Chapitre 4 : Pulsation

Part. 1 : Edward

J'étais sorti de la ville fortifiée pour m'aérer l'esprit. Cet endroit m'oppressait, et ne m'apportait que du malheur. J'avais cru être malheureux à certains moments de ma vie, mais je n'avais réellement jamais eu de raisons. Bella avait toujours eu une espérance de vie supérieure à un mois, donc finalement tout allait bien. Quand je l'avais quittée, quand je l'avais mordue, mes regrets, ma culpabilité, ma souffrance, c'était peu de chose comparé à cette tristesse. Là, cela vous serrait le cœur, et ne le lâchait plus. C'était un sentiment de compression permanente, une sensation d'étouffement perpétuel. Voilà pourquoi j'avais quitté Volterra ce soir là. De toute façon il fallait que j'aille chasser, et les chats de la ville ne me satisfaisaient pas vraiment.

Une fois descendue la petite colline qui supportait la ville, je me dirigeais vers une forêt. Il fallait que je sois seul ce soir. Ma famille avait perdu Bella. Bella avait cru je ne sais quelle histoire. Bella était partie. J'étais en Italie. J'allais payer de ma personne pour trouver un remède qui n'était même pas sûr de la guérir. Si j'avais pu, j'aurais pleuré. Sauf que mes yeux restaient secs, et que je détestais mes yeux. Je détestais ce que j'étais et ce que j'avais fait. Pourquoi avoir mordu Bella ? Car son sang m'appelait, j'étais envoûté. Soit. Pourquoi avoir mordu Ambre ? Car j'avais envie de sang ? J'essayais de me rassurer : non, c'était car j'avais vu Bella souffrante, et que ma soif de vengeance contre Ambre avait pris le pas sur toute réflexion sensée. Etait-ce vrai ou essayais-je seulement de me donner une contenance ? De me trouver une raison de me regarder dans un miroir sans baisser les yeux ? De toute façon, c'en était fini de ma confiance en moi, je passerai ma vie à ne plus pouvoir me regarder. J'avais accumulé tant de bêtises en si peu de temps. Depuis que Bella était rentrée dans ma vie, j'étais complet et heureux, mais j'étais aussi le roi des imbéciles. Comment l'amour pouvait-il faire réaliser de telles choses ? Bella m'avait transformé. Je n'étais ni meilleur, ni pire. Avant, j'étais amorphe et léthargique ; je n'avais aucun moyen de faire des erreurs puisque je ne faisais rien. Maintenant que j'étais vivant et actif, je ne pouvais pas faire le bon choix tout le temps. En fait, et cette évidence me sauta aux yeux avec une telle force que je perdis la proie que je filai, j'étais humain. Je me comportais comme un humain, avec ses forces et ses faiblesses. Bella me semblait si humaine, même après sa transformation, que je la trouvais encore différente. Mais en fait, c'était une vampire née, qui avait déjà compris qu'au fond de nous, nous étions encore humains. Si un jour cette histoire se finissait, je devrais en parler avec Carlisle. Ainsi, tout n'était peut-être pas de ma faute. Bella avait juste faire ressortir des impulsions bien enfouies au fond de moi, des sensations que je ne pouvais pas reconnaître comme étant humaines puisque je ne les avais pas connu lors de ma première vie. Je n'avais jamais été amoureux avant. Dans ce cas, mon âme n'était pas entièrement damnée, et j'allais encore me battre pour m'améliorer. 'Non Bella, je ne vais pas t'abandonner. Je te pardonne tout, tout ce que tu as pu penser de moi. Je te prouverai un jour que tu t'es trompé sur mon compte, et que je ne t'ai jamais rejeté. Bella, pourquoi as-tu cru cela ? Qu'est ce qui t'as fait partir ?' Je m'étais mit à parler à voix haute, et je psalmodiais à mon unique amour, je priais pour elle. 'Bella ne meurs pas, Bella ne me laisse pas, Bella je t'aimerai, pour l'éternité…'

-Pathétique !
Je réfrénais de justesse mon instinct, qui m'aurait fait sauter sur la petite peste qui me faisait face.
- Fous-moi la paix Jane !
Ce n'était pas réellement le moment pour venir m'ennuyer. Surtout que je détestais Jane, et son pouvoir si violent. Faire souffrir les gens rien qu'en y pensant. Je me demandais comment était Jane de son vivant, quelle caractéristique avait bien pu lui donner ce don. Elle devait être la pire des sadiques, et torturait sûrement déjà les gens. Jane n'était pas au premier abord une beauté comme les autres vampires. Elle avait un visage et un corps androgyne. Elle avait dû être transformée très jeune. Ses cheveux étaient courts, châtains et s'étalaient sauvagement sur son crâne. Je me demandais réellement comment une si jeune fille pouvait être si vicieuse. Elle prit un air supérieur qui allait très bien avec son caractère prétentieux.
-Tu ne devrais pas parler comme cela à une personne qui fait partie de l'entourage proche des Volturi.
-Pour un mois, j'en fais aussi partie, donc nous sommes à égalité. Et moi je n'ai pas prié pour faire partie de leur cercle. Ils m'ont fait chanter pour que je les aide.
Je me défoulais sur Jane : toute la colère que j'avais pu avoir contre ma famille, incapable de veiller sur Bella, je la transférais sur Jane, et cela faisait un bien fou. Je vis qu'elle était vexée par mes paroles. Son visage angélique boudait. On aurait dit une enfant qui était punie.
-Ne crois pas que c'est parce qu'ils t'ont pris à l'essai que je vais t'épargner.
Et la douleur commença. C'était fulgurant. Un orgasme inversé. Quelque chose qui se propage le long du corps, mais qui n'amène avec son onde uniquement de la souffrance et de la douleur. C'était un déchirement physique, mais également moral. Je me retins de crier, Jane n'aurait pas ce plaisir. De toute façon, la douleur qu'elle m'envoyait, si puissante était elle, n'était rien à celle que je ressentais déjà avant. Finalement, devant mon manque de réaction, elle me lâcha.
- Aro, Caius et Marcus ont besoin de toi tout de suite. Ta mission commence maintenant.
Quand je fus assez en état pour lire ses pensées, je faillis l'attaquer. Cette dingue m'avait fait souffrir par jalousie. J'allais partir en mission seul avec les trois pontes, et elle était jalouse.
-La jalousie est un vilain défaut, gamine.
-Et écouter aux portes aussi, misérable beau gosse.

Après m'être nourri, je rejoins les trois maîtres vampires.
-J'espère que tu te plais dans notre ville Edward.
Je ne dis rien, Aro n'attendait de toute façon pas de réponse. Il était tout de même sincère, mais uniquement car si je me plaisais ici je mettrais plus de zèle dans ma mission. Il pouvait toujours attendre.
- Même si tu t'y plais, nous allons partir pour un petit voyage. Si tu agis correctement cela sera ton unique mission, car elle risque de durer quelques semaines.
Je devais leur rappeler les règles :
- Je ne vous dois qu'un mois. Débrouillez vous pour que nous soyons rentrés d'ici là.
-Bien sûr Edward, bien sûr.
Je détestais quand il me parlait comme à un enfant.
-En attendant, prépare tes affaires, nous allons en Roumanie.
Qu'est ce que nous pouvions bien aller faire en Roumanie ? Je pensais avec ironie qu'ils cherchaient peut être Dracula… Ce mythe vampirique avait bel et bien existé, mais les Volturi avaient perdu sa trace depuis plus d'un siècle. Ou peut être était ce juste un esprit rebelle à remettre sur le droit chemin. Je quittais les trois vampires en cape noire pour aller préparer un sac, le départ étant prévu dans la nuit.

Part. 2 : Bella

Encore une fois, je me réveillais sans avoir aucune conscience du temps écoulé. Je me rappelais avoir quitté Forks, puis avoir couru dans la forêt. Et enfin le trou noir. J'étais assoiffée et faible. Je ne pensais pas qu'un vampire pouvait souffrir physiquement comme cela. Je me remis difficilement debout, et commençai ma chasse. Je commençais par attraper un lapin, qui me revigora. Puis je fis la course avec un daim. Je bus son sang avec une envie croissante. J'étais loin d'être rassasiée, mais je me sentais déjà mieux. Mon esprit devenait de plus en plus clair. Puis je dû me rendre à l'évidence, je n'avais aucune idée d'où j'étais, d'où j'allais, et d'où je venais. Et je n'avais jamais eu le sens de l'orientation… Je relativisais : ce n'était guère important, il fallait juste que je ne retourne pas sur mes pas. J'allais donc éviter mon odeur, et suivre des pistes vierges de toute trace vampirique. De toute façon, je ne devais pas encore être trop loin de Forks, à moins que j'aie couru jusqu'à épuisement. D'ailleurs, ce n'était pas normal que je m'épuise, j'étais un vampire ! Puis je me rappelai une fois de plus la flèche empoisonnée. Mon moral descendit justement en flèche. Je ne savais pas comment guérir, mais j'étais persuadée d'une chose, j'étais bien atteinte par un mal inconnu. Je ne me sentais pas plus faible, mis à part ma soif récurrente. Mais je savais que je risquais à tout moment de retomber au pays des songes. C'était une raison de plus pour ne pas perdre mon temps à réfléchir. Je me mis à courir, vers l'est d'après la position du soleil.

En milieu d'après midi, je fis une pause. Non pas que j'en ai besoin, mais pour essayer de trouver des repères. La végétation n'avait pas changée, l'humidité était toujours présente. Au moins, je ne déviais pas vers le sud. Je pénétrai dans une clairière qui m'envoya à la figure tous les souvenirs que j'avais d'Edward dans notre clairière, près de Forks. J'avais trouvé sa sœur jumelle, son double. Je remerciais intérieurement ma carapace, qui était de plus en plus solide. Penser à Edward me rendit nostalgique, mais je ne perdis pas le contrôle. J'avais vécu des bons moments avec lui, des moments exceptionnels. Même si mon amour n'était pas partagé, j'avais été heureuse. Je me demandais pourquoi Edward avait perdu son temps avec moi plutôt que de séduire toutes les autres filles comme il avait séduit Ambre. Je me demandais si Ambre et lui étaient partis ensemble, puisque d'après Mike tous les deux n'étaient plus à Forks. Non, Jacob ne lui aurait pas laissé la fille. Penser à Jacob me fit mal au cœur, plus que de penser à Edward. Comment avait-il pu s'imprégner d'une garce pareille ? En fait, c'était peut être de sa faute si Edward m'avait trompée. Son pouvoir était peut être un pouvoir de séduction ? Il fallait que je fasse une croix sur elle aussi. Penser à elle déclenchait des pulsions incontrôlables chez moi, et je n'aimais pas ça. J'avais toujours été calme et réfléchie, je n'aimais pas devenir impulsive comme l'elfe. Même si je me promettais intérieurement de la tuer.

A ce moment là, un bruit me fit sursauter. Je scrutai les environs. Je ne vis rien de spécial, mais j'étais persuadée d'avoir entendu quelque chose. Je grognai, au cas où. Personne ne me répondit. Ce n'était peut être qu'un animal. Dans tous les cas, je n'étais pas rassurée. Si cela était un membre de la famille Cullen, il se serait montré. Si c'était un autre vampire, il m'aurait peut être parlé avant de me laisser en paix. Si c'était un de mes ennemis, loup garou ou elfe, cela n'était pas bon signe. Je ne pouvais rien deviner car il n'y avait aucune odeur, et pas de vent. Je m'éloignai de la clairière tranquillement, attentive à tout bruit suspect. Mais je ne semblais pas être suivie, tout était calme derrière moi.

Je marchais encore une bonne heure, à l'affut de tout craquement. Puis je me mis à courir, à peu près persuadée que je ne risquais rien. Et en fin d'après midi, je sentis mes forces faiblir. Je trouvais vite un grand arbre et je me réfugiai dans son branchage. Je ne perdis pas conscience tout de suite. Par habitude, je pensais à Edward, à sa beauté si parfaite. A sa supériorité, comparé à moi qui m'enfonçait dans la banalité, même en étant vampire. J'avais l'impression d'être une midinette qui fantasmait sur un chanteur de rock. Aucune chance d'être aimée en retour, mais quel plaisir de penser à lui ! Il fallait que j'arrête cela, j'allais me tuer si je continuais à rêver de lui. Ma raison voulait faire une croix sur Edward, le rayer de ma vie. Mais mon cœur ne pouvait pas. Je me rappelais l'évidence qui m'était apparue quand j'étais sortie avec Jacob 'Jamais je n'en aimerai un autre'. Oui mais jamais plus je ne serai avec Edward. Il ne m'aimait pas. J'essayais de faire rentrer cette triste vérité à coup de burin dans mon cœur glacé. Et puis, alors que je me battais contre mon cœur, j'entendis Edward.

' Je te prouverai un jour que tu t'es trompé sur mon compte, et que je ne t'ai jamais rejeté. ' Je me relevais d'un bond. Où se cachait le gougeât ? 'Bella ne meurs pas' Je criais 'Montre toi Edward !' 'Bella ne me laisse pas'. Puis je réalisai quelque chose, cette voix, la façon dont j'entendais le ténor d'Edward, c'était identique à mes hallucinations auditives quand il m'avait quitté. 'Bella je t'aimerai' Je me rendis compte qu'il disait exactement ce que j'espérais qu'il me dise. Cela n'était donc pas vrai 'pour l'éternité…'

Et je sombrai pour de bon.