Chapitre 21 : Les poupées Russes
« Votre Altesse ! »
Les portes de la salle du trône s'ouvrirent brutalement sur les quatre voyageurs dimensionnels, des gardes débiles pendus à leurs basques.
« On a essayé de les retenir, mais…
- Laissez nous », ordonna la Reine de Cristal, devinant que l'instant était grave. S'avançant lentement vers les voyageurs, elle posa des yeux inquiets sur eux :
« Alors… Vous avez découvert où se cache cette seconde plume ?
- Oui, dit Shaolan en s'inclinant respectueusement. En fait, elle se trouve… Au-dessous de nous.
- Dans ce palais ?
- Et tout autour…, précisa Fye.
- En fait… C'est votre monde tout entier », lui annonça Kurogane.
Alors là, on a beau être une Reine, on ne peut être que clouée !
« C'est la raison pour laquelle la magie est aussi puissante en ce monde, continua Shaolan. Les pouvoirs que vous possédez, les ailes des habitants du royaume des corbeaux…
- L'existence d'un peuple comme celui des Célestes… murmura Fye.
- Et celle de créatures magiques comme le Gluck… compléta Kurogane.
- … Tout cela est entièrement l'œuvre de la plume de Sakura, conclua Shaolan. Votre monde tout entier EST la plume de Sakura. »
Long silence glacé…
« Nous sommes désolés, affirma Shaolan. Nous avons traversés d'autres dimensions dans lesquelles les plumes de la Princesse Sakura avaient pris des formes diverses, même celles d'êtres vivants… Mais c'est la toute première fois que nous constatons qu'elles sont assez puissantes pour créer une planète, son environnement, ses habitants…
- Ah, c'est donc cela cette vieille légende… De génération en génération, depuis des centaines d'années, ce sont les femmes qui règnent et se succèdent au trône du Royaume de Cristal… En souvenir de la toute première d'entre elles… La Déesse mère. »
Elle enfouit son visage dans ses mains.
« Et aujourd'hui… Nous allons tous disparaître. Car nous ne sommes qu'un fragment de celle qui nous a créés… Et nous devons retourner dans son cœur. »
La Reine se mit à trembler, retenant ses larmes :
« Je vous demande pardon, jeune Shaolan. Je vous demande pardon, Kurogane, Fye… Voyageurs des dimensions, vous qui avez traversés tant d'épreuves et déjà sauvé notre monde il y a dix ans… »
Elle se redressa avec force :
« Je regrette… Mais je ne peux pas ! Il y a trop de vies en jeu ! Des humains, des Célestes, des créatures… Hommes, femmes, enfants… Tous des êtres de chair et de sang, vivant en ce monde. Je sais combien cette plume vous est importante… Je sais combien la Princesse Sakura vous est importante… Et je vous souhaite de tout mon cœur de réussir votre quête… Mais si vous nous rendez à elle… Ce monde n'existera plus. Nous disparaîtrons à tout jamais. Nous mourrons tous ! »
Elle s'agenouilla devant Shaolan, posant sa couronne à terre :
« Je vous en pries. Ne voyez ni en moi Sakura, ni la Reine. Juste une femme qui vous implore. Je vous en pries, épargnez notre monde. Renoncez à cette plume. Par pitié ! », cria-t-elle dans un souffle douloureux.
Il y eu un nouveau silence, ému, bouleversé, tendu…
« Je n'ai jamais eu autant honte de moi », déclara enfin Shaolan.
Il tendit galamment les mains à la Reine de Cristal, l'aidant à se relever :
« Vous pousser à vous incliner ainsi devant nous, c'est certainement la chose la plus indigne que de ma vie j'aurais faite à une femme.
- Jeune Shaolan… murmura la Reine, chamboulée.
- Toutes les personnes que j'ai rencontrées en ce monde ont une bonté d'âme admirable, un courage et une solidarité exemplaires. Ils sont bel et bien à l'image de celle qui les a créés. Et même si ce n'était pas le cas, je suis entièrement convaincu que jamais la Princesse Sakura ne tolérerait que des milliers de vies soient sacrifiées en son nom. C'est pourquoi… Je vous en donne ma parole, votre altesse… Nous renonçons à cette plume et cette fois encore nous ferons tout pour protéger votre monde !
- C'est bien vrai ?, murmura la Reine, les larmes aux yeux.
- Oui. »
Shaolan entendit alors un énorme soupir de soulagement, poussé par les KuroxFye et Mokona dans son dos.
« Quoi ?! Vous pensiez sérieusement que j'allais prendre cette plume ?! s'exclama le garçon.
- Héééé… C'est qu'on connaît ta détermination, dit Kurogane.
- Je les récupèrerais toutes… Je n'abandonnerais pas… J'ai quelque chose à faire… imita Mokona.
- Et toute autre phrase clichée que tu nous as imprimé dans le cerveau à force de les répéter, rit Fye.
- Je vous remercie. La confiance et l'humour règnent ! »
Puis il se tourna vers la Reine, poursuivant ses révélations :
« … Cependant, même si nous renonçons, votre monde est toujours menacé de disparaître. Suzuka compte bien s'emparer de la plume et la détruire. Or, voyez-vous ce dessin ?, demanda-t-il en tendant à la Reine la page du grimoire qui leur avait tout révélé.
- Une… Boule à Neige ?
- Pas n'importe laquelle. Je sais que ça va vous paraître totalement incroyable, mais sachez que tout autour de votre monde, une fenêtre dimensionnelle a été dressée… Sous la forme… De cette boule à Neige.
- C'est… Au- delà de toute imagination !, s'exclama la Reine.
- Ce ne peut être que l'œuvre d'un très puissant magicien, affirma Fye. Il faut des pouvoirs démesurés pour dresser une barrière telle que Mokona n'ait pas pu sentir que la boule à neige contenait une plume de Sakura…
- Parce que vous avez été… A l'extérieur ?! Cette boule à neige… Notre monde… Vous l'avez tenu dans vos mains ?!
- En fait, dit Shaolan, cette boule à neige appartient à l'un de nos amis… Qui se trouve lui-même dans une autre dimension…
- C'est le système des poupées Russes ! , s'écria Mokona en riant. Une plume, dans un monde, dans une boule à neige, qui se trouve elle-même dans un autre monde….
- Je crois… Que j'ai besoin de m'asseoir, dit la Reine en prenant le chemin de son trône.
- Quiconque s'empare de la boule à neige s'empare de votre monde, affirma Kurogane. Et Suzuka n'hésitera pas une seconde à s'attaquer à Watanuki pour s'en emparer et la détruire. Faut dire que j'ai jamais vu une proie aussi facile… bougonna le ninja.
- Alors c'est trop tard, affirma la Reine en secouant la tête d'un air désespéré. Suzuka est déjà très certainement en train de se battre contre lui, et à moins que votre ami soit un très puissant magicien…
- Il l'est , affirma Shaolan.
- Il est aussi un peu idiot sur les bords, fit remarquer Kurogane.
- Mais d'une gentillesse infinie, rectifia Fye.
- Tout cela pour vous dire que je crois en Watanuki, affirma Shaolan. Mais j'en suis certain, Suzuka est prête à se battre à mort contre lui. Cependant, nous avons encore une chance d'influer sur la situation… De sauver ce monde et Watanuki…
- Comment ?
- J'ai remarqué que le temps ne s'écoule pas de la même manière entre ici et sa dimension. Quand il s'écoule plusieurs jours pour nous, ce n'est même pas une heure pour Watanuki. Nous avons donc encore le temps de sauver tout le monde, mais plus aucune minute à perdre. Jusqu'ici nous avons préféré rechercher la plume en laissant Suzuka nous attaquer… Même s'il m'apparaît clairement désormais que tout ceci n'était qu'une diversion de sa part pour nous ralentir. Maintenant, nous avons toutes les cartes en main. Attaquons Suzuka avant qu'elle n'attaque Watanuki !
- Ah. Je me doutais bien qu'on en viendrait à ce genre de bataille… Qu'affectionnait mon mari… J'ai localisé Suzuka malgré ses champs de force. Je ne vous surprendrais pas en vous disant qu'elle s'est établie dans l'ancien palais du Royaume des Corbeaux. »
Fye eu un frisson rétrospectif.
La séance de torture… L'ultime bataille contre la neige… La mort de Shirahime…
Le vampire frémit lorsqu'il sentit le bras métallique de Kurogane soutenir et enlacer sa taille.
« On y retourne, affirma le ninja. Et on lui fait bouffer sa neige pour avoir empoisonné Shaolan !
- Elle est immensément puissante, affirma la Reine, et ne peut être vaincue que par une magie plus puissante que la sienne. Je crains bien qu'en ce monde, seul Fye Kun aurait pu la vaincre. Mais il a encore fait l'une de ses crises… »
Le bras de Kurogane se serra plus étroitement autour de la taille de Fye.
« Même si nous ne pouvons la vaincre, nous pouvons l'immobiliser comme Shirahime l'a fait autrefois !, affirma Shaolan. Faites rassembler les meilleurs magiciens et les meilleurs guerriers de ce pays. Prêtez nous leur aide ! Nous partirons demain matin dès la première heure pour le Royaume des Corbeaux et je suis certain que tous ensemble… Tous ensemble… Nous vaincrons !! »
Mokona, telle une majorette survoltée, se mit à applaudir, agiter des pompons et une bannière étoilée tout à la fois :
« Yes ! Ça c'est du discours de sauveur du monde ! Shaolan ! Shaolan ! Notre Bruce Wiliss avec des cheveux !
- Arrêtes de faire l'andouille, grogna Kurogane.
- Vas-y, comme tu casses l'ambiance patriotique du film… »
Chapitre 22 : Le calme avant…
L'accord de la Reine obtenu, Shaolan fonçait déjà vers l'aventure :
« Vite ! Vite ! Il faut rassembler tout le monde ! »
… Avant d'ouvrir des yeux ronds, se sentant retenu dans son élan par Kurogane et Fye, chacun lui soutenant un bras.
« Mais ?! Allez quoi, les gars…
- Non, affirma Kuro Papa. Toi, tu vas retourner faire un gros dodo dans ton lit.
- C'est une blague ?!, s'étrangla l'adolescent.
- Pas du tout, déclara Maman Fye. Hier, tu étais mourant, et tu ne nous feras pas croire que tu as récupéré toutes tes forces en une nuit. On s'occupe de rassembler les troupes. Toi… Tu es consigné dans ta chambre jusqu'à demain matin. »
La tête de Shaolan retomba, vaincue :
« Trop la honte. Je suis puni par mes darons.
- Mokona, on te le confie, dit Kurogane à la mascotte en la posant sur la tête de Shaolan. S'il ne dort pas et compte faire des bêtises, viens tout nous rapporter.
- Dis donc, pourquoi c'est pour moi le rôle de la balance ?! »
Shaolan prit le chemin de sa chambre avec Mokona en ruminant sa défaite :
« Puni… Puni… Ils ont osé le faire… Ils m'ont puni…
- Allez, Shao, c'est pas si grave ! Ils t'ont laissé ton portable, et chuis mieux qu'un I-phone ! »
Fye les suivit du regard, une crainte sourde au fond du cœur :
« Tu sais, Kuro Chan, j'ai vraiment peur de ces instants là… J'ai vraiment peur car j'ai la certitude qu'ils ne dureront pas et que tout volera en éclats…
- On ramassera les morceaux. Encore. Autant de fois que nécessaires, affirma le ninja. Et un jour… »
Son bras glissa à nouveau autour de la taille de Fye, l'attira vers lui :
« Un jour, j'apaiserais toutes tes peurs », lui jura-t-il d'un ton clair et net, l'enlaçant tout entier par un regard… Un regard… Tellement chaud et brûlant comme la braise que Fye se sentit fondre en tas de cendres.
« Kuro… Chan… , murmura-t-il dans un souffle ému…
- KUROGANE SAMAAAA !! », gueula une voix d'enfant bien impertinente du plus loin qu'il les vit à l'autre bout du couloir, courant vers eux en débarquant au milieu de la scène telle une boule de bowling faisant un strike, les écartant l'un de l'autre sur son passage…
Kotaro : deux / Les KuroxFye : Zéro !
« Kurogane Sama !, répéta le gamin en reprenant son souffle tant il était épuisé de sa course… Le premier chevalier du Royaume… Vous demande…
- Kuro kun…, dit le ninja. Il doit déjà savoir pour le rassemblement… J'y vais. »
Et, se tournant vers Fye :
« Attends moi. Il faut qu'on parle. Vraiment… Je suis sérieux ! », dit-il en effleurant ses mèches blondes avant de partir.
Cette fois… Fye ne se sentit pas le courage de le regarder. Il partit dans la direction inverse du couloir, son cœur troublé battant la mesure, et marchant d'un pas d'automate en répétant dans sa tête :
« Il est sérieux… Il est sérieux… »
Tandis qu'ils partaient en direction de l'infanterie, Kurogane demanda à Kotaro :
« Dis, petit, on était ennemis dans une autre vie pour que tu m'en veuilles à ce point ?
- Heu… Non, je ne crois pas.
- Dans ce cas, c'est quoi la monnaie de ce monde ?
- Le Cristalis.
- Je t'en donne 10000 si tu ne viens PLUS JAMAIS me porter un message.
- Hé… Si tu peux aligner 10000 c'est que tu peux m'en donner 20000, marchanda le bambin.
- N'escroque jamais un type qui a un katana plus grand que toi !, gronda le ninja.
- Qu'est-ce que tu crois ? Moi aussi j'ai quelqu'un à qui je dois plaire !
- Mais t'es quoi comme gosse ?! », s'offusqua l'adulte.
Lorsqu'il rejoignit Kuro Kun, celui-ci avait déjà rassemblé quelques uns des meilleurs guerriers et magiciens du pays.
« D'autres sont en chemin… Mais ils seront prêts pour le grand départ, demain… »
Il les lui présenta un par un, ainsi que leurs aptitudes. Les deux Kuro firent entièrement une revue des troupes sur le dos du Gluck afin de juger de leurs forces armées :
« Tu as déjà vu Suzuka combattre, affirma Kurogane adulte. Tu penses que ces hommes pourront lui résister combien de temps ?
- Ils sont forts. Très forts… Mais ils ne tiendront pas assez longtemps pour la mettre hors d'état de nuire.
- Tant qu'ils peuvent s'occuper de toutes les bestioles qu'elle ne manquera pas de nous envoyer, ça ira. »
Une fois la revue effectuée, ils s'éloignèrent sur le dos du Gluck ver la colline aux cerisiers. Parvenu au sommet, Gluck s'arrêta pour brouter des végétaux et les deux Kuro descendirent de son énorme carapace.
« Ah… Avec tout ce qui est arrivé, j'ai oublié, dit Kurogane adulte. Mais je voulais te donner quelque chose. Fye m'a aidé à choisir… Te fous pas de notre gueule, avant de revenir ici on pensais que t'avais toujours six ans… »
Et il sortit un objet de l'intérieur de son manteau, qu'il remit à son jeune double.
« Mais, c'est… »
Un masque blanc de Renard, utilisé autrefois par les shinobis, mais dont raffolent encore les amateurs du théâtre no et les japonais qui adorent se déguiser…
« Je sais, c'est débile, grogna Kurogane Pépé. Mais la première fois que l'on t'a rencontré, tu jouais avec un masque de démon. Alors…
- Non, c'est sympa !, dit Kuro Kun avec son sourire qui était encore celui d'un enfant. Et tu dis que Fye t'as aidé à choisir ?, demanda-t-il avec plein de sous-entendus…
- Oh… C'est parce qu'il se mêle toujours de tout… grogna l'adulte en rougissant.
- On ne ment pas à son reflet, Kuro Pépé ! », rit l'adolescent.
Puis, regardant au loin le palais, Kuro Kun poursuivit :
« … Le mien se repose. Fye Kun a fait une crise, mais si je ne le laisse pas venir demain, je suis sûr qu'il va me faire son regard… Enfin tu sais, son regard de chien battu abandonné par son maître, et tout un numéro de charme pour m'embobiner… Et je vais céder… Et il va venir… Ah, tout ce que j'espère, c'est que cet adorable idiot n'utilisera pas la magie.
- Tu le connais vraiment par cœur… murmura Kurogane adulte, songeur.
- Aya, Kuro Pépé, toi t'as la gueule de nos mauvais jours !
- Quoi notre gueule, qu'est-ce qu'elle a notre gueule ?!, grogna-t-il.
- Pépé… Je suis toi. Quoi que tu me dises, ça restera entre nous. Et Gluck, mais lui, tout ce qu'il sait dire, c'est…
- BEUWAAAAH ! », gueula le Gluck en question pour la démonstration.
Kurogane adulte soupira :
« Fye Kun et toi … Vous êtes connus si tôt. Vous partagez un passé commun si fort… Une telle complicité. Parfois je m'en veux… D'être né dans un monde différent de celui de Fye. De ne as avoir été là pour le protéger lorsqu'il a enduré… Les pires horreurs. Et je n'arrive même plus à imaginer que j'aurais pu passer toute ma vie sans me douter qu'il existait, quelque part dans l'univers…
- Mais l'univers vous a réunis. Et tu l'as protégé » affirma Kuro Kun d'un air entendu en posant une main sur son bras métallique.
… Quelque part, assise sur les branches d'un arbre, dissimulée sous sa capuche noire, Kanashimi posa sur ses oreilles les écouteurs de son baladeur MP3, un des rares objets témoignant que son monde avait existé, parce qu'elle le portait sur elle le jour de sa mort.
Nom de l'artiste : FYE
Titre de l'album : RUBY EYES
Titre de la chanson : ANGEL
Joues avec moi, tout au long de la nuit, restes penché sur moi
Joues avec moi, de tes yeux rubis, veilles sur moi
Si je me noie, dans mes rêves maudits, reste tout près de moi
Tiens ma main
Dis moi que tout va bien
Et su je pleures pardonnes moi
Tôt ou tard
Je sais bien mes caprices
Te rendront fou à lier
Mais si je prends ce risque
C'est pour ne pas voir
Mon ange s'envoler….
Shaolan se redressa en sursaut sur son lit, une angoisse étrange lui comprimant le cœur.
« Ça va ? », lui demanda Mokona d'une voix inquiète.
… Pour ne pas voir…
Le garçon ne répondit pas, s'habillant à la hâte, saisissant son épée, et se mettant à courir dans les vastes couloirs du palais.
… Mon ange s'envoler… S'envoler… Si loin…
Shaolan couru, couru encore plus vite, guidé par son instinct. Il se retrouva dans le jardin intérieur, près de la cascade.
Donnes des couloirs à mon soir
Chasses mes peurs et mes cauchemars
…My Angel…
La main de Shaolan se crispa sur son épée qu'il redressa, aux aguets. Lentement, lentement les eaux de la cascade s'écartèrent, et un vortex étrange fendit l'espace et le temps…
… Des couleurs…
Shaolan clone apparut à la sortie du vortex, inchangé depuis leur dernière rencontre, à peine quelques cicatrices de plus, et son regard froid le transperça de part en part.
« Où est la plume ? », demanda-t-il de son ton terrifiant.
… Mes peurs et mes cauchemars.
Chapitre 23 : … La tempête
« Mokona ! Vite ! Préviens Kuro et Fye ! »
Les deux Shaolan se jetèrent l'un vers l'autre lame en avant. Tandis que Mokona s'enfuyait pour donner l'alerte, les armes des deux adversaires cliquetèrent en se croisant et recroisant encore avec une violence acharnée. Duel démesuré, déséquilibré, car si le clone avait déjà de nombreux avantages telle son insensibilité physique ou les pouvoirs de Fye, l'autre Shaolan était encore très affaiblit par le poison qui avait faillit le tuer. Les invocations crépitèrent de part et d'autres, mais c'est par un violent coup de pied que le clone envoya son adversaire se fracasser contre une colonne, qui s'écroula sous le choc. Malgré la douleur qui lui courait dans tout le corps et les effets du poison qui lui tournait la tête et engourdissait chacun de ses membres, le garçon se releva une fois, deux fois, trois fois… Et autant de colonnes écroulées. A la quatrième, Shaolan clone créa par la magie une sorte de tourbillon d'eau dans la cascade, y projeta son adversaire avec violence, et tandis qu'il se débattait dans les eaux furieuses, se noyant lentement, lui jeta d'un ton lugubre :
« Reste là et crèves ! »
Puis Shaolan clone partit en quête de la plume de Sakura. Kotaro eu une chance insolente, le clone ne le remarquant pas lorsqu'il fonça droit devant lui et le croisa dans le couloir. Véritable machine à tuer et radar à magie, il ne mit pas longtemps pour ouvrir la bonne porte :
« Toi… La magie de la plume est en toi ! »
Les yeux bleus de Fye Kun s'emplirent d'une multitude de réactions mêlées, n'ayant pas besoin de présentations pour savoir qui était l'impoli qui était entré sans frapper. Il bondit hors de son lit en lui projetant un sortilège que Shaolan clone ne parvint pas à contrer tant il était puissant, mais c'était comme lancer un camion de dix tonnes contre un mur antinucléaire.
« Donnes moi cette magie », dit le clone d'un ton glacial.
BAOM ! Il y eu une spectaculaire et violente explosion, dont la secousse se ressentit jusque sur la colline aux cerisiers. Les deux Kuro échangèrent un regard qui en disait long avant de se précipiter, katana en main…
L'explosion dans la chambre de Fye kun avait créé une brèche énorme sur le mur d'enceinte du palais. Le jeune magicien et le clone poursuivirent leur duel à l'extérieur, cette fois les forces des deux protagonistes étant plus équilibrées. Ce fut un festival de vitesse démente, d'invocations démesurées, coup pour coup, magie pour magie…
« Donnes la moi, répéta le clone comme un gamin capricieux.
- Tu n'as pas dit « S'il te plait ! », cria Fye Kun en l'entraînant dans un tourbillon de vents furieux.
… Et en parlant de tourbillon, le véritable Shaolan n'était toujours pas sortit du sien, ses dernières bribes d'air lui ayant échappé, ses poumons commençant à se remplir d'eau , le poison l'entraînant doucement, lentement, vers une dangereuse langueur…
Non… Ne pas abandonner…
Ne pas… Fermer les yeux…
Ne pas… Mourir…
« Shaolan !! », hurla la voix de Mokona .
Cri pour le souffle. Cri pour l'espoir. Cri pour la vie.
« JE … NE … DOIS … PAS ! », lutta Shaolan.
Un bras le saisit, l'attira vers l'extérieur du tourbillon. La lumière du jour… L'air qui empli les poumons…
VIVRE.
Echoué hors de la cascade, trempant, tremblant de tout son être, Shaolan vomit toute sa dignité et l'eau qui avait faillit le tuer pour la deuxième fois en deux jours. Le prochain monde, c'est juré, tout sauf un endroit avec de la flotte !
« Cette fois… On est arrivés à temps… »
La main paternelle de Kurogane sur son front… Deux Kurogane… Ah, c'est vrai, le grand et le petit…
« Pa… pa ? »
Shaolan s'effondre, rattrapé par quatre bras. Il faut qu'il les prévienne… Avant que le poison ne lui brouille totalement l'esprit :
« Courrez… Fye Kun… Le clone… »
Pas besoin de plus, Kuro kun, Mokona perché sur son épaule, fonçait déjà en gueulant furieusement :
« PAS QUESTIOOOON !! »
« Vas-y, murmure Shaolan, presque évanoui, à Kurogane adulte. Sauver… Maman…
- C'est moi qu'il faudra sauver d'un vampire furieux si je te laisse ici dans cet état ! »
Et il le revoyait, la Maman, en train de lui demander de prier pour Shaolan…
Et peut-être bien que cette Kanashimi n'était pas si menteuse…
« Il me faut… Une plante sacrée… », grogna Kurogane en rassemblant les souvenirs des cérémonies auxquelles il avait assisté. Des plantes, ce n'est pas ce qui manquait, dans ce jardin d'hiver. Comme si c'était le moment de faire de la botanique !
« Alors… Le thym ? Non, c'est pour protéger des fées et des sorcières. Je devrais en garder contre Yuko… La germandrée ? Non, c'est pour interdire à la foudre de frapper la maison. L'Iris… Ecarte les esprits maléfiques… Et le … Millepertuis ! C'est ça, Millepertuis, vertus thérapeutiques ! »
Saisissant des fleurs de Millepertuis, il les trempa dans l'eau de la cascade pour les bénir :
« Mais qu'est-ce que je fais ? », grogna-t-il.
Et, agitant les fleurs au-dessus de Shaolan, il répéta une prière sacrée surgie des tréfonds de sa mémoire :
« Je suis force et guérison par le seul pouvoir de la lumière divine.
De toute éternité, que soit la lumière divine ! »
Au même instant, la bagarre entre Shaolan clone et Fye Kun atteignait son apogée, de plus en plus rapide, violente, sanglante. Mais plus Fye Kun contrait les attaques de Shaolan clone par la magie, plus il puisait dans sa propre énergie. Si ce n'était pas le clone qui gagnait… Il allait lui-même s'autodétruire.
« Pauvre larve ! », lui jeta Shaolan clone en lui assenant une invocation fatale qui écrasa à terre le jeune magicien, à bout de forces. Il vit pas après pas les pieds de son adversaire se rapprocher avec un bruit sec.
« Toutes… Je les récupèrerais toutes…
- Mais lui, tu ne l'auras pas ! », cria Fye adulte, s'interposant en surgissant de nulle part, portant un violent coup d'épée au clone en lacérant son buste d'une estafilade sanglante.
« Hors de ma vue… Toi… Tu ne m'es plus utile ! », répliqua le clone d'une voix de venin en contrant ses coups. Un troisième duel s'engagea, tout aussi rapide, brutal et cinglant que le précédent.
« Dis donc, Shaolan, tu n'en a jamais assez de voler les affaires de tes petits camarades ?!
- Je prends ce dont j'ai besoin. Et j'aurais pris ton deuxième œil s'il n'avait pas perdu toute sa valeur…
- Ben justement ! Tu pourrais me rendre celui que je t'ai prêté ? Et en échange je te donnerais toute ma collec de cartes Pokemon ! »
Fye tenta une attaque de front, brutalement contrée par le clone, avec un sourire cruel :
« C'est inutile… Tu ne peux rien avec tes capacités de vampire… J'ai déjà battu Kamui… Tu te souviens… FYE SAN ? »
Surpris qu'il s'adresse à lui par ce nom ressurgit de leur quête commune… Peut-être… D'un tréfonds de conscience tout au fond de la machine à tuer qu'était devenu Shaolan… Fye commis une erreur tragique, se déconcentrant une demi seconde du combat. Il ne parvint pas à parer l'attaque suivante du clone, qui l'envoya brutalement se fracasser contre la muraille du palais. Sous l'impact, le mur implosa dans le dos de Fye qui chuta en arrière, avant que toute une multitude de gravats s'écroulent sur lui, le laissant immobilisé et sanglant à terre. Dans son élan, Shaolan clone fonça sur le jeune Fye Kun toujours démuni de force, et… Son bras défonça la cage thoracique du jeune magicien, pénétra à l'intérieur de son corps, jusqu'à son cœur :
« Donnes moi cette magie… LA MAGIE DE LA PRINCESSE SAKURA !! »
Pas une goutte de sang ne s'échappa lors de cette abominable intervention chirurgicale. Car si Fye Kun était un être de chair, il devait sa vie entièrement à la magie qui coulait dans ses veines. Magie et vie qui étaient en train de s'éteindre à mesure que le clone lui extirpait lentement du corps son « cœur »… Une étrange étoile lumineuse et blanche, cristalline, ressemblant…
A un flocon de neige projetant des éclats de lumière !
« ATTAQUE DU DRAGON DES MERS !! »
Shaolan clone se prit de plein fouet l'invocation furieuse que venait de lui lancer Kuro Kun. Dans sa chute, il ne pu emporter que la moitié du cœur de Fye Kun. Ensuite, c'est tout un déluge de coups et de tourbillons de lame d'acier d'un Kuro Kun fou furieux, déchaîné, totalement hors de contrôle que Shaolan clone se reçu sur le coin de la figure…
De son côté, Fye adulte reprit lentement conscience après le choc brutal qu'il avait reçu, mais se trouvait toujours immobilisé sous une barricade de gravats, quand son Kuro chan apparu pour virer le tout à tours de bras :
« Toi, ça va ?!
- Oui, mais le petit… »
Les deux adultes se précipitèrent vers Fye kun, gisant au sol la poitrine ouverte en deux… Mais encore vivant… Et conscient !
« Kuro kun … Kuro… kun… », répétait-il faiblement, dans une douleur difficilement imaginable pour le commun des mortels. (Au fait, si vous lisez cette fic aux alentours de Midi, l'auteur vous souhaite bon appétit !)
Kurogane dégaina sa nouvelle arme fatale, le Millepertuis :
« Je suis force et guérison par le seul pouvoir de la lumière divine…
- La lumière divine ?! », s'étonna Fye.
… Quand tout à coup déboula au milieu leur « fiston », le véritable Shaolan, qui n'avait jamais été en aussi bonne forme depuis une semaine. Fonçant droit sur son clone, toujours en train de se battre contre Kuro Kun, il lui cria dès son entrée :
« Hey ! Tu m'as offert un verre… MAIS T'AS PAS PAYE L'ADDITION !! »
Savoureuse vengeance, puisque le clone se prit dans les dents un véritable déluge de foudre, le projetant à plusieurs mètres de là dans une véritable montagne de neige empoisonnée.
… Et toc !
Manque de bol, le clone en était immunisé, mais lorsqu'il parvint à remonter à la surface, il fut accueillit par une épée directement pointée sur lui :
« Encore toi ?!, s'exclama-t-il. Combien de fois faudra-t-il que je te tue ?, demanda-t-il à … Kanashimi !
- Des centaines et sois sûr que je t'emmènerais en enfer ! »
Le vrai Shaolan se précipita, craignant la suite :
« Sakura Chan !! »
La jeune fille l'éloigna par un sortilège, indolore, mais efficace :
« C'est une affaire entre lui et moi. Dégage ! Ne me confonds pas avec ta potiche ! »
Et Kanashimi de passer à l'attaque contre celui qu'elle pourchassait, et le clone de s'esquiver, et la gothique de le poursuivre… Et tous les deux de disparaître à l'horizon…
… Enfin. Cette bataille démente était terminée.
Kuro kun, Shaolan et Mokona se précipitèrent pour rejoindre les Kurogane et Fye adultes, penchés au-dessus de Fye kun blessé. L'effet de la prière de la lumière divine était remarquable, puisqu'ils étaient parvenus à refermer la plaie de la cage thoracique du garçon. Mais il avait perdu la moitié de son cœur, de sa magie, de toute vie… Et agonisait lentement.
« Kuro kun… Kuro kun… »
Celui-ci se précipita, l'enlaça de ses bras, tenta de le retenir à la vie entre larmes et baisers :
« Accroches toi ! Fye, mon Fye, je t'en pries ! Accroches toi ! Reste là ! Restes avec moi !
- Ku… ro… », répétait son flocon de neige… Et seconde après seconde… Son corps devenait plus froid… Plus transparent… Presque… Une illusion…
« NON ! », hurla Kuro kun en le serrant plus fort contre lui pour le retenir, comme on tente de retenir un pétale de fleur emporté par le vent.
« … Même si ce n'était qu'un rêve, j'aurais été heureux… »
Chuchota Fye kun qui devenait de plus en plus transparent, presque translucide.
« … D'avoir eu cette chance… D'être aimé de toi… »
Même sa voix devenait de plus en plus inaudible, comme un murmure, un souvenir…
« Mon… Kuro Kun… »
Une douleur plus forte que la mort lui arracha un cri, et il manque de disparaître pour de bon. Kuro kun parvint à le retenir à la vie, l'enlaçant plus étroitement contre lui et hurlant d'une voix furieuse, révoltée, passionnée, incandescente d'amour et de volonté :
« JE NE RENONCERAIS JAMAIS !! »
Et, pointant son katana vers le ciel, il lança un sortilège de téléportation :
« MUOVE !! »
« Un mage guerrier… C'est un mage guerrier… , s'étonna Kurogane adulte, déjà bouleversé par cette scène déchirante.
- Et toi, depuis quand t'es prêtre ?! » s'exclama Fye vampire, agrippé à lui durant le bref transfert qui suivit.
Les deux couples de KuroXFye, Shaolan et Mokona atterrirent directement dans le temple des célestes qui était situé à l'intérieur du palais. Il y avait là une vingtaine de jeunes femmes guérisseuses, toutes plus blondes les unes que les autres, qui se précipitèrent vers Fye kun et l'emportèrent vers l'autel sacré, pour le soigner avec des gestes doux et délicats. La Princesse Tomoyo arriva peu après, poussant un cri en voyant… Oui, on pouvait le dire… Son frère blessé, et se tourna vers le second pour lui réclamer des explications. Peu de mots suffirent pour résumer l'atroce situation.
« Je t'en pries, Tomoyo chan ! Toi aussi tu as des pouvoirs de guérison, et tu es la prêtresse de ce palais ! Sauves Fye kun, je t'en prie… Sauves le !
- Tout ce que nous pouvons faire, c'est compenser la magie qu'il a perdu en lui en donnant d'autre… Mais comment compenser la magie d'un pouvoir aussi démesuré que celui d'une plume de Sakura ? »
Comment ? … Comment ?... Comment ?... Comment ?
Mokona fondit en larmes et se réfugia dans les bras de Shaolan, qui baissa douloureusement la tête. Fye adulte devint pâle, pâle, pâle, plus pâle qu'il ne l'avait jamais été, manquant de tomber à la renverse, retenu par Kurogane, qui faisait un effort surhumain pour ne pas exploser.
Comment ?
La réponse, ils la connaissaient, depuis qu'ils parcouraient les dimensions.
RIEN ne pouvait compenser la magie de Sakura.
Chapitre 24 : Je t'aime
Kuro kun accusa le choc. Le sol s'était ouvert sous ses pieds, le propulsant vers des abîmes de souffrance.
« Non. Non, non, non. Murmura-t-il. Ce n'est pas possible, dit-il d'une voix à peine audible.
- Je suis désolée, affirma Tomoyo chan en retenant ses larmes. Je te promets de lui donner toute la magie que nous pourront trouver… Mais nous ne pourrons pas le retenir… »
Kuro kun n'écoutait plus. C'était impossible. Fye kun ne pouvait pas être condamné à mourir. Son Fye…
« C'EST IMPOSSIBLE !! » gueula Kuro kun d'une voix si rauque, brutale, violente, se répercutant partout dans le temple que tous frémirent.
« JE NE VEUX PAS ! JE NE L'ACCEPTERAIS PAS ! NON, NOOOON !! » , hurla-t-il du plus profond de son cœur dans sa douleur révoltée, et comme il ne savait plus comment l'exprimer, il se mit à frapper le mur près de lui, encore que fracasser eu été le mot plus exact, l'adolescent ne trahissant pas la réputation d'entreprise de démolition des Kurogane.
« JE NE VEUX PAS ! répétait-il à chaque impact qu'il infligeait au mur. JE NE VEUX PAS, NON, NOOOON !! », la souffrance endurée par son cœur meurtri devenant de plus en plus insoutenable pour les témoins de la scène, bouleversés.
Enfin, lorsqu'il eu totalement détruit le mur, il dégaina son katana en un éclair et tenta de quitter les lieux en courant, mais fut intercepté au vol par son double adulte :
« Où comptes tu aller comme ça ?, l'interrogea-t-il d'un ton calme et grave.
- A ton avis ?! Je vais retrouver ce clone ! Je lui reprendrais le cœur de Fye, et je le tuerais pour ce qu'il lui a fait !!, hurla Kuro kun, hors de lui.
- Sois sûr que si tu pars l'affronter ainsi, c'est lui qui te tueras, affirma l'adulte.
- Alors je mourrais, mais j'emporterais cette raclure avec moi ! Je le tuerais, je le tuerais ! Je veux qu'il souffre, je veux qu'il crache ses tripes… POUSSES TOI DE MON CHEMIN !, ordonna-t-il.
- Non, ne cilla même pas Kurogane, mur immobile et inflexible
- Tu veux te battre ?!, rugit le jeune Kuro Kun, l'acier de la lame de son katana se faisant réellement et dangereusement menaçant.
- Si c'est ce que tu cherches, c'est ce que tu vas recevoir, affirma l'adulte de son ton calme et raisonné, telle une évidence.
- Sors ton katana !, gueula Kuro kun, aveuglé par sa douleur.
- Je n'a besoin que d'un bras, affirma Kurogane adulte avec un demi sourire. Celui qui ne passe pas au micro ondes », dit-il en faisant jouer comme une marionnette son bras métallique.
Devant ces provocations des deux Kuro qui grimpait en puissance, la Princesse Tomoyo tenta de s'interposer :
« Je vous en prie… Arrêtez ! »
Mais fut retenue par Shaolan et Fye.
« N'ayez pas peur… Le grand sait ce qu'il fait », lui dit le vampire avec un sourire rassurant. Et il se forçait à sourire, torturé par le sentiment que c'était à cause de lui, parce qu'il n'avait pas pu arrêter Shaolan clone, que Fye kun était mourant.
« Tu te crois le plus malin pour quelques années de plus ?!, cria Kuro kun en passant à l'attaque, fonçant sur son double. Mais tu es incapable de comprendre ce que exprime ton cœur !
- Et toi, tu te laisses entièrement dominer par tes émotions, perdant tout contrôle sur cette situation, dit l'adulte en esquivant calmement ses coups, les uns après les autres, sans qu'aucun ne parvienne à l'effleurer.
- Est-ce que c'est un crime d'avoir des sentiments ?! On est pas des machines, Kurogane !
- Justement. Qu'est-ce que tu ressens en ce moment ? Qu'est-ce que tu désires plus que tout au monde ?, demanda calmement l'adulte.
- JE VEUX PROTEGER FYE ! JE VEUX SAUVER FYE !! » répéta Kuro kun, en larmes, et tentant désespérément de frapper son double sans y parvenir.
Comme il le lui avait prédit, l'adulte n'eu besoin que de son bras métallique pour l'emporter, arrêtant la lame du katana de sa main.
« Tu vois ? Tu n'es pas en état mental d'affronter Shaolan clone, lui dit-il doucement. Et comment comptes tu protéger Fye s'il gagne ? Comment comptes tu sauver Fye s'il te tue ? »
Kuro kun baissa lentement la lame de son katana, réalisant sa défaite.
« Mais… Dans quel état mental tu serais… TOI ?!
- Exactement le même que le tien. Totalement dévasté. J'aurais tellement mal et tellement peur que je serais prêt à frapper sur tout et n'importe quoi, tout pour ne pas ressentir cette douleur atroce me déchirer le cœur… Mais ce n'est pas ainsi que tu sauveras celui que tu protèges.
- Mais qu'est-ce que je peux faire, Kuro Pépé ? Qu'est-ce que je peux faire ? Je ne veux pas… Je ne veux pas… Je ne veux pas… JE NE VEUX PAS LAISSER MON FYE MOURIR !! »
Il se précipita vers les bras de son double adulte et y fondit en larmes, totalement anéanti, comme le jour de la mort de Shirahime. Et comme ce jour là Kurogane adulte referma ses bras sur lui en lui disant doucement :
« Vas- y pleures, pleures, donnes tout, tu as le droit… Tu ne dois pas laisser le chagrin obscurcir ton cœur.
- Je l'avais juré… A Shirahime… Je lui avais promis… De protéger la personne que j'allais rencontrer…
- Et tu le feras. Je le sais. CAR JE SAIS COMBIEN TU L'AIMES … »
La phrase retentit avec un écho doux et étrange dans la pièce.
Comme une vérité… Une réalité… Un aveu.
Et là… Tout se mit à tourner pour Fye adulte.
Parce qu'il ne pouvait plus nier. Parce qu'il l'avait clairement entendu. Parce que… Parce que…
« Ex…cusez moi », murmura-t-il complètement renversé, d'une pâleur évanescente, quittant les lieux d'un pas mal assuré tandis qu'une multitude d'émotions, de pensées et de réactions tourbillonnaient en lui sans qu'il ne puisse plus en maîtriser aucune… Sauf ce sentiment persistant, déroutant, cruel, douloureux, d'être le seul coupable de l'histoire, d'être celui qui n'avait pas pu empêcher Shaolan clone de blesser Fye kun mortellement…
Mokona, dévoré d'inquiétude, s'agita sur l'épaule de Shaolan :
« Je crois que Maman… Qu'il ne faut pas laisser Maman tout seul… Parce que… Parce que… »
Shaolan le calma en le prenant doucement dans ses mains, et échangea avec Kurogane adulte un regard résumant parfaitement la question :
« Vas-tu enfin te bouger pour le rejoindre ou faut-il que je te décide d'un grand coup de pied dans le patapoum ? (Version censurée) »
Kurogane adulte avait parfaitement compris le message, et dit doucement à son jeune double :
« Je te donne ma parole que s'il existe une solution pour le sauver, je la trouverais. Restes auprès de Fye, soutiens le, dis lui tout ce que tu as sur le cœur… C'est tout ce dont il a le plus besoin en ce moment. C'est tout ce qu'il attend de toi…
- C'est aussi… Ce qu'il attend de toi », fit remarquer Kuro kun en essuyant ses larmes, avec un demi sourire.
Kuro pépé ébouriffa paternellement ses cheveux :
« Ah… C'est bien toi le plus adulte de nous deux. »
Kuro kun hocha la tête, puis retourna en courant auprès de Fye kun :
« Tu as… Encore appris une grande leçon, lui dit tendrement le jeune magicien, autour duquel s'affairaient les Célestes, souriant malgré sa douleur, parce qu'il avait tout entendu de ce qui était arrivé…
- Oui… affirma le jeune guerrier en l'embrassant. JE T'AIME ! »
Kurogane adulte rassembla son courage et sortit de la pièce pour se lancer à la poursuite de son Fye.
« Ce ne serait peut-être pas très correct de chercher à savoir comment ça va se terminer ?, demanda Mokona.
- Oui. Ce serait… Du voyeurisme », dit Shaolan.
Long silence.
« Tu sais, Shaolan, ils ont mis une ravissante statue juste à côté de la chambre de Fye…
- Oh, ça alors, ce serait trop bête de rater ça !!
- Ah oui, tiens, allons la voir de près !! »
Et ils partirent à leur tour dans le couloir, assumant entièrement leur innocent prétexte…
Fye courrait, courrait en direction de sa chambre, envahit et désarmé par des images et des émotions qu'il ne dominait plus. Il se sentait tout proche de l'abîme, il devinait que ses nerfs allaient lâcher de manière spectaculaire, et il ne voulait imposer ça à personne. Se cacher, toujours. Se cacher avant l'explosion de tout ce qu'il avait toujours voulu enfouir au plus profond de son cœur. Toujours, toujours cette même culpabilité. La mort de Fye ou celle de Fye kun… Pourquoi ? Pourquoi Kuro chan avait-il prononcé ces mots dont il était indigne ?
Plus loin, le Kuro chan en question le suivait en dominant le feu tortueux qui se jouait en lui. Il ne courrait pas mais n'avait jamais marché aussi vite. Vers le dénouement…
Et sans se douter que Shaolan et Mokona le suivaient à distance, sans se faire remarquer.
Fye s'engouffra dans sa chambre, la porte claqua derrière lui. La seconde d'après, on entendait des cris de bête blessée et un fracas épouvantable.
Kurogane se précipita. La serrure était bloquée. Il la fit sauter et fonça à l'intérieur de la pièce, la porte se refermant à nouveau derrière lui.
Shaolan et Mokona restèrent dans le couloir, devant la porte close, comprenant parfaitement aux bruits de meubles fracassés que le vampire était passé en mode Berserk et que seul Kurogane parviendrait peut-être à le calmer…
Alerté par ce vacarme, le petit Kotaro se ramena aux nouvelles :
« Que se passe-t-il ?
- Que personne n'entre dans cette pièce, ordonna Shaolan. Sous aucun prétexte !
- Ah oui mais quand même… (Il entendit clairement le bruit d'une armoire explosée contre un mur) On devrait quand même avertir…
- On t'as dis PERSONNE !, gronda Mokona en découvrant des crocs d'alligator. Touches à cette porte, je t'avale tout rond et je t'expédie dans une autre dimension !
- Tout… Rond ?! s'affola Kotaro.
- On ne lui a pas donné de viande crue à manger depuis trois jours », déclara Shaolan d'un ton de dresseur de fauves, plutôt convaincant, car Kotaro prit la poudre d'escampette à la vitesse de la lumière :
« J'ai rien vu, rien entendu… Salut ! »
Shaolan eu un demi sourire et lança un sort sur la porte de la chambre : « CELARE !! »
« Voilà, dit-il d'un air satisfait. Personne ne pourra entrer dans cette pièce jusqu'à demain matin. Ils seront à l'heure pour le départ pour le Royaume des Corbeaux.
- Mais… Papa et Maman ne pourront pas non plus sortir avant dem… OOOOH ! SHAOLAN !!, s'écria la mascotte, comprenant enfin.
- Vois tu Mokona, pour veiller au bonheur des personnes qui nous sont chères, il est parfois nécessaire de ne pas agir conformément à ce qu'elles attendent de nous.
- Yes ! Bad is good ! , cria la mascotte en lui tapant dans la main. Toi, mon gars, t'es un vrai rebelle ! »
Et les deux « enfants » s'en allèrent, bien contents du joli tour qu'ils venaient de jouer à leurs « parents », et ils en auraient bien ris s'ils n'étaient pas aussi inquiets pour Fye kun…
Quand à ce qu'il se passait de l'autre côté de la porte…
…Est-ce que je peux vous confier ce secret ?
Dès son entrée, Fye était passé en mode vampire. Les yeux luisants d'une férocité douloureuse, il avait passé ses nerfs sur tout ce qu'il avait rencontré sur son passage, brisant, griffant, lacérant, laminant, fracassant à tours de bras, dans un saccage infernal, fauve, hurlant sa douleur de tout son être, de toute son âme. Kurogane, resté en retrait, le laissa briser jusqu'au dernier meuble de la pièce, car il savait combien l'épreuve lui était douloureuse et qu'il devait l'exprimer. Rien ne fut épargné dans la pièce, et lorsqu'il eu tout réduit à néant, haletant, les cheveux épars, Fye se laissa choir au sol avec une plainte animale, se recroquevilla de douleur, serrant les dents pour ne plus hurler…
Kurogane s'avança alors doucement vers lui.
« Non ! N'approches pas !, gémit Fye au sol, toujours en état de vampire et soufflant comme un fauve traqué… N'approches pas !... Je risque de te blesser !
- ça ira… , dit Kuro en s'approchant plus encore…
- Non ! Je ne veux pas… Te faire souffrir !
- ça ira, répéta doucement le ninja en descendant lentement à sa hauteur. Mords, si ça peut soulager ta douleur. Mais je ne partirais pas…
- Pourquoi, pourquoi tu t'obstines ? Fye va mourir parce que j'ai été incapable de le sauver ! Tu ne comprends donc vraiment pas que tout ce que je touche est voué à être maudit, pervertit et détruit ?
- Je ne crois en aucun de ces mots, affirma Kurogane en l'attirant doucement vers ses bras. Je crois en toi, en ce qu'il y a de meilleur en toi, et en ce que j'y ai vu de plus beau…
- Kuro… »
GNIAP ! Les crocs du vampire se plantèrent brutalement dans le cou du ninja. Il l'avait pourtant prévenu… Mais Fye lui-même n'était pas parvenu à dominer l'instinct qui l'avait conduit à cette douloureuse étreinte. Meurtrir cette chair qu'il voulait embrasser, aspirer la vie de celui qu'il chérissait, non, ce n'était pas ainsi qu'il voulait le faire sien, le posséder… Non, même si cette sensation étrange et douloureuse n'était pas si désagréable, comme le lui répétait Kurogane, ce n'était pas ainsi, pour cette raison là, qu'il voulait être dans ses bras… Pas pour cet élixir délicieux, ses larmes se mêlant à son sang… Non. Non !
En buvant, Fye parvint à se calmer un peu, à rassembler ses esprits. Son regard, puis son visage tout entier redevinrent progressivement humain, et il se détesta une fois de plus en voyant que la plaie qu'il avait faite à Kurogane continuait de saigner.
« Pardon…, dit Fye, suffoquant de larmes, Par… don… , répéta-t-il, effleurant la blessure du bout des doigts. Je… Je…
- Là, là, calmes toi, lui chuchota Kurogane au creux de l'oreille d'un ton apaisant, Ce n'est rien… Ce sera refermé demain…
- Mais tous les jours… Je te fais de nouvelles plaies, sanglota Fye. Tous les jours… »
Il n'y tint plus. Ses lèvres effleurèrent le cou blessé de Kurogane. Comme il voulait vraiment le faire. Comme un humain. Comme…
La main de Kurogane glissa lentement dans ses cheveux, attira son visage vers le sien. Il embrassa ses larmes pour les chasser de ce visage qu'il adorait, son front délicat, le lobe de son oreille où il lui glissa :
« Tous les jours… De cet instant à celui de ma mort… Aucune souffrance n'égalera… »
Ses lèvres s'échappèrent vers son cou…
« … Ce plaisir… »
Il le fixa droit dans les yeux…
« … Notre Amour… »
Alors… Enfin… Ses lèvres s'emparant des siennes… Un baiser, leur premier vrai baiser, la victoire intense d'un amour intact après tant d'épreuves, la seule vérité qui les donnait l'un à l'autre depuis le premier instant. Ils n'eurent même pas le temps de rougir de leur audace, ne répondant plus qu'à l'appel de leurs sens, au nectar du désir crépitant sur leurs lèvres dans une étreinte ardente et passionnée. Un baiser auquel ils s'abandonnèrent dans toute la fusion de leur être, ne partageant plus qu'un même souffle, une même palpitation de cœur, enivrés l'un de l'autre jusqu'au vertige… Ils se détachèrent un instant, étourdis, maladroits, déroutés par ce plaisir délicieux, se lovant plus étroitement, sensuellement l'un contre l'autre avant de replonger. Leur second baiser fut plus doux, plus tendre, plus ferme et exigeant aussi. Le contact sensuel de leurs langues dans une danse envoûtante… A présent qu'ils s'étaient unis, ils voulaient se goûter, s'explorer, se guider l'un et l'autre dans une étreinte possessive et sacrée. Ce baiser était un serment, le pacte de leur union. L'amour embrasa leurs sens, irradia d'une ferveur brûlante et suave leur exploration, leur souffle plus court mêlé des soupirs charmants d'un plaisir conquis. Leurs mains s'égaraient un peu, tentaient des effleurements plus téméraires avec une touchante maladresse… Tout était sui confus, soudain, surnaturel, merveilleux… Et pourtant si bon !
Et après leurs lèvres…
Fye fixa intensément ce regard rubis qui semblait l'appeler, l'attirer, le captiver tout entier. Ils étaient nés pour cette seconde, pour ce regard. Une émotion unique et sublime, une fièvre incandescente. Qu'importe si cet instant était un rêve ou une folie, ils ne voulaient pas le laisser s'échapper entre leurs doigts…
« Kuro chan… Mon Kuro chan… Ne pars plus… Restes avec moi… Toujours… »
Lui, d'abord confus et maladroit, avait hésité, par crainte de l'effrayer. Mais il n'avait espéré qu'en cet instant, en sa douce permission… Kurogane s'enhardit et le serra plus étroitement contre lui, osa déposer une pluie de baisers respectueux et fervents tout à la fois sur ce visage pour lequel il se serait damné, son cou ravissant, ses épaules, plus bas… Tout ce corps qu'il avait protégé… Tant désiré…
« Fye… J'ai tellement… Tellement besoin de toi… »
Fye lui réplique baiser pour baiser, poussant plus loin encore la passion et l'audace. Il éprouvait ce désir concret, insatiable, de ressentir la moindre réaction de Kurogane au contact de ses lèvres, d'effleurer, incendier, vénérer sa peau, la moindre partie de son corps mat. Respirer sa chaleur humaine, chaque note de son parfum… Frémir. S'abandonner. Ils ne seraient plus jamais seuls, jamais plus séparés…
Lentement, entre leurs soupirs conquis, leurs vêtements glissèrent à terre. Ta,dis qu'il l'emmenait pas à pas loin des épreuves et de toute douleur du passé, Fye referma ses bras autour de la nuque de Kurogane, lui rendant chacun de ses baisers fougueux avec enchantement…
Ils tombèrent sur ce qu'il restait du lit avec des rires d'enfants, y roulèrent corps à corps, se cherchèrent dans les draps comme si c'était un jeu, refermant sur leur couple enlacé une intimité bruissante et satinée. Ils étaient libres. Leurs caresses se mêlaient de mots tendres et charmants, attentionnés, émouvants, s'échappant de leurs lèvres ardentes et amoureuses, ravissants aveux entrecoupés de leurs respirations entremêlées. Kurogane voulait tout lui donner, le frôler, l'adorer, le rassurer, le déifier, le combler… Qu'il se sente unique sous ses mains car il l'était dans son cœur. Fye posa ses mains sur les siennes, les guida avec une audace qui les fit rire tous les deux. Gagnés par l'excitation, leurs effleurements se faisaient de plus en plus rapides et précis, de plus en plus délicieux… Tous deux se sentaient soulevés par des vagues de plaisir de plus en plus intenses, embrasant leurs ventres d'une manière plus suave et précise… Délicatement, Kurogane l'attira à nouveau contre lui, l'accompagna avec dévotion vers leur moment… Protégés par le clair-obscur de la pièce, ils s'aimèrent hors de ce monde, hors de la réalité, hors de ce temps dans la vivacité de leurs corps enchevêtrés et éperdus. Leurs corps se fondirent l'un dans l'autre avec une infinie douceur, se hissant lentement, graduellement, passionnément vers les sommets. Rien n'était plus évident que leurs deux chairs faites l'une pour l'autre, que le tempo de leurs deux cœurs, que leurs deux corps appelés depuis toujours à se rejoindre. Ils goûtèrent à cet instant de fusion et d'harmonie totale, vibrant l'un avec l'autre de tout leur être jusqu'à leur âme… Les émois du plaisir… L'amour ! Ils s'aimaient, ils s'aimaient et se le murmurèrent encore avec délice, ne se détachant l'un de l'autre que pour se savourer à nouveau, baignés par la présence bienveillante d'une lumière jouant avec leurs peaux nues, frissonnantes, exaltées. Ils resserrèrent leur étreinte sur leur bonheur, émerveillés de se sentir palpiter l'un avec l'autre… Ici… Ensemble… Leurs plus adorables vœux enfin exaucés… Echangeant tant d'amour, tant d'amour dans une extase sublime… Tant d'amour…
« … Je t'aime… »
…
Chapitre 25 : Coups de cœur et coups de poing
Nuit…
Kanashimi avait perdu, une fois de plus, son duel contre Shaolan clone. Il s'était enfuit, mais elle n'avait pas pu savoir si c'était pour une autre dimension. Peut-être était-il encore dans les parages… Blessée, sa robe en lambeaux, le sang coulait tout le long du corps de la jeune fille. La tête lui tournait. Non…
« Restes éveillée… »
Reprends ton épée. Pourchasses le. Mais c'était… Trop…
Elle chuta brutalement en avant, se disant que ce serait bien si elle restait au pied de ce cerisier. Sakura et Sakura…
Ne plus courir. Ne plus souffrir. Mourir. Etre avec Shaolan. Pour de bon. Mais même cela…
On le lui avait interdit.
Une ombre se rapproche… Sa main se serre sur son épée… Ah, non, ce n'est qu'un animal… Vraiment gigantesque… Une tortue ? Une limace ?
« En tout cas… Tu sens vraiment mauvais. A réveiller les morts ! », ironise Kanashimi.
Elle trouve la force de lever une main en direction de l'animal. Celui-ci approche son étrange museau et l'interroge d'un « Beuwaaaah ? » inquiet.
« Pardon, murmure Kanashimi. C'est ton cerisier, n'est-ce pas ? Tu veux bien me le prêter, juste pour cette nuit ? Juste pour dormir. Sois gentil. Ne dis à personne que je suis là… »
Gluck hoche la tête, flairant la flaque de sang qui ne cesse de croître autour du corps de la jeune fille.
« Ce n'est rien. Juste une petite blessure. Je vais m'endormir. Et demain, je continuerais… Tu sais, je ne peux pas mourir. Je suis déjà… »
Murmurant ces derniers mots d'une voix à peine audible, elle ferme les yeux et s'endort, bercée par les limbes de la nuit.
… A Tokyo, il était 19 heures et la nuit était déjà tombée depuis longtemps.
« Michiru ! Cesses de t'agiter, sinon ta coiffure partira toute seule !
- Tu sais… Je ne suis pas convaincue que de faire tout ça…
- Tu as un rendez-vous galant ! Chaque détail est important ! Combien de fois cela t'es déjà arrivé ?
- Jamais… Et puis… »
La jeune fille s'empourpra, baissant piteusement la tête :
« Ce n'est peut-être pas très honnête… Envers Watanuki kun… »
Koyomi obligea Michiru à se lever de sa chaise, la poussa vers un grand miroir en pied :
« Alors dis moi, qu'est-ce que tu vois, Michiru ? »
La jeune fille s'empourpra encore plus, aussi honteuse que troublée. Non, ce n'était pas son reflet dans la glace. Cette robe trop belle soulignant ses formes, ces cheveux trop bien lissés, ces bijoux trop étincelants, et puis…
« S'il te plait, Koyomi, rends moi mes lunettes !
- Pas question ! Aucune fille n'a des yeux comme les tiens de Tokyo à Osaka ! Ce serait un crime de cacher un tel trésor !
- Koyomi… dit Michiru avec un frisson dans le dos. Tu parles encore comme les dragueurs de seconde zone dans les shojos !
- Et combien de phrases pareilles ai-je entendu dans mon existence, à ton avis, ma poulette ? »
Michiru soupira. Sûrement des milliers. Koyomi était carrossée comme une voiture de course, châssis souple et pare-chocs renforcés…
« Tous les garçons ne sont pas des obsédés, déclara Koyomi en devinant ses pensées. Je dirais même que les meilleurs d'entre eux craquent pour des filles comme toi…
- Désespérément banales ?
- Non, mignonnes à croquer ! Ne doutes jamais de cela et tes prétendants se compteront par dizaines !
- Je me fiche d'avoir des dizaines de prétendants. Moi, tout ce que je veux… »
Michiru interrompit sa phrase brutalement, essuyant une larme traîtresse qui pointait au coin de ses cils :
« Non. Rien, murmura-t-elle. Encore une idée stupide qui m'est venue à l'esprit.
- Ah ! Michiru ! Attention ! Ton beau maquillage, je vais devoir le refaire !! »
Tout à coup, on entendit les portes claquer dans l'internat, et les voix de Shito et Chika se dire leurs douceurs habituelles :
« Tu fais chier ! Réfléchis avant d'agir !
- C'est toi qui m'emmerdes à mettre deux plombes pour tirer sur les zombies !
- T'es vraiment qu'un petit con ! Y'a que du vent dans ta tête !
- C'est ça, bon vent ! »
CRAC, encore une porte décédée sous les fatals coups de pieds de Chika.
« Au moins, on sait quand les garçons sont de retour à la maison !, rit Koyomi. Pourquoi n'es-tu pas allée avec eux à la chasse aux zombies ?
- Chika kun est un idiot, grogna Michiru, comme elle le faisait en boucle depuis la veille.
- S'il ne l'était pas… Ce ne serait pas Chika », dit Koyomi avec un grand sourire perspicace.
Michiru frémit.
« Ce ne serait pas Chika… »
Koyomi se précipita vers la porte.
« Je vais leur demander quel genre de zombies ils ont vaincus ! Si c'est une grosse prime, on ira tous au resto fêter ça et je verrais Sotetsu ! »
Michiru ne répondit rien et ne bougea pas de la chambre, ruminant sa rencoeur envers Chika. Elle entendit Koyomi courir dans le couloir. Se ramasser… Courir encore, et crier joyeusement :
« Shito –ooooh ! Alors, la chasse a été bonne ?
- … »
Avec un silence aussi glacial comme réplique, Michiru imagina sans peine que le chinois devait afficher son air le plus maussade et son regard le plus tranchant.
« C'est… Si mauvais que ça ?, demanda encore Koyomi.
- Rien. Que dalle. Zéro. Fiasco. Banqueroute, déclara Shito d'une voix neutre. Je ne sais pas où Akatsuki avait la tête ce soir, mais en tout cas, elle n'était pas sur ses épaules. Il a même faillit la perdre. Si je n'avais pas été là, il se serait certainement fait gentiment égorger, et il en a perdu, du sang… »
Le cœur de Michiru se comprima douloureusement dans sa poitrine. Elle sortit en trombe de la chambre, se précipita vers ses amis, leur criant de sa voix la plus paniquée :
« Chika kun, blessé aussi atrocement ?! Est-ce que Yuta…
- Oui, Yuta l'a soigné, tenta de la rassurer Shito sans en avoir l'air. Mais il a une cicatrice sur toute la longueur du cou, et il en a pour un moment avant que… »
Michiru était déjà repartie, criant comme une folle dans le couloir :
« Chika kun ! Chika kun !! »
Elle renversa tout l'internat, ouvrit toutes les portes, entra dans toutes les pièces.
« Chika !! »
Sa coiffure s'était totalement défaite, mais elle s'en moquait éperdument…
« Chika kun ! Chika !! »
Il n'était nulle part. Même pas au grenier…
« Chik…
- Yo… Maintenant tout le quartier sait comment je m'appelle… »
Michiru sursauta en ressentant ses bras autour de ses épaules.
« Tu es là… Tu es là… » , répéta-t-elle d'une toute petite voix, soulagée, effrayée, heureuse, perdue…
Elle fit brusquement volte-face, et son cœur se comprima plus encore. Chika affichait un air qu'elle ne lui avait jamais vu, véritablement bouleversant. L'éclat doré de son regard… Jamais elle ne lui avait connu une si immense tristesse. Et dans la pénombre du grenier… Sa peau semblait si diaphane, presque transparente… Même ses cheveux… Ses pics glacés paraissaient totalement abattus… Vaincus… Chika…
« Ah ! Ta blessure !, s'écria Michiru en découvrant l'énorme bandage blanc, tâché de sang, qui couvrait tout le tour du cou du garçon.
- Oui, une de plus…, soupira le jeune chasseur avec ironie.
- Mais ce doit être… Terriblement douloureux ! », paniqua Michiru, ses beaux yeux verts emplis de larmes, approchant en tremblant une main de la plaie.
« Toujours moins que de te voir souffrir », murmura le garçon dans un souffle. Prenant la main de Michiru, il l'attira contre lui, et la jeune fille fut plaquée contre son torse sans plus pouvoir regarder sa blessure. Michiru ne réagit pas, ne parla pas, ne pensa pas, clouée, tétanisée, le cœur battant à tout rompre, submergée par une avalanche d'émotions qu'elle ne parvenait pas toutes à déterminer. Elle ne pouvait pas voir le visage de Chika, seulement entendre sa voix lui demander doucement :
« Pourquoi es-tu venue jusqu'au grenier ? Je ne voulais pas que tu me voies. Je ne voulais pas que tu voies ça. Je ne suis bon qu'à te faire peur, te faire pleurer, te faire souffrir… Et je suis tellement bête que tous les mots par lesquels je voudrais te consoler te font plus mal encore…
- Mais… C'est toi… murmura Michiru, sa main se crispant sur le tissu blanc de la manche de la chemise du garçon. Si tu n'étais pas ainsi… Tu ne serais pas Chika.
- Ce n'est pas un prétexte pour te rendre malheureuse.
- Mais… Je ne suis pas… Malheureuse ! », affirma la jeune fille , bouleversée.
Non. Ainsi, si proche de lui, elle ne serait jamais malheureuse…
« Je voudrais tant te protéger de ces choses là, dit-il en posant une main une main sur son bandage. De toute chose violente, laide et mauvaise. Tu es si pure et tu m'es si précieuse.
- Mes yeux… souffla Michiru.
- Non. Toi, toute entière. Ton cœur et ton âme… N'ont pas de prix. »
La jeune fille se sentit fondre dans ses bras, palpiter, ses jambes se dérober. Etait-elle vraiment aussi importante pour lui ? Chika, Chika… Elle se lova plus étroitement contre lui… Comprenant les pensées qui devaient se bouleverser en Michiru, Chika s'écarta d'elle très soudainement.
« Ah, pardon… J'ai faillit froisser ta robe.
- C'est celle de Koyomi.
- Elle te va bien mieux. Tu es… »
Michiru espérait follement qu'il allait poursuivre sur sa lancée… Quand tout à coup…
Bienvenue dans la quatrième dimension !
Les cheveux de Chika se redressèrent comme les pics d'un hérisson, ses yeux s'agrandirent pour se remplir d'étoiles bizarres, et son sourire le plus débile s'étala sur le visage du garçon, partant de son oreille gauche jusqu'à la droite :
« Mais c'est ce soir que tu as rendez-vous avec jackpot à la tour de Tokyo !!, s'écria-t-il d'un ton totalement crétin. Vas-y, Bonniche, dragues le à mort ! Et n'oublies pas de lui demander pour la chasse aux zombies. Avec toute l'oseille qu'il peut me rapporter, j'ouvre un salon de toilettage pour chiens. Le Chika Chika Chik Chihuahua !! »
Michiru demeura trois secondes estomaquée, avant de lui balancer une gifle dans la figure :
« ABRUTI !! »
… Puis elle se jeta tout contre lui, martelant son torse de coups pitoyables, ses petits poings serrés de fureur :
« ABRUTI ! ABRUTI ! », répéta-t-elle, fondant en larmes pour de bon.
A nouveau… Chika posa sur elle son regard le plus triste, et arrêta ses gestes en prenant ses mains dans les siennes. Il se pencha tout à coup, par surprise, au moment où elle s'y attendait le moins… Lui aussi…
Un baiser… Un baiser doux, délicat, sensuel. Comme un secret que l'on chuchote à l'oreille, que l'on ne veut confier qu'à une seule personne… Ses lèvres effleurant les siennes… Les mouvements de sa langue… Contre la sienne… Cette torpeur… Cette chaleur… La contractant… L'emplissant toute entière…
Chamboulée par les turbulences de ses sens et de son propre corps pour un simple baiser, Michiru lui colla une autre gifle avant de s'enfuir en courant de la pièce…
Trois secondes plus tard, c'est Shito qui apparu sur le seuil, scrutant son coéquipier de son regard analytique.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'y a ?!, s'écria Chika, attisé comme un chaton furieux. Tu veux m'en coller une, toi aussi ?! Vas-y, te gênes pas ! »
Shito lui balança un bon coup de poing, qui l'envoya valser à deux mètres dans les débris du grenier.
« Héééé ! Je croyais que tu ne voulais pas te salir les mains !, gueula Chika, outré, en tenant sa mâchoire douloureuse.
- S'il n'y a que ça pour te faire réagir, je veux bien casser chacun de tes os. Sauf tes jambes. Tu vas en avoir besoin. »
Chika avait parfaitement compris le message.
« Michiru… »
Le garçon se releva lentement.
… Michiru… Son sourire de petite fille… Ses mèches folles volant au vent… Son regard rêveur… Si triste, parfois…
Il serra le poing.
… Michiru… Ses gestes doux et légers… Sa taille si fine, menue, fragile… Et pourtant si forte de caractère. Son courage, sa détermination… Son désir de vivre…
Vivre…
Désir…
Michiru…
Ses rires au goût de miel… Ses larmes au goût de sel… Touchante… Irréelle… Fascinante… Humaine…
Michiru…
Lueur dans les ténèbres. Espoir. Couleur. Sensation. Sentiment.
Elle… Elle seule entre toutes. L'unique.
Michiru.
« Je l'aime, dit enfin Chika, troublé, renversé, ému, vaincu… Je l'aime. J'aime Michiru. Je suis amoureux de Michiru. »
Vlan ! Shito lui assena un second coup de poing, qui faillit lui dévisser le crâne.
« AÎEUH ! Mais pourquoi tu t'acharnes comme ça sur moi ?!
- Ne te sers pas de ta tête, y'a rien dedans ! Je t'ai dis d'utiliser tes jambes ! Cours, pauvre débile ! Rattrapes la, va à la tour de Tokyo, ou tu le regretteras toute ta vie…. Même si tu es déjà mort !
- … Shito…
- Quoi ?!
- Toi… Je t'adore.
- GNIAH ?! », s'écria le chinois, perdant tout son flegme en rougissant comme une tomate. Mais Chika était déjà loin, mettant le turbo pour se lancer à la poursuite de sa bien-aimée Michiru…
« Humph, grogna Shito en passant une main dans sa chevelure de jais. C'est bien le pire con que j'ai connu en 300 ans, le plus mal coiffé… Mais on lui pardonnerait tout. »
