Tout ce qui est en mon pouvoir
Traduction de la fiction de testingt disponible sur www. occlumency. sycophanthex. com/viewstory.php?sid5766
L'histoire est à testingt, les personnages et l'univers à Mrs Rowling.
Chapitre 7 : Épouvantard et Patronus
« – Les dieux… les dieux peuvent beaucoup pardonner à un cœur qui se repent en vérité.
Son sourire devint amer comme un marais salant.
– Les dieux peuvent bien pardonner à Ista autant qu'ils veulent. Mais si Ista ne pardonne pas à Ista, les dieux peuvent bien aller se faire pendre. »
Lois McMaster Bujold, Paladin des âmes.
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Pour changer, il ne voyait pas d'yeux verts dans son hallucination. À la place, les yeux qui le hantaient étaient d'un bleu pâle, ronds, dans un visage poupin. Pourquoi voyait-il Londubat, plutôt qu'un autre, et se sentait-il… mal-à-l'aise ?
Rogue était un bon enseignant, même s'il était haï. Son bilan en matière de sécurité était plus de deux fois meilleur que celui d'Horace. Il avait vérifié. Aucun élève n'avait jamais reçu de blessure permanente dans sa classe. Sa surveillance, plus active que celle de son prédécesseur, gardait le taux d'accidents mineurs au minimum : même les incompétents comme Londubat, une fois qu'il avait pris leur mesure, pouvaient être empêchés de commettre les erreurs les plus dangereuses. À Durmstrang, il y avait eu des morts dans des accidents de potions ! À Beauxbâtons, on refusait d'enseigner les formules jugées trop « dangereuses » à préparer : autant dire la plupart d'entre elles, raillait Rogue, si l'on tenait compte de toutes les erreurs possibles au cours de la préparation.
Les enfants pouvaient bien ne pas l'aimer, mais par Merlin, ils apprenaient. Aucun d'entre eux, pas même les échecs les plus retentissants, ne quittait sa classe sans avoir fermement compris qu'il était dangereux de manquer d'attention dans son domaine. Les élèves moyens partaient avec une bonne connaissance effective des potions courantes. Son taux de réussite aux B.U.S.E. était le plus élevé après celui de Minerva ; son taux de mentions supérieures était meilleur que celui de Minerva.
De plus, un élève qui prenait des notes correctes se retrouvait avec des formules de potions meilleures que tout ce qui était publié : il leur donnait, sans fanfare, toutes ses améliorations personnelles des formules standard. Qui aurait cru qu'un Serpentard ambitieux partagerait le travail de toute une vie sans rechercher de récompense ? Il n'y avait pas un élève sur cinquante pour remarquer que les instructions données dans les textes étaient souvent différentes de celles qu'il mettait au tableau ; et pas un sur cent pour voir que les siennes étaient meilleures. Celui-là, alors, il savait qu'il pouvait l'entraîner comme Maître des Potions potentiel. Les autres, même ceux qui étaient brillants, seraient des préparateurs de potions suivant leur livre de recettes, s'ils allaient jusque là, et ils recevaient l'entraînement adéquat. C'était un bon système, subtil, pour répondre à ces besoins vraiment différents. Il était fier d'y avoir pensé : pour autant qu'il sût, c'était unique au monde.
— Je suis un meilleur professeur qu'Horace, même si je suis haï, soutint-il silencieusement face aux yeux bleus effrayés.
Ce n'était pas comme s'il avait jamais eu le luxe de pouvoir se montrer agréable envers les enfants. Son rôle de Mangemort pas vraiment repenti avait absorbé sa vie pendant toutes ces années. Il n'avait jamais pu sortir de ce personnage. Dumbledore avait été d'accord. Ils en avaient parlé en privé, quand il y avait eu des plaintes au sujet de sa dureté ou de son injustice. Les Mangemorts étaient injustes. Les Mangemorts dispensaient l'humiliation (il avait tracé la limite aux atteintes physiques). Les Mangemorts étaient haineux. Il devait inspirer la méfiance. Pendant dix ans, il avait répété son rôle à chaque instant.
Et, bien sûr, la classe de Harry avait été, dans ces circonstances, la véritable inauguration de la comédie qu'il jouait. Il avait été plus dur et plus partial dans cette classe qu'il ne l'avait jamais été. Il n'avait pas su que la cicatrice faisait office de lien mais il connaissait les pouvoirs du Seigneur des Ténèbres. Il se pouvait que Harry tombe un jour entre ses mains et alors, les actions de Rogue auraient été exposée à sa vue. Il ne devait pas y avoir de décalage ; il ne devait pas y avoir d'erreur. Sois ce que tu veux paraître. Dumbledore avait été d'accord !
(Dumbledore avait été d'accord sur le principe. Ses commentaires plaisants sur les pratiques spécifiques étaient parfois piquants.)
Tout était justifié. C'était nécessaire, et ça avait marché. Il pouvait supporter leur haine.
Alors, pourquoi était-il aussi… nerveux… en songeant à Londubat ?
Les joues de Rogue se colorèrent de fureur en pensant à l'Épouvantard de Londubat. Faites confiance aux Gryffondor et à ce fichu loup-garou pour continuer la mission des Maraudeurs consistant à le ridiculiser, vingt ans après ! Le chapeau au vautour de la grand-mère hanterait l'école pour des années, comme son caleçon grisâtre l'avait fait auparavant. Mais sous le feu de son humiliation et de sa colère – des amis familiers, venant de cette source ! – couvait une nouvelle gêne.
Qu'était donc Rogue, pour être la pire peur de quelqu'un ?
Quelle préoccupation idiote ! Les Épouvantards des enfants de cet âge étaient souvent superficiels : des araignées et des momies, une poupée qui marchait avec des yeux vides – des choses qui venaient de leurs propres cauchemars ou qui étaient tirées au hasard des histoires qu'ils connaissaient.
(À moins qu'il y ait eu des peurs réelles à faire surgir. Sa mère recroquevillée, saignant. Un loup-garou qui se tortillait pour tenter de l'atteindre. Lily éclairée d'un éclair vert. Le garçon mort devant ses yeux, sa protection ayant échoué…)
Les Épouvantards des enfants de cet âge étaient souvent superficiels…
Les parents de Londubat étaient à Sainte-Mangouste, torturés jusqu'à la folie. Ils ne le reconnaissaient pas, d'après ce que Rogue avait entendu dire.
Et Rogue lui avait semblé pire.
Il n'avait même jamais blessé le garçon ! Les seules fois où l'enfant avait été touché dans sa classe, c'était toujours dû à sa propre incompétence que Rogue avait seulement essayé d'éradiquer. Qu'aurait fait Londubat s'il avait été placé face à ce que Rogue avait eu à endurer ? Les sarcasmes ne laissaient pas de cicatrice : le garçon aurait dû travailler plus dur, pour les éviter. C'était ce que faisaient la plupart des élèves.
Justifié, s'assura-t-il à lui-même. Nécessaire. Il pouvait supporter la haine des élèves. Ils devaient apprendre ce dont ils avaient besoin et son masque devait rester intact.
Les yeux ronds le fixaient sans le croire.
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Rogue avait peur d'aller au lit cette nuit-là. Comme un enfant.
Mais il n'eut aucun rêve, cette nuit-là, aucun rêve. À la place, Rogue se réveilla à cause d'un vide sonore, en entendant sa propre voix parler sans passion en français. En français ? Il écouta, confus, et identifia la fin de ce roman étrange qui parlait d'un assassin. Il ne pensait pas en français : il traduisit mentalement en anglais. « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine. »
Accueilli. Avec des cris de haine. Il était haï. C'était ce qu'il voulait.
Un assassin. L'assassin de Lily.
Pour que je me sente moins seul.
Il s'était fait haïr par les enfants, parce qu'il en avait besoin.
Rogue se recroquevilla d'horreur sur son lit. Il avait utilisé les enfants.
Il ne sut jamais combien de temps il resta ainsi, incapable de dépasser cette pensée. Il finit par se lever avec raideur et accomplit ses ablutions matinales. Il fit une grimace en recevant la lumière brillante à l'extérieur de ses fenêtres quand il ouvrit les rideaux. En bas, la lumière était plus faible, tant mieux. Maintenant qu'il s'était mis en mouvement, il ne pouvait plus s'arrêter de faire les cent pas, ses mains tenant ses bras serrés. Comment Dumbledore avait-il pu le laisser faire ? Comment Dumbledore avait-il pu le laisser faire ?
Une nouvelle idée finit par entrer dans son esprit. Quel dommage avait-il causé ?
L'incompétence terrifiée de Neville. Pas seulement de Neville : des douzaines d'élèves au cours des années avaient réagi comme lui. Une minorité, mais significative. Une plus petite minorité qui refusait d'apprendre par défi. Harry. Son refus de maîtriser l'Occlumencie. Et donc, même si c'était discutable, la mort de Black. Quoi d'autre ?
Vous avez clairement considérablement pensé à la protection physique des élèves. Mais qu'en est-il de leurs âmes, Severus ?
Quel dommage avait-il causé ? Il savait… ce que sa haine de James lui avait fait. Avait-il fait cela à ses élèves ? Presque certainement, dans certains cas. Il lui était impossible de l'évaluer, même si le défunt le pouvait peut-être. Impossible de se racheter d'après ce qu'il pouvait voir.
Mais c'était nécessaire, brûla comme une torche une protestation finale.
Non. La méfiance était nécessaire, pour la comédie qu'il jouait. Pas… ce qu'il avait eu besoin d'obtenir d'eux pour se punir lui-même.
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Il avait tourné en rond pendant des heures, les poings croisés sur la poitrine. Ses yeux étaient froids.
Impossible de se racheter d'après ce qu'il pouvait voir.
Tu ne t'en souciais pas.
— Je… m'en soucie. Et ça ne fait rien ! Ça ne change rien, ne corrige rien, ne défait rien…
Il s'arrêta, haletant durement sous l'effet de l'angoisse. Ses murmures ne s'adressaient à personne ; il n'y avait personne qu'il pût interroger. À quoi bon se faire un tel souci, qu'est-ce que ça pouvait bien faire, en dehors de lui causer du tourment ?
Sev.
Des yeux verts le transpercent. Elle a un visage résolu.
Pourquoi serais-je différente ?
Ce sont les mots avec lesquels elle l'a attaqué cette nuit-là, mais cette fois, sa voix est gentille.
Rogue cilla.
Pourquoi étais-je différente pour toi ?
Lily. Qu'est-ce qui l'avait rendue différente ? Pas ses pouvoirs, pas sa beauté, pas même son talent pour le bonheur. Pas seulement ça.
C'était le souci qu'elle se faisait.
Elle se souciait toujours.
D'un sale type maigrichon et graisseux, oui, mais aussi… de Mary et de Petunia. Du loup-garou. De leurs camarades d'école moldus. De tous ceux qu'elle rencontrait. De la justice en soi.
Sa biche d'argent à lui.
Rogue marcha en tremblant jusqu'à la fenêtre. Il leva les bras, s'appuya contre les carreaux poussiéreux et regarda sans voir vers la lumière.
Personne n'est là avec lui. Personne n'a jamais été là.
Lily est morte. Son fils doit mourir. Pourquoi est-ce que je fais ça, alors ?
Rogue se figea. Il n'y avait jamais pensé. Depuis des mois, il ne s'était pas laissé penser à ça. Ses bras retombèrent ; il s'effondra lentement dans la chaise qui était à côté de la fenêtre, se repliant sur lui-même.
Il n'était pas obligé de le faire.
Il pouvait partir. Il pouvait abandonner… le garçon à sa mort, les élèves à leur destin. Il échouera à les protéger comme il faut, de toute façon, quelque effort angoissé qu'il fasse.
Il pouvait se cacher avec plus d'efficacité que Karkaroff, trouver une vie éloignée de toute cette douleur.
Il pouvait rejoindre les Mangemorts.
Il pouvait essayer d'usurper la place du Seigneur des Ténèbres – il est meilleur stratège, et il est sain d'esprit, même s'il est moins puissant.
Il pouvait mourir.
Pourquoi est-ce que ce ne sont pas des options pour moi ?
Ses poings sont serrés si fort que les muscles se contractent.
Lily est morte. Il se souvint de cette année chargée, désespérée, où toutes les fibres de son être étaient tendues dans le but d'éviter la mort qu'il lui avait apportée. Ça avait un sens. À l'époque. Mais elle est morte, maintenant, morte depuis des années. Tout cela est fini.
… Si vous l'aimiez vraiment, la voie qui s'offre à vous est toute tracée… protéger le fils de Lily…
Mais ça, c'était le jeu de Dumbledore avec lui. Harry doit mourir. Il ne peut pas le sauver.
Pour se venger, alors ? Sa bouche se tord. Il connaît ce mobile, il le connaît de façon intime : il a gâché des années à essayer de se venger de James et Sirius. Ce désir donne l'impression… d'une torsion brûlante et mesquine. Une blessure enflammée. Pas une certitude d'argent.
Sa promesse faite à un mort ? Il a déjà brisé des promesses. De plus solennelles. Le poing de Rogue frappe sa Marque avec un amusement sinistre.
La seule chose qui le tient… c'est son choix.
Et quel choix !
Subir le Doloris à chaque erreur. Mourir de la main du Seigneur des Ténèbres s'il est découvert – des mains de ses amis, plus probablement, s'il ne l'est pas. Du pouvoir, seulement parmi ceux qu'il méprise. Haï par ceux qu'il respecte. Un traître aux yeux de tous, ayant passé toute possibilité de rédemption. Aucune récompense, jamais, aucune reconnaissance. Superviser des séances de torture et prétendre les apprécier, pour la protection limitée qu'il peut donner sans être remarqué. Et pour quoi, s'il doit vivre assez longtemps ? Pour dire à un garçon qu'il doit mourir et le regarder partir vers sa fin. Impuissant à le sauver.
Qui ferait un tel choix ?
Belles ambitions pour un Serpentard !
Pourquoi est-ce que je fais ça, alors ?
Parce que ça doit être fait. On dirait que c'est la seule réponse.
Ses mains s'ouvrirent lentement. Rogue les regarda dans la lumière empoussiérée de la fenêtre, écoutant la voix d'un mort.
Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment.
Rogue leva la tête.
Voilà mon choix.
"Sois ce que tu veux paraître" est un conseil de Socrate. Il est toujours plus simple de ne pas jouer la comédie et de se conformer vraiment à l'image qu'on veut donner de soi (celle d'un type bien, dans l'esprit de Socrate, évidemment).
Rogue récite les derniers mots de L'Etranger d'Albert Camus. Vous en connaissez beaucoup, vous, des auteurs anglophones de fanfics qui citent des classiques de la littérature française du XXe siècle ? Moi, je trouve ça admirable, et en plus, parfaitement adapté au contexte. Comme d'habitude, l'analyse que testingt fait est très juste : Rogue n'est pas seulement un grand comédien, c'est un homme qui a voulu être haï de tous. Parce qu'il se hait lui-même et qu'à défaut d'être aimé, il préfère être détesté plutôt qu'ignoré. Quel destin abominable !
J'aime beaucoup les justifications de Rogue. Ce sont d'excellents arguments, mais ils ne suffisent pas. Et le résultat de ses pratiques est bien trouvé : moins de réussite globale que Minerva, mais une meilleure élite. C'est une vision probable, car on peut facilement imaginer qu'un prof comme Rogue ait un effet dévastateur sur les faibles, ne rattrape pas les médiocres, et pousse les bons à l'excellence.
Quant au choix de Rogue, détaché de toute possibilité de satisfaction personnelle, il montre bien en quoi ce personnage est le plus courageux de la série, comme le reconnaît Harry. Car Rogue pourrait, à tout moment, changer de camp et il n'a rien, absolument rien, à gagner ni à sauver en faisant triompher le parti de Dumbledore. Cet homme vil au caractère odieux est devenu l'incarnation même de la droiture morale... Et les sentiments éprouvés par Harry à la vue de la biche d'argent en sont la preuve.
Au chapitre suivant : Dumbledore fait une proposition inacceptable (et quand je dis inacceptable, c'est vraiment inacceptable) à Severus. Réussira-t-il à le faire céder ?
