VI
Lalala. Je suis fou, la pluie tombe sur mes joues.
Je suis fou et je chante au garde à vous. La lala lala.
L'air était frais, apportant avec lui l'odeur de la mer et celles des fleurs qui couvraient l'un des champs un peu plus loin. Les effluves de sel emplirent ses poumons, un sourire doux étirant ses lèvres tandis qu'il portait son regard calme au paysage alentour.
Il n'était, jusqu'alors, jamais venu à la campagne. Et il n'aurait certainement jamais mis un pied sur ces terres s'il n'avait pas vu cette magnifique petite maison. C'étaient ces hauts murs couleur saumon qui l'avaient attiré, celle-ci détonant par rapport aux blocs de béton grisâtre qui constituaient la plupart des immeubles de la capitale. Puis son toit aux tuiles rouge comme les coquelicots dont on ne pouvait détourner le regard. Cachée derrière une petite colline, cette maison alors en vente avait été un véritable coup de cœur et le jeune directeur n'avait pas mis longtemps pour se l'approprier. Son second avait ri quand il lui avait fait part de son choix, le comparant à un enfant face à son futur cadeau de Noël. Et quelque part, l'argenté n'avait pas eu réellement tord. Itachi ne s'était jamais senti aussi excité et joyeux de tout sa vie.
Trouver la bâtisse n'avait pas été chose aisée. Construite à l'écart d'un village de pécheurs, elle semblait vouloir rester cachée et isolée. Itachi avait mis une bonne heure pour trouver le bon chemin, s'excusant auprès du vendeur à son arrivée. Il n'aurait jamais pensé traversé une forêt dense et parcourir une haute colline pour arriver jusqu'à destination. Cependant, quelque part, cela ne faisait que l'enthousiasmer davantage.
L'homme joufflu et grassouillet qui l'accueillit lui ouvrit un sourire amical, loin de ceux commercial que certains de ses associés osaient encore lui montrer. Il l'invita à faire le tour de la maison, ne lui graissant même pas la patte pour qu'il achète la bâtisse, comme l'aurait fait d'autres agents immobiliers. Le jeune directeur en fut quelque peu étonné, suivant l'homme en silence tandis que celui-ci lui parlait de la demeure. Apparemment, c'était un vieux riche aigri qui l'avait fait construire, des décennies auparavant. Cependant, bien après sa mort, personne, ni même sa descendance, ne voulait de cette maison. Il fallut qu'ils terminent la visite pour qu'Itachi comprenne pourquoi.
Un sourire se dessina sur ses traits, le visage peint de surprise et de perplexité du vendeur lui revenant en tête. L'homme n'aurait jamais cru qu'il finirait par acheter la maison, même après en avoir vu les travers, et à un prix beaucoup plus élevé que celui de vente. Il demanda même au jeune homme s'il était sûr de son choix, bien que cela ne soit pas vraiment professionnel mais n'ajouta rien quand Itachi afficha cet air ravi et enjoué, lui assurant que malgré tout, cette bâtisse lui plaisait plus que tout. Ainsi, deux jours plus tard, le brun avait reçu les clefs de sa nouvelle propriété qu'il s'empressa d'aménager.
Le soleil déclinait doucement derrière la colline, illuminant le salon d'une lueur rouge-orangé. Donnant sur un grand jardin encore envahi par les mauvaises herbes, la pièce, meublée à l'occidentale, donnait l'impression d'être dans un cocon rassurant. Cela était peut-être dû aux meubles en bois et au canapé marron qui constituaient le mobilier, ou à la vue que l'on avait sur la colline par la grande véranda. Mais le jeune homme s'y sentait merveilleusement bien. C'était d'ailleurs la pièce de la maison qu'il préférait et celle où il comptait passer le plus de temps. Il y avait bien la chambre à l'étage, spacieuse et pourvu d'un grand lit et d'une simple armoire en chêne, ou le bureau dont la vue donnait également sur le jardin et où il avait fait installé un confortable divan. Mais le salon était l'endroit qu'il préférait. Peut-être un peu trop d'ailleurs.
Les clefs de la bâtisse retombèrent dans un bruit métallique dans sa paume, ses pas le menant hors de la grande cuisine rénovée. En moins d'une vingtaine de minutes, le jeune directeur avait passé en revue chaque pièce, s'assurant au passage du bon fonctionnement des appareils et de leur propreté. La nuit tombait plus rapidement qu'il ne l'aurait pensé, lui arrachant un rictus contrarié alors qu'il se dirigeait vers une porte dans le fond d'un couloir, celle-ci menant au sous-sol. La principale raison qui repoussait tout acheteur potentiel.
Les escaliers en béton menèrent le jeune homme dans un petit corridor, simplement éclairé d'une ampoule vieillotte. Il n'avait pas encore eu le temps de rénover cette partie de la bâtisse et regretter qu'elle soit aussi délabrée. L'artisan qu'il avait engagé lui avait assuré que les travaux prendraient une bonne semaine, si le jeune directeur voulait bien y mettre le prix. Itachi grinça des dents à cette idée, peu désireux de balancer son argent dans les poches d'un entrepreneur véreux. Pourtant, il ne pouvait faire autrement. Il était certainement le seul homme dans ce secteur à bien vouloir reconstruire cette partie de la maison. Et c'était dire qu'il y avait du travail.
Son regard neutre se posa sur le renfoncement au fond du couloir, celui-ci faisant penser à la cage d'animal sauvage. Des barreaux de fer séparaient son corps du reste de la salle, grande d'environ quinze mètres carrés. Elle ressemblait beaucoup trop à une prison, les murs presque noirs étaient à peine éclairés par le lampe ou la lumière venant de l'extérieur, passant par une petite fenêtre grillagée. Une sorte d'enclave lugubre et sombre qui avait auparavant, d'après ces sources, servit à des actes de violence. Un frisson avait parcouru le jeune homme quand il avait entendu cette rumeur, son sang n'ayant fait qu'un tour. Mais il avait, malgré tout, fait l'acquisition de cette maison. Sa bouche s'étira en un nouveau sourire, bien plus mystérieux que ce qu'il avait pu affiché précédemment.
- Uchiwa-san ?
La voix fluette et timide d'un garçon dans son dos le sortit de ses pensées, ses billes sombres se posant alors sur son invité. Triturant ses doigts avec nervosité, les yeux clairs qu'ils possédaient faisaient la navette entre ce qui restait de la « cage » et le jeune directeur, l'appréhension et l'angoisse suintant de chaque pore de sa peau. Itachi retint un grognement, ce comportement ne lui plaisant pas le moins du monde. Ce jeune homme lui avait juste fait perdre son temps, alors qu'il avait passé presque une heure pour lui faire visiter la maison. Sérieusement, tout cela n'avait servi à rien.
- Je... je suis désolée Uchiwa-san mais...
Cherchant ses mots, le jeune homme à la tignasse châtain s'était alors mis à trembler, l'une des mains massant nerveusement sa nuque où de la sueur commençait à perler. Ses lèvres ne laissaient s'échapper que des paroles incompréhensibles que le jeune directeur n'essaya même pas de saisir, trop agacé par cette fâcheuse nouvelle. À quoi bon de toute façon ? Ce jeune homme à l'apparence pourtant si imposante venait tout simplement de lui faire faux bond. Il lui avait pourtant assuré qu'il pourrait s'occuper de cette tâche, qu'il s'occuperait de la bâtisse et il remplirait ces tâches qu'Itachi n'avait cessé de lui expliquer pendant toute la visite. Mais malheureusement, il s'était fourvoyé. Itachi en était presque écœuré. Combien d'autres avant lui s'étaient finalement désistés ? Combien d'autres avaient abandonné l'idée de travailler pour lui, alors qu'ils avaient au départ accepté son offre ? Une douzaine ? Une vingtaine ?Le brun ne savait même plus. La chose qu'il voyait était qu'il avait encore perdu un potentiel employé, un pauvre jeune homme apeuré qui ne pourrait en aucun cas lui rendre service. Quel beau gâchi.
Un long soupir lui échappa, faisant sursautant le garçon qui se tût aussitôt. Combien de temps encore allait-il devoir chercher ? Itachi en avait juste assez. Rien n'irait comme il le désirait s'il ne trouvait pas quelqu'un très rapidement. Déjà qu'il devait attendre que la salle soit aménagé, si en plus il ne trouvait personne... Une autre plainte quitta sa gorge, ses mains plongeant dans les poches de son pantalon de toile tandis qu'il fixait d'un air agacé l'espace vide créé par les trois murs de béton. Il ne pouvait se permettre d'attendre plus longtemps.
- Uchiwa-san...
- Ce n'est pas grave, déclara soudain Itachi d'une voix neutre avant de se tourner vers le jeune homme en souriant. Vous m'en voyez juste désolé.
Le corps du garçon fut parcouru d'un frisson, son cœur ratant un battement face au sourire étrange que lui adressait son ex-futur employeur. Il eut la vague impression d'être pris au piège face à un prédateur, son souffle se coupant un instant quand le jeune directeur tendit la main pour lui indiquer la sortie, sans se départir de ce sourire. La tension et la peur l'habitant disparurent alors, sa respiration ayant repris un rythme normal avant que ses pas ne le mènent lentement faire l'escalier afin de rejoindre la maison. Sortir d'ici était à présent la seule chose qui lui importait, puis rentrer chez lui et oublier toute cette histoire. Oublier ce contrat, oublier cet endroit et oublier cet homme. Oublier et faire comme si rien ne s'était jamais passé.
Itachi observa le jeune homme se dirigeait vers la sortie, une vague de lassitude et d'ennui le submergeant soudain. Il allait devoir attendre, encore. Il allait devoir tout reprendre à zéro. Encore. L'agacement reprit à nouveau place dans sa poitrine, une moue désapprobatrice étirant ses lèvres fines tandis qu'il prenait lui aussi le chemin de l'escalier, après avoir regardé une nouvelle fois l'enclave derrière les barreaux de fer. Attendre. À croire qu'il n'était bon qu'à ça. Mais bientôt, très bientôt, les choses iraient comme ils le désiraient. L'attente et la patience dont il avait fait preuve finiraient par être récompensées.
Très bientôt.
Une nouvelle fois, un sourire se dessina sur ses traits, une joie malsaine se mêlant alors à la frustration et la colère. Joie car il n'aurait peut-être pas à attendre si longtemps. Frustration et colère parce que ce petit imbécile n'allait finalement pas lui servir. Encore un coup pour rien, un coup dans le vide. Un soupir se fit entendre, son excitation ayant disparu. Il avait à nouveau dégoté un incapable et cette voix, au fond de son être, lui rappela que lui n'attendrait pas très longtemps.
Las, Itachi passa ses doigts fatigués sur son visage, s'engageant à son tour dans l'escalier en haut duquel le garçon l'attendait. Ses billes parme le fixaient avec un mélange d'inquiétude et de curiosité qui amusa le brun, sa bouche se déformant en un rictus indéchiffrable. Oui, un pauvre incapable et un parfait imbécile.
Pauvre garçon.
Son rire s'éleva alors, emplissant sa tête d'une mélodie troublante et entêtante. Pour une fois, Itachi se dit qu'elle avait raison de se moquer de la sorte. Car la situation allait être encore plus drôle.
Des tennis, noires et blanches. Celles que Sasuke portait le plus souvent. Il était déjà plus de minuit passé et voir la paire de chaussures de son cadet rassura légèrement le jeune homme qui s'engagea alors dans leur appartement. Les voir ne voulait pas dire que le brun était seul, mais au moins, il était là.
Posant son manteau, Itachi partit directement rejoindre sa chambre une fois déchaussé. Ayant déjà dîné avec son second, il ne prit pas la peine de passer par la cuisine et alla se changer une fois entré dans la pièce. La journée avait été longue et éreintante, épuisant le jeune directeur plus que nécessaire et la suivante le serait tout autant. Rejoindre son lit était devenu un priorité, mais ce seulement quand il aurait pris une longue douche chaude. Lésiné sur l'hygiène n'était pas du genre du brun et ce soir, comme tous les autres auparavant, cela ne dérogeait pas à la règle.
L'eau brûlante tomba sur sa peau en cascade, détendant ses muscles crispés et endoloris. Ses longues mèches brunes collèrent ses épaules et son dos, contrastant avec son teinte pale. Beaucoup aimaient dire qu'il ressemblait à une poupée de porcelaine, douce et fragile. Une remarque qu'il entendait depuis son enfance et qu'il essayait tant bien que mal d'ignorer, affichant un air fort et hautain devant toute personne qui osait lui faire la comparaison. Il avait même pris des cours de karaté, voulant prouver à tous qu'il n'avait rien d'un agneau fragile et innocent, mais à chaque fois, quelqu'un finissait par sortir cette irritante réflexion. Même à ce jour, alors qu'il était à la tête de l'entreprise familiale, Itachi entendait parfois cette horripilante allusion. Un faible rire mua soudain dans sa gorge, se confondant à celui qu'il percevait au plus profond de lui. Si seulement ils savaient.
Arrêtant l'arrivée d'eau, le brun quitta enfin la douche pour se sécher et se vêtir. Le silence de sa salle de bain n'était perturbé que par le son grave et fugace de l'horloge accrochée au mur, celle-ci indiquant les minuit et demi. Le sommeil se faisait de plus en plus présent, l'eau chaude qui s'était déversée sur son corps n'arrangeant qu'à moitié cet état de fait et poussait un peu plus Itachi vers son lit, chose qu'il lui était plus que nécessaire. C'est pourquoi, une fois dans le couloir attenant à la salle de bain, le brun n'aurait pas pensé que ses pas le mèneraient dans la direction opposée, vers une pièce dont l'accès lui était interdit. Et pourtant.
Ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait, les murs de l'appartement n'offrant pas une grande isolation et la porte de la chambre laissant bien malgré elle filtrer les sons qui s'élevaient dans la pièce. Cependant, c'était la première fois qu'il percevait des sanglots. D'abord dubitatif et inquiet, Itachi resta un long moment face à la paroi de bois qui le séparait du garçon, son cœur tambourinant dans sa poitrine au point qu'il se demanda s'il ne voulait pas en sortir. Si Sasuke était réveillé, il lui cracherait certainement une injure à la figure et le jetterait de sa chambre sans la moindre douceur ni plus de cérémonie. Si il était avec quelqu'un, il risquait fort de l'ignorer ou de lui lancer un regard des plus réprobateur. Seulement, s'il était endormi... De longues secondes s'écoulèrent, le jeune directeur réfléchissant à la marche à suivre tout en se mordant la lève inférieure. Entrer ? Ne pas entrer ? Pourquoi était-ce un choix si compliqué ? Itachi ne comprenait pas lui même. Il n'y avait pourtant rien de compliqué, non ?
Il n'y a rien de compliqué.
Ses doigts se posèrent sur la poignée, déverrouillant la porte qu'il ouvrit dans le plus grand silence. Les ténèbres l'accueillirent, engloutissant son corps et brouillant sa vision qui mit un certain temps à revenir. Itachi dut attendre quelques secondes avant de percevoir les meubles installés dans la pièce et la masse tremblante qui logeait sous les couvertures. Son âme, déjà meurtrie parce qu'elle venait d'entendre, sembla alors se briser quand ses billes sombres se posèrent sur le jeune homme apparemment endormi. Jamais Itachi n'avait ressenti pareille douleur et à mesure qu'il s'avançait, celle-ci ne faisait que croître, dévorant chaque morceau de son esprit et son cœur.
Les draps recouvraient totalement son corps, comme pour le protéger d'une quelconque menace. Ses sanglots, longs et déchirants, ressemblaient à ceux d'un enfant apeuré et perdu, affligeant davantage Itachi qui s'assit alors à ces côtés sans faire le moindre bruit. Il avait peur de le réveiller, bien que c'était certainement la meilleure chose à faire, mais il n'avait cependant pas envie de voir le visage de son frère tordu par l'effroi et la crainte. Depuis son retour, il n'avait jamais vu Sasuke arborer autre chose que du mépris et de la froideur, alors de la peur ou de la tristesse ? Itachi ne s'en remettrait probablement pas. Il ne pourrait pas. Cela avait un coté égoïste, son refus de voir son frère ainsi le contraignant à le laisser dans cet état, mais hélas, le brun ne savait ce qu'il allait se produire si ses yeux rencontraient ceux de Sasuke empli d'une telle émotion.
Démuni, Itachi se rendit compte qu'il était à nouveau totalement inutile, ne sachant que faire pour cesser les pleurs de son frère. Il avait envie de le prendre dans ses bras pour le calmer, le border et lui dire que tout irait bien. Il voulait effacer ses sanglots, faire apparaître un sourire sur son visage et le voir se rendormir sans crainte. Mais il ne pouvait pas. Il n'y arrivait pas. Seule sa main se posa sur ce qui lui sembla être l'épaule de Sasuke, son corps cessant immédiatement de trembler à son contact. Un faible sourire rassuré apparut soudain sur les lèvres du brun, ce sentiment d'impuissant se dissipant légèrement tandis que les pleurs du jeune homme s'évanouissaient. Cependant, cet instant d'exaltation fut de courte de durée, le corps de son frère se redressant brusquement comme s'il voulait échapper à une menace. Surpris, Itachi retira vivement sa main, observant le jeune homme haletait tout en serrant son t-shirt à niveau de son cœur, lorsque leurs regards se rencontrèrent, l'étonnement et la surprise laissant alors place à un sentiment beaucoup plus désagréable et malheureusement plus connu d'Itachi.
- Sors d'ici.
Froide et saisissante, la douleur qui lacérait déjà son cœur grandit d'un coup, à la seule entente de ses simples mots. Elle s'était pourtant effacée, quelques jours auparavant. Elle n'était plus aussi forte et aussi dérangeante. Pourtant, à cet instant, Itachi eut l'impression qu'elle ne s'était jamais envolée, qu'elle avait toujours été là, malicieuse et cachée et attendant avec une impatience certaine le moment où Sasuke viendrait la réveiller. Le brun eut presque envie de rire, se sentant soudain stupide et fleur bleue tandis qu'il se redressait mollement et quittait la chambre de son cadet. À quoi s'était-il attendu ? Les choses n'étaient pas prêtes de s'arranger. Pas de cette façon. Et pas encore.
La porte claqua dans son dos, le silence reprenant ses droits pendant que ses pas prenaient instinctivement la direction de sa chambre. Pas encore. Pas maintenant. Mais bientôt. La moue triste et abattue qui étirait alors les lèvres d'Itachi fut remplacée par un faible sourire, sa main passant sur sa poitrine pour la masser, tentant vainement de faire disparaître ce malaise. Ce n'était pas pour tout de suite, mais bientôt, tout cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir.
Le soleil déclinait derrière les grands arbres surplombant la colline, indiquant au jeune directeur qu'il était temps pour lui de retourner à son domicile. Son portable, logé dans la poche de sa veste, vibra une nouvelle fois pour lui faire part de l'insistance de son second, l'agaçant quelque peu. Cela devait faire une bonne heure qu'il essayait de le joindre, certainement pour l'informer de l'avancée d'un des projets de l'entreprise, mais Itachi n'en avait cure. L'épuisement écrasait ses épaules baissées, un air morne et sans vie défigurant son visage pale. Rentrer. Telle était la seule chose que le jeune directeur désirait en cet instant. Rentrer et faire abstraction de tout ce qui avait bien pu se passer, et de tout ce qui allait bientôt se produire.
Un souffle de vent frais caressa ses joues, emmêlant ses mèches brunes qu'il désespérait à tenir en place. Au loin, des nuages noirs commençaient à s'amonceler dans le ciel, apportant avec eux l'annonce d'une violente averse, peut-être même d'un orage. L'œil hagard, le brun observait l'astre perdre ses multiples couleurs, la pénombre et le gris prenant peu à peu la place du rose-violet qui décorait le ciel tandis qu'il restait là, immobile, sous les bourrasques de vent toujours plus violentes. Si seulement cette pluie pouvait emporter avec elle tous ses tourments.
Tout ira bien.
Son cœur se serra, ses billes noires allant observer ses chaussures vernies comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde. Tout irait bien. Tout irait bien. Il se répétait cette phrase des dizaines de fois, peut-être même des centaines, pour se convaincre que ça irait, qu'il avait fait le bon choix, qu'il ne s'était pas trompé. Il ne pouvait pas revenir en arrière de toute façon, et quelque part, il n'en avait pas envie. Mais une partie de lui-même se demandait s'il n'y avait pas une autre solution, un autre chemin qu'il aurait pu suivre au lieu de s'engager sur cette route sinueuse et dangereuse sur laquelle il était alors.
Tout ira bien.
Tout ira bien. Oui. Tout ira bien. Il devait y croire, il le fallait. Sinon, rien ne s'arrangerait. Rien ne pourrait aller mieux. Itachi devait y croire, croire en ces mots qu'elle répétait sans cesse, sans se lasser, et sans se départir de son ton enjouée et malicieux.
Tout ira bien. Je te le promets.
La pluie tomba soudain, perlant sur ses mèches brunes et son visage qui était toujours figé. Son corps, immobile comme une statue de sel, resta un moment sous l'averse naissante, tandis que son esprit se vidait de toute chose, oubliant chaque instant de la journée et chaque mot qu'il avait pu entendre. Le son des gouttes d'eau s'écrasant sur le sol devint alors une douce mélodie, emplissant son cœur et son âme d'un calme serein, mais pourtant fragile. L'espace d'un instant, de quelques secondes fugaces et courtes, le brun se sentit comme libéré, délesté d'un poids trop lourd qu'il avait dû porter pendant longtemps. Cette averse n'avait rien à voir avec la dernière qu'il avait essuyé, celle-ci étant loin de la douche froide qu'il avait reçu en sortant de l'établissement de son cadet. Non, cette pluie était bienfaitrice, purifiant son esprit et son corps, sali lors des derniers jours.
Le tonnerre se fit entendre, sortant Itachi de sa torpeur profonde. D'un pas lent, il alla rejoindre son véhicule dans l'allée, s'y engouffra une fois la porte déverrouillée et quitta sa nouvelle propriété le plus naturellement du monde. Le lecteur cd installé dans le tableau de bord diffusa un air de jazz qui lui était inconnu, assourdissant légèrement le rire clair de cette voix logée dans sa tête. Quand apparut sous ses paupières, l'image de deux yeux emplis de rage et de colère.
Une grimace se dessina sur le visage d'Itachi, vite suivie d'un soupir étrange alors qu'il prenait la grande route menant à la capitale. Patient. Il devait être patient. Et tout finirait par aller mieux. Oui, tout irait mieux. Bientôt. Très bientôt. Et alors, une fois qu'il aurait attendu, une fois qu'il aurait été patient et aurait fait de son mieux, il n'aurait plus à entendre ces cris de rage et désespoir, ni ce rire sadique et cristallin. Ni même à voir ce regard furieux et effrayé, derrière cette froide barrière de métal.
Coucou ! Nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous a plu, j'ai mis un moment à la finaliser (désolée pour cette attente d'ailleurs. J'ai du mal ces derniers temps)
Je ne vais pas m'éterniser longtemps, je travaille pendant les vacances d'été, du coup je suis plus fatiguée que d'habitude et moins active (et moins souvent sur mon ordi) Le chapitre suivant est tout de même bien avancé et j'espère pouvoir le poster bientôt.
Je vous fais des bisous (bien que vous ne soyez pas nombreux. Mais je vous aime quand même).
Et une petite review :) ? Siouplait *yeux qui brillent*
Night
