Chapitre 6

H-2

Le temps qui passe peut être dramatique.

Une seconde peut ressembler à toutes les autres. Et autre part sur Terre, cette même seconde peut être fatidique.

Irréversible.

Le temps qui passe n'est pas toujours juste.

Il peut être lunatique.

En quand il bascule, d'une manière ou d'une autre, chaque seconde est angoissante .

« Encore l'Anthrax ? »

Frost sur l'écran, acquiesce.

« Enfin... toutes... les observations faites par l'équipe sur place corroborent cette hum... hypothèse »

Barry regarde Maura, soucieux de l'approbation dans ses yeux. Et je ne peux pas m'empêcher de sourire.

« Les lésions cutanées ? demande-t-elle.

Il acquiesce de nouveau.

« La détérioration de l'épithélium au niveau des cavités respiratoires et la présence d'une matière volatile à proximité du corps ? »

Frost paraît confus.

« Des lésions au niveau du nez... et de la bouche, et la présence de poudre » précise-t-elle.

Il confirme et Maura fronce son visage, reste silencieuse. Le soucis imprimé au fond des yeux.

« L'équipe toxicologique est en train de transférer le corps, vous aurez bientôt les premiers clichés pris sur la scène de crime»

« Une seule victime ? » demandé-je, la peur dans la gorge.

« Oui, le corps a été trouvé par une patrouille près de Remington Street, après l'indicent de ce matin elle a toute suite contacter le central et bloquer le périmètre

-Bien »

« La cellule anti-terroriste de Washington nous envoient des agents dès demain matin.»

Je serre la mâchoire à cette idée. Ces types n'ont aucun savoir vivre ! Et surtout... je ne veux pas voir Boston, ma ville, devenir le théâtre d'attentats bactériologiques.

30 000 habitants sont peut être déjà pris en otage sans le savoir.

« Vous avez déclarer l'alerte ?

-Ils nous ont dit d'attendre »

Je hoche la tête, mes pensées déjà ailleurs. Il n'est pas encore midi, et déjà 3 morts.

Attendre...

Comprennent-il que le temps ne passe plus de la même manière ?

Je soupire.

« Je t'envoie les docs dès que les reçois ok ?

-Ok »

Avec ça, je ferme la communication.

Puis me retourne vers Maura.

Il est temps.

« Maur, parle moi de l'anthrax... qu'est-ce qu'on risque au juste ? »

Maura fixe le mur d'abord, agitée. Ses yeux aiguisés, plein d'émotions. Elle semble happée l'espace d'une seconde, et j'ai envie de tendre une main et d'effleurer son visage pour la ramener.

Ici. Maintenant.

Pour qu'on soit ensemble.

Face à ce merdier impossible.

«Le bacillus anthracis a été identifié des 1850, sur des troupeaux de moutons décimés en France. 5 ans plus, tard en Allemagne. Puis en Angleterre. » commence-t-elle, son regard lointain encore.

« Quand la maladie s'est avérée transmissible à l'homme, de nombreux médecins ont tenté de mettre au point un vaccin... Pasteur, Greenfield, Sterne... mais aucun d'entre eux n'est arrivé à un résultat satisfaisant. Soit les individus sains ne développaient aucune réponse immunitaire... soit le vaccin finissait par les contaminer. On a donc neutralisé la pandémie par des campagnes d'abattages et des politiques d'hygiène sanitaire assez drastiques. La maladie disparait un moment puis réapparaît, bien plus tard, pendant la 2nd guerre mondiale, lors des affrontements franco-allemand. Mais on s'aperçoit alors rapidement que les symptômes ont changé. Les officiers français retrouvé morts, étaient tout à fait bien portant quelques heures auparavant. Les autopsies relèvent aussi que les dommages internes sont bien plus importants que ceux décrit pendant la pandémie. Les ulcères cutanées, plus agressifs. La bactérie est devenue 100 fois plus virulente et ce qui mettait plusieurs semaines ne met alors que quelques heures. On sait maintenant que les Nazis ont réalisé des travaux pour rendre la bactérie encore plus performante dans le but d'en faire une arme. C'est la première arme bactériologique recensée jamais mise au point. Après la guerre les laboratoires ont été démantelés, mais les protocoles ont manifestement été sauvés puisqu'en 2001, une série d'attentats reportent le même type d'incident : la victime rentre en contact avec le bacille, sous forme d'une poudre blanche. La bactérie attaque instantanément son épiderme et pénètre dans les voix respiratoire et se développe à une vitesse qui provoque l'asphyxie en quelques minutes. Si elle est ingérée, le processus est plus lent, les parois intestinales se désagrègent en quelques heures et le patient décède d'une septicémie avant même que la bactérie ne fasse plus de dommage. »

Je déglutis.

« Et la contagion ? »

Maura lève son regard vers moi.

« Entre individus le risque de contamination est plutôt faible... plus faible que celui d'une grippe par exemple »

Une minute.

« Est-ce que je peux savoir ce qu'on fait là alors ?

-L'isolement sanitaire ne sert pas à protéger les autres Jane...mais à nous protéger nous. En cas d'exposition relativement faible, les symptômes peuvent mettre plusieurs heures à apparaître...

-Trois heures... murmuré-je mâchoire serrée.

-C'est ce que le protocole décrit effectivement. »

Je me lève, agitée.

« Quelles options ont-ils s'ils veulent passer à la vitesse supérieure ? Qu'est-ce qu'il pourrait arriver de pire ? »

Maura semble réfléchir une seconde. Une mèche de cheveux parsème son visage.

« La contamination des réseaux de distribution d'eau, en quelques heures, tous les hôpitaux seraient surchargés et toute la ville finirait dans le chaos en moins de 48h. Il peuvent aussi procéder à des épandage aérien, dans des lieux stratégiques. Ces attaques seraient plus ponctuelles et surtout instantanément létale.

-On parle de combien de morts dans le pire des cas?

-Avec une densité bactériologique et une ventilation suffisantes... jusqu'à plusieurs centaines en fonction des endroits.»

Putain.

« Et il n'y a aucun traitement ?

-Il n'y a aucun traitement préventif, personne n'a réussi à mettre au point de vaccin contre la maladie du charbon : à chaque fois les problèmes sont les mêmes. La bactérie est trop agressive : soit on l'inocule en quantité insuffisante, soit elle tue le patient avant d'avoir provoquer de réponse immunitaire. On est parvenu néanmoins à créer un traitement en cas d'incubation du bacille, c'est à dire en cas d'exposition respiratoire faible, ou en cas d'ingestion, ce qui rend les symptômes plus lents à apparaitre. Mais même là on ne sauve que 30% des patients. Dans la majorité des cas, la bactérie demeure trop virulente et le traitement est inefficace. »

Je serre la mâchoire. Il suffit d'y penser.

Boston est dans la merde.

Quelques soient l'attaque, les pertes seraient dramatiques. La procédure d'isolement sanitaire des survivants serait le premier défi irréaliste, ensuite viendrait l'hospitalisation massive des victimes contaminées, qui relèveraient, vu la capacité d'accueil des établissements, de la même utopie. Des hôpitaux surchargés, une ville en état de choc, paralysée par une hécatombe et par l'angoisse.

Un scénario catastrophe.

Mais quelqu'un là, dehors , a les moyens de faire ça.

L'ordinateur m'extirpe de ma torpeur et annonce un message.

Maura s'approche, pensive toujours. Sa présence tend chaque parcelle de ma peau.

«Tenue très sexy ce matin. Une réorientation professionnelle infirmière Rizzoli? »

Martinez.

Je regarde ce que je porte. C'est exactement pour ça que je déteste leur procédures !

«Epargne moi tes fantasmes tordus Martinez ! » renvoyé-je immédiatement.

« LOL ! Je t'ai déjà vue dans des tenues plus excitantes quand on travaillait encore ensemble ;) Mais si c'est toi je veux bien faire semblant d'être malade :p Entre temps, boucle cette affaire et donne une leçon aux fédéraux»

Maura se crispe et s'éloigne.

Perturbée, je ne répond même pas et la regarde. Son visage est fermé quand elle prend un dossier pour le lire. Je me lève, m'approche, met mes idées en ordre.

« Qu'est...qu'est ce que tu penses de l'alerte ? Tu penses qu'on devrait faire évacuer la ville ? »

Malgré ce bordel j'ai besoin de savoir. Ce genre de question est presqu'impensable. Mais je peux déjà sentir à quel point j'aurais besoin d'elle. Après coup. Si le pire arrive. Seule dans ma tête, à devoir faire la paix d'une manière ou d'une autre.

Elle réfléchit, doit se rendre compte de ce que je lui demande.

«Ce genre de situation est complexe Jane » commence-t-elle.

« Entamer l'évacuation peut précipiter l'action des terroristes et le désordre peut jouer en notre faveur comme à notre encontre. Pour le moment, quel que soit le ou les responsables, les lieux où on a retrouvé les corps, sont plutôt isolés, aucune revendication médiatique n'a été faite. Aucune demande n'a été adressée aux autorités. On ne sait pas ce qu'ils attendent »

J'acquiesce. Tendue. Partagée. Secouée de l'intérieur entre des risques stupides et disproportionnés. Et moi qui n'ai jamais été prête à rester enfermée avec Maura sans devenir dingue.

La voir commence à devenir toxique. Je respire mal, parfois oublie de le faire.

Il faut que je sorte.

Et cette foutue sonnerie retentit encore.

Exaspérée je regarde l'écran, et Maura me perce du regard manifestement contrariée.

« C'est un message de Susie me défendé-je, elle t'a envoyé les résultats »

De son ordinateur, Maura commande immédiatement l'impression. La nervosité perdue soudainement dans son élégance. Engouffrée dans cette grâce qu'elle porte comme une seconde peau.

Même quand elle lit et que son regard se fronce., traversé par l'incompréhension. Je voudrais fixer cette image dans ma mémoire. Pour m'en rappeler quand tout le reste est noir.

Je m'éclaircis la gorge.

« Alors ? »


N/A: Merci aux commentateurs. Bonne semaine à tous/toutes :) Bises à bientôt