CHAPITRE 7
Raconter… Il en avait de bonne lui ! Il croyait peut-être que c'était simple de tout lui dévoiler comme ça, autour d'un cocktail, comme s'ils parlaient des nouvelles insignifiantes de la journée ? Idiot… Mais il devait avouer qu'il en avait marre d'être seul dans ce bel appartement, d'avoir l'impression que son cœur pesait des tonnes… Hikaru se sentait fatigué de tout ça… Il n'en pouvait plus…
- C'est une sacrée fouineuse Meian-san, n'est-ce pas… Souffla-t-il en se triturant distraitement les cheveux, reniflant de temps à autre.
- A qui le dis-tu, ria jaunement Akira en montrant ses valises sous les yeux.
- Une fois cette histoire réglée, je te propose une sieste, déclara lassement Shindo en se laissant retomber mollement bien au fond de son fauteuil bien moelleux.
- J'accepte, déclara tout simplement Toya en poussant un peu le blond dans le fauteuil pour se presser contre lui.
Partageant la chaleur qui chassait ce sentiment de solitude, se sentir serré contre Hikaru avait un côté très sécuritaire et bénéfique pour Akira qui avait l'impression de revivre et d'être sortit d'un très long cauchemar parce qu'il entendait le cœur de Shindo battre pour de vrai, parce qu'il sentait ainsi la véracité de l'existence du corps de l'autre.
- Et si tu me racontais ce qu'il s'est passé pour que tu me… euuh nous quittes ainsi, redemanda Akira après un long moment de silence pas si pesant que cela.
Le blond médita encore un peu la demande : il avait parfaitement entendu l'hésitation, de même qu'il l'avait parfaitement sentit se coller contre lui. Parce qu'au fond de lui, Akira et leurs joutes lui avaient beaucoup manqué et sentir la chaleur de ce dernier contre son corps le faisait se sentir bien mieux.
Prenant une profonde inspiration, Hikaru se mit à narrer son histoire, la rencontre d'avec Saï, ses combats contre Akira, son cœur qui se serrait en voyant la passion qui animait les deux autres alors qu'il avait l'impression d'être une stupide marionnette qui avait été mise de côté. Il lui parla aussi de la fureur d'apprendre le go qui se mit à brûler en lui en les regardant, l'enseignement de Saï et toutes les aventures qu'il avait vécu avec lui. Sa déception du tournoi puis l'indifférence d'Akira lui fit prendre un ton amer puis coléreux quand il lui conta ses combats pour retrouver une quelconque valeur aux yeux de son rival comme il l'appelait.
- J'étais vraiment heureux quand tu es venu me voir en disant que tu aurais aimé me voir jouer au tournoi des jeunes lions, et puis la partie contre ton père, sourit rêveusement Hikaru. Même si c'était Saï qui avait affronté Toya Meijin, rajouta-t-il avec un peu de gêne.
- C'était de bonnes parties, appuya Akira en lui souriant.
Hochant la tête en répondant au sourire de son invité, Hikaru reprit son récit, perdant peu à peu le sourire quand le dénouement approcha. Il lui parla des obscures crises d'angoisses du fantôme, ses cris et ses pleurs, ses silences résignés et ses sourires amers… Saï était mort sous ses yeux, s'effaçant peu à peu en souriant pauvrement alors qu'une seule larme coula le long de sa joue. Ce fut lorsque la petite goutte d'eau salée toucha le bois du goban hanté qu'il disparut, s'évanouissant dans l'air comme un simple souvenir.
- Il m'avait prévenu que cela arriverait et je ne l'ai pas écouté tant je voulais monter toujours plus haut. Je lui ai prit sa passion par égoïsme, je l'ai oublié et il est partit, cria-t-il en éclatant en lourds sanglots douloureux.
Ses cauchemars et ses pleurs désespérés, sa passion éteinte et sa culpabilité étouffante, Hikaru finit tout simplement par prendre la fuite en emportant ses économies et ses vêtements pour se réfugier dans un coin perdu près de l'océan.
- J'ai monté ce restaurant et je suis devenu cuisinier, me noyant dans le travail la journée et l'alcool le soir pour oublier son absence… Mon crime… Souffla-t-il en guise de conclusion, les yeux ternes d'où s'écoulaient des larmes de pur désespoir.
Akira ne savait que penser de tout ça : c'était si dingue et ridicule de parler de fantôme et de possession à leurs âges… Mais depuis l'arrivée de Meian dans leurs existences, plus rien ne semblait normal, et puis Hikaru paraissait vraiment sincère dans tout ce qu'il venait de lui dire.
C'était compliqué mais avant de dire quoique ce soit ou d'agir, ils se devaient de se reposer tous les deux. Le brun finit par se relever et par aider l'autre à faire de même, prenant la direction de la chambre de Shindo. Ignorant la décoration de la pièce, ils se déshabillèrent chacun dans leurs coins en rougissant de gêne, pudique, avant de se faufiler sous les draps doux et chaud pour un repos bien mérité.
Pendant ce temps-à, au même moment à la Nihon-ki-in, Meian se mit à sourire rêveusement et victorieusement dans le vide, rendant perplexe Waya et Isumi qui se trouvaient avec elle.
- Qu'est-ce qu'elle a ? Pensèrent-ils de concert en se regardant.
- Il y a que, messieurs, que tout se passe bien, répondit-elle mystérieusement en leur faisant un clin d'œil, les prenant par surprise.
- Mademoiselle Meian, j'aimerais vous parler en privé, dit une voix inconnu.
Prochaine publication: Dimanche 06 Mai 2012
