Chapitre 6 ~ Ma lumière…
(changement de POV - POV Reita)
Un mois… Un mois qu'il vivait avec moi. Je crois que j'ai trouvé ce qu'il me fallait pour m'en sortir. Comment faisait-il ? Je ne sais pas mais sa seule présence suffisait à me faire du bien. Il est la corde qui me permet de me sortir de ce puits sans fond, la lumière qui vient éclairer les ténèbres de la nuit qui s'est emparé de mon esprit il y a de cela quelques années. Il est ma bouée de sauvetage. Mais avant tout, il est la seule personne à avoir réellement partagé ma vie. La seule depuis que je suis né. C'est si bon, si réconfortant de savoir qu'il y a au moins quelqu'un pour qui vous comptez… et qui compte pour vous.
Le premier jour où je suis retourné travailler, quand je suis rentré chez moi le soir, je ne m'attendais pas à le trouver dans ma cuisine en train de préparer le repas. En réalité je ne savais pas à quoi m'attendre. Peut-être pensais-je qu'il en aurait profité pour partir. Pourtant, j'aurais du le savoir qu'il serait là. Au fond de moi, je le savais mais j'avais tellement l'habitude d'être seul, tant peur qu'il s'en aille, que je le pensais vraiment parti. Quel idiot ! Le trouver dans la cuisine en train de préparer le repas fut une de mes plus grandes joies, bien que je ne lui ais pas montré.
Pourquoi ? Oh tout simplement parce que je ne sais pas exprimer mes sentiments. Je ne l'ai jamais su et comment pourrais-je le savoir, on ne me l'a jamais appris, et je n'ai jamais eu d'exemples. Alors je me suis contenté de le féliciter pour ses talents de cuisinier, ce qui était soi-dit en passant, un exploit de ma part.
Oui… Trois semaines où chaque jour qui passe n'est qu'une longue attente du soir, cette attente de pouvoir enfin rentrer chez moi pour le retrouver, pour discuter, pour profiter de sa présence à mes côtés, présence qui m'est devenue si précieuse. Son sourire à lui seul suffit à réchauffer mon cœur. Comment arrive-t-il encore à sourire après tout ce qu'il a enduré… Moi qui me croyais malheureux avant de le rencontrer, j'ai honte maintenant d'avoir pu penser une telle chose quand on voit ce que lui a vécu. J'ai honte de m'être laissé abattre pour si peu en réalité. J'avais tout, et lui rien. J'aimerais tant savoir comment il a fait pour tenir, tant savoir d'où il tient cette force, cette volonté de vivre, de survivre… J'aimerais lui demander, mais je n'ose pas. J'ai l'impression qu'il fait impasse sur certaines facettes de sa vie, comme s'il voulait les garder enfouies au fin fond de son être parce qu'il en a peur, parce que ce sont ses trésors, ou peut-être simplement parce qu'il ne veut pas m'en parler. Et je ne veux pas le forcer. J'estime que c'est à lui de m'en parler quand il le voudra, quand il s'en sentira près. Je ne veux pas le brusquer, je veux qu'il se sente en confiance et non pas menacer par ma curiosité, mon envie de le connaître.
Parfois quand je repense à ces trois semaines, je me dis que ce sont sans doute les trois plus belles semaines de ma vie. Comment puis-je dire ça alors que je ne sais pas comment vont être les semaines suivantes ? Certainement aussi belles que celles passées s'il est encore avec moi… Mais ce qui me permet de dire que ces trois passées sont les plus belles, c'est tout simplement parce que ce sont les trois premières. Les trois premières que j'aurais passées avec lui. Les débuts sont toujours les meilleurs. Pourquoi faut-il toujours que la suite soit moins savoureuse… C'est une question que je me suis toujours posé.
Pourtant, quelque chose me dit qu'avec lui ce sera différent. Mais ces trois semaines resteront quand même les plus belles parce que c'est durant ce laps de temps si court - oh oui si court - que j'aurais commencé à le connaître, que j'aurais commencé à apprendre à le connaître, que j'apprenais à apprécier la compagnie de quelqu'un, plus particulièrement la sienne, qu'enfin je voyais le bout du tunnel, que je revivais…
J'ai parfois l'impression que mes pensées sont confuses. Je ne saurais expliquer cette impression, mais parfois quand je pars dans mes pensées, le plus souvent liées à lui, j'ai l'impression de me perdre dans les méandres de mon esprit, comme si celui-ci voulait m'emmener vers un point bien précis mais que le chemin y menant était encore trop encombré de ronces dans lesquelles je me prenais et dans lesquelles je finissais immanquablement par , à chaque fois j'y retournais avec l'espoir de pouvoir avancer un peu, ne serait-ce que d'un pour le moment je stagnais, je n'arrivais pas à avancer, peut-être était-ce encore trop tôt, et le chemin plein de ronces restait dans l'ombre, avec l'espoir qu'un jour il serait éclairé et qu'enfin, je pourrais éviter ces ronces et me frayer un chemin vers ce mystère.
Pour l'instant, le plus important pour moi est de pouvoir enfin rentrer chez moi. Je sais qu'il m'attend. Il m'attend toujours. Je me rappelle sans cesse de son visage à chaque fois qu'il me voit franchir la porte. Ce visage qui s'éclaire, ce sourire qui étire ses lèvres, ses yeux qui brillent. Chaque fois que je vois son visage le soir, j'oublis tout mes problèmes. Ils n'existent plus, plus rien n'existe à part ses yeux et son sourire. Jamais je ne pourrais me résoudre à ne plus les voir.
Pourtant, un jour viendra où il partira. Un jour viendra où il voudra enfin vivre sa vie, cette vie dont il n'a pu profiter pleinement jusqu'à maintenant… Je regarde l'heure, cela doit bien faire la troisième fois en dix minutes que mon regard se porte sur la pendule accrochée dans mon bureau. Je souris, je suis de plus en plus impatient de rentrer. En plus ce soir c'est le week-end, je vais pouvoir passer plus de temps avec lui. D'ailleurs une idée me vient à l'esprit et j'ai bien l'intention de lui donner vie. J'appelle vite fait un de mes administrateurs qui me confirme alors ce que je savais déjà. Je suis le patron après tout, alors pourquoi pas. J'espère qu'il sera content. Personnellement je suis plus qu'heureux de pouvoir passer plus de temps que prévu avec lui.
Je regarde encore une fois la pendule. Pourquoi faut-il que le temps s'écoule si lentement. C'est toujours quand l'on est pressé de faire quelque chose que celui-ci ralenti. On dit de lui qu'il est immuable et pourtant je suis sur qu'il se joue de nous à longueur de journée. J'ai hâte de rentrer mais ça, je crois l'avoir déjà dit, et pourtant je n'aurais de cesse de le répéter tant que je serais encore enfermer dans ce bureau, tant que je n'aurais pas passé le seuil de ma porte et croisé son regard.
Je regarde par la fenêtre. Vous vous rappelez ce que je pensais de la vue que j'avais de mon bureau, cette vue magnifique dont j'avais la chance de profiter. Et bien, je la vois différemment maintenant. Elle est encore plus belle qu'avant. Je suis sur qu'elle lui plairait. Il faudrait que je la lui montre un jour. J'aimerais savoir ce qu'il en pense, ce qu'il ressent face à cette vue. J'aimerais tant savoir ce qu'il ressent et pense en général… Mais je ne suis pas dans son esprit et je ne peux pas le lire alors je me contente de scruter son visage, de graver ma mémoire de la moindre de ses expressions pour pouvoir m'en souvenir, les interpréter…
L'heure approche et je sens la joie m'envahir. Je commence à ranger mes affaires, prépare quelques mémos à l'intention de mes collaborateurs. Et oui, même mon approche en ce qui concerne mon travail a changé depuis qu'il est entré dans ma vie. Je m'intéresse enfin à ce que je suis censé faire. Et heureusement que ma prise de conscience a eu lieu à ce moment-là parce que sinon, je me faisais piquer ma place. C'est fou comme la jalousie est mesquine et basse. C'est effrayant de voir à quel point les gens peuvent être prêt à tout pour avoir ce qu'ils n'ont pas et qu'ils désirent tant. C'est lamentable de voir comment ils profitent de l'errance de quelqu'un pour s'approprier ce qu'il a.
Mais je ne m'étendrais pas sur le sujet quoique… je me rappelle sa réaction le soir quand j'étais rentré après avoir découvert la trahison de certains de mes « collaborateurs ». Je ne sais pas exactement quelle tête j'avais mais une chose est sure, celle-ci ne lui plut pas. Je souris à ce souvenir. J'étais enfin de retour chez moi et me dirigeais directement vers le canapé pour m'affaler dessus. Il était sorti de la cuisine avec un torchon dans les mains et dès qu'il m'avait vu, son sourire s'était aussitôt effacé et il avait lâché le torchon pour se précipiter vers moi et s'agenouiller.
-Ryo ?! Qu'est-ce qu'il se passe ? Ca va pas ?
Je secouais vaguement la tête, ne sachant que dire exactement, ni à quoi cela pourrait me servir. Il s'assit alors à côté de moi et me relevant la tête, il me força à le regarder et me reposa les mêmes questions. Bizarrement, à cet instant, j'avais eu l'impression que les rôles étaient inversés. C'était lui qui me réconfortait alors qu'au départ c'était à moi de le faire pour lui. Mais il avait insisté, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, j'avais fini par lui expliquer tout, par me confier.
Pour être honnête, même si c'était un choc et décevant, ce n'était pas non plus la pire chose que l'on peut subir. Ce genre de chose arrivait tous les jours dans ce genre d'entreprise alors à quoi bon s'en formalisait, l'important était que je m'en étais rendu compte à temps. Il me regarda alors, plongé dans une intense réflexion, avant de se lever et de se rendre dans mon bureau d'où il ressortit quelques secondes plus tard en tenant ma basse. Il me la tendit, s'assit à côté de moi et me déclara alors avec une voix grave et un sourire :
-Joue-moi un morceau s'il te plaît.
J'étais étonné je l'avoue. Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Je m'attendais à ce qu'il me parle, essaye de me remonter le moral, mais non. Il me demandait simplement de lui jouer un morceau de basse…
Seul devant la fenêtre de mon bureau, je baisse la tête et laisse un petit rire franchir mes lèvres. Il avait tout juste. Ce n'est que maintenant que je m'en rendais compte mais il avait parfaitement deviné ce qu'il me fallait à ce moment-là. De la musique. Qui plus est, celle de ma basse.
Le soleil commence à se coucher colorant le ciel des plus merveilleuses couleurs qui puissent exister. Et je m'apprête donc à retrouver la personne la plus merveilleuse et étonnante que je connaisse. L'avoir rencontrer est une grande chance, même si au fond de moi, j'aurais aimé le rencontrer dans d'autres circonstances, mais ça n'aurait pas été pareil dans ce cas-là. Non, je suis heureux de l'avoir rencontrer ainsi en fait. Ne jamais regretter et apprécier. Facile à dire n'est-ce pas ?
Je m'approche de mon appartement, je serais bientôt rentré, enfin. Je suis arrivé. Je gare ma voiture sur la place qui m'est réservée et je rentre dans l'immeuble. L'ascenseur me mène jusqu'à mon étage. Ma porte. J'ouvre, j'entre. Et le voilà. Il est là, il s'avance vers moi avec un grand sourire. Je lui rends. Il s'approche encore de moi tandis que je pose les clés dans le cendrier dans l'entrée. Et là, je sens ses lèvres sur ma joue. Je ferme les yeux. Il dépose un léger baiser sur ma joue et me sourit encore une fois. Je suis étonné, c'est la première fois qu'il le fait. Je sens les larmes me monter aux yeux. C'est idiot je sais. Mais je suis tellement heureux. Je ne réfléchis pas et le prends dans mes bras pour le serrer fort contre moi.
-Merci…, murmurais-je alors dans un souffle.
D'abord crispé, il se détend alors à ce simple mot et passe, hésitant, ses bras autour de ma taille. Je mets fin à cet étreinte et essuie précipitamment mes larmes. Il ne fait aucune remarque et je lui en suis reconnaissant, se contentant simplement de me demander ce qu'il me plairait pour manger ce soir.
-Ce qu'il te fait plaisir…
Il me sourit et retourne dans la cuisine. Je vais poser mes affaires dans ma chambre, chambre qu'il y a encore trois semaines je n'occupais quasiment pas, puis reviens dans la cuisine pour lui annoncer la bonne nouvelle.
-Yukkun ?
-Hai ?
-J'ai pris des vacances…
J'attends de voir sa réaction avant de lui dire le reste. Il se retourne vers moi, les yeux écarquillés, mais ne dis rien.
-Je… ça ne te fait pas plaisir ?, demandais-je alors inquiet.
-… Si ! Bien sur que si mais je ne m'y attendais pas !
Il me fait un grand sourire avant de me demander précipitamment combien de temps j'ai, si ça ne poseras pas de problèmes à mon travail, etc. Les questions se succèdent si rapidement que je n'ai même pas le temps de lui répondre.
-Hey ! Doucement !
Il arrête le flot de ses questions et me regarde avec un air penaud et désolé, ce qui me fait obligatoirement rigoler.
-C'est pas grave ! ^^ Alors pour te répondre, non ça ne pose pas de problèmes à mon boulot, c'est moi le patron. Ensuite, j'ai pris au moins deux semaines de congés mais si je veux, je peux en prendre plus.
Un sourire vient illuminer son visage et il me saute au cou, manquant de nous faire tomber tous les deux. Je rigole et il ne tarde pas à faire de même, rajoutant au passage qu'il fallait fêter ça et qu'il allait préparer un bon repas. Je lui proposais mon aide mais il refusa gentiment en ajoutant qu'il ne voulait pas se sentir coupable si jamais je me faisais agresser par un aliment quelconque. Je le regardais alors bouche bée et avisant l'eau dans l'évier, je m'approchais doucement et innocemment de celle-ci avant de lui en envoyer dessus. S'ensuivit alors une bataille d'eau et autres projectiles, envoyant sur l'autre tout ce qui nous tombait sous la main, évitant tout de même les ustensiles. Deux vrais gamins !
Au bout de cinq minutes, quand nous fûmes fatigués, ou plutôt quand il n'y eu plus de projectiles, nous nous arrêtâmes enfin pour nous regarder. Il avait la moitié du t-shirt trempée, des morceaux de tomates, de carottes et autres dans les cheveux, et recouvert de farine et j'en passe et des meilleurs… Quant à moi, je n'étais pas plus présentable ! Nous éclatâmes de rire jusqu'à ce qu'il prenne la parole.
-Oh non ! Bah voilà, j'ai plus rien pour faire le dîner et en plus, la cuisine est un vrai champ de bataille ! Comment je vais faire moi maintenant ?, dit-il avec un air boudeur.
-C'est pas grave Yukkun, on a qu'à aller au restaurant.
-Bah on n'a pas le choix en même temps…
Nous partîmes donc prendre une douche - valait mieux ! - puis nous nous préparâmes pour aller au resto. Au moment où nous sortions de l'immeuble, je le sentis se crisper de façon presque imperceptible à mes côtés et se rapprocher légèrement de moi. Il n'était toujours pas rassuré quand il sortait. C'était un de mes objectifs durant ces deux prochaines semaines, lui redonner confiance.
Nous nous dirigeâmes alors vers ma voiture pour prendre la direction du centre ville. Je lui laissais le choix du restaurant. Il en choisit un de taille moyenne mais l'intérieur était tout à fait agréable, avec des lumières tamisées, une ambiance musicale calme… Je souris, c'était un cadre tout à fait romantique, et son choix m'en apprit un peu plus sur sa personnalité. D'un certain côté, j'étais tout à fait satisfait de son choix, je n'avais réellement pas envie d'être obligé de crier pour me faire entendre.
Il me regarda, cherchant mon approbation quant à son choix et je hochais la tête avec un léger sourire. Nous entrâmes et on nous emmena jusqu'à une table un peu à l'écart des autres. Tant mieux, nous serons au calme. On vint prendre notre commande et nous commençâmes à discuter, de tout de rien, comme souvent, mais nous parlions. Le temps passa sans que je ne m'en rende compte et vint le moment de rentrer.
-Ryo ?, demanda-t-il timidement alors que nous roulions.
-Hai ?
-Je… Tu crois qu'il serait possible qu'on retourne au parc où tu m'avais emmené ?
-Bien sur ! ^^
Je pris alors la direction du parc en question. J'étais heureux qu'il l'ait proposé, j'aimais beaucoup cet endroit, et la nuit, il prenait cette particularité, ce mystère que la nuit offre aux lieux et aux individus. Il prit la direction de la fontaine et s'assit au bord pour regarder la pleine lune qui baignait les arbres et les allées de sa lumière blafarde. Il restait là, à la contempler et je le rejoignis alors.
-Je n'avais encore jamais vu de pleine lune…, murmura-t-il sans la quitter des yeux.
Je tournais la tête vers lui et il me sourit. La lune était pleine, elle éclairait le monde qui s'étendait à ses pieds d'une lumière fantomatique, elle était belle mais si pâle comparée à son sourire. Car à cet instant, c'était lui qui illuminait…
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Voilà enfin la suite... je suis vraiment désolée du temps que j'ai mis pour poster la suite... en plus fanfiction ne voulait pas uploader mon document... Bon, j'espère que cette suite vous aura plus et n'hésitez pas à me donner votre avis ^^ D'ailleurs, merci pour vos commentaires qui me font toujours énormément plaisir ! Ja ne ! Kissu
