ENFIN !

Oui ç'aura été long, oui ç'aura été laborieux, mais il est là ! Le chapitre 5 !

Je ne compte pas m'étaler dans les blabla pré-chapitre, donc je voulais juste vous remercier pour votre patience et pour tout vos retours, car c'est dingue ! Je n'imaginais pas du tout que cette fic vous plairait autant, et sincèrement... J'espère que ce chapitre vaudra le temps que vous avez attendu. :$

J'ai conscience que j'ai mis énormément de temps à l'écrire, mais l'été fut mouvementé, l'inspiration a mis du temps à me venir et ...

Bah du coup voilà, il n'arrive que maintenant, puissiez vous me pardonner. x/x

Normalement, niveau longueur, ça devrait aller je pense. Eheh.

Bref, je vous laisse lire sur-ce, bonne lecture à tous !

PS : Pour un peu plus d'ambiance, je vous conseille des chansons comme celles de Lisa Gerrard, "Host of Seraphim" ou encore "Sorrow", ou sinon, dans un tout autre registre, du Hollywood Undead, "Paradise Lost" ou "Pain" par exemple. Linkin Park peut rester une valeur sûre avec "Black Birds" ou encore, pourquoi pas, la très bonne "Bombs on Monday" de Melanie Martinez~


V – Sentinelles d'une espèce en déclin

"Le passé, voilà le véritable enfer, on n'en sort jamais." - Armand Salacrou

Un sous-bois sombre par une journée sans vent, quelque part dans cette France mutilée par la guerre et les explosions. Une après-midi supplémentaire dans ce monde qui avait tant changé depuis quelques temps, à cause de l'Homme. Et pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde.

Il faisait chaud, mais pas assez cependant pour décourager quelques créatures de vaquer à leurs occupations et de chasser, d'errer, ou de faire ce que bon leur semblait. Ces choses que l'on avait jadis connu comme étant des animaux, des loups, des ours, des moutons, mais qui étaient aujourd'hui d'une tout autre apparence, jusqu'à s'affubler de nouveaux atouts créés pour tuer.

Et au milieu de tout ceci, une ombre. Un fantôme, un être progressant faiblement entre les arbres, le dos courbé, les bras et les jambes couverts de plaies. L'ombre d'un humain à qui il manquait quelques kilos, mais était-ce si étonnant en pareil contexte ?

Mais qu'importe ce à quoi elle ressemblait ou l'impression qu'elle donnait. Elle avait parcouru trop de chemin pour retourner en arrière et vu bien trop de vies disparaître pour cesser d'avancer.

La jeune femme n'en pouvait plus. Clairement plus. Ses jambes lui faisaient atrocement souffrir et sa gourde était vide depuis bien trop longtemps maintenant, tout comme son pauvre sac à dos, ridiculement plat, et son estomac.

Épuisée, à bout, brisée. Le ventre hurlant famine, à en espérer manger n'importe quoi, et la gorge aussi irritée que si elle avait avalé un cactus. Mais encore debout, envers et contre tout. Mais pour combien de temps encore.

Finalement, n'auraient-ils pas mieux fait de rester dans leur ville d'origine, leur petit abri souterrain ? Au pire, quoi, ils auraient pu se recréer un abri de fortune dans un immeuble qu'ils auraient sécurisé, barricadé, et-ce par la force s'il le fallait, non ?

… Non, elle le savait, jamais le peu de survivants qu'ils ont du être n'aurait pu survivre dans une ville aussi grande que Milan, alors qu'elle était désormais envahie par des créatures assoiffées de sang, aux allures de cauchemar. Ça n'aurait été qu'une question de temps, peut être de mois mais sûrement pas d'année. Et même en prenant d'assaut un building, même en y construisant des portes blindées et en montant la garde à tour de rôle, et même avec un immense stock de provisions, ça n'aurait pas fonctionné. Ça aurait durer sûrement un mois, peut être six, avec un peu de chance une année tout entière. Mais après ?

A quoi bon se poser la question en fait. C'était fini tout ça, n'avait jamais eu lieu, et n'en aurait pas l'occasion puisqu'il ne restait plus qu'elle, chancelante dans la pénombre d'un sous-bois quelconque.

Plus Milan. C'est Bissascala maintenant… Les ruines de ce qu'il reste de Bissascala.

Oui c'était ça. Bissascala. En Italie. Enfin, si ça s'appelait encore l'Italie, depuis le temps.

Un jour il faudrait qu'on lui explique aussi pourquoi on avait tant tenu à ce que sa chère ville change de nom. Une autre des grandes énigmes post-holocauste. Peut être le saurait-elle un jour à Illumis, si elle l'atteignait.

Peut être. Qui sait.

Mais d'abord il lui fallait atteindre la capitale. Encore plus d'une journée de marche, selon ses estimations. C'était faisable. Largement. Quand elle était en bonne santé.

Mais bon, ces derniers jours, la bonne santé, c'était également tout ce qui lui manquait. Et bon, une journée de marche, c'était en admettant qu'elle ne s'était pas éloignée de la bonne route. Qu'elle marchait toujours vers son objectif. Trop de si et de conditions pour en être totalement sûre.

Et puis d'ailleurs, qui avait eu l'idée de rejoindre Paris, au fait ? Elle, ou Emilio, un ancien leader du groupuscule et de leur feu bunker ? Qu'importe qui dans le fond, il avait du avoir de solides arguments pour justifier pareil voyage, peut être la simple idée qu'une ville comme Paris devait sûrement encore exister, si ça se trouvait. Et devait s'en être sortie, pour reconstruire un semblant de société post-apocalyptique.

Et autant dire qu'ici, en cet instant, Nizou n'en pouvait plus. Elle n'était pas ce qu'on pouvait qualifier de personnes en bonne santé, ni même en santé tout court. La faim, la soif, l'épuisement, le manque de sommeil et les blessures trop vite soignées pour l'être correctement commençaient à sérieusement faire des dégâts. Et bientôt…

La faim, c'était le pire. Enfin ça dépendait, il ne fallait pas penser non plus qu'avoir soif et être déshydratée était une partie de plaisir, mais la faim... Merde quoi. Elle n'aurait jamais pu penser que c'était possible d'avoir autant envie de manger quelque chose, n'importe quoi, même une roche ou un os, du bois, du sable, tant que ça remplissait son estomac désespérément creux au point de le voir avoir légèrement pris du volume, signe que même son propre corps commençait à avoir du mal à trouver des calories à brûler chez elle, au point d'attaquer la consommation des protéines contenues dans ses muscles abdominaux.

Plus de gras de côté. Plus de calories bonus, plus rien. Maintenant on attaquait le muscle pour trouver de quoi avancer. Jusqu'au moment où ça ne serait plus possible.

Elle avait la tête qui lui tournait rien que d'y penser. Son état était vraiment critique sérieux, et il lui fallait vraiment boire et manger, sans quoi elle ne durerait pas longtemps. Ni elle, ni ses camarades, d'ailleurs...

Non. Il ne fallait pas y penser. Avancer. Encore. L'eau, la nourriture, des soins, tout ça l'attendait à Paris.

L'adolescente sentit quelque chose effleurer sa main droite, et sursauta légèrement avant de se détendre à la vue de son fidèle compagnon et d'esquisser un sourire sincère malgré sa fatigue, un Feunnec qui avait décidé de la suivre peu après avoir quitté Milan. Sa présence était, d'ailleurs, la seule chose positive à lui être arrivée depuis le bombardement de l'Europe un an auparavant. Qu'avait-elle gagné, dans l'histoire, sincèrement. Rien ? Hormis la compagnie de cette créature aux allures de renard, et celle des deux autres créatures qu'elle transportait dans des sortes de capsules bizarres qu'un Messager leur avait amené un jour ?

Parce que bon, plus de parents, une famille portée disparue, ses connaissances volatilisées, une vie qui avait relativement changé lors de cette journée qui aurait du n'être qu'une simple matinée de cours, et un bunker qui avait été son foyer pendant quasi un an, avant qu'elle ne le voie se faire mettre à feu et à sang par ces horribles créatures qui déambulaient dans les rues de Bissascala de nuit. Non, franchement, rien de bien joyeux sur ce bilan.

Et dans le fond, est-ce qu'au moins une seule personne encore vivante sur cette Terre y avait gagné quelque chose, à toute cette connerie ? A part la douleur, la peine et la mort ?

Continuer. Fuir. Vers Illumis.

Illumis-Bissascala, ça avait été du suicide. Pratiquement deux mois et demi à pied. Plusieurs zones à traverser, avec chacune leurs pièges mortels, qui décimèrent la presque totalité du groupe. Ils n'étaient pas renseignés, ne savaient pas ce qu'était devenu le paysage et la nature suite à l'holocauste. Ni les animaux, les oiseaux, les poissons. Enfin, qu'en partie, et cela leur avait coûté cher. Très cher, infiniment trop cher.

La nature avait pris au mot près la connerie des hommes. Ils avaient voulu la détruire, maintenant elle allait se venger, les tuer, leur faire payer. Et les éliminer, grâce à ses enfants.

Elle aurait pu tout donner pour boire un peu d'eau pure ou manger. Les baies qu'elle avait pu trouver sur un coup de chance en chemin n'étaient pas assez nutritives, ni même assez bonnes pour donner à son cerveau l'illusion d'avoir mangé quelque chose de correct, et d'ailleurs elle avait même fini par les vomir dans les heures qui avaient suivi tellement son organisme n'était plus habitué à manger autant, c'était dire.

Mais peut être pourrait-elle enfin manger quelque chose à Illumis. Elle y croyait dur comme fer et s'y cramponnait comme à une bouée de sauvetage. Genre un véritable repas, avec des légumes, des féculents, et pourquoi pas de la viande ?

Oh oui bordel, de la viande. Le luxe ultime d'un bon morceau de viande juteux, cuit à point, qui fondait en bouche. L'extase, l'orgasme gustatif.

Son pied se prit soudainement dans une racine et la jeune femme chuta face contre terre, son front venant heurter une pierre. Un éclair de douleur lui fit serrer les dents, et elle dut s'asseoir le temps de recouvrer ses esprits, et de voir à nouveau clair. Un liquide chaud coula sur son visage, ce qui ne la fit jurer que davantage.

Chouette, il ne manquait plus que ça... C'est quoi la prochaine étape, un membre arraché ?

Ahah. Sérieusement.

Le Feunnec tirait doucement sur sa manche pour l'obliger à se relever, ce qu'elle finit par faire lentement, avec prudence, ou peut être parce que son corps n'était juste plus capable de faire autrement, qui sait.

Puis soudain, Nizou entendit un craquement, sur sa gauche. Suivi de pas dans les fourrés.

Qu'était-ce donc ? Un allié ou un ennemi ? Oh, sûrement un autre de ces monstres dérivés d'un animal qu'elle avait du connaître jadis, qu'est-ce que cela pourrait bien être d'autre après tout. Mais auraient-ils seulement la force de tenir tête à cet assaillant, elle et ses compagnons ? Il n'y avait plus qu'elle à présent. Elle et ses trois petits amis à poils ou autre. Tous trop affaiblis, affamés, ou épuisés pour se battre correctement.

La preuve, elle aurait pu fuir, mais il n'en était rien. Autant donc dire qu'elle n'en pouvait plus du tout. Fuir pour quoi faire ? S'étaler à la prochaine racine parce qu'elle n'arrivait plus à courir ?

Cependant elle ne voulait pas que l'aventure s'achève dans la lâcheté. Elle refusait de s'offrir à la mort, de mourir sans lutter et tenter de faire battre en retraite son adversaire. Ensemble ils avaient bravé les kilomètres, la météo, la faim, la soif, la maladie et les décès au sein de leur unité désormais dissoute il lui était interdit d'abandonner. Il fallait qu'ils atteignent leur objectif : Illumis.

Pour elle.

Pour ces créatures qui la suivaient et croyaient en elle.

Pour ses amis qui étaient tombés au combat.

Nouveaux mouvements dans les fourrés, son cœur fit un bond de plus dans sa poitrine et Feunnec vint se placer devant elle, la queue relevée telle une flamme de fourrure jaune et rouge et le regard déterminé, prêt à en découdre, même si sa fourrure souillée de terre et de sang séché montrait bien que même lui ne faisait plus fière allure. Comment tout ceci allait-il bien pouvoir se finir ?

Sois forte. Tout se joue maintenant, pensa-t-elle, alors que sa main se portait à sa ceinture, prête à sortir les deux capsules accrochées à sa ceinture de sa main tremblante, en cas de besoin. Même s'ils ne pourraient rien faire de plus, épuisés comme ils étaient tous. Essayer, tenter. Tout donner.

Un craquement de brindille plus proche cette fois-ci, elle fit un pas en arrière, par réflexe. L'épuisement lui annihilait toute réelle logique, ne lui laissant que trois grammes et demi d'instinct, et des réactions parfois démesurées ou complètement aux frontières de la sauvagerie. Le défaut d'avoir été « seule » aussi longtemps dans la nature qui avait voulu l'assassiner à chaque pas ou presque. Bon sang, s'il restait encore un psy sur cette terre, il aurait du boulot avec elle, pour sûr, ne serait-ce que pour l'aider à dormir à nouveau sur ses deux oreilles !

Puis soudain, une vive lumière blanche l'éblouit, l'aveuglant sur l'instant et la faisant tomber au sol, sur les fesses, sans qu'elle ait le temps de se retenir à un tronc près d'elle. La peur vint lui tordre les tripes d'un coup, alors qu'elle essaya de s'abriter un minimum le visage pour recouvrir la vue, ses yeux aux multiples vaisseaux éclatés s'étant plus qu'habitués aux ténèbres de cette forêt qui semblait sans fin. Réagir, il fallait qu'elle réagisse !

Vite !

Maintenant !

- Feunnec, attaque !

- Oh, du calme, promis je ne te veux aucun mal ! Restez tranquille !

Une voix ? Une voix humaine ?

C'était impossible. Pas ici. Elle devait halluciner.

Pourtant elle entendit la voix féminine s'élever à nouveau, cette fois-ci à l'attention d'autres personnes pour les avertir. « Rescapée ». « Blessée ». « Sous-alimentation sévère ». Une voix douce, aux intonations rassurantes.

Elle. On parlait d'elle.

Une main vint doucement attraper son bras et l'aider à se relever, et elle la repoussa d'une main en poussant un petit cri effrayé. Elle était confuse, perdue, incapable de réfléchir tant ce schéma lui semblait irréalisable. Qui pourrait venir l'aider dans des bois aussi paumés ?

- Venez m'aider les gars, ils sont vraiment dans un sale état !

- Qui êtes-vous... D'où-

- Comment tu t'appelles ? Tu as d'autres pokémons avec toi ?

Des pokémons ? Qu'est-ce que c'était ?

Nizou sentit à nouveau la main revenir à la charge et la faire se relever, alors qu'elle voyait de nouveau un peu mieux. Des tâches de lumière, des formes, des contours, malgré le vertige qui la faisait voir trouble, entre sa faim lancinante et la peur panique qui la rongeait.

Tâche d'un châtain clair, vêtements bleus et noirs...

- Nizou... C'est quoi des pokémons ? Vous êtes qui...

- Le renard avec toi, tu en as d'autres ? Je vois des capsules à ta ceinture.

- Deux...

- Qu'est-ce c'est ce bordel ? Une voix masculine l'interrompit, grave, et elle vit -enfin- des visages apparaître sur ces voix. Un grand garçon, avec des cheveux d'un noir sombre, habillé d'une tenue camouflage.

- Cette fille errait dans la forêt, elle est dans un état grave, dénutrition sévère visible, déshydratation, on doit immédiatement la transporter à la capitale. Tu penses qu'on peut la sangler à ton pokémon ?

- Arcanin ne pourra pas aller assez vite avec cette forêt. Prends un des tiens.

- Tu crois que-

- La capitale vous dites... ?

La petite brunette à lunettes se tourna vers elle, lui souriant tendrement comme pour la rassurer alors qu'elle ne la lâchait pas et ouvrait les deux capsules de Nizou, libérant ses deux autres pokémons, un Emolga avec une plaie sur le flanc et un Hoot-Hoot visiblement à peine capable de tenir debout.

- Oui. Illumis. Tu viens d'où d'ailleurs ? Promis on y sera bientôt, vous y serez soignés et en sécurité.

- Illumis...

Elle sentit une larme couler sur sa joue, quelque part au milieu de sa fatigue et de son sentiment d'égarement. De soulagement, sans doute.

Elle y était arrivée. Ça y est.

Nizou se doutait que les deux jeunes adultes devaient lui avoir reposé la question, puisqu'il semblait peu probable qu'elle vienne de la ville qu'elle cherchait à tout prix à rejoindre, mais elle ne s'en rappellera jamais. Ses derniers souvenirs de cette rencontre improbable furent ceux de la douce odeur que la fille portait sur elle -vanille et autre chose, qu'elle ne put identifier mais qui lui évoquait les fruits, du sol contre sa joue lorsqu'elle s'écroula soudainement, ses forces la lâchant pour de bon, et enfin qu'on l'avait attachée à un animal, à la peau rugueuse, bien que lisse, et brûlante.

Et le ciel. Le ciel d'un bleu azur, et toujours la voix de sa sauveuse, qui donnait l'ordre de s'envoler à elle seule savait quoi.


Batisques n'avait rien à voir avec ce qui avait été Lyon, jadis. Contrairement à l'immense ville forte de sa culture, de sa beauté et de ses monuments, avec son fameux parc de la tête d'or et ses spécialités culinaires, Batisques, ce qui s'en vantait donc d'être l'héritière, n'était rien de plus qu'un petit bourg de maisons et cabanes plus ou moins solidement construites selon les matériaux utilisés, au pied de cette Lyon déchue. Elle n'en était que le fantôme de fortune, maintenant, le gardien de sa mémoire, des souvenirs de sa grandeur.

Et même ce remplaçant du pauvre semblait au bord du déclin. Décidément à croire qu'une malédiction avait été jetée ici pour contraindre tout ce qui oserait se créer sur ces terres à tomber en ruines.

- Et donc vous venez de la Cita-Terre, c'est ça ? Ça fait une sacrée expédition, pour des Quadrilleurs.

- Notre mission était de venir voir si nous pouvions prêter main forte à Batisques et Villa-Marine. D'où notre présence ici, parvint finalement à articuler Elan après une bonne rasade de soupe aux champignons, qui leur avait été préparée par la gérante de Batisques, Antinomea. Et nul besoin de préciser qu'après plus d'une semaine de marche assidue, ce repas tombait à pic : Aussi, si nous pouvons vous être d'une quelconque aide d'ici à ce que nous rentrions à la Cita-Terre, n'hésitez pas ! C'est vraiment gentil de nous héberger.

- C'est le moins que moi et nos habitants pouvions faire. Cependant, je doute que vous puissiez y faire quelque chose.

- Il se passe quoi ici exactement ? On a vu que niveau tourisme c'est pas le fun et que le développement de la ville est au point mort mais-

- Woor, du calme.

- Mais Hajerjonas...

- Elle a raison. Notre ville est en train de succomber sous les attaques des créatures de la région.

Un silence de plomb s'abattit dans la salle, et pendant un instant, tout le monde jugea plus prudent de se concentrer sur son bol de soupe ou la corbeille de fruits frais posée sur la table plutôt que de faire un commentaire. Elles avaient beau être toutes épuisées, elles n'avaient pas pu ne pas remarquer la détresse dans les yeux des résidents de Batisques, ni même leurs traits tirés et l'état des maisons, qui présentaient de nombreuses marques de crocs et de griffes.

Non décidément, quelque chose allait vraiment mal, par ici.

- Et ça a commencé comme ça, du jour au lendemain ? Les pokémons ont commencé à vous attaquer sans prévenir, ou est-ce qu'il y a un événement derrière tout ça ?

Les Quadrilleuses et Antinomea levèrent d'un bloc les yeux vers Déponia, qui avait simplement posé ses questions sans une once de plaisanterie, son regard clair venant se planter avec une assurance certaine sur la représentante, à la recherche du moindre indice à en glaner. Elle semblait imperturbable et sereine, bien que l'air sombre. L'attitude même d'un chef.

Antinomea se contenta de reposer sa cuillère sur la table et de soupirer, avant de recommencer à triturer sa longue natte brune, parsemée de minces filets plus clairs. Vieillesse précoce. Un poids trop lourd à porter, sans doute, pour une femme d'à peine le trentaine.

- Non. Nous n'avons rien fait de plus que ce que nous faisions d'ordinaire. Nous survivions. Nous récoltions ce que l'on avait planté. Les récoltes étaient même très bonnes, pour une fois. Les arbustes, les arbres, les pieds... Tout allait trop bien. On envisageait même de faire du commerce avec Illumis pour leur demander de quoi enrichir nos élevages de vaches roses et de mouton de foudre, vous savez pour les générateurs, et la laine. Et d'un coup, ça a commencé, avec la disparition d'une enfant, Tione. Puis les attaques se sont multipliées, dans les champs, les cultures, puis le village lui même, les maisons...

- Les pokémons l'ont enlevée pour vous, c'est ce que vous êtes en train de nous dire ?

- Ils ne l'ont pas enlevée, ils l'ont juste massacrée.

- Et vous êtes euh... Sûre qu'il s'agit bien de l'œuvre d'une bestiole ? Et pas de -

- Mes villageois ne sont pas des criminels. Et personne, je l'espère du moins, n'est assez affamé ou en situation de désarroi pour en arriver au cannibalisme sur une fillette de huit ans.

Les dernières exploratrices encore en train de savourer leur plat posèrent leurs cuillères d'un même geste, l'appétit coupé net par la révélation que la doyenne venait de leur faire, à mi-mots. Le dégoût planait dans la pièce, de paire avec la légère nausée et les hauts le cœur qu'eurent certaines à l'idée d'imaginer l'état dans lequel cette pauvre enfant avait bien pu être retrouvée.

C'était abominable. Normal pour des animaux, même étranges. Mais pas moins choquant à entendre.

Tout le monde fit soudain un bond en entendant une marche de l'escalier grincer, au point où même leurs fidèles compagnons se mirent en position de défense, notamment les Feurisson, Dédenne et Corboss de Déponia, Elan et Hajerjonas... Avant de se relâcher et de soupirer de soulagement en voyant qu'il ne s'agissait que de Hippique qui redescendait de l'étage, où se trouvait les chambres.

- Elle va comment ? S'enquit Nizou en lui faisant une place sur le banc de bois pour que la grande brune puisse les rejoindre.

- Elle reprend connaissance parfois, pour boire et manger un peu. Mais elle a encore besoin d'au moins une nuit de plus de repos.

- Et vous savez s'il y a eu d'autre cas d'agressions similaires dans le coin ?

- Ma chère Hajerjonas, malheureusement, nous n'avons que peu voire aucun moyen de le savoir, nous n'avons du monde que les nouvelles des Messagers. Et niveau échanges, ça se réduit souvent aux moments où on nous emprunte ou nous rend nos Cabriolaines.

- Des Cabri-

- Le Sud devient quoi d'ailleurs ? Antinomea se leva pour remplir un bol de soupe avant de le tendre à l'adolescente qui les avait rejoint à table, lui adressant un sourire presque maternel.

- Je dirai qu'il essaie de survivre entre les créatures qui peuplent la région, les besoins de la population et le despotisme consensuel de Bardane.

- Vous parlez du chef de la Cita-Terre ? J'ai cru entendre qu'il s'agissait d'un complexe souterrain, est-ce vrai ?

- Oui. Nous vivons sous terre, si nous ne sommes pas des Messagers ou des Quadrilleurs. Mais n'écoutez pas Déponia, notre chef est un homme comme les autres, rien d'inquiétant, reprit Elan du Lac avant de jeter un regard cinglant à la Meteora qui lui lança un sourire du style « Tu veux qu'on en parle ? ».

- Cette guerre a fait de nombreux dégâts, et nous a tous laissé bien plus démunis et supposément libres d'être ce que l'on voulait que ce qui avait été prévu par les têtes pensantes de l'époque. Il est malheureusement normal que certains dirigeants aient du mal à faire la part des choses entre l'ivresse de pouvoir et l'humilité que doit avoir un dirigeant.

Noctum acquiesça d'un signe de tête, pensive. Antinomea avait raison. L'holocauste les avait tous laissé dans un état d'urgence absolue. Vite reconstruire des baraquements, vite recréer un semblant de villes et de civilisation, vite rétablir les communications entre les campements, alors qu'Internet et le téléphone avaient été rayés de la surface du globe, vite en savoir plus sur les pokémons afin de s'en protéger,... Donc oui, il y avait sûrement du y avoir quelques dérives. Elle en avait vu bien assez déjà, à Illumis. Alors comment imaginer ce qui avait pu advenir dans ces lieux reculés ou livrés à eux-même...

Mais vu ce qu'elle avait entendu du fameux Bardane, il semblait en tenir une sacrée couche, côté despote en herbe. Les filles de la Cita-Terre, à l'exception d'Elan et de Hajerjonas qui avaient la responsabilité d'être le duo des Quadrilleurs en chef et devaient donc montrer l'exemple, à moins qu'elles n'eussent juste été trop polies pour lui cracher sur le dos à leur tour, s'entendaient toutes à dire que cet homme n'avait d'un dirigeant que le nom, qu'il faisait juste le beau depuis son fauteuil avec ses deux sous-chefs, et qu'en soit le trois quart du travail revenait toujours à leurs équipes. Et encore elle n'avait pas encore eu le droit à la version de Lavinia, qui avait passé son temps à dormir dans un état proche du coma depuis qu'elles l'avaient retrouvé.

Ouais. C'était un peu étrange tout ça.

- D'ailleurs, j'ai une question pour vous. Pourquoi un chiffre impair ? Vous avez... Perdu quelqu'un ?

- On a des neutrons libres qui estiment qu'on peut être dix dans la même équipe. On réglera ça une fois rentrées.

- Et comment ? Tu comptes me renvoyer de la Guilde ? Me faire condamner parce qu'une dirigeante d'équipe a enfin voulu m'accorder ma chance, plutôt que de bêtement me repousser parce que j'avais aucun partenaire de Quadrillage et un pokémon spectre qui vous fout la trouille ?

- Titi', relax, Lavi' ne laissera pas un truc pareil arriver. Au pire elle remuera ciel et terre pour te trouver quelqu'un avec qui former une équipe.

- Actuellement tu n'as pas de marque, tu es donc là juste parce que cette imbécile aux cheveux violets a jugé bon de t'embarquer avec nous. J'appelle pas ça de l'altruisme, mais de la folie.

Titipo serrait les poings tout en dévisageant Hajerjonas, l'air aussi sévère que ce que sa petite bouille habituellement rayonnante le permettait. Ainsi donc, on en était toujours au même débat, à ce stupide protocole de créer un binôme avant de s'inscrire chez les Quadrilleurs. Et l'interdiction non officielle de...

- Et bien s'il le faut, je me ferai marquée en revenant ! De leur sceau, ou de celui d'un nouveau duo, si on trouve enfin quelqu'un avec qui je pourrai faire équipe. Mais mes pokémons resteront avec moi. Tout les deux ! Un sourire narquois passa brièvement sur son visage, alors que son regard d'un vert clair balayait la salle : Et puis, Hajerjonas, reconnais-le. Tu fais la fille forte mais en attendant, ce n'est pas tes pokémons qui ont sauvé Lavinia, mais bien le mien. Mon ami.

- Ton pokémon est une abomination et je refuse de devoir compter sur une de ces choses, on ne sait rien d'eux.

- Le Baudrive de Lavi' est un type spectre, lui aussi-

- Le Baudrive de Lavinia n'a rien d'une créature de cauchemar et ne pourrait pas faire de mal à une mouche, bordel ! Je n'en dirai sûrement pas autant de ce truc...

- De quel pokémon s'agit-il au juste ?

Personne ne répondit à la question de la dirigeante de Batisques, néanmoins elle ne mit pas longtemps à savoir la dite nature de ce mystérieux pokémon. L'air s'était soudainement refroidi de plusieurs degrés, et si sur le moment elle ne le remarqua pas, elles furent bientôt plusieurs à distinguer le changement de luminosité, dans un des coins de la pièce principale. Comme si on avait soufflé une des bougies posées là-bas, ne laissant que la pénombre s'y installer en une tâche sombre et sinistre, à vous en donner des sueurs froides.

Une forme d'un noir d'encre, surmontée de deux immenses yeux rouge sang et d'un sourire digne du chat cinglé d'Alice au Pays des Merveilles.

A cette vue, plusieurs des Quadrilleuses eurent un léger mouvement de recul, ou au moins un signe de malaise face au pokémon de Titipo. Mais ce ne fut nullement le cas d'Antinomea :

- C'est rare de voir des Ectoplasma attachés à des humains. Je suis impressionnée.

- Vous connaissez ces monstres ? S'étrangla presque Nizou en n'osant pas lâcher des yeux le pokémon spectre qui était désormais bien visible, son corps arborant maintenant une forme plus humanoïde et un bon mètre cinquante à lui tout seul.

- Oui. J'ai déjà eu l'occasion d'en croiser dans les ruines de Lyon. Mais jamais en compagnie d'un humain... Jamais de manière amicale en tout cas. Ni de cette couleur.

- On m'a déjà dit qu'ils n'étaient pas noirs d'habitude, oui...

- N'en culpabilise pas, c'est probablement le signe qu'il est peut être plus puissant que d'autres Ectoplasma. Chéris ce lien, je suis sûre qu'il vous sera d'un grand secours à l'avenir.

- On ne peut pas faire confiance aux pokémons spectre...

- Malheureusement j'ai bien peur qu'on doive bientôt arrêter de se baser que sur des « valeurs sûres » et autres paroles d'évangiles. Les choses sont en train de changer.

La femme à la natte s'était levée entre temps, s'approchant prudemment du pokémon qui la fixa un instant de ses grands yeux écarlates avant de s'en désintéresser, ne voyant en elle aucune menace quelconque. Il ne réagit même pas lorsque Antinomea toucha doucement le sommet de son crâne, et tous ici se doutaient bien du fait qu'une telle créature ne pouvait se laisser toucher que si elle le permettait, son corps pouvant se dématérialiser à loisir.

- Mon village en est la triste preuve, reprit-elle d'une voix trahissant soudain la fatigue et le désarroi. Les pokémons restent un mystère pour beaucoup d'entre nous, et Illumis tarde trop à réaliser une encyclopédie ou un guide pour nous apprendre à comment réagir avec telle ou telle créature, ou comment survivre sur le long terme. Batisques s'épuise. Nous vivons dans la peur ici, même si les habitants prétendront que non, tout va bien. Alors... Soit ils ont compris que nous ne sommes plus aussi équipés que ce que nous l'étions avant la catastrophe, soit ils ont appris à nous cerner plus vite que ce que nous le faisons.

- Vous pensez sérieusement ce que vous dites, Antinomea ?

- Oui Elan. Je le pense. Ce que vous m'avez dit sur Villa-Marine et ce qui arrive à mon village n'en sont que les prémices.

Un silence de mort résonnait désormais dans la grande salle, et plus personne n'osait bouger, à peine respiraient-ils encore. La situation était plus grave que prévu, finalement. Au delà même de ce qu'elles imaginaient toutes en quittant leur village d'origine.

- Nizou et Noctum ne savent pas plus de la situation actuelle d'Illumis, à défaut d'avoir un moyen de contact efficace. Aussi, je ne saurai que vous conseiller de vous y rendre dès que vous le pourrez. Et vous aussi, de la Cita-Terre. J'ai un très mauvais pressentiment par rapport à l'avenir que la nature nous réserve.


Se rendre à la Forêt Blanche pour faire des emplettes n'était jamais une chose simple. Ça, le Présentateur TV avait bien fini par le comprendre à force d'effectuer ce même trajet toutes les semaines, à l'aube. Pourtant ce n'était pas la distance en elle-même qui était une épreuve, loin de là, il ne s'agissait que de franchir un pont laissé à l'abandon et de crapahuter dans les sous-bois pendant près de dix kilomètres, rien de fou en soi.

Seulement voilà, ce n'était jamais sûr de s'y rendre seul. Les pokémons étaient là, prêts à attaquer, et il s'agissait sûrement des raisons pour lesquelles le Prof de Philo se décidait à l'accompagner d'ailleurs, même s'il n'oserait jamais l'admettre et que cela l'embêtait. Mais qu'importe, même si cela le condamnait à une horrible journée et à l'ennui le plus total ou presque, le blond se surprenait toujours à le découvrir prêt à lever le camp les matins où un échange était prévu, son immense masse près de lui. Les compagnons du Prof ne les suivaient jamais en pareille occasion de toute façon, donc il valait mieux avoir au moins un moyen de se défendre. Ou de paraître impressionnant et assez dangereux pour empêcher toute contestation ou attaque.

Il fallait dire qu'en même temps, les pokémons du Prof de Philo, c'était loin d'être ses compagnons de combat. Il était déjà bien assez dangereux comme ça tout seul.

- Ils pourraient faire le trajet de temps en temps aussi, histoire qu'on ne soit pas les seuls à se bouger et à risquer notre peau.

- Boss, ne soyez pas si durs envers eux, et puis ça nous fait sortir.

- Je m'encombre déjà assez à sortir chasser des bestioles en tout genre pour nous permettre de manger de la viande et dans ma grande bonté, j'en mets de côté pour les Sommet, ils pourraient faire un effort eux aussi de leur côté ! Leur scientifique ne sait rien faire d'autre, à part créer des nouvelles plantes farfelues dans son sorte de laboratoire de fortune.

- Et il nous laisse des denrées de côté pour les échanges, donc-

- Désolé d'avoir été un peu long, le Panda les avait mis en lieux sûr la veille. C'était pas évident de remettre la main dessus sans lui de disponible.

Le Prof de l'anciennement célèbre Salut les Geeks venait de refaire son apparition, pénétrant à la volée dans ce qui lui servait d'antre désormais en poussant devant lui un cadis -Qui avait visiblement appartenu à un Leader Price dans une autre vie, à en juger par l'insigne délavée et abîmée sur la hanse. Qui lui même semblait contenir plusieurs sacs de toile d'un certain poids.

La récolte avait l'air d'avoir été plus que bonne, dis donc !

- Et attendez ce n'est pas fini, pas besoin d'afficher un air aussi béat !

- Je ne suis pas sûr que ce que nous ramenons sera suffisant pour payer ta cargaison. La semaine fut mauvaise.

- Cher ami philosophe, voyons, ce n'est pas grave, considérez ça comme un extra, mes créations sont en train de se montrer de plus en plus efficaces en matière de quantité de production à chaque récolte, on pourrait même dire que la quantité récoltée est exponentielle à la-

- C'est génial ça, Prof ! L'interrompit le blond, en sentant que son ami n'allait pas tarder à sérieusement le rembarrer. Il reprit, sur un ton plus calme mais qui restait quand même enjoué : Et on pourrait pas vous rendre un service pour compenser ? Genre vous ramener un truc de Volucité ?

- Promis, rien de tout ça. Il faut se serrer les coudes.

- Merci. C'est vraiment gentil.

L'homme au nœud papillon adressa un sourire maladroit à l'homme en costume avant de se mettre à rédiger dans un carnet que le blond lui avait tendu en arrivant le descriptif des ressources qui leur revenait, le cadreur de Hors Sujet s'étant empressé de faire de même sitôt arrivé, sur le carnet du Prof pendant qu'il était parti chercher sa monnaie d'échange. Il s'agissait d'un rituel entre eux, celui de marquer noir sur blanc chacun des objets proposé à l'échange, généralement de la viande contre des légumes, fruits, et autres curiosités sorties tout droit des plantations quelques peu curieuses du scientifique. En trois ans, et avec l'aide de Mathieu ainsi que d'autres personnes qui peuplaient désormais la zone dite de la Forêt Blanche, il avait réussi à se recréer un semblant de laboratoire digne de ce nom, et ainsi à reprendre ses expériences, avec le but cette fois d'améliorer leurs conditions de vie à tous, et de survivre.

Survivre à tout prix. La survie, avant tout le reste.

- Oh, d'ailleurs tu as le bonjour du Présentateur. Il s'excusait de pas pouvoir te voir aujourd'hui.

Le Présentateur TV sentit une étrange sensation le traverser et son sourire s'agrandir aussitôt qu'il entendit ce nom si similaire au sien. Coupable. Malgré lui, alors qu'il sentait que dans son dos, le Prof de Philo s'était arrêté de bailler aux corneilles pour écouter leurs échanges.

- C'est dommage en effet, mais tu peux lui dire qu'il se rattrapera la prochaine fois ! Il est où ?

- C'est à son tour d'explorer les ruines de la Ville Noire. Il y est avec le Maître.

Le journaliste du feu Beaujolais n'était pas idiot, il avait senti l'inquiétude dans la voix un peu nasillarde que le Prof possédait naturellement. Ça l'angoissait tant que ça que ses alter egos soient à l'extérieur, et à la merci d'une attaque ?

C'était mignon en un sens. Mignon et stupide. Mais mignon quand même.

- Ils ne craignent rien tu sais, c'est pas la première fois qu'ils vont dans la Ville. Ne te laisse pas gagner par tes émotions si elles n'ont pas lieux d'être.

- Les choses ne sont plus aussi roses qu'auparavant. Et vous qui vivez dans le cœur même des bois, vous devez déjà l'avoir remarqué.

- Rien de bien extraordinaire à part que les pokémons se montrent un peu plus craintifs et sur leur garde.

- Et jamais de grattements sur les murs, la nuit ? Des grognements ?

Les deux colocataires se considérèrent pendant un instant, interdits. Ils n'avaient jamais rien entendu de tels dans les Bois Illusions, tels qu'ils se plaisaient à les appeler. Et même si leur cabane était plantée dans cet endroit, cela ne changeait rien, l'abri qu'ils avaient construits avec le Prof de Philo restait rudimentaire mais efficace, avec au départ une caravane qu'ils avaient trouvé abandonnée de tous, sans personne pour la réclamer, avant d'en faire une pièce annexe, qui servait tantôt de chambre supplémentaire ou d'abri lorsque le temps devenait vraiment trop mauvais. Leur maisonnette de bois tendait encore à prendre l'eau lors de trop fortes averses...

Mais dans tous les cas, aucun pokémon n'avait vraiment essayé de leur causer des ennuis chez eux. L'endroit restait suffisamment sécurisé pour ça, et le Prof de Philo s'assurait toujours qu'ils avaient barricadé et la porte et les fenêtres avant de se coucher. Cette mission revenait toujours au premier à se lever et au dernier couché : Ils l'appelaient le rituel des planches.

- Rien de tout ça. Il n'y a qu'une fois où le Prof s'est fait mordre par un Medhyéna mais voilà, à part ça... Le Présentateur TV fronça les sourcils en voyant que l'humeur enjouée du Sommet avait définitivement disparu. Il reprit, un ton plus bas : Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

- Des pokémons rôdent la nuit dans le village, près des maisons. Le Geek les a déjà entendu grogner près de leur cabane, à lui et au Panda. Et on a perdu un vieux pêcheur récemment, personne ne sait ce qu'il est devenu.

- Vous avez des pokémons pour vous défendre, vous attendez quoi pour vous en servir ?

- Il faudrait qu'on puisse les voir attaquer pour ça, Prof. Ce n'est pas si simple. Au fait, j'ai encore une petite surprise pour vous, mais chut, personne n'est encore au courant !

Un petit sachet en papier apparu sur la table, sorti de la poche de la blouse blanche du scientifique. Les deux acolytes y jetèrent un regard intrigué, l'histoire que l'homme de sciences leur avait confié tournant toujours en boucle dans leur esprit, comme un sinistre écho.

- Ce sont des pains au chocolat. Enfin, des prototypes, ce ne sont que les premiers de concluants que j'ai réussi à créer. Je compte en parler aux autres ce soir, mais tenez, il y en a pour vous aussi.

- Du... Chocolat ?

Le Prof acquiesça, amusé par le regard soudain émerveillé du blond, pourtant plus âgé que lui. En même temps, c'était compréhensible.

- Ça remonte à quand la dernière fois que vous en avez mangé ?

- J'en sais rien et je m'en fous. Comment tu veux qu'on se souvienne de ça.

- C'était une barre Mars, quand on était encore en France ! Ça fait tellement longtemps...

- Le chocolat fait malheureusement partie des choses qui ont disparu avec l'holocauste. En effet... Mais je pense avoir réussi à recréer ça alors, vous me direz. Et de rien, ça fait plaisir. Hé !

- Cadreur, bordel, c'est qu'un pain au chocolat, calme-toi !

- M'en fous... Ça compte pour moi ! Merci Prof !

L'homme en costume lâcha le petit brun qu'il était venu serrer dans ses bras, sur un coup de tête, puis jeta un bref coup d'œil à la liste rédigée en pattes de mouche avant de remercier à nouveau son interlocuteur. On n'était jamais trop poli ou reconnaissant après tout, et surtout pas depuis trois ans.

Puis soudain, comme un brusque retour à la réalité, le Prof de Philo fit signaler qu'il fallait qu'ils se remettent en route. Le Soleil déclinait déjà.

Un rappel rauque de la précarité de la situation dans laquelle ils nageaient tous. De la survie. Pas de temps pour autre chose, même la solidarité et l'amitié.

L'homme à la blouse les raccompagna jusqu'à la sortie de la Forêt Blanche, accompagné de son compagnon, un étrange petit pokémon en forme d'éclair qu'il surnommait Motisma. Dans un silence de mort, où le Présentateur vit quelque chose qui lui glaça le sang, du coin de l'œil :

Des villageois qui barricadaient déjà leurs fenêtres, ensemble, à coup de planches de bois et de marteaux. En toute hâte, comme si le temps leur manquait.

Une boule d'angoisse lui obstrua la gorge. Le monde n'était définitivement plus ce qu'il avait été.

- Soyez prudents en rentrant en tout cas, ne perdez pas de temps. Le coin n'est plus sûr la nuit.

- Tu dis ça par rapport aux attaques ?

- T'en fais pas va, mon marteau suffira à écraser n'importe qui. On ne risque rien.

- Je parle en général. Les choses sont en train de devenir... Ça tourne mal. Ici, en France, et même ailleurs...

- Oh, vous avez eu de leurs nouvelles ?!

- Oui. Et de ce qu'on sait via courrier, ce qu'ils pensaient de l'état actuel du Japon était fondé. C'est le bordel là-bas.

- Comme si ça ne l'était pas ici tiens...

- Pire encore.

Ils espérèrent ne pas en savoir plus pendant un moment. Ou que les choses ne seraient pas aussi graves que ce que le Prof était en train de le laisser entendre. D'ailleurs le temps qu'il trouvent ses mots, le Présentateur TV eu le temps d'adresser un grand geste amical au Hippie qu'il vit passer au loin, geste qui fut accueilli d'un grand mouvement respectueux de la tête avant que le camé ne reprenne sa route.

Mais finalement ce fut le Prof le premier qui trouva des choses à rajouter à son récit. Et il aurait mieux fait de se taire pour une fois :

- Tu parles petit, on vit dans la merde, à chasser et troquer pour vivre, et plus personne n'en a rien à battre de la philosophie ! Tu trouves qu'on peut avoir pire, déjà qu'avant toutes ces emmerdes nucléaires, on n'avait déjà plus beaucoup d'espoir à placer dans l'humanité ?

- On nous a parlé de véritables charniers humains. De radioactivité encore très forte, et d'endroits où tu crèverais sans masque au charbon. De famine. De villes dévastées alors qu'elles ont vu le jour après la guerre. Quelque chose de vraiment grave s'est passé là-bas, et j'ai bien peur que ce ne soit en train de gagner le reste du globe.

Le Prof de Philo ne répondit rien à cela. Il n'en eut pas le courage, et le Présentateur TV encore moins, ses mains serrant étonnamment fort le sachet qui contenait les pains au chocolat. Toute euphorie avait foutu le camp à présent, la douche froide avait été bien réelle.

La mort. La faim. L'anarchie et le chaos. La destruction.

- Il s'y serait passé quoi, d'après eux... parvint-il à articuler à voix basse, presque en un murmure, comme s'il avait eu peur que quelque chose l'entende.

- Les pokémons ont l'air d'avoir compris que la nature leur a offert la force de détruire ceux qui essaient d'en faire leurs compagnons ou esclaves. C'est tout ce qu'ils ont pu en tirer jusqu'à présent... Et pour la fille qu'ils ont rencontré là-bas, ça lui rappelle ce qu'elle a commencé à constater au pays, récemment. Les pokémons ont peut être enfin compris qu'ils étaient plus dangereux et nombreux que nous...

- Ou alors ils ont juste compris que l'on était une espèce sur le déclin. Et que comme toute espèce sur la pente raide, comme les dinosaures et les dodos, il était temps que l'on tire notre révérence.


- Bardane va péter une durite s'il apprend qu'on s'est barrées à Illumis, il ne nous l'a jamais demandé.

- Et depuis quand tu tiens tant que ça à respecter la petite personne de ce trou du cul ?

- … Oh jamais. C'était juste pour le constat.

- Ah ben tu vois. Alors on s'en fiche, on part là-bas.

Woor finit par hausser les épaules avant de s'affaler sur le lit que Antinomea avait mis à la disposition de son équipe, à elle et Déponia, comme toutes les autres équipes avaient aussi hérité de leur propre chambre, afin de se reposer et de reprendre des forces. Il était vraiment confortable d'ailleurs, quoi qu'encore, vues les dernières nuitées qu'elles avaient passé dans la nature, les deux jeunes femmes ne pouvaient pas faire les fines bouches. Ces deux jours passés à Batisques étaient tombés à pic.

Son regard trouva Déponia, qui vérifiait le contenu de leurs sacs de voyage, à la lueur du clair de Lune, assise au pied de la fenêtre. L'air impassible, comme à son habitude.

- N'empêche c'est chaud ce qu'il se passe ici, tu ne trouves pas ?

- Ça va finir par arriver chez nous aussi faut pas se leurrer le seul avantage qu'à la Cita-Terre c'est que c'est un putain de bunker. Regarde la gueule du Village, ça veut tout dire.

- Oui c'est vrai. Mais bon ça reste grave.

- Je pense qu'on a plus grave dans l'immédiat, comme l'état de Lavi' ou de nous toutes en général. Toi ton épaule ça va ? Une des aiguilles des cactus t'avait frôlée, après tout...

- T'en fais pas, Noctum s'est chargée de me soigner, tu l'as oublié ?

- Oui.

- Au moins t'es cash, ça fait plaisir.

- Tu m'as toujours connue comme ça, je compte pas changer pour qui que ce soit.

Le Feurisson de la chef des Meteora poussa un petit cri et se roula en boule au pied du lit, s'endormant net sous l'œil soudain étonnamment attendri de sa maîtresse. Ce qui eut l'honneur de faire pouffer l'adolescente aux cheveux bouclés :

- Tu ressembles à une vieille gâteuse quand tu fais ça.

- Ta gueule Woor. Ou je te réduis au silence pour être sûre que tu n'en parleras jamais. Bon sérieusement, tu en penses quoi de tout ça ? Nizou et Noctum, en l'occurrence ?

- J'allais te répondre que j'ai du mal à faire confiance au pokémon diva de Titipo qui se barre au Bahamas quand ça lui chante mais puisque tu parles de ces filles, bof, elles ont pas l'air bien méchantes. Tant qu'elles font pas d'embrouille c'est cool.

- J'ai du mal à leur faire confiance.

- Tu as du mal à faire confiance à tout le monde, Dépo'. C'est certainement pas nouveau.

- Peut être, coupa la fille aux cheveux flamboyants, en levant les yeux au ciel. Mais toujours est-il qu'on ne sait rien d'elles à part qu'elles viennent de Paris et que Nizou vient d'Italie, de ce qu'elle nous a dit. Donc excuse-moi de ne pas leur faire confiance, mais au premier pas de travers Feurisson les bouffe. Je ne les laisserai pas faire du mal à l'équipe.

- Je suis pas en sucre, et mon Roucool non plus.

- C'est mon rôle en tant que leader des Meteora, tu le sais. Tu as lu la Charte, toi aussi.

Ah ça, la bonne vieille CUFQ, bien sûr qu'elle l'avait lu, les Quadrilleurs y étaient forcés.

En soit, il n'y avait pas vraiment de norme dans le job de Quadrilleur. Les seuls point communs étaient le marquage propre à chaque équipe, et le caractère bicéphale des équipes, de manière universelle. Mais hormis ça, chaque ville possédait ses propres règles, et inutile de dire que celles de la Cita-Terre faisaient partie des plus strictes, ou du moins elle était certaine qu'il était dur de faire plus strict actuellement.

La Charte de l'Usage des Fonctions du Quadrilleur. Plus qu'une Bible, les Dix Commandements du Quadrillage. Et qui stipulait noir sur blanc les rôles de chacun des partenaires de l'équipe, mais aussi les droits qu'ils avaient et leurs limites.

- La Distorsion, donc.

- Hn ?

- C'est comme ça qu'elle a appelé ça Titipo non ? Le truc où elle a voyagé avec son pokémon.

- Ah. Euh oui je crois... Mais sérieusement, tu la crois ?

- Je ne crois que ce que je vois, mais vu qu'actuellement ce qu'elle a dit semble plutôt bien corroborer avec ce qu'on a vu sur la Harmonia, je suis encline à la croire. Même si bon, de là à dire que c'est une sorte d'Au-Delà...

- Dans tout les cas, au pire, tant mieux, en attendant ça a sauvé Lavinia et du coup Titi' par le passé puisqu'elle en parle avec un peu trop de certitudes pour ne pas l'avoir expérimenté elle-même !

- Je suis pas tout à fait sûre que ça soit un « don du ciel », cette dimension parallèle. Ou quelque soit ce truc. Et j'irai même jusqu'à dire qu'il vaut mieux s'abstenir d'y mettre les pieds, si les pokémons spectre sont bien les seules créatures à pouvoir y aller. Ça ne doit pas être pour rien.

Woor haussa les épaules, ses yeux ayant trouvé entre temps plus intéressant de fixer la Lune dehors, à demi-pleine, alors qu'elle demeurait pensive et intriguée par les révélations que la petite Harmonia avait faites à table.

La Distorsion. Le royaume des pokémons spectre et de la mort. Un monde différent du leur où la notion de temps, d'espace et de gravité n'existait plus.

Ça semblait terriblement cool dit comme ça pourtant ! Alors pourquoi Déponia semblait-elle si méfiante au sujet de ce monde ? Cela pouvait pourtant dire que le Ectoplasma de Titipo pouvait éventuellement sauver tout le monde en cas de coup dur !

Mais surtout... Était-elle la seule à faire un début de paranoïa depuis la guerre, ou est-ce qu'elle avait bien eu l'impression fondée que la jeune femme à la chemise n'avait pas tout dit de ce qu'elle savait sur le sujet, de manière consciente ? Ou qu'elle voyait ça comme un secret un peu interdit ou trop sombre pour être dit à voix haute, comme l'existence de la Chambre des Secrets ou l'accès à l'aile ouest du troisième étage dans Harry Potter ?

Peut être en sauraient-elles plus une fois à Illumis ? Peut être même qu'on étudiait le phénomène après tout ! Pourquoi pas.

- N'empêche euh... A ton avis on fera quoi à Illumis ? Parce que bon départ aux aurores demain mais pourquoi est-ce qu'on devrait se taper douze jours de marche intensive à travers, si j'ai bien compris, d'immenses forêts et des plaines peu accueillantes, pour aller juste faire un selfie devant la Tour Eiffel, pour peu qu'on eusse pu encore en faire ! Reprit soudain la plus jeune, estimant qu'il était mieux de changer de sujet vue la position un peu trop campée qu'arborait sa camarade. Voyant celle-ci s'interrompre à nouveau pour la regarder et l'écouter, elle reprit, retrouvant déjà son semblant d'insolence : On prend des nouvelles du monde, voir si Internet est rétabli ?

- On voit si la capitale a besoin de renforts et où en est la situation. Il a l'air de se passer quelque chose avec les pokémons et si y a moyen qu'on enraye éventuellement ça avant que ça ne descende jusqu'à chez nous, ça arrangerait tout le monde. Et sinon, et bah on prendra tout ce qu'on pourra, voir des montures si on nous y autorise, et on retournera à la Cita.

- Tu as l'air d'avoir facilement plié face à l'idée d'Antinomea et à la décision des Tiller.

- Hajerjonas reste notre leader, jusqu'à preuve du contraire ou qu'elle ne peut plus assurer cette fonction. Je suis peut être pas la plus « légale » ni la plus « politiquement correcte » des Quadrilleuses, mais je sais respecter ma hiérarchie si elle se montre juste.

- Dès fois, je me dis que tu serais mieux à cette place qu'elle. Tu en as plus la carrure.

- T'es pas objective, j'suis ta partenaire et tu me suis volontiers dans mes conneries. Bref ! La plus âgée des deux filles se leva d'un geste vif, abandonnant les sacs là où elle les avait vérifié quelques minutes auparavant, avant de se mettre dans une tenue plus adéquate pour dormir. Au pire, aller là-bas ne nous éloignera que plus de ce trou à rats ! Et qui sait, on pourrait peut être tomber sur un youtuber ? Imagine si l'un d'entre eux s'est fait une place de choix à Illumis.

- Je vois bien Richard ou Samuel en chef d'Illumis tiens, tu as raison, railla Woor avant d'éclater brusquement de rire.

- Je suis sérieuse, je me dis que ça pourrait pas nous faire de mal. Ça rappellerait une époque où nos seuls grands soucis étaient de savoir si on allait réussir nos études, avoir un job plus tard, et quand sortiraient les prochaines vidéos de nos vidéastes favoris, ou encore les dates de la prochaine Japan Expo pour retrouver nos potes.

Ouais. La bonne vieille époque quoi.

Ce fut sur ces paroles empreintes de nostalgie que les deux amies convinrent rapidement d'une heure pour se réveiller et se préparer au trajet qui les attendaient avant de se tourner chacune de leur côté et dormir. Néanmoins, Woor ne trouva pas facilement le sommeil cette nuit-là, bousculée de l'intérieur par bien trop de pensées pessimistes. Il fallait dire qu'en même temps ça n'allait pas très fort depuis deux jours... Et sa présence ici n'était pas sans aider à cet état, d'ailleurs.

Elle avait vécu dans cette région jadis. Y était connue sous un autre nom, celui que ses parents lui avaient donné à la naissance, et y avait vécu comme une adolescente lambda ou presque, en écoutant du métal et en lisant de temps en temps des fanfics riches en perles trop précieuses pour ne pas être partagées sur les réseaux sociaux. Oh, c'était pas non plus comme si sa vie y avait été parfaite, dorée et luxueuse, ni même d'un banal ennui non plus !

Juste une vie normale. Ou presque. Bref, dans tout les cas, tout ça était parti en fumée, alors qu'elle était partie dans le Sud rejoindre une amie pour se rendre à un concert. Concert qu'elle n'avait jamais vu. Et amie qu'elle n'avait jamais retrouvé non plus.

Et depuis ce jour-là, plus de nouvelles. Elle ne savait pas ce qu'étaient devenus sa famille, ni ses amis. Et revoir donc ce qu'était devenu les alentours de Lyon en trois ans...

Ça faisait mal. Pas non plus au point d'en faire un mélodrame, ou d'en souffrir comme 'YdeaL' semblait l'avoir vécu en apprenant pour Marseille et sa reconversion en Atlantide des temps modernes, mais...

Elle sentit une larme rouler sur sa joue et l'essuya rapidement d'un geste du doigt, avant de laisser échapper un « Fuck » à mi-voix. Non, elle ne pleurerait pas.

Et puis, elle s'était faite à sa nouvelle vie, non ? Être Quadrilleuse lui plaisait, traîner avec Déponia était cool. Alors pourquoi était-elle si nostalgique, à l'idée d'être ici ?

Qu'importe. Il ne fallait plus y penser à tout ça, comme lors d'un deuil ou d'une rupture. Elle était encore là. Il fallait survivre.

Survivre et même réapprendre à vivre après tout ce qu'elle et les autres avaient pu traverser. De toute façon, c'est la seule option qu'il leur restait, à présent.


Il dormait. Au moins comme ça, il était bien. Serein. Presque tranquille. Et il ne pensait plus à tout ce qui lui faisait tant de mal.

Décidément ouais, c'était vraiment une bonne chose.

L'homme sourit, avant de redresser le col de son manteau. L'air s'était rafraîchi en l'espace de quelques jours, et les nuits devenaient de plus en plus fraîches, au point qu'ils quittaient rarement le coin du feu une fois la nuit tombée, à présent. C'était mieux de rester près du feu, à regarder le bois se consumer lentement. C'était un spectacle fascinant, en plus de leur permettre de se réchauffer et de se faire un repas chaud tout en échangeant des débats comme eux seuls savaient les faire, ou se raconter des blagues salaces.

Mais là, l'heure n'était plus aux blagues. Plus du tout.

- Tu dis donc que tu as vu les éléments se déchaîner à Kyushu, c'est ça ?

- Oui, certains villages ont déjà du être évacués en urgence avant de finir sous les eaux, on observe de plus en plus de tornades, de typhons. Et à côté de ça, on découvre des lacs qui se sont asséchés du jour au lendemain, et certains jours sont à peine vivables tant il fait chaud. Les autorités pensent qu'il s'agirait des résultantes d'une anomalie qui aurait été repérée au large de Pacifiville et Atalanopolis.

- Une anomalie de quel genre, au juste ?

- Des pokémons. Il semblerait qu'une très puissante énergie se concentre par là-bas. Le centre météorologique de Cimetronelle travaille d'arrache-pied pour mettre fin à ce mystère et on parle déjà d'une opération basée sur le volontariat de Quadrilleurs pour aller voir sur place.

- C'est du suicide. Ils vont tous y passer.

L'homme avait froncé les sourcils en entendant la jeune femme avec qui il s'entretenait -A défaut que son ami ait pu résisté assez longtemps à l'appel du sommeil pour participer aussi- depuis maintenant plus d'une demi-heure, celle-ci ayant effectué un trajet de près de 200km par la voie des airs afin de les retrouver pour les tenir au courant de ce qu'elle avait vu sur place, tel qu'il en avait été convenu lors de leur précédente rencontre. Et effectivement, elle avait bien fait de venir vues les informations qu'elle ramenait avec elle, même si elles n'étaient pas les plus joyeuses qui soient.

- Et vous de votre côté, ça donne quoi Kanto ?

- C'est vraiment pire que ce que l'on pensait. Des villes désertées, des scènes de massacre, ça et là, ou d'affrontements féroces avec des pokémons. Et on a pas pu explorer une partie de la région, l'air y est quasiment irrespirable, il nous aurait fallu des masques à gaz pour ça. Et venir plus nombreux, à deux c'est vraiment difficile de lutter en cas d'attaque.

- Les pokémons sont violents par ici ?

- Très. Et même si j'ai mon épée, je suis parfois effrayé à l'idée de m'en servir. Le corps à corps avec certaines espèces est vraiment à éviter...

- Vous voulez que j'en parle à Illumis, pour qu'on voie pour envoyer une troupe ici, histoire de prendre le relais ou de vous aider ? La voix de l'adolescente vint trancher avec celle, forte, de son interlocuteur, elle qui avait une voix plutôt douce : Je sais que ce que vous cherchez est trop important pour que vous vouliez juste rentrer de là où vous venez, mais-

- Petite, t'en fais pas, moi et mon collègue sont des pros de la survie en milieu pixelisé, ahah, alors on y arrivera dans la vie réelle aussi ! Et on aura sûrement bougé d'ici à ce que les renforts arrivent, mais peut être qu'à deux groupes, on pourrait finir par trouver plus vite... J'ai déjà prévenu les collègues à la Forêt Blanche, mais sinon pense à transmettre les carnets que je t'ai laissé surtout hein. Ils contiennent tout ce qu'on a pu voir dans la région donc tu les perds pas ou tu les donnes pas à manger à ton...

- Mon Dracaufeu sait ce qu'il fait, et il ne les mangera pas croyez-moi ! Je ferai aussi vite que possible en tout cas. Je leur demande de ramener quelque chose en particulier ?

- Non, ça ira, éventuellement un peu de bouffe mais c'est la base, on gère. On ne vient pas à bout d'une équipe qui gagne comme ça ! De toute manière on doit trouver cette orbe, c'est important. On est sûr que tout est lié à cette saloperie.

Un léger silence s'instaura pendant quelques secondes, et le feu en profita pour craquer, faisant sursauter les deux antagonistes avant qu'ils ne se sentent tout les deux un peu idiots d'avoir paniqué pour si peu. Mais en même temps, ils avaient de quoi se tenir sur leur garde non, en étant en plein sous-bois de nuit ?

La plus jeune finit par laisser échapper un éclat de rire, qui trahissait une certaine résignation, tout en se levant et se dirigeant vers un immense dragon orange qui patientait non loin du camp, son immense queue orné d'une haute flamme révélant sa présence dans l'obscurité. Le brun lui emboîta le pas, tout en poursuivant leur échange :

- N'empêche... Ça a été cool de te rencontrer dans le coin. On comptait explorer Hoenn aussi mais vu ce que tu en dis, les choses n'ont pas l'air prêtes de s'y débloquer pour le moment... Tu nous as fait gagner un temps précieux.

- J'étais juste curieuse de savoir ce qu'il se passait ici. Mon ancien coéquipier s'intéressait au Japon, il était sûr que ce qu'il commence à se passer en France devait avoir des éléments de réponse ici, et il ne s'était pas trompé. Je suis juste navrée qu'il soit mort avant d'avoir pu venir avec moi.

- La dure vie des Quadrilleurs. Mes condoléances quand même.

- C'est le passé. N'en parlons plus. Je fais juste mon devoir pour que ce qu'il avançait ne disparaisse pas avec lui dans sa tombe, surtout vu ce que je ramène avec moi comme preuves. On s'est moqué de lui. Je veux qu'il retrouve de l'honneur.

- C'est noble. Je suis impressionné.

- C'était un ami, et nous étions aussi soudés que toi et lui. La jeune femme grimpa enfin sur le dos de son pokémon qui se releva, puis elle tendit la main : C'était un plaisir d'enfin revoir des youtubers, je croyais que vous aviez tous disparus. Faites attention à vous surtout.

Un pincement au cœur pris l'homme au manteau rouge à l'entente du mot « youtuber ». On ne l'avait plus appelé ainsi depuis trois ans. Trois ans putain !

Et pourtant, il s'en souvenait comme si c'était hier. Les vidéos. Les fans. Le plaisir de rencontrer tout ces gens.

Mais il n'y avait plus de jeux aujourd'hui, plus qu'un seul, loin des écrans. La map avait fini par devenir le monde réel, et dans ce jeu-là vous n'aviez plus qu'une seule vie. Autant dire que la partie s'annonçait vraiment hardcore.

Mais malgré lui et cette amère pensée, il sourit et pressa la main de l'adolescente au Dracaufeu. Par nostalgie. Par manque de cette vieille époque.

- C'était cool ouais, et je suis heureux de t'avoir revue. Allez file, et si jamais on venait à ne plus jamais se revoir, n'oublie pas notre marché : Le monde doit savoir qu'un pyrobarbare et un chauve à lunettes se sont battus pour sauver l'avenir de l'humanité !


Eeet ouais, ça commence à partir en cacahuètes un peu partout avec l'introduction de nouveaux personnages. O/

Bon, pas énormément d'actions dans ce chapitre, je le sais, mais promis les choses vont très vite s'intensifier, et j'ai réussi à enfin m'instaurer un rythme pour écrire, en parallèle de la fac. D'ailleurs à l'heure où vous lisez ces lignes sachez que je commence déjà le chapitre suivant, et qu'il sortira normalement après le chapitre 5 de Five Nights with SLG, qui est en cours lui aussi. Promis ça arrivera vite.

En attendant, j'ose vraiment espérer que ça vous a plu, j'appréhendais énormément à l'idée de revenir sur FF donc... Et bah, je flippe un peu voilà.:$

Donc si ça vous a plu bah... N'hésitez pas à le dire, et même si des choses vont pas, faut pas hésiter ! Je prends beaucoup de plaisir à écrire cette fic, j'essaie donc d'en faire aussi un moment agréable pour vous à la lecture~

Bref je vous fais tout plein de bisous et vous dis à très bientôt ! Merci encore de m'avoir lue !

Votre petite biche, Lavi'~