Hello tout le monde ! Merci à tous pour vos reviews auxquelles je m'en vais répondre de ce pas ! Peneloo, merci pour tout !


Water and Wine...

/

Eau et Vin...


Jim Moriarty était contrarié. Cela ne lui arrivait que très rarement aussi prit-il quelques minutes pour savourer son mécontentement. Un sourire amer déforma ses lèvres. Que les émotions étaient inutiles ! Pourtant, il était bon d'en éprouver d'aussi intenses et productives que peuvent l'être la colère, la haine et la cruauté.

« Sebastian, je sors. » Déclara-t-il à l'attention de la silhouette fixe dans l'ombre de la pièce alors qu'il quittait son siège d'un mouvement leste.

« Revolver ? » Questionna le dénommé Sebastian, ses rétines dépourvues de toute couleur rivées à celles de son supérieur.

« Pas aujourd'hui. » Récusa celui-ci, une moue de dégoût paradant sur ses traits. « Fais préparer la voiture. »

Moran acquiesça d'un hochement imperceptible de la tête, se retirant avec un silence infini, sa carrure conséquente n'entravant en rien ses mouvements, ses muscles finement ciselés roulant avec vivacité sous ses chairs satinées.

Moriarty déplorait qu'un tiers intervienne dans ses affaires. Il ne demandait rien à personne, travaillait sans bavures, veillant à ce que tout homme n'ait jamais à se soucier du danger dantesque grouillant dans chaque artère de la ville, dans les recoins les plus sombres comme les plus exposés. Il lui semblait, dès lors, parfaitement inconvenant que l'on puisse ne serait-ce que songer à lui faire du tort. Cristi, en voilà une idée ! Il ne violait pas, n'avait jamais, Satan lui en soit témoin, molesté qui que ce soit (la torture n'entrant, bien évidemment pas en ligne de compte) et lorsqu'il se trouvait dans l'obligation d'exécuter un enfant, il veillait à ce que cela soit aussi bref que le permet l'anatomie humaine. Et voilà que ces vulgaires singes de policiers anglais osaient s'en prendre à lui ? Saisissant le journal de la veille, le criminel observa la photo de couverture où s'affichait le visage calme et sans âge d'un certain John Watson. Une pensée persistante, aussi agaçante que plaisante, lui titillait les nerfs depuis la funeste découverte de l'article du London Daily.

Qui avait bien pu les mettre sur ses traces ? Le génie du crime était pleinement conscient de la médiocrité des policiers anglais (et à travers le monde), il ne se souciait jamais de cacher ses corps, ni même de procéder à des stratagèmes inédits afin de se couvrir ou Dieu seul sait ce à quoi s'adonnent les autres criminels pour éviter la prison.

Ils ne pouvaient pas l'attraper, c'était physique, trop d'idiotie, de naïveté et d'incontinence cérébrale pour qu'il en soit autrement. En outre, le témoin n'en était pas vraiment un. Qui irait donc s'enquérir de ce qu'a bien pu voir un attardé, qui de surcroît, est incapable de prononcer la moindre syllabe ? En toute logique (logique policière s'entend), ce John Watson aurait dû finir derrière les barreaux. Un fou près d'un enfant est un fou-pédophile et un fou près d'un cadavre, est forcément un fou-assassin voire même un fou-nécrophile et ainsi va la chanson. Il n'y avait que Sebastian et lui-même sur les docks ce jour-là, jamais, grand Dieu, jamais Moran ne le trahirait. C'est d'une absurdité !

Les dossiers ne faisaient pas mention d'un nouvel agent et l'unique interrogatoire avait été mené après l'arrestation du décérébré par une certaine Donovan qui ne pouvait tout bonnement pas être la personne qu'il recherchait. Cette femme était pire que les autres et n'était compétente que lorsqu'il s'agissait de se faire prendre à des endroits d'une imagination discutable. Agacé, l'homme resserra sèchement son nœud de cravate. Il fallait bien sûr qu'une telle chose lui arrive maintenant qu'il était si proche de son but. Qui que ce soit, il allait lui faire payer cet affront. Il voulait le débusquer, eh bien soit !

« Votre tour viendra, soyez-en sûr. » Siffla-t-il, une haine dont il avait appris chaque palier, courant dans ses veines avec superbe.

L'Angleterre avait réveillé le loup et attiré sur elle, toute sa hargne.

« La voiture est prête. » Annonça la voix rocailleuse de Sebastian Moran, d'un ton si mesuré que ses tonalités n'en n'étaient que plus basses encore.

« Mon manteau. » Intima celui qui ne contestait pas les rumeurs le diagnostiquant comme étant le plus grand psychopathe vivant en ce siècle.

Un trench-coat épais fut glissé sur ses épaules et la silhouette longiligne du criminel fut aperçue, guindée dans un costume d'une noirceur cauchemardesque, un manteau d'une classe incontestable reposant sur son corps d'une taille moindre mais d'une beauté remarquable, quittant l'hôtel Continental par une matinée enneigée, des flocons d'une pureté immaculée dansant autour de son visage pâle, ses grands yeux noisette anormalement assombris par la cruauté sans borne cascadant en son sein.


XXX


Une main, chaude, rassurante, tenant fermement la sienne, les bribes d'un sommeil reposant crépitant encore sous ses paupières closes. L'envie de paresse, de nonchalance et d'oisiveté propre aux dormeurs satisfaits. Sherlock Holmes eut un léger soupir de contentement tandis que son corps pivotait sur le côté et que ses yeux allaient se poser sur le visage calme de Watson. Ce n'était qu'un amas de chairs modelé en une image personnelle, rien de plus. Mais quel tableau cela faisait-il !

Le médecin était beau, de cette beauté discrète, d'une simplicité affectueuse. Le génie s'évertua à la graver dans sa mémoire, prenant conscience avec un naturel déconcertant, qu'à l'avenir, toutes choses ne s'approchant pas de cette quintessence de façon subtile ou prononcée, ne mériteraient pas le moindre regard. Ses paupières s'abaissèrent presque d'elles-mêmes, comme pour reposer ses rétines étourdies par ce spectacle et tandis qu'il les rouvrait avec une lenteur délicieuse, sa poitrine se réchauffât à la vue de sa main osseuse, marquée de veines d'un bleu profond, abandonnée au cœur de celle dorée, pleine de vie du docteur. Rien n'avait de sens. Cela n'était pas logique. Quand bien même Watson lui inspirait la plus sincère admiration, cela n'impliquait pas qu'il soit si perturbé, presque (et il lui en coûtait de l'avouer) émotif à son contact. Bien entendu, l'érudit ne voyait aucun inconvénient à savourer cet instant, à se repaître de la beauté de son compagnon. Cependant, il n'était pas sans ignorer que cette situation n'avait rien de commun. A l'exception de certaines personnes à l'orientation sexuelle dite ''non-conventionnelle''.

Toutefois, depuis qu'il connaissait Watson, pis, depuis sa naissance, ses expériences n'avaient, à sa connaissance, jamais reflété une once d'orthodoxie.

Ne sachant que penser en définitive, le scientifique sacrifia l'idée de tergiversations plus poussées et se redressa, ses membres étant d'une légèreté qu'il n'avait pas eu la chance de connaître jusqu'alors. Silencieux, il observa la pièce chichement baignée par les rayons éparses du soleil matinal, la ville chantait à la fenêtre, faisant écho aux piaillements joviaux trahissant la présence de volatiles non loin de là et Holmes se surprit à souhaiter que ses réveils (si sommeil il y avait) s'exécutassent toujours de cette façon.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la couche qu'il partageait avec le témoin, celui-ci raffermit sa prise sur sa main et éveillé comme jamais, il ancra son regard au sien.

« Je ne peux pas rester. » Déclara le détective d'une voix qui lui paraissait étrangère tant elle était empreinte d'une chaleur humaine, réchauffant jusqu'à ses propres tympans.

« Je le sais. » Assura simplement le blond, un maigre sourire étirant ses lèvres rosées.

« Je ne serai pas loin. »

La paume chaude quitta la sienne et se mettant sur ses jambes, le génie demeura fixe, une étrange sensation le parcourant alors. Il ne pouvait pas quitter cette pièce de cette façon. Il devait forcément y avoir quelques actes ou fantaisies d'ordre social se prêtant à sa situation car en lui-même, le consultant voulait faire quelque chose de précis qui clôturerait ce moment d'une perfection indéniable, de façon tout aussi parfaite. Lançant un regard au témoin assis sur son lit, les cheveux emmêlés sur le haut de son crâne, les yeux rougies, les lèvres exquisément gonflées, quelques rayons lumineux ayant bravé la barrière de tissus des rideaux, venant courir sur ses joues, son front et son nez, il ajouta, inexplicablement troublé :

« J'ai bien dormi. »

Ce à quoi l'ex-soldat lui répondit par un sourire conciliant, un tantinet amusé, faisant naître en son sein un embarras des plus enfantins. Dieu, qu'il se sentait bête ! Saisissant ses vêtements soigneusement pliés sur la table de chevet avec une hâte trahissant sa honte, il se retira à la salle de bain où il les enfila maladroitement, les pensées dirigées vers la chambre à coucher qu'il venait de délaisser. Au demeurant, il n'était qu'un novice en ce qui concernait les relations sociales et pour un début d'apprentissage, il n'avait pas choisi la plus aisée...

Recueillant la cascade d'eau chaude se déversant du robinet au cœur de ses mains tenues en coupe, il s'en aspergea le visage à plusieurs reprises, son reflet dans le miroir lui imposant un regard qu'il soutenait, lui-même, à grande peine. Sa peau avait rougi sur ses joues creuses, son attitude toute entière lui paraissait surfaite, vide de sens. Ce reflet n'avait jamais été en adéquation avec ce qu'il était en dedans. Du moins c'était ce qu'il lui semblait. En outre, sans doute eût-il fallut qu'il soit un personnage écœurant, des plus immondes pour que son image s'accorde enfin avec sa personnalité.

Une secousse soudaine interrompit le cours de ses pensées et les mains encore trempées, il saisit son portable, le numéro de l'appelant ne lui inspirant pas l'horreur habituelle.

« Mycroft, ta ponctualité est admirable. » Salua-t-il froidement.

« Tu es d'une hypocrisie qui me laisse sans voix. Mes agents sont en position et te font savoir que tu as raté un bouton en enfilant ta chemise. »


XXX


« Quinze minutes, ce n'est qu'une visite de courtoisie. Après quoi, nous irons chez le coiffeur, ta coupe est affreuse. » Lança négligemment Moriarty à l'encontre de son bras droit alors qu'il quittait son automobile d'un mouvement classieux des plus dédaigneux, Sebastian se gardant bien de lui rétorquer qu'il était à l'origine de ladite coupe.

Sur le trottoir, le criminel ajusta son vêtement, repérant du coin de l'œil, la fausse joggeuse au coin de la rue, le facteur qui depuis son arrivé s'évertuait maintes fois à consulter son paquetage, les amoureux en face de l'immeuble faignant une flânerie pitoyablement grossière et il ne se donna même pas la peine de vérifier l'emplacement des tireurs d'élite préalablement découverts par Moran. Tous les agents du pays semblaient s'être embusqués dans cette rue afin de l'épier (car il va sans dire que c'est la seule et unique chose qu'il leur permettra de faire). C'était assez grisant et le brun se félicita d'avoir revêtu son plus beau costume (l'une des règles primordiales d'une célébrité étant de ne jamais décevoir ses fans). La Rolls-Royce Phantom VI démarra et Jim s'engouffra dans l'immeuble du médecin militaire.

Peaufinant son sourire le plus éclatant, son charme naturel se chargeant du reste, il s'en alla frapper trois coups secs à la porte de John Watson. Une silhouette de taille moyenne, carrée et quelque peu robuste se présentant alors, à moitié dissimulée derrière la paroi en bois, semblant hésitante.

Pleinement immergé dans son rôle de gentleman, le prince du crime se pencha à l'encontre de l'homme, souriant de toutes ses dents alors qu'il tendait une main polie :

« Je m'appelle Jim, ravi de faire votre connaissance. »

Une douce main se glissa dans la sienne comme John s'avançait avec lenteur, détaillant son invité d'un regard curieux tandis qu'un silence inconfortable s'installait au fil de son mutisme incommodant. Les minutes s'écoulèrent, Moriarty réajusta derechef son costume, John ne cilla pas et il sembla même au brun que le médecin n'avait pas cligné des yeux depuis son arrivée, son regard clair, bêtement trop bleu, braqué sur lui avec une intensité à peine imaginable. Aussi reprit-il après s'être bruyamment raclé la gorge :

« Bien. Hmm..., vous devez être John Watson. Je crois que nous avons à parler. Pourrais-je entrer ? »

L'ex-soldat demeura fixe, son masque facial n'indiquant pas la moindre information si bien que le criminel douta du fait que le docteur ait compris un traître mot de ce qu'il venait de déclarer. Son sourire s'effrita d'un rien tandis que sa patience baissait d'un cran.

« Comprenez-vous un mot de ce que je vous raconte ? »

Le blond acquiesça et excédé par la scénette parfaitement ridicule à laquelle il était forcé de participer malgré lui, Jim ajouta plus brusquement que ne l'aurait voulu son rôle de gentilhomme :

« Alors vous me laissez entrer ? »

Watson abandonna tout bonnement le palier, laissant la porte ouverte derrière lui alors qu'il se retirait en cuisine. Hébété, le criminel passa une main lasse dans ses mèches, un rire rauque s'échappant de sa gorge gracile. Il était irrité et excité à la foi. Si un homme avait pu comprendre ce parfait cinglé au point de le soupçonner, il devait être un sacré génie. Délaissant l'entrée, le psychopathe s'attabla en face du témoin, souriant à la vue des tasses reposant entre eux, vides.

« Vous êtes un hôte attentionné, toutefois, et cela est fort regrettable, j'ai le thé en horreur. » Reprit Moriarty, une moue entre un sourire enjôleur et un mépris total, déformant son joli visage alors qu'il empoignait la tasse de porcelaine et la laissait chuter au sol avec l'innocence d'un enfant.

Poursuivant sur sa lancée, il quitta son siège, et se mit à ondoyer d'une armoire à l'autre de la kitchenette déclarant sur un ton enjoué, comme l'aurait fait l'invité le plus courtois :

« Je vais plutôt opter pour un verre d'eau. »

Verre qu'il laissa choir au sol avec une désinvolture amusée et ainsi déclara-t-il en préférer un autre puis un autre, jusqu'à ce que le soldat porte une main affligée à son oreille.

« Les oreillettes supportent mal les bruits d'éclats. » Sourit l'homme, satisfait, et comme il se penchait sur le visage du médecin, dénichant l'oreillette ainsi que le micro caché dans le col du blond :

« Je vais vous emprunter tout ça. »

Aussi se rassit-il avec désinvolture, lançant, outragé :

« Si vous vouliez participer, la moindre des politesses aurait été de vous annoncer. Eh donc, à qui ai-je l'honneur ? »

Une agitation phénoménale crépitât dans l'oreille du criminel avant qu'une voix ne réponde, tendue :

« Inspecteur Grégory Lestrade. »

« Oh très cher, c'est exactement avec vous que je souhaitais m'entretenir ! Le destin fait bien les choses ! » S'exclama le brun, d'une ironie corrosive. «Monsieur Watson et moi-même passons un moment délicieux, n'est-ce pas, John ? »

L'ex-soldat, gardant une immobilité impériale, ne daigna pas lui accorder un regard, lui préférant la vue de l'ampoule au plafond.

« Il n'est pas très bavard mais c'est un chic gaillard, sa sœur serait fière de lui. Oui John, Harriet vous envoie ses meilleurs messages. »

Le témoin, figé, la figure tordue de stupéfaction ne put que questionner difficilement :

« Ha-rry ? »

« Seigneur, il parle ! C'est merveilleux ! » Se récria Jim, poussant le vice jusqu'à applaudir de contentement. « Mais on parle, on parle et personne n'écoute ce que je veux. »

« Que souhaitez-vous ? » S'enquit la voix rauque de l'inspecteur au travers de l'oreillette.

« Ma foi, si vous voulez éviter que je repeigne les murs avec les tripes de monsieur Watson, il faut me dire la vérité et rien que la vérité. Qui a interrogé l'handicapé ? »

Le silence se fit dans l'oreillette et Moriarty claqua la langue de mécontentement.

« Ils ne font jamais les choses comme il faut, c'est bête pour vous. » Dit-il à l'encontre du témoin dont le visage affichait un désespoir sans retenue depuis la mention du nom de sa sœur.

Haussant les épaules, le génie du crime se dirigea vers la kitchenette où il prit le soin de choisir, non pas un verre, mais le plus grand couteau qu'il put y trouver, soupirant théâtralement :

« Gregory, je ne m'amuse plus et lorsque je ne m'amuse plus, ce n'est pas bon pour vous. Alors voilà ce qu'il va se passer, si vous ne répondez pas dans les secondes qui suivent, John Watson ainsi que sa chère sœur, iront tout deux retrouver leurs parents aux portes du paradis. »

« C'était le sergent Donovan. » Avoua subitement l'inspecteur tandis que, la main délicatement posée sur l'épaule du docteur, Jim rétorquait atone :

« Vous ne deviez dire que la vérité. »

« C'est la vérité ! » Se défendit ardemment le quadragénaire.

« Quel vilain menteur vous faites, je déteste les mensonges. » Soupirait le brun, laissant courir la lame de son couteau sur les doigts graciles du témoin figé d'horreur, comme en transe.

« Je ne mens pas ! C'était le sergent Donovan ! Jésus, reposez ce couteau ! » S'exclama brutalement Lestrade, les yeux rivés à ses jumelles.

« Ne me dites pas ce que JE DOIS FAIRE ! » Cingla le criminel, abattant son couteau sur le dos de la main du médecin, un cri de douleur vibrant aux seins des oreillettes respectives.

« QUI-ETAIT-CE ? » Hurla le psychopathe, tournant savamment son couteau au cœur des chairs mutilées comme pour marquer chacun de ses mots, les plaintes rauques poussées par le médecin accompagnant chacun de ses gestes.

« C'était moi. »

Un silence incongru s'abattit soudain, à peine troublé par le souffle haché de Watson, penché sur sa main ensanglantée, dont la peau à vif, laissait entrevoir les secrets cramoisis de l'anatomie humaine, une lame d'argent la traversant de part en part. Jim, délaissant son couteau, inspecta l'état de son costume dont les manches étaient à présent tâchées de sang frais et eut une grimace de dégoût, s'enquérant :

« Qui êtes-vous ? »

« Sherlock Holmes. » Répondit le détective sur un ton calme, exempt de toute forme d'animosité sans pour autant permettre à son interlocuteur de douter de son mépris.

« Comment se fait-il que votre nom n'apparaisse nulle part ? » Questionna le criminel que le ton vierge du consultant ne gênait pas, au contraire.

« Je ne suis pas un agent de police. »

« Je vous aime bien. » Sourit finalement Moriarty, enroulant avec insouciance le câble de son micro autour de son doigt à la façon d'une jeune fille conversant avec son amoureux. « Je suis d'avis que nous fassions plus ample connaissance. »

« Dès que vous aurez marqué une distance conséquente entre votre personne et celle de John Watson, je conviendrai avec vous de ce qu'il vous plaira. » Asséna froidement le détective.

« Areôs hêméra*, si, mi, fa dièse, sol dièse, au-dessus de l'eau, ce sera plus romantique. » Déclara suavement le génie du crime.

« Bien. »

« Au plaisir de vous revoir monsieur Holmes ! » Lança gaiement Jim alors qu'il jetait son oreillette ainsi que son micro au loin et qu'il se décidait à se retirer.

« Oh ce fut une entrevue ! Mer-vei-lleuse ! Splendide, vraiment ! » S'exclama-t-il à l'attention du docteur qui, penché sur sa main dont les chairs enserraient encore le couteau de cuisine, murmurait des phrases inintelligibles en un souffle désordonné.

« Mes excuses pour les dégâts occasionnés, je ne vous serre pas la main mais considérez que le cœur y est ! » Salua-t-il sur le pas de porte, indiquant en une vague gesticulation, l'ensemble de la cuisine dévastée. « Au revoir, John Watson ! »

Tout se joua en quelques minutes. Deux, à peine, Sherlock avait compté. Pourtant, lorsque l'équipe d'intervention pénétra dans le logis, il ne restait plus une trace de Jim Moriarty. Le psychopathe n'était pas sorti de l'immeuble, n'était ni sur le toit, ni dans les caves mais ce qui était sûr, c'est qu'il n'était plus là. Le détective pénétra le dernier dans l'appartement où grouillait déjà une dizaine d'agents aussi vifs et irritants que des fourmis. L'un criait « Que l'on appelle une ambulance ! » et n'en faisait rien tandis qu'un autre en écho parfait s'écriait « Une ambulance ! » sans pour autant esquisser le moindre geste dénonçant sa volonté d'en appeler une. Les écartant de son chemin avec des regards dont on ne parvenait pas à douter du fait qu'ils puissent tuer, l'homme de science héla un des policiers :

« Où est-il ? »

« Nous ne parvenons pas à lui faire quitter sa chambre. Il... » Paniquait le bleu (car il ne pouvait qu'en être un) quand l'érudit l'interrompit sèchement :

« Ce sera tout. »

Lorsque Holmes retrouva Watson, celui-ci était agenouillé au centre de sa chambre, sa paume toujours transpercée par un couteau d'une taille effrayante, fixant l'unique cadre qu'il possédait, ce même cadre vide au verre brisé dont le détective avait jadis noté la présence, murmurant milles paroles muettes, les yeux écarquillés. Et la poitrine comme transpercée elle aussi, le génie s'agenouilla en face du témoin.

« Je suis désolé. » Fut la première phrase qu'il prononça, car il était incapable de la contenir plus longtemps, elle l'envahissait de l'intérieur, l'étouffait, le déchirait, il était si désolé.

Le regard bleu, luisant d'humidité, d'un désespoir tel qu'il électrisait de douleur chaque personne ayant le malheur de l'apercevoir, se déposa sur la figure du scientifique comme le blond appelait d'une voix claire, dénuée de fioriture émotionnelle, presque enfantine :

« Harry. »


''Areôs hêméra'' : ''Marti dies'' en latin, signifiant, ''jour de Mars'' dont est tiré ''mardi''.

''si, mi, fa dièse, sol dièse'' sont les quatre notes jouées par le Big Ben à six heures.

Le Big Ben fait face à la Tamise, entre le Pont de Westminster et l'Abbaye de Westminster.

Donc Moriarty souhaiterait que Holmes le retrouve sur le Pont de Westminster à six heures, mardi. :)


J'espère que ça vous a plu ! Ce chapitre a été difficile à écrire à cause de l'intervention d'un certain psychopathe dont la personnalité est beaucoup trop obscure, complexe et excentrique et du fait fait que je ne voulais surtout pas créer un Jim qui déçoive tous mes lecteurs hahaha

A bientôt !

A.