la bouche grande ouverte. Ils lui donnèrent des tapes dans le dos, certains même des accolades à vous en briser la colonne vertébrale, mais tous sans exception l'acclamèrent. Les élèves de Beauxbâtons et de Poudlard applaudirent également le champion sans toutefois savoir où donner de la tête. Beaucoup se levèrent pour le chercher du regard, quelques uns se dressèrent sur la pointe des pieds pour mieux mieux l'entrevoir.

Au bout de quelques minutes, il parvint à se dégager de la masse qui l'oppressait et marcha fièrement vers Dumbledore. Il avait retrouvé tout son aplomb et souriait comme un enfant à qui on aurait offert une tonne de fizwizzbiz. Il rajusta son uniforme et passa une main dans ses cheveux blonds. Il serra vigoureusement la main que lui tendait Dumbledore et repris son nom, que notre directeur lui présentait de son autre main. Il se dirigea ensuite vers la porte derrière la table des professeur, comme on le lui avait demandé. Leonidov lui barra la route un moment, cependant, l'agrippant par les deux épaules. Il lui parla longuement, toujours avec cette indescriptible expression de neutralité, mais il avait dû dire quelque chose de positif puisque le sourire de Droski s'agrandit et il hocha vivement la tête de haut en bas. Leonidov relâcha son champion, qui disparut derrière la porte.

Le brouhaha s'évanouit peu à peu et les flammes commencèrent à rougeoyer encore une fois. Elles réagirent de la même étrange façon qu'avant, et un autre petit bout de parchemin s'échappa de la Coupe. Dumbledore l'attrapa au vol et le déplia en faisant bien attention à ne pas le déchirer.

- Le champion de Poudlard, dit-il à haute et intelligible voix, est Regulus Black !

Ça, c'est sûr qu'il fallait au moins un crétin dans son genre pour le Tournoi.

Un tonnerre d'applaudissements retentit dans toute la salle. Les Serpentards braillèrent à s'en user les cordes vocales, tandis que les Gryffondors se renfrognaient et murmuraient des malédictions. Moult jeunes filles poussèrent des cris aigus à en péter les vitraux. Slughorn applaudissait comme une adolescente à qui on aurait promis un autographe de sa chanteuse préférée depuis le fond de la salle. La foule le cherchait désespérément des yeux, il semblait s'être noyé dans le tumulte qui faisait rage autour de lui. Malheureusement, ce n'était pas le cas, et il émergea progressivement du tas que formaient ses petits copains serpents avec le même air niais que s'il s'apprêtait à éternuer. Il marcha lui aussi tout droit jusqu'à Dumbledore, qui lui donna une tape amicale sur le bras en le félicitant. L'autre benêt sourit en montrant toutes ses dents et partit rejoindre Droski après avoir repris son morceau de parchemin. Le vacarme s'estompa un peu quand sa face de blatte eut disparu, mais Dumbledore fut obligé de réclamer le silence.

La Coupe s'anima une troisième et dernière fois, projetant des étincelles écarlates autour d'elle. Ses flammes grandirent et un ultime nom en fut éjecté. Dumbledore le laissa descendre jusqu'à lui et attendit qu'il se déposa de lui-même dans sa paume après avoir tourbillonné quelques temps dans les airs. Il le retourna et le lut en haussant les sourcils.

- Le champion, ou plutôt, la championne de l'Académie de Magie Beauxbâtons sera cette année Colette Moisset !

Des applaudissements nourris éclatèrent du côté des élèves de Beauxbâtons, mais sans aucun cri. Tout Poudlard applaudit également bien sûr, par politesse, et la salle fut donc uniquement remplie par le claquement régulier des mains de tous qui se rencontraient. C'était assez étrange, un peu comme si tout ce qui vous parvenait à l'oreille était le silence complet derrière les applaudissements. Une jeune fille se leva élégamment et se dirigea vers Dumbledore sans nous jeter un seul regard. Elle marchait dignement, le menton haut, les bras le long du corps, les talons de ses escarpins bleu pastel claquant avec un bruit mat sur le sol de pierre. Elle avait l'expression la plus assurée qui m'avait jamais été donné de contempler, l'air de dire « Cela va de soi. Qui d'autre, sinon moi ? ». Elle saisit délicatement le petit bout de papier dans la main de Dumbledore, qui la congratula. Elle rejoignit ensuite sa directrice, qui l'embrassa et la serra dans ses bras d'un air comblé. La championne disparut ensuite dans la mystérieuse petite salle derrière la table. La Coupe s'était éteinte d'elle-même, mais l'orage continuait de sévir au dehors.

Personne ne parlait plus, et c'était tant mieux. L'excitation des péglands ici présents était vite redescendue lorsqu'il avaient compris qu'il ne participeraient pas au Tournoi, et que maintenant que les champions avaient été élus, on ne leur dirait plus rien sur le jeu. Il n'y aurait plus aucun rebondissement dans leur petite vie pathétique pour le moment et ils pouvaient désormais retourner à leur début de crise existentielle. Ils avaient toute une après-midi de libre pour penser au prochain devoir qui les enfoncerait sans ménagement et qui les pousserait donc à tripoter nerveusement leurs fronts luisants rongés par des plaques entières de pustules rougeaudes et douloureuses remplies de sébum. Notre directeur nous renvoya à nos occupations sans prendre de détours et on put lire une nette et amère déception sur la majorité des visages. Bref, les élèves sortirent en traînant des pieds de la Grande Salle, certains fulminaient de ne pas avoir été choisis, d'autres faisaient des commentaires et commençaient même à parier sur la façon dont le Tournoi se finirait. Comme d'habitude, ça bloquait au niveau de la sortie et on se faisait balloter comme des méduses en pleine marée. J'extrayais difficilement mon walkman de mon sac dans l'espoir d'échapper aux jérémiades et aux lamentation des plus fragiles qui avaient fondu en larmes. J'appuyai sur le bouton play et enfin, la musique se mêla doucement à mes réflexions. Peu à peu, elle se fit omnipotente, apaisant complètement le train de mes pensées et effaça tout le monde autour de moi. J'attendais que les autres dégagent, immobile, en fixant mon attention uniquement sur le rythme si particulier de El condor pasa. (1)

I'd rather be a forest than a street.
Yes I would.
If I could,
I surely would.

Away, I'd rather sail away
Like a swan that's here and gone.
A man gets tied up to the ground,
He gives the world
Its saddest sound,
Its saddest sound.

La foule parvint finalement à se dissiper et, sans vraiment savoir pourquoi, je traînassait un moment dans les couloirs, sans but. Je n'avais rien à faire. En un sens, c'était tout ce que je souhaitais : ne pas avoir de responsabilités, plus aucun devoir à accomplir. Mais sans objectif à atteindre, je pouvais continuer de marcher pour le restant de mes jours. Et encore en même temps, je n'avais pas envie de m'occuper, de lire un livre ou d'aller dans le parc. Alors, je déambulais librement, sans me vexer de la direction dans laquelle allaient les escaliers, du moment que je ne croisais personne.

Malheureusement j'atterris dans un couloir du premier étage, dans lequel les élèves allaient et venaient, l'air pressé. Je m'apprêtais à remonter les escalier pour me rendre à la Tour d'Astronomie, qui était toujours vide et calme, quand j'aperçus un détail qui ne collait pas. Une scène qui n'aurait jamais dû se dérouler dans un lieu comme Poudlard. La petite pourriture qu'était Lewis Prescott, un poursuiveur dans mon équipe de Quidditch, retenait une fille qui m'avait l'air bien trop jeune et bien trop décontenancée pour être ici, avec lui, de son plein gré. Son acolyte de toujours, Edgard Lawford, se tenait à quelques mètres plus loin en jetant des regards dissuasifs à tous ceux qui les dévisageaient, sans oser intervenir. Je retirai brusquement mon casque de mes oreilles et le fourrai dans mon sac, sentant monter l'énervement que me procurait toujours ces types là.

- Prescott ! Apostrophai-je d'une voix forte en m'avançant vers lui à grand pas.

Il regarda dans ma direction, visiblement surpris que quelqu'un l'interrompe. Il me reconnut rapidement et m'adressa un horrible sourire presque carnassier avant de se retourner vers la fille qu'il maintenait contre le mur. Je décidai de crier son nom une nouvelle fois, plus fort, alors que mon sang commençait à bouillonner dans mes veines. J'arrivai à son niveau et enfonçai mes doigts dans son épaule. Je le forçai à se tourner vers moi, et fis en sorte qu'il focalise son attention sur moi et moi seule. Il fallait absolument que je le détourne de la fille. J'arrachai l'autre raclure du mur et l'envoyai valser plus loin avec la seule force de mon bras. Il me regarda d'un air éberlué alors que je me dressai entre lui et la fille. Lawford ne tarda pas à le rejoindre, à la façon dont un yorkshire hargneux se collerait à sa vieille mémère.

- Je ne m'attendais pas à te voir aujourd'hui, Peters.

- J'aurais aimé que ce ne soit pas le cas, mais il semblerait que les circonstances m'obligent à te remettre dans le droit chemin, dirons-nous. Pars, ordonnai-je en me retournant vers la fille.

- Le droit chemin, hein ? Répéta-t-il en l'observant courir. Tu n'as aucune idée de ce qu'on faisait.

- J'en ai vu bien assez, à mon goût, et maintenant, tu vas devoir t'arrêter.

- Mais arrêter quoi, Peters ? T'as vu à quel point sa jupe était courte au moins ? C'est comme si elle me suppliait de la toucher.

- Ne reporte pas la faute sur une fille quand tu es dans l'incapacité de te contrôler. Tu es tout simplement pathétique.

Et si ça ne me plaît tout bonnement pas qu'elle se trimballe comme ça ?

Sans pouvoir m'en empêcher, je ris aux éclats devant son imbécillité sans bornes.

- C'est très bien pour toi. Mais tu peux aller te faire mettre profondément parce que le monde ne se base heureusement pas sur tes opinions dégueulasses.

- Avoue-le, elle ne devrait pas avoir le droit de s'habiller de cette manière. Elle l'a bien cherché.

- Donc, si j'ai bien compris, selon toi, une fille ne peut s'habiller selon sa volonté parce que les garçons ne contrôlent pas leurs envies ? Eh bien laisse moi t'expliquer clairement la situation : quand un chien ne se contrôle pas, on lui enlève l'envie au scalpel. Tu vois où je veux en venir ?

- Mais c'est qu'on devient menaçante, ricana l'autre. Tu t'es remise de mardi, on dirait. Je ne sais même pas comment tu fais pour ne pas être usée jusqu'aux os. Je dois admettre que tu es tenace. Peut-être que toi aussi, tu cherches les sensations fortes. Dis-moi, tu as toujours les cicatrices, ou tu as réussi à les effacer ?

Le bourdonnement dans ma tête s'intensifia à tel point que je ne me sentis même plus maître de mon propre corps. Chaque cellule, chaque infime particule qui composait la pourriture sous mes yeux m'écoeurait, me révoltait. C'était comme s'il n'y avait pas de limite à ma répugnance, je pouvais difficilement réprimer mon envie de lui crever les yeux et de l'attacher à un poteau si haut dans le ciel que les corbeaux se régaleraient de sa chair fétide et toxique jusqu'à ce qu'il n'en reste rien et que son cadavre flotte comme une bannière on ne peut plus représentative du dégoût qu'il faisait naître en moi. Sans même penser aux conséquences de mes actions, je tirai ma baguette de ma poche, la pointait au niveau de sa poitrine et criai, déchargeant toute ma magie dans l'attaque, prononçant n'importe quel sortilège offensif qui me passait par la tête :

- Stupéfix !

Ce sale rat esquiva mon maléfice et sortit sa baguette en s'éloignant. Je ne lui laissai pas le temps de réagir et le mitraillait de tous les sorts auxquels je pouvais penser. Des élèves s'étaient enfuis précipitamment quand ils m'avaient vu engager un duel. Lawford était resté bouche bée un moment et avait fini par se joindre à Prescott. Je ne m'en souciais aucunement. À vrai dire, je me concentrais sur ma cible, obnubilée par mon désir de le faire souffrir. Je rugis « Bombarda », et l'écho de ma voix se répercuta dans tout le couloir, complètement désert. Prescott détourna mon sortilège, qui ricocha et explosa sur le côté en faisant s'écrouler tout le pan d'un mur. Je ne perçus que brièvement le bruit des énormes blocs de pierre qui s'écrasaient par terre et qui produisaient de plus en plus de poussière, s'insinuant dans chaque recoin et remplissant le vide comme un épais brouillard. Là encore, je ne m'en préoccupai pas, mais me concentrais pour ne pas lui laisser le temps de riposter. Je courrais presque vers lui dans une volonté de l'annihiler, faisant siffler sèchement mon arme dans les airs à la manière d'un fouet qui arracherait la chair sanglante d'un dos découvert. Un éclair orangé siffla non loin de mon oreille, et j'entendis Prescott crier un « Expulso », qui m'aurait atteint si je ne m'étais pas protégée à temps. Folle de rage, je continuai sans jamais m'interrompre de déverser des flots de maléfices sur mes deux ennemis.

- Impedimenta !

- Expelliarmus !

- Everte Statim !

Enfin, je le touchai. La force de mon attaque avait projeté Prescott si loin que j'entendis distinctement son dos se fracasser contre le mur, à l'autre bout du couloir. Je souris de satisfaction mais ne relâchai pas mon attention.

- Incarcerem ! Lançai-je à l'intention de Lawford, qui finit emprisonné par des cordes solides, le serrant à tel point qu'il suffoquait.

Prescott s'était relevé et m'attaquait en même temps que je tentais te l'anéantir.

- Confringo ! Hurlai-je finalement.

Là seulement, il parvint à former son bouclier et me contra avec un « Obscuro ». Je criai de frustration : tout était devenu noir autour de moi, je ne voyais plus rien. Je jetai une flopée de sortilèges informulés à dans toutes les directions, et tentai de déployer mes autres sens pour prévenir les attaques de Prescott. J'essayais de viser malgré tout, mais la fureur qui bouillait en moi et me consumait les entrailles me fit perdre mes moyens.

Ne voyant toujours rien, je décidai de m'élancer vers Prescott pour en finir à mains nues. Même aveugle, je finirai par le trouver et je l'étoufferai. Je sentirai la vie le quitter en serrant son cou entre doigts. Au milieu de ma course, une main m'attrapa par devant, m'arrêtant net. Je ne savais pas qui avait eu l'idée de faire ça, mais je battais des bras pour me dégager de son emprise et finis par heurter une surface osseuse assez brutalement pour que cette personne me lâche. Quelqu'un d'autre m'approcha et je lui sautai à la gorge sans hésiter. Mes ongles s'enfoncèrent dans ce qu'il me semblait être une épaule. Je tirai alors la personne jusqu'à moi et lui balançai mon genou dans l'abdomen à plusieurs reprises. Je le - car d'après la carrure, j'estimai que c'était un garçon - sentis vaciller et tomber sous mes coups. Désorientée, je me stabilisais, bien à plat sur mes deux pieds et recommençai à courir, l'adrénaline me prodiguant toutes la force nécessaire pour parvenir à mes fins. Seulement, malgré toutes mes protestations et mes gestes violents, je sentis plusieurs bras m'agripper et me clouer là où j'étais.

- Sale fils de chien, m'époumonai-je, en tournant la tête dans toutes les directions. Tu ne t'en tireras pas comme ça, crois moi ! Je t'arracherai le cœur à mains nues, puis je te lacérerai la gorge avec les dents et laisserai pourrir ta charogne dans un égout, à sa juste place !

Je criai encore et encore, jusqu'à m'en briser la voix. Je sentais mes veines battre à mes tempes. La cadence de mes insultes ralentit quelque peu et je me laissai complètement porter par les bras qui me retenaient, morte de fatigue. Je m'ouvris au monde extérieur et ne me rendis compte que maintenant des conversations animées autour de moi. Il ne m'était pas venu à l'esprit que le combat rameute des élèves. Et à vrai dire, ça ne me faisait ni chaud ni froid.

Tout près, quelqu'un braillait des ordres à je ne sais qui : « Tenez-la bien ! Allez, dégagez le passage ! ». On me fit avancer, mais on me serrait tellement fort et je pouvais sentir un tel nombre de mains sur moi que je décidai de ne pas leur faciliter la tâche et me reposai sur eux de tout mon poids. On me soulevait presque complètement, seules les pointes de mes chaussures raclaient le sol et balayaient la poussière incrustée entre les dalles, soulevant des odeurs de vieux château et de renfermé. La tête penchée en avant, mes cheveux battaient de gauche à droite à un rythme parfaitement régulier. Je ne savais pas où on m'emmenait, ni ce qui était advenu de Prescott et Lawford. En pressant mes doigts contre mes paumes, je m'aperçus que l'on m'avait pris ma baguette, ce qui attisa encore ma colère. Je fermai les yeux, même si ça ne servait pas à grand chose, et soufflai un bon coup. On commença à monter des escaliers, et mes pieds cognèrent contre chaque marche, ralentissant tout le groupe. On repassa cependant bien vite sur un sol plat, et j'en déduisis que l'on se trouvait au deuxième étage. Après plusieurs bifurcations, on s'arrêta enfin. Quelqu'un annula mon maléfice de cécité et je recouvrai la vue d'un seul coup. Je détournai la tête dans une vaine tentative de me protéger de l'agression de l'intense lumière qui assaillait ma rétine comme un million de petits soldats aux lances aiguisées. Peu à peu, je me réhabituai à la clarté, et observai ce qui se trouvait en face de moi. Une immense gargouille en pierre barrait l'accès à un escalier en colimaçon. J'étais juste devant l'entrée du bureau du directeur.

Je jetai un coup d'oeil autour de moi pour avoir une idée de qui m'avait si galamment escortée jusqu'ici. Un groupe de garçons m'entourait. À ma gauche, celui qui me tenait par le bras baissa la tête et j'en profitai pour accrocher son regard. Il tressaillit et resserra un peu sa prise autour de mon épaule, ce qui me fit légèrement sourire. Je me retournai sur ma droite et constatai qu'Aaron Brown m'avait supportée tout le trajet. Il paraissait plus inquiet de ce qui allait m'arriver qu'énervé par le fait que trois de ses équipiers se soient battus. En regardant derrière moi, j'aperçus Andreï Kagan qui me soutenait par la taille l'air crispé, fronçant les sourcils en regardant droit devant lui. Je ne lui avais pas revu depuis la soirée de Slughorn. Il m'avait offert quelque chose spontanément, sans même m'avoir parlé auparavant. Ça m'avait beaucoup surprise, évidemment. Sa culture et la mienne, d'après ce que j'avais compris de lui, étaient assez différentes. Le professeur Coalman, qui enseignait la Défense Contre les Forces du Mal, interrompit le cours de mes pensées avec un raclement de gorge. Ça devait être lui que j'avais entendu tout à l'heure. Il devait avoir environ trente-cinq ans et enseignait à Poudlard depuis trois ans. C'était un excellent professeur, maître dans son domaine, et il dirigeait sa classe calmement, bien qu'il soit féru de discipline. Il haussait rarement la voix sur ses élèves et nous poussait toujours à aller plus loin. Il s'adressa à moi d'un ton particulièrement cassant que je n'aurais jamais pensé entendre.

- Je suis extrêmement déçu de votre comportement, Miss Peters. Je vous pensais plus respectueuse des règles et surtout incapable d'agir d'une telle démesure. Je ne sais pas ce qui vous à pris, dans ce couloir, mais nous avons tout été témoins de votre brutalité. Vos agissements dépassent mes fonctions, et je n'ai pas assez de pouvoir pour décider de votre sanction. Le chef de l'établissement vous recevra directement dans son bureau.

Il fit ensuite un signe de tête aux garçons, qui me lâchèrent subitement. Je chancelai un peu et fixai mon professeur qui gardait un air impassible.

- Gommes de Limaces, dit-il.

Ces derniers mots me laissèrent perplexe quelques instants, mais je compris vite que c'était le mot de passe que le professeur Dumbledore avait choisi quand l'énorme statue sembla prendre vie et que le bruit de ses lourdes pattes de pierre s'abaissant sur le sol me parvint, lorsqu'elle fit un pas de côté. Coalman m'indiqua l'escalier de la main pour m'enjoindre de monter, mais il n'amorça aucun geste pour me suivre. J'obtempérai et, dès lors que mes deux pieds furent posés sur la première marche, la statue s'anima une nouvelle fois et je n'aperçus bientôt plus le visage de Brown, qui me regardait monter le front barré d'un pli soucieux. Plus je montais, plus je sentais l'angoisse me nouer le ventre. Je redoutais ce qu'allait dire Dumbledore. Maintenant que je me retrouvais seule, sans personne sur qui déverser ma bile, je réalisai à quel point les conséquences de mes actions pourraient être sévères. Je ne pouvais pas être chassée de Poudlard, pas pour un sombre imbécile comme Prescott. J'avais réussi à me contrôler, jusqu'à aujourd'hui. Il fallait que je me calme, mais ma colère ne voulait pas disparaître. Le bruit mat de mes pas sur la pierre dure faisait comme écho aux pensées qui martelaient mon esprit, alors que je tournais et tournais encore dans mon ascension comme mes idées noires dansaient dans ma tête. Au bout d'un moment, j'entrevis une faible lumière et je montai fébrilement ses dernières marches. Je traversai ensuite les quelques mètres qui me séparaient du bureau de Dumbledore, et me retrouvai devant une gigantesque porte en chêne. Je restai immobile quelques minutes, appréhendant la rencontre, et surtout l'issue de la discussion. J'essuyai mes mains moites sur ma jupe.

Du bout des doigts, je saisis le magnifique heurtoir de cuivre en forme de griffon. Je fermai les yeux, soufflai un bon coup et m'apprêtais à toquer. La porte s'ouvrit avec un grincement avant même que je ne frôle le bois épais. Son ouverture s'élargit sans que je la pousse et sans que quelqu'un la tire. Le directeur avait les mains appuyées sur son bureau et, entouré de gens haut placés au Ministère, il regardait d'un air attentif le ministre de la Magie, Harold Minchum. Ce dernier se retourna en entendant le bruit de la porte, ce qui attira également l'attention de Dumbledore sur moi. Il déclara en se redressant :

- Harold, je crains que mes obligations de directeur n'aient repris.

- Bien sûr, Albus, je comprends, répondit Minchum en se retournant vers lui.

- Si vous voulez bien me laisser vous raccompagner, proposa courtoisement mon directeur.

Il tendit la main vers la sortie et la posa ensuite sur l'épaule du ministre. Les employés du Ministère se dirigèrent docilement vers la porte et Dumbledore me fit signe d'approcher de sa main libre. Je baissai les yeux et avançai de quelques pas pour laisser passer les autres, qui sortirent en coup de vent.

- Il y a des bonbons au citron et des malice réglisse sur mon bureau, Miss, ajouta-t-il d'une voix douce en passant près de moi, vous n'avez qu'à vous servir. Je reviens tout de suite.

Et il ferma la porte derrière lui, si bien que je me retrouvai seule dans les appartements de Dumbledore.

C'était la première fois que j'y mettais les pieds, et je devais admettre que je n'avais jamais été aussi impressionnée par aucune autre salle du château. La pièce était circulaire et baignait dans la lumière grâce à ses immenses fenêtres. La pluie avait cessé et ont pouvait même distinguer un arc-en-ciel, au loin. Un grand bureau, dont les pieds en forme de serres paraissaient ancrés dans le sol, surplombait l'espace. De minuscules instruments bourdonnaient, cliquetaient et se trimballaient dessus librement. Au fond, une épée rutilante au manche incrusté de rubis était exposée dans une vitrine. Une armoire se trouvait non loin d'elle, et on pouvait voir la pointe du Choixpeau magique pendouiller mollement. Il me rappela le jour de ma répartition, la première fois que j'entrais à Poudlard. Je me souvins de la façon dont il avait lu en moi et le moment où il avait crié le nom de ma maison. J'étais fière de ce souvenir, et aussi de cette époque beaucoup plus gaie. C'était comme si toute une vie me séparait de ces événements. Sur le côté droit, des flammes vertes ondulaient dans une cheminée au manteau de marbre. Les murs étaient recouverts des portraits d'anciens directeurs et directrices de Poudlard, à moitié endormis contre leur cadre. Il y avait aussi beaucoup de vieux livres rassemblés sur des étagères qui n'en finissaient pas de s'étendre. Certains étaient usés, en cuir souple, d'autres encore ressemblaient fortement à des feuilles de parchemin déchirées et grossièrement cousues ensemble. Mais il y avait également des grimoires dont la valeur semblait inestimable et des livres aux couvertures faites de feuilles d'or. Dans leur majeure partie, leurs dos laissaient voir des titres on ne peut plus surprenants. Sur l'un d'eux, d'un noir si profond que vous aviez l'impression de vous y engouffrer tout entier, on pouvait lire Secrets les plus sombres des forces du Mal. L'écriture argentée restait nette et tranchante malgré le fait qu'elle commençait à s'effacer, comme c'est le cas lorsqu'un livre est souvent manipulé.

Un cri strident, toutefois mélodieux, provenant de derrière moi me fit sursauter. Je sortis aussitôt de ma rêverie et me retournai, pour me retrouver face à un oiseau magnifique sur un perchoir doré. Il avait la taille d'un cygne et ses plumes allant du rouge le plus éclatant à l'ambre le plus étincelant le faisait ressembler à un feu originel amené à vivre quand il secouait légèrement ses ailes. Je restais bouche bée alors que l'oiseau continuait de chanter doucement et que les notes et les nuances de sa mélopée me traversaient de part en part. Il se mit ensuite à roucouler en tendant son cou vers moi et, sans que je sache vraiment pourquoi, des larmes roulèrent sur mes joues, comme pour évacuer tout sentiment négatif. J'avais un phénix sous les yeux, un vrai phénix ! Mon sentiment d'extase repartit aussi vite qu'il fut venu, cependant, quand la porte du bureau s'ouvrit brusquement pour laisser entrer Minerva McGonagall. La raison de ma présence ici revint d'un seul coup comme une gifle, et je m'essuyai le visage rapidement. Le professeur de Métamorphose s'attarda un instant sur moi, les sourcils froncés comme si elle venait de s'apercevoir d'une erreur dans ses calculs.

- Miss Peters, lâcha-t-elle finalement, que faites-vous là ?

- Je... j'attends le professeur Dumbledore.

- Eh bien dans ce cas, nous sommes deux. Installez-vous, qui sait dans combien de temps il aura fini de blablater au sujet du Tournoi.

Le professeur McGonagall me poussa gentiment dans le dos pour m'inciter à m'asseoir sur un des fauteuils devant le bureau de Dumbledore, qu'elle contourna. Elle elle déposa les enveloppes qu'elle tenait dans un coin et entrepris ensuite de farfouiller dans un tiroir. Elle rouspéta à voix basse et souleva chaque dossier, chaque feuille volante traînant sur le bureau, pestant silencieusement contre le « bordélisme constant » du directeur. Comme elle ne m'accorda plus la moindre intention, et au vu de ce qu'elle m'avait dit, je déduisis qu'elle n'avait pas connaissance de ce qui c'était passé au premier étage. Je ne savais pas si je devais en être soulagée ou si je devais plutôt redouter le moment où elle l'apprendrait.

La porte s'ouvrit une nouvelle fois pour laisser passer Dumbledore. Le phénix chantonna et McGonagall releva la tête puis rajusta ses lunettes sur son nez en déclarant d'un ton impatient :

- Ah ! Vous voilà enfin Albus. Il y a cet accord, que vous deviez rédiger...

- Minerva, pourrais-je avoir un mot en privé avec Miss Peters ? L'interrompit Dumbledore.

Mon professeur de Métamorphose me regarda moi, puis Dumbledore, puis moi à nouveau. Elle haussa les sourcils, visiblement surprise d'être renvoyée de cette façon et aussi que j'aie une quelconque affaire à régler avec Dumbledore. Elle sembla tomber des nues, sans comprendre ce qui se tramait et Dumbledore attendit patiemment sa réaction, les mains croisées devant lui.

- Certainement, Albus, lui répondit-elle finalement d'une voix douce, en marchant tranquillement vers la porte du bureau.

Elle sortit et un grand calme envahit la salle. Le phénix s'était tut. Dumbledore s'avança et alors que je m'apprêtais à me lever par respect, il tendit une main vers moi et dit d'un ton posé :

- Non, non, je t'en prie, ne te dérange pas.

Et il rejoignit lentement son bureau, puis s'assit confortablement sur son grand fauteuil. Il tria un peu les papiers épars sur son sous-main. Il retira sa plume de son encrier en l'égouttant soigneusement et regarda une coupelle en argent sur sa droite. Il l'attrapa par le bord et l'amena à lui. Il l'observa avec circonspection et se tourna vers moi.

- Je vois que tu n'as pas touché à mes sucreries. Avais-tu oublié que tu pouvais te servir ? Me demanda-t-il en me tendant les bonbons avec un petit sourire.

Je ne trouvai pas la force de parler, ma gorge était sèche comme le gazon d'une cité pavillonnaire au mois d'août. Je secouai donc simplement ma tête baissée, et il reposa la coupelle après s'être servi. Il s'appuya contre son dossier et croisant les doigt et savoura son petit plaisir en fermant les yeux. Cet instant était des plus désagréables, l'attente de mon jugement était terrible. J'aurais presque préféré qu'il entre furieux en me criant dessus, plutôt qu'il agisse comme si j'étais venue prendre le thé et bavarder au sujet de la dernière étoffe à la mode de Madame Guipure. Enfin, il se décida à aborder les choses sérieuses.

- Je dois avouer que ton coup de colère est assez malvenu. J'ai été obligé de laisser à mes collègues le soin d'expliquer leur première tâche aux champions du Tournoi des Trois Sorciers.

Que répondre à ça ? Je me fichais du Tournoi, et je n'avais pas demandé à ce qu'on le dérange. Je me mordais les lèvres et refusai obstinément de le regarder en face.

- La rumeur de votre duel s'est répandue comme une traînée de poudre. On peut dire que tu as causé la zizanie parmi mes élèves.

- Être une source de divertissement n'a jamais été mon intention. Je me fiche de leur avis, et leur regard est insignifiant.

- Je m'en doute. Je connais tes raisons, Jude. Les tableaux m'ont rapporté la situation. Je sais pourquoi tu as engagé ce duel.

- Alors vous savez mais vous ne faites rien pour l'empêcher ? Explosai-je. Vous écoutez les bavardages de vieilles peintures avide de nouveaux commérages et en tirez des conclusions ? Vous comprenez mais vous me gardez ici pour parler alors que vous devriez...

Il leva la main pour m'arrêter.

- Tu sais pourquoi tu es ici. Tu as gravement détérioré l'intérieur du château. Toutes les personnes présentes là-bas t'ont entendu proféré toutes sortes d'abominations et des menaces de mort très sérieuses. Tu as délibérément attaqué deux élèves, que tu aurais très bien pu tuer si personne n'était arrivé à temps.

- Oui, et vous m'avez arrêtée avant que je puisse effacer leur bêtise de l'univers.

Un blanc. Dumledore me regarda attentivement sans rien dire, et je me rendis compte que je venais d'admettre que j'aurais volontiers tué quelqu'un devant le directeur de mon école, qui s'avère être un des plus puissants sorciers de tous les temps. J'en suis aussitôt soulagée mais je cherche en même temps quoi dire pour atténuer mes propos. Il reprend avant que j'aie trouvé un quelconque mensonge.

- Je connais aussi ton caractère, Jude. Malgré ce qu'on pourrait croire, tu réfléchis toujours avant de parler. Et ce que tu viens d'avouer, en partie sous le coup de la colère, j'en conviens, m'a paru profondément sincère. Je ne crois pas que tu ferais justice toi-même après un tel événement. Tu sais très bien que nous aurions pu nous en charger et qu'il aurait été plus judicieux d'aller chercher un professeur pour y mettre fin. Ne pense pas que je ne réalise pas à quel point c'est grave, ce qu'a commis monsieur Prescott. Sans ton attaque, les charges retenues contre lui auraient été on ne peut plus sévères. Maintenant, il s'en sort avec un mois de retenues et un courrier adressé à ses parents. Ma question est : qu'a-t-il fallu pour que tu agisses de façon aussi impondérée ?

Ses paroles me désarçonnèrent.

- Est-ce que vous tutoyez tous vos étudiants ? Répliquai-je dans le but de détourner la conversation.

- Généralement, oui. Du moins, quand personne de trop sage n'est là pour me répéter à quel point c'est déraisonnable. Tu dois comprendre ce sentiment.

Cette remarque me fit légèrement sourire, malgré moi, mais je retrouvai vite tout mon sérieux. J'étais loin d'être tirée d'affaire. Il retrouva lui aussi une expression indéchiffrable, et je crus entrevoir une pointe de tristesse perler dans ses yeux bleus entourés de rides.

- Tu comprends que je dois te sanctionner, Jude ?

Je sentis un nœud se former dans ma gorge. Je lui répondis, amère :

- Eh bien, qu'attendez-vous ? Envoyez un hibou à mes parents, renvoyez-moi, prévenez le ministère de la Magie, enfermez-moi à Azkaban.

Dumbledore se mit à rire doucement, s'enfonçant dans son fauteuil immense de directeur. Il se ravança et posa ses coudes sur son bureau, puis il appuya son menton sur ses mains croisées. Il m'observa un long moment à travers ses lunettes en demi-lune. Cet homme avait une façon de vous regarder, comme s'il pouvait vous sonder rien qu'en fouillant vos yeux, ratissant jusqu'au plus profond de votre âme, dénichant le moindre souvenir, la moindre émotion que vous aviez souhaité enfouir à jamais dans un recoin de votre cerveau, pour ne plus en entendre parler. Mais ça n'avait rien à voir avec la Légilimancie. Je savais reconnaître une intrusion dans mon esprit, et je savais également que Dumbledore était bien trop respectueux pour forcer mes barrières, bien qu'il les aurait anéanties en moins de temps qu'il en faut pour le dire. Non, il était simplement et purement intelligent, et l'intelligence est l'arme la plus redoutable d'un homme. Le directeur se contentait d'analyser, de déchiffrer les codes : il n'avait qu'à repérer les gestes qui trahissaient si facilement un être humain et les assembler pour arriver à une conclusion infaillible. Il reprit d'un ton bienveillant :

- Je crois que nous savons tous les deux que tu n'as rien commis d'assez grave qui mérite un aller simple pour Azkaban, ni même qui exige l'attention du ministre de la Magie lui-même. Quant à envoyer une lettre à tes parents, ce serait on ne peut plus approprié, en effet. Mais je sais que tu ne faisais que me provoquer, me défier de le faire pour que mon instinct de contradiction prenne le dessus et qu'au final, je ne le fasse pas. Pour quelque raison que ce soit, je crois que tu n'as aucune envie que j'entre en contact avec ta famille.

Et voilà. Ça n'avait pas manqué. Tout allait finir par se savoir. Ma maladie, mes parents allaient tout apprendre de ma vie à Poudlard, d'où je partirais dès ce soir. Ils allaient savoir pour les médicaments, pour Prescott. Peut-être même qu'ils m'enfermeraient dans un hôpital, qui sait ?

- Y aurait-il quelque chose dont tu souhaiterais me faire part ?

Je secouai la tête une nouvelle fois puis le regardai dans les yeux, prête à entende ce qu'il allait dire.

- Comme tu voudras. Je ne peux pas te forcer à parler, et je ne peux pas risquer de perdre une jeteuse de sorts si talentueuse. Contrairement à ce que tu pourrais penser, mon but n'est pas de tout te faire avouer. Je ne tiens pas à connaître ce que tu ne veux pas confier de ton plein gré, et je ne veux pas te briser. Mais le poids de ce que tu caches, que je ne peux qu'estimer, te pèsera trop, à un moment donné. Quand ce moment viendra, je pense que tu découvriras que tu n'as pas à affronter le monde, que tu peux le laisser prendre un peu de ta charge.

Il marqua une pause, et je déglutis péniblement.

- Je ne pourrai pas permettre un autre... incident dans ce genre. Je pense que tu es à même de comprendre pourquoi. Mais je pense aussi que tu es assez intelligente pour ne pas commettre d'erreurs une nouvelle fois. Une étudiante, la victime de monsieur Prescott est venue témoigner en ta faveur, et ce facteur allège tes charges. Bien sûr, il est évident que le fait que tu aies ravagé un mur aussi ancien et imprégné de magie que peut être un mur de Poudlard doit être pris en compte. C'est pourquoi je pense qu'il est juste que tu écopes d'une punition. À partir de demain, tous les soirs, weekends inclus, pendant une heure après ta journée de cours, tu devras aider Mr Rusard à remettre le mur en état, pierre par pierre. Quand le dernier petit bout de roche sera à sa place, tu consolideras le mur avec ta magie. Ta punition ne prendra fin qu'à ce moment. Je ne doute pas du fait que tu en sois capable.

- Et pour Prescott, donc ? Demandai-je d'une voix bien trop faible à mon goût.

- Eh bien, en temps normal je t'aurais demandé d'aller lui présenter tes excuses, mais de toute évidence, il y a une partie de l'histoire qui reste cachée à ma vue, me répondit-il avec un regard inquisiteur. Je ne te retiens pas plus longtemps, tu dois avoir du travail à faire, et je n'ai rien besoin de t'infliger de plus que la longue nuit de réflexion qui t'attend. Je te conseille tout de même d'être plus discrète à l'avenir. Les évènements d'aujourd'hui vont alimenter les conversations pour un temps encore incertain. Tu dois être plus prudente. Nous vivons dans une époque dangereuse, et agir de cette façon en dehors de l'établissement pourrait t'être fatal.

Je hochai la tête pour lui indiquait que je comprenais et fermai les yeux pour refouler les larmes que je sentais monter. Je me levai en silence et forçai mes jambes flageolantes à me supporter. Arrivée aux portes du bureau, je me retournai et lui demandai :

- Professeur, je crois avoir blessé deux personnes sans le vouloir, tout à l'heure. Est-ce que...

- Je pensais bien que tu t'en souviendrais. Ils sont à l'infirmerie tous les deux. Ils n'ont rien de grave, rassure-toi. Tu es bien entendu libre de passer les voir, du moment que tu n'y vas pas pour les brutaliser une nouvelle fois, ajouta-t-il en souriant. Monsieur Prescott et monsieur Lawford s'y trouvent également. Je te suggère de ne pas les approcher.

- Merci.

Je savais que ce n'était rien, comparé à la faveur qu'il venait de me faire, mais il sembla apprécier et me répéta de filer avant qu'il ne revienne sur sa décision.

Je passai évidemment tout de suite par l'infirmerie pour aller m'excuser auprès des deux garçons que j'avais injurié sans le vouloir. L'un deux était grand à la peau brune et avait de magnifiques yeux noir en amande. Il était bandé à l'épaule et autour du ventre. Je ne le connaissais pas et m'approchai de lui à petits pas. Il me sourit et me dit qu'il comprenait le fait que j'avais eu du mal à me contrôler et qu'il savait que ma colère n'était pas dirigée vers lui. L'autre, je le connaissais. C'était Celian Lawford, le petit frère d'Edgard Lawford. Il était à Gryffondor et jouait lui aussi au Quidditch. Je ne sus que dire en le voyant, mais il prit les devants en me remerciant d'avoir mis une raclée à son frère. Il me confia en riant que j'avais un bon crochet du droit et qu'il mettrait du temps à s'en remettre, mais que son oeil au beurre noir lui permettrait de jouer les bad boy avec les filles. J'étais ravie d'apprendre qu'il n'avait pas la même vision des choses que son frère aîné. Je les quittais donc tous les deux en bons termes, et sortis de l'infirmerie sans même jeter un coup d'oeil à Prescott.

En retournant à mon dortoir, je repensais à tout ce qu'il m'avait fait. Je me remémorais le jour où tout avait commencé, quand il avait débarqué dans les vestiaires des filles du terrain de Quidditch après mon premier match, après que j'aie fait gagner l'équipe. J'avais treize ans, et il m'avait semblé que rien ne pouvait gâcher cette journée. Oh, comme je me trompais.

J'étais seule, bien sûr, en train de faire un constat de mes bleus, vérifiant que je ne craignais pas de m'effondrer sans raison parce que je n'avais pas réussi à détecter une blessure trop grave. Il était entré comme ça, et avait claqué la porte derrière lui. Il m'avait dit que je n'avais pas ma place ici, et qu'il me ferait partir. Il m'avait pris ma baguette qui traînait sur le banc, un peu plus loin, m'avait attrapée par les cheveux et jetée à terre, m'assommant presque. Là, il avait appuyé son genou sur mon cou et murmuré un premier « Diffindo ». Alors qu'il me sectionnait la peau, je ne pouvais qu'observer mon sang quitter mon corps en traçant des sillons rouges sur le carrelage humide. Il me découpait de partout, me lacérait les cuisses, le ventre, les avant-bras, tout en m'expliquant que c'était un des premiers sorts qu'il avait appris quand il avait découvert ses pouvoirs. Parce que oui, c'était un né-moldu. Il s'était étonné du fait que je ne crie pas, que je ne le supplie pas d'arrêter, que je me contentais de le fixer avec une rage brûlante dans les yeux. Il appuya sur mes coupures, enfonçant ses doigts dégoûtants dans ma chair, puis les retirait pour essuyer le sang poisseux sur mes joues. « Je te ferai partir », avait-il affirmé avant de me relâcher. Il m'avait lancé ma baguette au visage et était sorti aussi vite qu'il était survenu. J'avais sentis mon sang couler sur mes flancs, tâcher mes sous-vêtements. Je me souvenais de tout. Je me souvenais de l'effort qu'il m'avait fallu pour atteindre ma baguette. Je me souvenais de la force qu'il m'avait fallu pour prononcer la formule salvatrice et contrôler ma magie alors que mon esprit semblait fondre un peu plus de seconde en seconde et que je sentais la flamme de ma conscience s'évanouir. Je me souvenais avoir refermé mes plaies et m'être levée, m'être lavée et habillée, puis avoir titubé jusqu'aux cachots pour avoir l'autorisation de Slughorn qui me permettrait d'aller dans la Réserve de la bibliothèque pour trouver la recette de la potion de régénération sanguine, dont j'avais entendu parler lors d'une de mes visites de contrôle à Ste Mangouste. Je me souvenais avoir volé des ingrédients à Slughorn pour la première fois le soir même et m'être débrouillée pour me soigner toute seule. Car après tout, j'avais effacé toutes les preuves en refermant mes blessures et en nettoyant les vestiaires, et que personne n'était au courant pour mon insensibilité à la douleur.

Et, malgré toutes mes précautions, je m'étais faite avoir par la suite. La fois d'après, il était venu avec Lawford, qui m'avait désarmée et était resté là, à regarder, comme il faisait toujours. Mardi dernier encore, alors que je revenais de chez Hagrid, ils m'avaient attrapée par derrière et portée à la limite de la Forêt Interdite. Mais je ne m'étais jamais démontée, et je ne le laisserai jamais gagner. Un jour, je le détruirai.

Sur mon lit, dans le dortoir vide, je retrouvai l'être qui me confortait toujours : Felix. Je m'effondrais sur mes oreillers et m'enfouis complètement sous mes couvertures. Mon chat s'y glissa également et vint se coller à moi. Je pris mon walkman et me tournai sur le côté pour appuyer mon front contre la tête de Félix, et frottai doucement mon nez contre le sien. Il tendit sa patte et enfonça ses griffes dans mon chemisier, puis il commença à ronronner. The Sound of Silence (1) résonna dans ma tête et je m'autorisai enfin à relâcher toute la pression et la rage accumulées aujourd'hui.

Hello darkness, my old friend,
I've come to talk with you again.
Because a vision softly creeping ,
Left its seeds while I was sleeping,
And the vision that was planted in my brain
Still remains,
Within the sound of silence.


(1) : Musiques de Simon & Garfunkel.


Dun-dun-duuuuuuun ! Voilà pour ce septième chapitre ! Alors, est-ce que vous me pardonnez mon retard ? *yeux de Chat Potté*

Comme d'habitude, j'espère ne pas être une source de déception, et je vous encourage à me laisser une petite review. Pour le prochain chapitre, on va dire que je me fixe la limite du 22 mars, grand maximum.

J'espère que tout se passe bien chez vous, et que vous avez à votre dispositions toutes les tablettes de chocolat nécessaires pour affronter cette grosse poubelle pleine de crasses que peut être la vie. Souvenez-vous : vous êtes libres de m'envoyer des messages/reviews n'importe quand, que ce soit pour parler de ma fanfiction ou non. Peace ! :)