Je suis vraiment désolée. J'ai aucune excuse en plus, j'ai juste complètement oublié qu'on était samedi et quand j'ai réalisé c'était trop tard. Donc je peux le poster que maintenant, on est dimanche et il est minuit moins vingt, j'espère que vous m'en voulez pas trop.

Pour me faire pardonner il y a un rapprochement certain dans ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture!


Chapitre VII -"Achèvement"

Une forte détonation retentit dans la forêt d'épicéas, suivie du craquement et du bruit sourd d'un tronc que se déracine et s'échoue sur le sol. D'autres grincements résonnèrent entre les troncs, plus ou moins lointains, alors que des coups de feu retentissaient jusqu'à la cime des arbres, faisant s'envoler les oiseaux dans des battements d'ailes précipités.

Les deux exorcistes se retrouvaient de nouveau enfoncés dans ces bois sombres, les mêmes où ils s'étaient rendus les premiers jours de leur mission, alors que des niveaux un avaient eu le malheur de s'aventurer aux alentours du village. Seulement, aujourd'hui, ils s'étaient enfoncés beaucoup plus profondément dans ce labyrinthe, entourés par les machines du Comte qui étaient cette fois bien plus nombreuses.

Une dizaine d'Akumas de niveau deux leur tournaient autour, crachant maladroitement des projectiles dans leur direction, qui s'enfonçaient dans les troncs épais des arbres ou dans le sol. Il faut dire que les deux garçons n'avaient pas beaucoup réfléchi cette fois-ci et avaient agi sur un coup de tête en s'enfonçant inconsciemment dans la forêt à la poursuite d'une des machines avant de se faire prendre en embuscade par le reste de la bande. Kanda avait seulement réussi à en éliminer un, le prenant par surprise, mais les autres étaient hors d'atteinte, se camouflant entre les troncs ou dans les branches touffues, lançant leurs attaques sans que les exorcistes ne puissent les voir distinctement.

Allen et Kanda étaient tous les deux dos à un tronc, se couvrant de leurs attaques, essayant de repérer d'où venaient les projectiles qui tombaient en rafale sur eux. Les niveaux deux n'étaient pas trop difficile à combattre, d'habitude, mais ils étaient en supériorité numérique et invisibles aux yeux des deux garçons.

Ils étaient presque remis des sévices de leur dernier combat contre le prêtre. Les plaies de Kanda étaient totalement refermées, comme si elles n'avaient jamais été là. Allen, lui, prenait un peu plus de temps pour guérir totalement. Il était resté alité pendant quatre jours entiers, reprenant difficilement les forces qu'il avait perdues au combat. Sa plaie infligée par l'obus avait été recousue et ne le faisait plus autant souffrir. Il pouvait se mouvoir, courir, et arrivait à se battre sans se tordre de douleur. De toute façon, il n'avait pas le choix.

Pendant qu'il était à l'hôpital, Kanda était allé patrouiller aux alentours du village. L'endroit était désert depuis quelques jours. Les habitants, fraîchement sortis de leur envoûtement, n'avaient pas mis longtemps avant de trouver, eux aussi, sous la dalle de l'église, les corps en putréfaction de leurs progénitures. L'asiatique n'avait pas pu les questionner par rapport à une quelconque relique qui sortirait un peu de l'ordinaire, ils avaient du réfléchir seuls sur ce qui aurait pu contenir l'Innocence, jusqu'à ce qu'Allen lui reparle des vitraux. Il lui était déjà arrivé, en se rendant en mission dans un petit village d'Allemagne, de tomber sur une Innocence logée dans un vitrail de l'église et qui protégeait ses habitants à la façon d'un bouclier. Il en était peut-être de même ici, avaient-ils alors pensé.

Mais lorsque l'épéiste s'était de nouveau rendu sur les lieux pour confirmer les dires de son partenaire, il avait retrouvé l'édifice sans dessus-dessous, ravagé, les vitres partiellement brisées, incapable de retrouver les débris de verre comme s'ils avaient été volés.

Il n'avait pas fallu longtemps aux deux exorcistes pour mettre la main sur les coupables. Lorsqu'il avait appris la disparition des vitraux, Allen était sorti de l'hôpital et à peine avait-il posé un pied à l'extérieur que son œil s'était manifesté.

Voilà comment ils se retrouvaient maintenant enfoncés dans les bois avec une flopée de niveaux deux à leurs trousses, alors qu'au dessus d'eux le soleil déclinait lentement mais sûrement, les abandonnant dans la pénombre seuls face aux machines du Comte.

Un obus fondit vers eux à toute vitesse et vint se ficher dans le tronc, à quelques centimètres seulement du visage du symbiotique qui se recroquevilla instantanément, posant ses deux mains sur son crâne dans un réflexe désespéré, encore traumatisé par l'attaque qui avait faillit lui coûter la vie.

Se retournant en un éclair, le japonais envoya un coup de lame qui fendit l'air, l'onde de choc percutant le monstre de ferraille qui se trouvait derrière eux de plein fouet, l'exorcisant, le réduisant en poussière.

Allen redressa la tête, relevant les yeux vers Kanda qui se tournait de nouveau vers lui.

« Rien de cassé, Moyashi ?

-Ça va, j'ai juste été… Surpris. Depuis quand tu te préoccupes de savoir si je vais bi... »

Il se redressa tout en parlant, mais le son de sa voix fut couvert par une nouvelle détonation, toute proche d'eux cette fois, si bien qu'elle fit bourdonner leurs oreilles alors que le souffle les propulsa à terre.

« Bordel ! Ces enfoirés sont trop nombreux ! »

Postés juste derrière l'arbre dos auquel se tenaient les exorcistes, deux Akumas, leurs bras transformés en canon, criblaient le tronc de balles cherchant à les déloger de leur planque. L'épicéa se réduisait peu à peu en morceaux, il tomberait bientôt sous l'assaut des deux monstres.

Allen se retrouvait de nouveau à terre, le dos plaqué contre la souche avec au dessus de lui, le corps de Kanda qui faisait écran, l'épéiste attendant une issue pour se jeter sur les deux Akumas qui les canardaient sans retenue. Le symbiotique avait les deux mains plaquées de chaque côté de son crâne, tentant de masquer le bruit assourdissant des coups de feu. Son épée dans une main, les deux bras passés de chaque côté du corps du blandin, l'asiatique, lui, tentait de le protéger des balles.

De longues secondes passèrent ainsi, Kanda et Allen l'un contre l'autre, silencieux et immobiles, attendant la fin de l'assaut pour riposter. Inconsciemment, l'anglais se sentait en sécurité alors que le corps de l'autre le surplombait. Comme s'il savait qu'il l'avait déjà sauvé une fois et qu'il serait en mesure de le protéger les suivantes. L'attaque cessa, les deux Akumas ne voyant plus de mouvements du côté opposé, sûrement pensaient-ils les avoir achevés.

Sans perdre une seconde, le kendoka se jeta sur eux, sa lame levée en l'air avant de l'abattre sur le premier, le laissant marqué d'une coupure nette qui lui arracha un cri de douleur, disparaissant dans une fumée opaque. Alors qu'il s'apprêtait à faire connaître le même sort à l'autre, ce dernier avait déjà prit la fuite, disparaissant quelques mètres plus loin entre les troncs. N'écoutant que son instinct, l'épéiste se lança à sa poursuite.

Allen se redressa immédiatement, son bras changé en arme, prêt à se battre à son tour. Il s'apprêtait à prendre la même direction que le brun, mais son œil se déclencha soudainement, attiré par trois autres Akumas qui prenaient eux aussi la fuite à sa droite. Sans hésiter, il se lança lui aussi à leur poursuite, espérant que se séparer de son coéquipier dans un bois si dense ne leur porterait pas préjudice pour plus tard.

§

La nuit tombait, plongeant l'épaisse forêt d'épineux dans une pénombre peu rassurante. Le vent se levait, amenant devant la lune de lourds nuages chargés d'eau, alors que la chaleur de la journée remontait lentement depuis le sol.

Allen se faisait aussi silencieux qu'il le pouvait. Ses pas bruissaient légèrement sur la couche d'épines et d'humus qui jonchait le sol, alors qu'il avait de plus en plus de mal à discerner ses alentours. Dans quelques minutes, le soleil aurait définitivement franchi la ligne de l'horizon et il ne verrait plus rien. Un vague sentiment d'appréhension l'envahit alors lorsqu'il pensa à Kanda qui devait sûrement se trouver dans la même situation que lui. Qu'allaient-ils devenir, coincés ici alors que le piège de la nuit se refermait sur eux, face aux monstres mécaniques qui les guettaient, tapis dans l'ombre ?

Allen chassa ses pensées, essayant de se concentrer sur les bruits lointains qui retentissaient, de vagues échos se répercutant jusqu'à lui. Il lui semblait presque entendre le tintement métallique d'une lame qui s'entrechoquerait contre la cuirasse de fer d'un Akuma, mais il savait que son imagination et son appréhension lui jouaient des tours. Alerte, il essaya de faire le vide, tentant de décrypter le moindre bruissement ou frottement qui parviendrait jusqu'à lui alors que peu à peu, la nuit le rendait aveugle.

L'espace de quelques secondes, le silence se fut pesant, lourd. Et brutalement, il fut brisé par le déchirement et l'éclair lumineux de la foudre, sortant Allen de sa torpeur dans un sursaut. Le symbiotique se plaqua de nouveau contre un arbre pour protéger ses arrières avant de réaliser que ce n'était que l'orage.

Il souffla en posant une main contre son front. Il se sentait vraiment idiot, pour le coup, à sursauter comme un dégénéré à cause d'un simple éclair. Cette mission lui mettait décidément les nerfs beaucoup trop à vif pour son propre bien. Il devait se calmer, et arrêter de penser à ce qu'il allait advenir d'eux. Il laissa sa tête aller en arrière le temps que les battements de son cœur retrouvent un rythme raisonnable, écoutant le grondement du tonnerre qui se déplaçait alors que les éclairs illuminaient les alentours, laissant entrevoir l'espace d'un instant les ombres torturées et sinueuses des branches, leur donnant un aspect humanoïde.

Allen tressauta. Il aurait juré voir une forme passer plus loin entre les troncs. Son corps se pétrifia, ses yeux rivés dans la direction de son illusion. Il attendait le prochain éclair, silencieux et prêt à passer à l'acte si ses doutes se confirmaient.

Un nouvel éclat blanc illumina les alentours. Cette fois, il put le distinguer clairement. Quelques mètres en face de lui, un Akuma déambulait maladroitement entre les troncs, lui aussi défavorisé par l'obscurité. Il ne semblait pas l'avoir vu, en revanche.

Allen serra les dents. Il s'apprêtait à attaquer, le prendre par surprise pour lui faire sa fête. Un nouvel éclair, et l'exorciste se jeta sur l'Akuma, Innocence activée et bras levé, prêt à l'abattre sur le monstre pour le réduire en cendres.

Ses vêtements bruissèrent lorsqu'il abattit son bras sur lui, le démon tourna la tête dans sa direction, l'esquivant maladroitement, perdant une partie de sa carcasse métallique qui fut emportée par les griffes du symbiotique.

« Bien tenté, exorciste ! »

D'un bond agile, il fut de à quelques mètres de lui. Mais Allen était déterminé, il lança un nouveau coup dans sa direction qui fendit l'air. Le démon en face de lui était hilare.

« Raté ! Ton obstination fait plaisir à voir. Mais attends, tu ne serais pas ce gamin dont le Maître parle tout le temps ? »

Allen stoppa net. Il lui sortait quoi, là ? L'Akuma perçut son trouble. Il continua.

« Une tignasse blanche et un bras fait d'Innocence, ça ne se croise pas tous les jours. Je suis sûr que c'est toi. Si c'est moi qui rapporte ta tête, le Maître sera ravi. »

Il se jeta sur lui avec la ferme attention d'en découdre, mais le symbiotique fut plus rapide et le plaqua sur le sol, l'immobilisant.

« Arg ! Lâche-moi ! Je te préviens, je peux appeler le Maître en un claquement de doigts si ça me chante. »

Sa main fermement crispée autour de son cou, de la même manière que lorsqu'il avait réussi à attraper les jumeaux Noés dans l'arche, Allen plaqua le démon au sol, resserrant son emprise, une flamme de rage dansant aux fond de ses prunelles grises. L'Akuma eut un sourire provocateur alors qu'un froissement métallique se faisait entendre à mesure que le symbiotique resserrait sa prise autour de ce qui lui servait de cou, le maintenant en place avec fermeté.

« Qui est « le Maître » dont tu n'arrête pas de parler ? »

Sa voix était froide, directive. Il s'étonnait lui-même. Le sourire du démon s'agrandit à mesure qu'il déformait ses traits mais il restait silencieux.

« Parle ! »

Il criait, maintenant. Il se détestait de laisser aller sa rage avec autant de facilité face à l'ennemi, mais la haine qui lui tordait les tripes était trop puissante pour qu'il puisse l' voulait des réponses aux trop nombreuses questions qui tournaient dans sa tête et le hantaient depuis trop longtemps. Il devait savoir. Le monstre parla.

« Tu sais très bien de qui il s'agit, exorciste. »

Il cracha le dernier mot avec dédain. Sa voix éraillée était étouffée, la poigne puissante d'Allen écrasant sa trachée.

« C'est le Comte, n'est ce pas ? C'est lui qui est derrière tout ça, comme d'habitude, hein ? »

Il sentait ses mâchoires se serrer malgré lui, son sang pulser jusque dans ses tempes. Le contour de ses yeux le brûlait et voyant son expression furieuse, l'Akuma eut un rictus démoniaque qui tordit son visage blanchâtre.

« Pourquoi es-tu si en colère, exorciste ? Oh, laisse moi deviner… La mort d'enfants innocents, peut-être ? C'est vrai que c'est domma... »

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase que la main libre d'Allen, fermée en poing, s'était abattue sur son visage avec violence. Ce genre de coups à mains nues n'affectait pas les Akumas, mais Allen ne pouvait pas se retenir. Il se sentait brûler sur place, se faisait consumer par la rage.

« C'est à cause du Comte si ces enfants sont morts ? C'était son plan ? À quoi cela nous mène-t-il ? Réponds! »

Sa gorge était en feu, c'était comme si sa haine cherchait à sortir de son corps. Un ricanement malsain retentit en dessous de lui.

« Le niveau trois que vous avez exterminé avec peine… C'était le nouveau bijou du Maître… Il avait eu l'idée que celui-ci pourrait se nourrir de chair humaine. Pas que nous, Akumas, ayons besoin de nous sustenter pour survivre, mais c'est tellement plus drôle... »

La main gauche d'Allen tremblait. Son regard se perdait sur la face inhumaine de la machine alors que son esprit fusait. La voix métallique continua :

« Celui en toi… Se nourrit de haine et de ressentiment… Plus tu lui en procure, plus il grandit et devient fort…. Le Maître le sait et fera tout ce qui est en son possible pour le faire sortir le plus vite possible. C'en est fini de vous, exorcistes ! »

Et le démon éclata en pièce, des milliers de débris argentés semblables aux morceaux de verre d'un miroir brisé. Allen l'avait exécuté dès que ses dernières paroles avait été prononcées. Il se retrouvait à genoux sur le sol, entouré des restes de la machine qui commençaient déjà à se réduire en cendres. Tête baissée, tout son corps était parcouru d'incontrôlables tremblements. La rage et la haine qui brûlaient en lui laissaient peu à peu place à de la terreur. Depuis le début. Depuis le début, avant même qu'il ne posent un pied en Angleterre, le Comte les avait manipulé comme des pantins. Et eux étaient tombés dans le panneau. Il s'était laissé emporter par la colère qui le rongeait sans comprendre pourquoi la désagréable sensation d'être deux en lui se faisait sentir avec toujours plus d'insistance…

Le Comte avait déjà gagné à plusieurs reprises contre eux. Ce soir, il avait une nouvelle victoire à son tableau de chasse. Il l'utilisait pour se retourner contre son propre camp, contre ses amis, contre son coéquipier… Au final, il n'était qu'un pion de plus dans le jeu du camp adverse.

Il frappa le sol de son poing avec violence. Il hurla à s'en brûler les poumons, cracha toute sa frustration dans sa plainte. La plaie sur son ventre le faisait souffrir et il ne sentait plus sa gorge. Il avait l'impression de pleurer, sentant des gouttes glisser sur ses joues pour venir mourir au sol, absorbées par la terre. Allen se sentait seul, horriblement isolé face à la menace qui s'était immiscée jusqu'en lui.

Il se demanda si mourir serait la solution. Si s'éliminer lui-même causerait la perte du Noé en lui. Une vague pensée pour ses compagnons d'arme lui traversa l'esprit, mais elle fut vite balayée par la tempête qui se déchaînait à l'intérieur de lui.

Il resta silencieux, prostré sur lui-même, pleurant silencieusement alors que son esprit s'apparentait à un champ de bataille.

Il sursauta brusquement lorsque le grésillement de la voix de Kanda retentit à travers son golem. Il se redressa d'un bond, tournant la tête de tous les côtés pour chercher d'où venait le bruit. Le golem s'approcha de lui en voletant jusqu'à arriver au niveau de son visage. La voix du brun était hachurée, la transmission se faisait mal. Il pu quand même déchiffrer ce qu'il essayer de lui dire.

« Oh… Où est ce que… es ? J'ai… l'Akuma qui avait l'Inn… rejoins-moi… l'orée de la forêt.

-… J'arrive. » Répondit le symbiotique d'une voix faible.

Peut-être même que son coéquipier n'avait pas entendu. Il se releva avec lenteur, l'orage retentissait loin dans son dos à présent. S'appuyant contre un arbre, il laissa son regard se perdre dans le vague le temps de quelques secondes. Les paroles de l'Akuma se répétaient en boucle dans sa tête. Devant ses yeux, il voyait se dessiner le visage machiavélique du Comte Millénaire.

Il était épuisé. Il resta appuyé contre le tronc encore quelques instants avant de repartir difficilement, ses jambes ayant peine à le porter. Il laissa derrière lui les miettes argentées qui s'étaient transformée en de petits tas de cendres, se faisant emporter par le vent qui soufflait jusqu'à lui, murmurant son prénom alors que son souffle se perdait dans les branches.

§

Cette foutue mission était enfin finie. Tout ça était derrière eux, maintenant. L'endroit était exorcisé, l'Innocence avait été récupérée par Kanda et elle serait ramenée au QG dès leur retour. Seulement, les blessures de tous étaient encore fraîches et elles mettraient du temps à se refermer. Lorsqu'Allen avait retrouvé son coéquipier à l'orée de la foret, il avait l'air d'un mort vivant. Ses yeux n'avaient jamais été aussi cernés et il était resté silencieux, répondant à peine aux questions du japonais. « Qu'est ce que tu as fait des Akumas qu'il y avait de ton côté ? » « Tu as récupéré des infos ? » « Est ce que tout va bien ? ». Elles étaient toutes restées sans réponses, et Kanda n'avait pas insisté.

Puis ils étaient retournés à l'auberge. Allen était là, allongé, les bras en croix sur son lit, le regard rivé sur le plafond blanc tâché de moisissure dans les coins et fissuré tout du long. Ce bled tombait en ruines. Il était profondément absorbé par ses pensées, se retournant l'esprit dans tous les sens et se laissant accabler par ses questionnements et ses craintes.

Kanda semblait endormi depuis longtemps déjà quand le plus jeune se retourna dans son lit, recroquevillé en chien de fusil, le sommeil le gagnant à son tour alors que ses tribulations se transformaient en cauchemars, revenant incessamment le hanter comme une ombre qui se prolongerait sur le sol jusqu'à l'engloutir totalement.

La nuit fut agitée pour le symbiotique, et l'air démesurément lourd qui accablait l'atmosphère malgré la fenêtre ouverte n'aidait pas. Il se réveillait toutes les heures, la sueur collant sa chemise contre sa peau, haletant, le souffle court. C'était le même manège à chaque fois, il regardait autour de lui comme lorsqu'il s'était réveillé à l'hôpital, perdu et l'esprit encore troublé par ses songes.

Ses cauchemars étaient tous les mêmes. L'église était là, elle se détachait dans le ciel sombre alors que le vent qui se levait dans son dos le poussait vers l'avant. Il se retrouvait à genoux devant l'édifice qui le happait, et se retrouvait le nez en face de la dalle sous laquelle étaient cachés les corps. Il essayait de fuir mais ses membres étaient lourds, lents, ses mouvements incertains et tremblants. Sans savoir comment, il finissait par descendre les escaliers de pierre et il arrivait devant la masse de cadavres. Puis, le visage du prêtre lui apparaissait, avant que sa chair ne fonde pour laisser deviner la tête du diable, un sourire machiavélique découvrant ses crocs. Lorsque le démon se jetait sur lui pour l'attaquer, il voyait Kanda qui se projetait devant eux, faisant barrière avec son corps.

Il mourrait à chaque fois. Le buste tranché en deux, décapité par le monstre ou envoyé avec une telle violence contre les murs qu'il ne se relevait pas.

Allen était un spectateur impuissant, il ne pouvait pas détourner le regard. Il voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Puis ses poumons se bloquaient et tout devenait noir. Un éclair illumina soudainement la scène, et l'Akuma de tout à l'heure apparut en face de lui. Il répétait quelque chose en boucle, et à chaque fois, sa voix devenait plus grave, jusqu'à être complètement distordue.

« Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. Il arrive. »

Le symbiotique s'était réveillé en sursaut, reprenant son souffle avec difficulté. Il appuya une main sur son cœur. Il battait si vite qu'il avait l'impression d'en avoir deux dans la poitrine. Cette simple pensée suffit à lui tordre les tripes.

Dans un des recoins sombres de la petite chambre, il cru voir une silhouette, debout, appuyée contre le mur. Il déglutit avec difficulté alors que la forme semblait se redresser, venant dans leur direction avec une lenteur oppressante.

Allen serrait les draps entre ses doigts, s'enfonçant dans son matelas. Il n'arrivait plus à bouger et l'air dans ses poumons se bloquait dans sa gorge. Un bourdonnement pesant lui montait jusqu'aux oreilles, si bien qu'il n'entendait plus les bruits de la nuit provenant de l'extérieur depuis la fenêtre ouverte.

La silhouette était arrivée au bout de son lit, se penchant au dessus de lui. Son visage entra en contact avec une raie de lumière. Un sourire distordu déformait le bas de son visage. À mesure que le corps se penchait sur lui, le reste de sa tête se découvrait. La lumière atteignit finalement ses yeux, deux billes dorées qui semblaient luire dans l'obscurité.

Tétanisé, Allen était incapable de regarder ailleurs. Le regard perçant de la silhouette se planta dans le sien, à tel point qu'il se sentit absorbé. Il se sentit disparaître, il se sentit fondre, son corps pesait soudainement une tonne. Il eu l'impression que sous lui, tout se dérobait. Il tombait.

« Aaaaaaaah ! »

Allen se redressa, le corps trempé et tremblant. Sa gorge était aussi rêche que du crépis, il n'arrivait pas à reprendre son souffle.

« Bordel Moyashi, ça va pas de hurler comme ça en plein milieu de la nuit ? T'es malade ou quoi ? »

La voix encolérée de Kanda résonna dans l'espace, le ramenant à la réalité. Le blandin posa ses deux mains sur son torse, se palpant pour savoir s'il était toujours dans un rêve. Il tourna la tête vers Kanda, qui, au vu du visage de l'autre, s'abstint de lui crier dessus plus longtemps.

Allen était dans un état déplorable. Sa chemise était grande ouverte, ses boutons ayant cédé tant il s'était débattu dans son sommeil. Son corps luisait, il était trempé, et sur ses joues, des flots salés coulaient jusqu'à son menton. Ses pupilles étaient rétractées à l'extrême et sa respiration était sifflante.

Kanda soupira, passant une main sur son visage. Se penchant sur le côté, il alluma la petite lampe de chevet qui était posée entre leurs deux lits. Il regarda l'heure sur la montre à gousset d'Allen qui était posée à côté. Il était aux alentours de quatre heures, et dehors, la lumière du jour commençait à peine à poindre.

Toujours silencieux, Allen le regardait faire. Il avait l'air effrayé. Le brun siffla.

« Bon, arrête de faire cette tête. Je vais pas te cogner. Qu'est ce que t'as ? »

Allen déglutit. Il le fixait comme si il le rencontrait pour la première fois. Au fond de lui, ses réactions commençaient à l'inquiéter un peu, il avait l'air de devenir complètement fou.

« Oï, Moyashi. Tu me reconnais, au moins ? »

Allen opina. Bon, c'était déjà ça. L'asiatique posa ses deux pieds sur le sol, se redressant sur son lit en s'asseyant en face du blandin.

« T'as rêvé de ce qui s'est passé, hein ? »

Un nouvel hochement de tête.

« C'était pas réel. Rendors-toi maintenant. »

Il parlait froidement, avec détachement. Les dernières bribes de sommeil se laissaient encore entendre dans sa voix. En face de lui, le plus jeune baissa le regard avant d'essuyer ses joues d'un revers de manche. Seulement, les larmes ne cessaient pas. Elle tombaient à grosses gouttes sur sa chemise humide et sur ses deux mains agrippées aux draps devant lui. Elles tremblaient toujours, d'ailleurs.

« Kanda... »

Lorsqu'il releva les yeux vers lui, avec son visage à la fois paniqué et peiné, et son air de chiot battu, le japonais sentit un pic de glace lui traverser le cœur. Il serra les lèvres, frémissant, avant de détourner le regard, sifflant rageusement entre ses dents. Il ne pouvait pas rester insensible face à la détresse de l'autre. Aussi glacial soit-il, ce soir, il en était tout simplement incapable.

Parce que cette fois, ce traumatisme, ils l'avaient vécu à deux.


Personnellement, je suis plutôt contente de la deuxième partie, la nuit d'Allen. J'aime beaucoup écrire sur ses tourments, en fait.

Rien de très passionnant à dire pour cette fois, ne serait-ce que le chapitre huit est très peu avancé et que je ne vais rien promettre. Donc peut-être dans deux semaines, peut-être dans trois, j'en sais rien. Et ça sera le dernier!

A plus les gars! (et bonne nuit.)