Chapitre 6
Tom s'avança à pas de velours vers le lit de Bill en retenant sa respiration comme il le pouvait. Sa tête lui faisait atrocement mal alors qu'il commençait à dé-saouler lentement. Il avait quelques vertiges dès qu'il bougeait un peu trop le crâne sur le côté et dû s'asseoir près de la table de chevet. Bill remua un peu mais ne se réveilla pas.
Le dreadé leva les yeux vers le visage de celui qu'il avait tellement aimé étant petit et sentit son coeur se serrer à la vue des sillons laissés par le maquillage sur les joues du brun. Il l'avait fait pleurer, il avait fait du mal à Bill alors qu'il savait que ce dernier n'était pour rien dans sa situation. La rancoeur était bien présente même s'il aurait voulu l'éjecter, il ne pouvait simplement pas s'empêcher de lui en vouloir.
Tom glissa ses fesses sur le sol pour se rapprocher le plus possible du lit et posa sa tête sur ses bras, eux même croisés sur le matelas. Il fixa le visage endormit mais crispé de l'androgyne. Tom le trouva d'abord changé, puis finalement s'avoua qu'il le trouvait toujours aussi beau, sinon plus. Un nouveau pincement le prit au niveau du coeur et il eut envie de pleurer. Il s'en voulait d'avoir été si entreprenant avec Bill quelques heures auparavant. Il avait peur de l'avoir dégoûté ou quelque chose dans ce genre là. Mais dès l'instant où il avait vu l'androgyne, son coeur avait loupé un battement et il savait qu'il était fichu, contraint à retomber dans sa dépendance à l'autre.
Le dreadé soupira un peu trop bruyamment et Bill se retourna dans son lit lui tournant le dos. Tom se releva et après avoir retiré mécaniquement ses chaussures, il se coucha aux côtés de l'androgyne. Il se rapprocha centimètre par centimètre du corps chaud du brun, et lorsque ses jambes touchèrent celles de Bill, il colla timidement son torse au dos de ce dernier et enfouit son visage dans les cheveux longs et bruns. Le coeur de Tom battait la chamade et s'il n'avait pas été trop fier, il se serait mit à pleurer une nouvelle fois.
Sa tête tournait encore mais les sensations qu'il ressentait rappelait à Tom combien Bill lui avait manqué, combien leurs étreintes lui avait manqué. Sans s'en rendre compte, il s'endormit, épuisé, et entoura l'androgyne de ses bras pendant son sommeil, le serrant contre lui.
[…]
« Salut. » Fit une voix froide à Tom qui ouvrait les yeux.
Bill était assit contre un des murs de la chambre emmitouflé dans un grand plaid. Il attendait là depuis plus d'une heure que Tom se réveille alors qu'il avait supplié Anja de le laisser sécher une deuxième journée de cours, c'est à dire le vendredi pour avoir un long week-end pendant lequel il pourrait réapprendre à vivre avec Tom.
Le dreadé sentit son mal de crâne toujours bien présent et referma fortement les yeux durant quelques secondes. Bill avait la gorge serrée, il ne comprenait plus rien à ce qu'il se passait. Il avait simplement constaté la présence de Tom contre son corps à son réveil et avait préféré sortir du lit.
« Pourquoi t'as fait tout ça ? » Demanda rapidement Bill. « J'ai besoin de savoir si au moins tu te souviens de ce que tu as voulu faire hier ? » Ajouta-t-il les joues se réchauffant imperceptiblement.
« Désolé. Je voulais pas te brusquer, ni même faire ça tout court. J'ai pas pu m'en empêcher. » Avoua piteusement le dreadé.
« Donc tu t'en souviens... » Souffla Bill, rassuré de ne pas avoir à tout expliquer.
Tom acquiesça d'un signe de tête et s'assit sur le bord du lit, le regard baissé. Bill soupira et ne put s'empêcher de questionner encore le blond.
« Et pourquoi tu es venu cette nuit ? Pourquoi tu m'imposes tous ces contacts alors qu'au fond tu me hais ? Ca fait mal Tom. »
« Pose pas trop de questions. Je sais pas, je suis autant perdu que toi. J'étais bourré hier, et même si je me souviens, je sais que j'aurais pas dû faire tout ça. Je... » Tom fut coupé par Bill.
« Tu as des problèmes avec l'alcool ? » Demanda-t-il sans ménagement.
« Ca, c'est pas tes affaires. » Cracha le dreadé, prit dans sa faiblesse avant de sortir précipitamment de la chambre, ses baskets à la main. Bill se leva et balança le plaid sur le lit.
« Merde ! » Lança-t-il entre ses dents serrées.
Tom s'était braqué et Bill n'avait pas voulu ça. Il souhaitait juste comprendre pourquoi il ne reconnaissait plus en Tom ce petit garçon qu'il avait connu six ans avant. Le dreadé lui faisait presque peur par ses attitudes changeantes, son visible attrait pour la bouteille et ses pulsions sexuelles. En demandant à Tom s'il avait des problèmes avec l'alcool, ça n'était pas pour l'enfoncer d'avantage mais seulement savoir et essayer de l'aider par la suite. Evidemment, le blond l'avait mal prit et Bill s'en mordait les doigts, il aurait dû attendre.
Le brun ouvrit son armoire et en sortit des vêtements propres. Il s'enferma dans la salle de bain, jetant un oeil à la porte de Tom en passant dans le couloir et laissa l'eau couler quelques secondes le temps qu'elle chauffe. Il entra dans la cabine transparente et laissa le liquide délasser ses muscles.
Lorsqu'il eut terminé de se détendre et de se laver corps et cheveux, il se sécha rapidement et s'habilla gardant une serviette enroulée dans ses cheveux. Il retira les restes de maquillage sur son visage et retourna vers sa chambre. En passant devant la chambre du dreadé, il put entendre quelqu'un jouer et chanter de la guitare. Encore quelque chose qu'il ignorait du nouveau Tom.
Il s'arrêta devant la porte et écouta celui qui le rendait si étrange chanter « Always love » de Nada Surf. Sa gorge se serra et il hésita à entrer lorsque la musique s'arrêta et que la voix de Tom s'enfonça dans un sanglot. Bill n'eut pas la force d'affronter un nouveau rejet et entra dans sa chambre essayant d'occulter le mal-être du dreadé. Il retira la serviette de ses cheveux et les démêla lentement, le regard vide.
[…]
Bill descendit après avoir toqué à la porte de Tom pour que celui-ci descende manger. Il s'installa avec Anja et Gordon et tous ensemble ils attendirent le dernier hôte. Anja laissa sa casserole sur le feu et appela Tom une deuxième fois du bas des escaliers. Ce dernier ne répondit pas.
« Bill, tu l'as bien prévenu ? » Demanda la femme.
« Oui. »
« Tu peux aller jeter un oeil quand même ? » Ajouta Anja.
Bill hocha la tête et remonta à l'étage. Il s'arrêta devant la porte de Tom et après avoir frappé une fois, il entra et trouva une pièce vide de vie humaine. Le dreadé était sortit et personne n'y avait fait attention. L'androgyne prit peur et se mit à respirer rapidement, il s'en voulait de ne pas être allé lui parler lorsqu'il l'avait entendu pleurer deux heures plus tôt. Et s'il arrivait quelque chose à Tom ? Bill en crèverait.
Le brun descendit les marches deux à deux et c'est tout affolé qu'il annonça que Tom n'était plus dans sa chambre. Sans attendre de réponse il courut dans toute la maison appelant le dreadé mais n'obtint aucune réponse. Il retourna dans l'entrée et prit les clefs sur le meuble pour ouvrir la porte. Il sortit dans la rue laissant le portail ouvert et courut dans la rue en hurlant le prénom de Tom. Il avait tellement peur de le perdre une autre fois qu'il ne sentait même plus les larmes couler sur ses joues et les sanglots lui déchirer la gorge.
Essoufflé, fatigué et abattu, Bill s'arrêta au bout de la longue rue. Il fit demi-tour et marcha en trainant les pieds jusque chez lui. Lorsqu'il arriva au niveau du portail il releva la tête qu'il avait gardée baissée et distingua la silhouette de Tom au bout de l'allée, assise sur les deux marches du perron devant la maison à dix mètres de lui. Il entra et referma le portillon derrière lui avant d'essuyer ses larmes et de s'avancer vers le dreadé rapidement.
« T'étais où putain ? Tu m'as fait peur pauvre con ! » Pleura encore Bill rassuré.
« Dans le jardin. » Répondit simplement le dreadé.
« Et tu m'as pas entendu t'appeler ? » Riposta le brun.
« Non, j'avais de la musique à fond dans les oreilles. » Se défendit Tom.
Bill s'assit près du dreadé et ne put s'empêcher de le serrer contre lui, ses bras autour de son cou.
« J'ai cru que tu t'étais enfuit. » Souffla l'androgyne.
Tom repoussa doucement ce dernier et serra ses mains sur son pantalon trop large. Il releva les yeux vers Bill.
« J'y ai pensé...à m'enfuir. Mais j'ai pas pu le faire, je suis trop lâche pour ça. » Avoua Tom.
« Tu n'es pas lâche, dis pas ça. » Répliqua le brun fixant son regard embrumé dans celui du dreadé.
« J'ai pas su faire rester y'a six ans, j'ai pas su m'interposer, je t'ai laissé partir. Et maintenant... »
« Tu n'y étais pour rien, tu ne pouvais rien faire ! » S'imposa Bill.
« Je suis une loque et je sais même pas comment j'ai survécu pendant tout ce temps sans toi...Putain ! » Jura le dreadé.
Tom ne laissa pas le temps à Bill de répondre et remonta dans sa chambre en courant passant devant le couple qui l'accueillait et qui se sentait impuissant. Le dreadé se sentait faible et venait de l'avouer piteusement même si Bill le savait déjà puisqu'il ressentait la même chose. Il avait beau avoir été accueillit avant en famille, il n'avait pas bien vécu la séparation avec Tom. Il avait sentit passer les six années une à une.
Bill renifla et essuya ses yeux, il en avait assez de pleurer mais ne pouvait s'en empêcher. Tout remontait à la surface depuis la veille et il n'arrivait plus à retenir sa tristesse, il n'arrivait plus à cacher tout ça. Il rentra et ferma la porte, ses yeux croisèrent ceux de sa famille d'accueil et il monta les escaliers, il arrivait même à oublier qu'il avait faim depuis cette nuit tellement tout lui faisait mal.
Bill s'arrêta devant la chambre de Tom dont la porte était entre-ouverte. Il entra doucement et s'assit sur le lit. Le dreadé était de l'autre côté et lui tournait le dos alors qu'une mélodie vomissait toute la tristesse possible. Tom ne s'arrêta pas de jouer ignorant Bill jusqu'à la fin de la musique qu'il s'appliquait à jouer. Alors que la dernière note raisonnait encore, Tom soupira et s'affaissa un peu plus sur la caisse de sa guitare.
« Ca fait longtemps que tu en joues ? » Chuchota Bill ne voulant rien briser.
« Un peu plus d'un an. J'ai trouvé la guitare dans la cave de mon autre famille d'accueil. » Expliqua Tom sans se retourner, ses doigts caressant le bois de l'instrument abîmé par endroit.
« Tu es doué. »
« Merci. » Souffla Tom reposant la guitare debout le long du mur.
« Tom... » Appela Bill faiblement.
Le dreadé se retourna et attendit que l'androgyne pose sa question.
« On n'en parlait pas quand on était petits mais...Tu te souviens de tes parents toi ? »
« Je veux toujours pas en parler. » Lâcha Tom tournant de nouveau le dos à Bill.
« Désolé...Mais, je voudrais te dire moi ce dont je me souviens. Je l'ai jamais dit à personne et j'ai jamais osé demander à Anja si elle savait. »
« Va lui demander alors moi je veux pas savoir. » Répondit Tom froidement blessant l'androgyne.
« Je t'ai fait quoi bordel ?! J'ai attendu ce moment depuis longtemps, te retrouver. Et toi...Toi... » Hurla Bill se levant pour se mettre devant le blond. « Regarde-moi ! » Exigea Bill relevant le menton de Tom qui le rabaissa aussitôt. « Et toi...Un coup du me jettes, un coup tu veux me baiser ! » Termina le brun furieux et la réaction ne se fit pas attendre.
Tom se leva et poussa Bill contre le mur avant de le gifler. L'androgyne fut abasourdit et ne put rien dire, il laissa le dreadé répondre.
« J'ai jamais eu envie de te baiser ! Tu dis des conneries ! » Cria Tom hors de lui.
« Ah oui ? Et hier soir c'était quoi pour toi ? » Répliqua Bill.
« J'ai pas essayé de te baiser et... »
« Tu voulais que je te branle Tom, c'est pareil pour moi ! Si je l'avais fait, on serait allés jusqu'où ? » Rappela l'androgyne.
« On aurait pas baisé Bill...Tu comprends pas... » Se désola Tom.
« Mais dis-moi ! Arrête de laisser tes phrases en suspend, ça me tue. » Insista Bill.
« Jamais je te baiserais. Oui j'ai eu envie de toi et ça date pas d'aujourd'hui, quand on était gamin déjà, t'as qu'à relire la lettre accrochée au dessus de ton lit. Mais je tiens à toi plus qu'à ma propre vie ! » Dévoila le dreadé, il se mettait à nu.
« Tu me le montres pas ! » Cria encore Bill dont le coeur se serrait aux déclarations de Tom.
« Parce que t'aurais mieux réagit si je t'avais demandé directement de faire l'amour avec moi ? » Envoya le dreadé stoppant toute discussion.
Dans la pièce, seuls leurs souffles raisonnaient bruyamment. La fureur mêlée à l'amour explosait l'atmosphère tendue et Tom aurait voulu disparaître. Il venait de se jeter dans la gueule du loup et priait pour qu'il le laisse s'en sortir avant de la refermer. Le dreadé détourna le regard et sortit de la pièce.
« Tom attends ! » S'écria Bill essayant de le retenir.
« Nan c'est bon, laisse-moi. » Murmura Tom avant de d'éjecter la main de l'androgyne qui tentait de l'agripper.
« On est trop jeune pour ça de toute façon, on fait pas l'amour à quatorze ans... » Dit Bill pour lui même, debout face à la porte de la salle de bain qui venait de se refermer sur Tom ne sachant pas que le dreadé avait tout entendu.
La porte se rouvrit brusquement et le dreadé fixa Bill dans les yeux lui lâchant une dernière réplique.
« Moi je suis près à faire l'amour avec toi, peut importe nos âges. Peut être que tu ne m'adores pas comme je t'adore mais moi je suis sûr de ce que je ressens depuis tant de temps, encore plus depuis que je t'ai revu Bill. J'ai juste l'impression que c'est toi qui ne ressens plus pareil, je veux pas de ton amitié, je veux ton coeur tout entier. Je joue plus Bill. En six ans j'ai eu le temps de comprendre ce que je ressentais pour toi. Quand tu auras comprit ça, tu auras tout comprit. »
La salle de bain fut close une nouvelle fois et Bill resta planté dans le couloir pendant plusieurs minutes. Son cerveau essayait de lui faire assimiler la déclaration de Tom et il avait du mal à admettre les paroles du dreadé. Tout lui tombait dessus comme ça, il ne savait plus quoi penser.
Il alla dans sa chambre et se coucha sur son lit. Son ventre gargouilla lui rappelant qu'il n'avait rien mangé depuis longtemps et il descendit tel un zombie dans la cuisine où Anja et Gordon déjeunaient en silence.
« Je lui apporterai à manger plus tard. » Murmura Bill les yeux encore rougis.
« Il était simplement dans le jardin. » Dit Anja.
« Je sais...N'en parlons plus ok ? » Répondit l'androgyne.
« Je suis désolée Bill... »
Bill hocha la tête et mangea un peu de son assiette, au moins de quoi couper la sensation de faim pendant quelques heures. Il bu un verre d'eau et monta dans sa chambre pour se reposer et essayer de réfléchir à sa situation, à ses sentiments.
Lorsqu'il entra dans la chambre qu'il s'attendait à trouver vide, il distingua un corps enroulé dans les couvertures. Il s'approcha et ne put s'empêcher de trouver la scène absolument attendrissante. Tom dormait dans son lit, le nez plongé dans les draps. Bill hésita mais se coucha finalement à ses côtés, comme lui l'avait fait la nuit d'avant. Il ne se colla pas à Tom mais resta sur le dos, les yeux fixés sur le plafond.
Au bout d'un certain moment, Bill se tourna dans le lit et prit une dread blonde entre ses doigts. Il faisait face au dos de Tom et ne remarqua pas que ce dernier s'était réveillé. Le dreadé bougea une de ses jambes et l'androgyne lâcha immédiatement les cheveux emmêlés qu'il triturait.
« Tu peux continuer si tu veux... » Murmura Tom.
« Oh...Je t'ai réveillé, pardon. »
Le dreadé se retourna pour faire face à Bill et posa une de ses mains sur la joue fraîche du brun.
« C'est à moi de te demander pardon. Je suis désolé de t'imposer mes humeurs mais je sais pas encore comment me comporter. Je suis perdu Bill. J'ai peur que tout recommence, que je doive partir, ou que tu doives partir, qu'on soit encore séparé. J'ai peur de m'accrocher encore à toi, même si au fond c'est sûrement déjà trop tard. » Expliqua Tom.
« Moi aussi... » Souffla l'androgyne.
« Tu es beau. Sans tout ton maquillage j'ai l'impression de retrouver le Bill d'il y a six ans. »
Bill rougit et regarda autre chose que le visage de Tom. Il se sentait confus et en même temps son coeur martelait sa poitrine à chaque déclaration du dreadé. La seule chose qui l'empêchait de se rapprocher encore de Tom était qu'il avait peur que ce dernier change une nouvelle fois d'avis.
« Ma mère...Ma mère me battait. » Lâcha le dreadé.
« Pourquoi ? Tu faisais rien de mal ? » Bill était horrifié par cette révélation.
« Non, j'étais petit, mais jusqu'à mon arrivée au foyer, ma mère me battait chaque jour. J'ai faillit mourir. »
« Et ton père ? Il a rien fait ? » Demanda le brun.
« J'ai pas de père, je l'ai jamais connu, il s'est barré après avoir baisé ma mère. » Déclara Tom tristement.
« Je comprends pourquoi tu voulais pas en parler. Désolé...»
« Et toi ? » Demanda Tom ignorant ce que Bill venait de lui dire.
« Comme je te disais tout à l'heure, j'ai pas trop de souvenirs. Enfin, je me souviens de qui est mon père, moi c'est ma mère que je connais pas. Je me souviens du visage de mon père, je me souviens qu'il m'emmenait dans des endroits très glauques mais c'est tout. C'est pour ça que je voudrais savoir ce qu'il a fait pour que je me retrouve en foyer. » Expliqua l'androgyne.
Tom ne répondit rien au récit de Bill et se contenta de le regarder. Ses entrailles se serraient à chaque fois que le brun parlait, à chaque fois qu'il bougeait. Le dreadé souffrait de son attachement pour cet être qui l'avait quitté malgré lui six ans plus tôt. Pourtant Tom lui en voulait toujours, quelque chose au fond de lui restait bloqué. Il s'en voulait à lui même pour ne pas avoir essayé de le retenir, mais il en voulait à Bill de n'avoir rien fait non plus.
« On n'est rien... » Souffla le blond.
« Tu te souviens. » Murmura Bill en fermant les yeux quelques secondes.
« Je me souviens de tout tu sais, j'ai rien oublié. » Dit tristement Tom.
« Tu te souviens de ça alors... »
Bill accompagna sa phrase d'un geste qui fit remonter un des souvenirs les plus douloureux à la surface. Il posa ses mains sur le coeur et le ventre de Tom leur rappelant les baisers qu'ils échangeaient et qui leur réchauffaient ces deux parties du corps. La réaction ne se fit pas attendre et le dreadé sentit son ventre se serrer et il ne put s'empêcher de hurler.
« Arrête ! » Fit-il en repoussant Bill qui tomba du lit.
Tom descendit du lit, son corps tremblait et son visage était crispé de douleur. Bill se releva en frottant son dos, il avait le regard baissé vers le sol et essayait de retenir ses larmes. Le dreadé souffla plusieurs fois fortement et sortit de la chambre de Bill. L'androgyne entendit une porte claquer : Tom s'était encore enfermé, Tom avait encore fuit, Tom avait encore tout cassé.
Pourtant Bill essayait, il voulait vraiment rattraper le temps perdu. Avec son geste, il avait seulement voulu lui montrer combien il aurait voulu reprendre là où ils en étaient restés. Et il ne comprenait pas. Tom lui avait fait comprendre qu'il l'aimait toujours, sinon plus, et pourtant il le rejetait. Bill voulait juste disparaître et cacher les larmes qui détruisaient une nouvelle fois sa peau blanche de gamin de quatorze ans.
L'androgyne sortit de sa chambre et descendit dans la cuisine. Il prit un plateau et y disposa quelques denrées. Il remonta et déposa le tout devant la porte de Tom. Il toqua à la porte et murmura simplement quelques mots.
« Il faut que tu manges Tom. Je te laisse un plateau juste là. Je... » Souffla Bill. « Non rien... » Continua-t-il. « Enfin...Si...Tu sais...Je t'adore aussi. » Termina enfin l'androgyne entre deux reniflements.
Il retourna dans sa chambre et se trouva stupide de ne pas oser dire clairement à Tom qu'il l'aimait encore lui aussi. Ils se le disaient quand ils étaient plus petits, mais à ce moment là, ça ne voulait plus sortir. Il se coucha et dormit le reste de l'après-midi attendant un nouvel assaut du dreadé qui le rendait si vulnérable. Avant de s'endormir, il avait simplement repensé au goût que les lèvres de Tom avaient. Il rêva qu'il les embrassait autant qu'il le voulait. Il rêva à ce que Tom s'acharnait à lui retirer alors qu'au fond il le voulait lui aussi.
Tom avait peur. Tom avait peur de Bill. Tom avait peur de l'absence. Tom ne voulait plus avancer. Tom ne voulait pas répéter le passé. Peut être que c'est parce qu'il avait trop aimé Bill qu'on le lui avait retiré. Alors il s'empêchait de céder à ses envies. Il somnola sur son lit, sa guitare entre les bras et ne mangea rien. Son ventre était vide depuis plus d'un jour et pourtant il ne se sentait pas la force d'avaler quoique ce soit. Affaiblit, il s'endormit lui aussi, sa main grattant accidentellement les cordes de son instrument alors qu'elle retombait sur le lit.
