Chapitre six : L'espoir.

« Elle revient ».

Le prêtre romain est le deuxième à le lui dire. De qui est-ce que ces prophètes parlent-ils ? Se demande le Seigneur du Temps. Il sait que s'il écoutait ses cœurs, il saurait dire de qui il s'agit. Qui d'autre pourrait lui revenir ? Qui d'autre avait-il donc perdu ? Trop de choses, trop de gens… Mais pourtant c'était bien à elle qu'il pensait en premier. Donna Noble avait déjà oublié cette prophétie et ils partaient maintenant sauver Pompéi. Mais pas le Docteur. L'ombre de Rose Tyler continuait de le hanter, même dans l'antiquité romaine, même alors qu'un volcan était sur le point de faire sombrer des cités entières sous les cendres et les cendres de l'Histoire et la Mémoire des Hommes.

Il ne la voyait pas, elle lui était pourtant apparu, comme un flash, déjà trois fois. Mais à chaque fois, il ne la voyait pas. Il sentait à peine qu'elle était réapparue pour quelques secondes dans leur monde. Il avait le sentiment qu'elle l'épiait, mais il croyait que c'était le fruit de son imagination, comme le possible espoir qu'il avait eu de son retour quand il avait entendu les Oods et les Romains lui dire qu' « elle » revenait. Il avait tellement voulu que ce soit Rose. Il avait tellement voulu croire que l'univers pouvait lui redonner la femme qu'il aimait. La femme qui ne cessait de posséder ses pensées. Mais des mois étaient passés, il voyageait avec Donna, il avait voyagé avec Martha, il avait eu une fille, clone de son seul ADN, une fille qui lui rappelait étrangement Rose pour sa jeunesse, ses cheveux blonds, son caractère,… Et il n'avait pas arrêté de voir Jenny – comme l'avait appelé Donna – comme la fille qu'il avait peut-être eue de Rose et qu'il n'espérait plus rencontrer un jour. Sa fille ou son fils. Rose… Il ne croyait plus en leur retour à présent. Il croyait même impossible tout simplement sa seule survie à cette croisière autour de la planète Midnight. Et même s'il allait abandonner Donna Noble, elle ne serait au moins pas en danger. Lui allait être maintenant jeté dans l'espace, incapable du moindre mouvement et du contrôle de sa parole, et il n'avait plus l'espoir d'un miracle pour le sauver.

Donna a disparu. Il faut bien qu'elle soit quelque part. Le Docteur la cherche dans tout le marché, elle a dû entrer dans un étal. Le Seigneur du Temps arriva enfin dans l'échoppe où la jeune femme avait été entrainée. Un scarabée immense tomba au sol et la commerçante regarda Donna se relever, vivante, comme si elle était un monstre. Elle lui demanda ce qu'elle allait devenir. Une brillante compagne, et peut-être un jour à la hauteur de Rose Tyler, se dit le Docteur. Elle avait été brillante tant de fois. Mais elle ne pourrait jamais remplacer Rose, pas pour tout en tout cas. Et puis, il ne voulait plus remplacer sa compagne disparue. Elle était partie, et il l'avait accepté. Donna voyageait avec lui, et tout comme Rose l'avait dit un jour, Donna Noble lui avait avoué vouloir rester pour toujours à ses côtés pour voyager. Même si bien sûr, elle n'avait aucunement les mêmes raisons que Rose pour vouloir voyager pour toujours avec le Seigneur du Temps. Rose avait déclaré vouloir toujours rester par amour, alors qu'ils étaient déjà en couple. Donna, elle, ne voulait simplement pas revenir à sa vie de secrétaire qui lui semblait trop insipide pour elle.

« Vous allez bien ? Demanda le Docteur.

- Oh vous ! Vous ne pouviez pas me retrouver avant ? Par exemple, avant que je n'accepte de voir mon passé ! Vous n'avez pas idée de ce que j'ai eu à faire pour revenir ici. Et encore moins de l'horreur dont j'ai été témoin !

- Qu'est-ce qui vous est arrivé ? »

Donna commença à raconter au Docteur comment elle avait été transportée dans le passé et en changeant un simple choix d'itinéraire routier, elle avait détruit l'avenir, elle avait vu le Docteur mourir et elle avait dû se suicider pour permettre à l'ancienne Donna de prendre la bonne décision. Le Docteur avait assez de mal à suivre le récit de son aventure. Mais son attention, qu'il sollicitait pour cela, redoubla quand elle commença à raconter que c'était grâce à une femme qu'elle avait compris ce qu'elle devait faire et que sans elle, elle ne serait jamais arrivée dans cet univers. Elle ne disait jamais son nom mais quand Donna lui dit que cette femme lui avait parlé d'une menace qui ne concernait pas que cet univers de poche créé autour de Donna mais de « tous les mondes », il sentit en lui un fol espoir remonter à son esprit.

« Qui était-elle ? Comment était-elle ? Demanda le Docteur, empressé d'avoir la confirmation de ses soupçons.

- Je ne sais pas, elle ne m'a pas dit son nom, lui rappela Donna.

- De quoi avait-elle l'air ? Insista le Seigneur du Temps.

- Blonde. »

L'espoir qu'il avait eu redoubla encore, et pourtant il s'en sentit tout de suite idiot : combien donc de femmes blondes existait-il ? Et dans sa vie, en Neuf Cent ans ? Mais combien vivaient dans un autre univers ? Combien auraient le courage – ou la stupidité – de passer ainsi d'un univers à un autre ? Qui d'autre donnerait sa vie pour sauver le Docteur ? Qui d'autre aurait pu convaincre Donna Noble de le faire à son tour ?

« Mais avant de mourir, elle m'a dit quelque chose, que je devais vous répéter, rajouta Donna.

- Quoi ? Il ne retenait plus son impatience.

- Juste deux mots…

- Lesquels ?

- Bad Wolf. »

Il se sentit prendre un électrochoc en pleins cœurs. Il ne l'avait pas imaginé, il ne l'avait pas rêvé, il n'était pas devenu cinglé ! Elle était là, dans ce monde où Donna avait été prisonnière et dont elle l'avait libéré. Bad Wolf… Il y croyait enfin pour de vrai cette fois. « Elle » revenait.

Devant le TARDIS, toutes les inscriptions avaient changé et s'étaient changés en deux mots, répétés des milliers de fois dans toutes les inscriptions autour de lui. Bad Wolf à l'infini. Un message que lui seul pourrait jamais comprendre. Un message à la fois d'amour et d'espoir.

« Bad Wolf… Qu'est-ce que ça veut dire ?

- C'est la fin de l'univers ! S'écria le Docteur en rentrant dans son TARDIS.

- La fin de l'univers ? Je croyais que c'était une bonne chose… Je veux dire, vous sembliez si heureux en m'entendant les prononcer, ces deux mots.

- Oh mais je le suis. Mais elle n'aurait jamais pu envoyer le message Bad Wolf si la séparation des univers parallèles n'était pas elle-même menacée.

- Elle ? Vous savez qui elle était n'est-ce pas ?

- Oui. Bad Wolf… C'est le nom d'une entité crée par la fusion du cœur du TARDIS et de Rose Tyler. Elle et moi sommes les seuls à en connaitre le sens.

- Quoi ? Attendez, vous êtes en train de dire que c'est Rose Tyler qui m'a sauvé la vie ?

- Oui. Elle vous a bien parlé de moi, elle vous a dit être comme vous, non ?

- Oui… Une compagne du Docteur.

- C'est plus que ça, Donna, songea le Docteur, je ne sais pas comment, mais vous êtes liée toutes les deux. Vous êtes apparues dans le TARDIS pour la première fois juste après nos adieux, et vous vous teniez juste à l'endroit où je m'attendais à la voir. Et je n'arrêtais pas d'entendre qu'elle allait revenir depuis que vous voyagez avec moi. Donna, vous m'avez rendu l'espoir ! Mais pour autant ça reste la fin de l'univers…

- Mais Rose est sur le point de revenir, est-ce que ce n'est pas une bonne chose, ça ?

- Si. »

Le Docteur sourit à sa compagne. Sans Donna, il n'aurait jamais su qu'elle revenait et que l'espoir qu'il avait toujours de la revoir n'était plus composé de seules chimères. C'était la vérité, et cette fin de l'univers pouvait bien arriver, il ne voulait plus penser à rien d'autre qu'à la possibilité qu'il avait de nouveau de serrer Rose Tyler dans ses bras et de l'embrasser.