Titre : Himitsu
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf Gaita.
Note : Hop hop hop. Alors, vous allez bien ? Ici, il fait beau, le soleil me réchauffe le dos, c'est très agréable. Voilà le nouveau chapitre, je crois pouvoir dire sans trop m'engager qu'il devrait vous plaire. Et vous allez pouvoir faire connaissance avec deux nouveaux personnages. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.
La review des reviews :
Kuroxfyechan : oui enfin Ashura, il a pas été très très sympa quand même. Enfin, passons, du moment que ça aide le mage… Un peu plus de Fye dans ce chapitre, à moi aussi, il me manquait.
Alicia : Effectivement, il souffre un peu, mais bon, c'est connu, ça fait du bien quand ça fait mal.
Hachi : vraiment, tu es parfaite en tant que présidente de mon fanclub ! Merci pour cette review enthousiaste ! Petite note suite à notre conversation msn de l'autre jour : j'ai bien rigolé sur le moment quand tu m'as parlé des surgelés. Je ne pouvais pas te le dire, mais bravo pour ton intuition ! Pour Gaita, si tu veux tout savoir, j'ai eu cette idée en regardant un épisode de Naruto.
Aelin : Et après c'est moi qu'on traite de sadique…
Pour chanter mes louanges ou hurler de frustration (ou les deux), c'est en bas au centre.
Chapitre 7 - Evolutions
Les jours suivants furent difficiles pour tout le monde. Le traitement infligé au mage par Gaita était incroyablement douloureux, mais la maladie reculait lentement.
Fye endurait les souffrances sans rien dire, n'ayant d'ailleurs pas la force de s'exprimer. Il avait été ramené dans sa chambre, où, quand il n'était pas soumis aux soins du crapaud, les nours employaient leurs maigres pouvoirs à lui redonner quelques forces afin qu'il puisse affronter la journée suivante, car il n'était pas encore sorti d'affaire.
Grâce à la bille bleue, l'infection semblait avoir été stoppée et sa peau recouvrait peu à peu une teinte normale, mais il souffrait désormais plus du remède qui lui était administré que du mal lui-même. Le supplice provoqué par la glace était terrible et il devait mobiliser toutes ses forces pour y résister. Son organisme, déjà fortement éprouvé, s'épuisait à faire face à cette nouvelle agression et, plusieurs fois, ses compagnons crurent que sa dernière heure était venue. Mais, ainsi que l'avait prophétisé le ninja, il tint bon et leurs efforts finirent par payer.
Un matin, après l'avoir examiné, le guerrier lui adressa un sourire satisfait et déclara qu'il ne restait plus que quelques traces sur son corps. Quelques applications de la bille, directement sur sa peau, seraient sans doute suffisantes pour en venir à bout.
Le magicien eut enfin droit à ce dont il rêvait depuis longtemps, un peu de repos. Il restait très faible, cependant, et Kurogane ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter en le voyant passer son temps dans un état de semi conscience dont il ne sortait que pour manger et bredouiller quelques paroles, avant de sombrer à nouveau.
Le brun avait trouvé à s'occuper, de son côté. Il ignorait de quoi leurs lendemains seraient faits, et il n'avait pas envie d'y penser pour l'instant, mais s'ils décidaient de faire de cette dimension leur foyer, il fallait remettre le manoir en état. En parcourant les couloirs du rez-de-chaussée, il avait en effet eu quelques surprises. Lors de leur passage précédent à Argaï, il avait été séparé de son compagnon et quand celui-ci l'avait rejoint, il était blessé à la hanche, avait un bras cassé et du sang plein ses vêtements. Mais il n'avait jamais su ce qui lui était exactement arrivé. Ce fut lors de son exploration de la maison qu'il trouva quelques éléments de réponse. Dans une pièce ressemblant à une salle de classe, ainsi que dans la galerie qui y menait, il découvrit des traces de lutte. Mais le pire était dans la grande salle à manger, où le sol, le tapis et les fauteuils étaient souillés de taches noircies et séchées, dont l'origine ne fit aucun doute dans son esprit. C'était là que Fye avait combattu son double maléfique. Ça n'avait pas dû être beau à voir.
Quand il n'était pas en train de faire le ménage, le guerrier s'activait à l'extérieur. Il avait découvert un ancien potager, envahi par les mauvaises herbes entre lesquelles des pousses de légumes variés avaient réussi à subsister, et il avait entrepris d'y mettre bon ordre. Il devait trouver de quoi s'alimenter, lui, mais aussi la tribu de peluches et le crapaud. Et comme il ne pouvait pas chasser, le mieux était encore de s'improviser jardinier. Il fit également quelques lessives, dans un grand baquet de bois, et put enfin récupérer ses vêtements qu'il enfila avec bonheur. Il en avait ras le bol de se promener avec un pantalon qui ne lui couvrait que la moitié des mollets.
Il s'étonna de constater que le fait de s'adonner à ces tâches quotidiennes et répétitives ne lui déplaisait pas. Cela occupait son esprit, entretenait son corps, c'était utile, et sans le moindre danger. Le blond n'était pas le seul à avoir besoin d'un peu de paix après la tourmente qu'ils avaient traversée.
Il s'était également trouvé une chambre, mais en début d'après-midi, son travail terminé, il avait pris l'habitude de venir s'allonger près du mage pour s'accorder une sieste. Puis, le soir venu, il s'entraînait un peu avant de s'occuper du repas des petits et d'aller se coucher. Il s'endormait toujours avec facilité, l'esprit tranquille.
Peu à peu, la santé de Fye s'améliorait. Sa respiration se faisait plus facile, plus légère, son visage perdait de sa pâleur, et il restait éveillé de plus en plus longtemps. Il lui faudrait sans doute beaucoup de temps et de repos pour reconstituer ses forces, mais il était définitivement sauvé.
Gaita et les noursons s'entendaient à merveille. Ils partaient souvent en exploration autour du manoir. Quand ils n'étaient pas en vadrouille, ils tenaient compagnie au blond qui, quand il se sentait d'aplomb, donnait des leçons de vocabulaire aux petites peluches. Il leur avait octroyé des noms, en essayant de respecter les usages de leur peuple. Le plus grand des mâles s'appelait Palo, l'autre Paku, et les deux femelles avaient été baptisées Pia et Pouna. Après avoir passé de nombreux jours à errer dans des délires fiévreux, à combattre la peur et le découragement, il retrouvait progressivement son naturel enjoué, et il fallait bien avouer que l'éducation de ses protégés s'en ressentait quelque peu.
Ainsi, un jour, lorsque Kurogane entra dans la chambre, il trouva Paku qui l'attendait, debout sur le lit, les poings sur les hanches, un air bravache sur son petit visage poilu. Le nourson tendit une patte vers lui et s'écria, de sa petite voix flûtée.
- Salut , Kuro-toutou, mon p'tit gars !? Ça biche !?
- P'tit gars ! P'tit gars ! renchérirent les autres, en chœur en sautant sur le matelas.
Une expression incrédule s'afficha sur le visage du guerrier que cette appellation énervait particulièrement. Ses sourcils se froncèrent dangereusement, mais un son issu du lit fit immédiatement retomber sa mauvaise humeur. Fye riait. Pas de ce rire doux, un peu triste, qui avait été le sien ces derniers temps, mais une vraie crise de fou-rire, qui lui faisait monter les larmes aux yeux.
- Hé… fit le ninja en s'asseyant sur un coin du matelas. Je suppose que c'est toi qui es à l'origine de… ça ?
- Rho non Kuro-chan, voyons, je n'aurais pas osé !
- Ben voyons…
- Ils sont mignons, non ?
- Mfff…
Il râlait, mais il souriait. D'autant plus que les nours s'étaient agglutinés autour de lui pour lui faire des câlins, et qu'il n'avait pas envie de les repousser. Voir le mage retrouver sa joie de vivre, constater que les petites créatures sauvées du désastre de Rozamova étaient en pleine forme, tout cela lui réchauffait le cœur. Même ce maudit crapaud au langage de charretier avait fini par lui devenir sympathique.
Une nouvelle semaine s'écoula paisiblement. Le blond reprenait rapidement des forces, et finit en avoir assez de rester dans son lit. Il avait encore du mal à marcher, car ses jambes, particulièrement la gauche, avaient subi de graves atteintes. Ses articulations étaient toujours douloureuses, et ses muscles avaient beaucoup souffert. Mais il avait envie de sortir, de voir le soleil, et tous les jours, son compagnon l'aidait à descendre dans le jardin où il l'installait dans un fauteuil, pour qu'il puisse profiter de l'air frais et de la lumière extérieure. Pour passer le temps, il essayait de déchiffrer les grimoires qu'ils avaient trouvés dans la salle ronde. Quand il faisait beau, il s'endormait souvent au soleil.
Mais bientôt, il se sentit plus fort, et commença à s'ennuyer un peu. Jouer les nourrices auprès des noursons, c'était amusant, mignon, lire de vieux bouquins écrits dans des langages tarabiscotés, c'était instructif et cela éveillait l'esprit, mais quelque chose lui manquait. Le ninja passait ses journées à travailler, tantôt à l'intérieur, tantôt dehors, mais rarement à côté de lui, et ne pas pouvoir le suivre pour l'aider – ou l'embêter – commençait à devenir frustrant.
Aussi, dès qu'il fut en mesure de faire quelques pas sans aide, il s'attela à remédier à ce problème et se trouva une nouvelle occupation, des plus passionnantes. Il avait appris que Kurogane s'occupait du potager, et il décida à son tour d'investir les lieux. Naturellement, il n'était pas question pour lui de se briser le dos en faisant du jardinage mais, quotidiennement, il s'installait sous un arbre, adossé au tronc, un livre sur les genoux. Toutefois, il ne tournait pas souvent les pages, il était bien trop intéressé par le spectacle édifiant du guerrier en train de s'acharner à coups de bêche sur le sol, torse nu, transpirant, le soleil jouant sur sa peau halée et ses muscles ciselés par des années d'entraînement.
Bien sûr, l'objet de son attention finit par remarquer son manège.
- Quoi ? demanda-t-il un jour, alors que le regard du mage ne l'avait pas quitté depuis plusieurs minutes.
- Mais rien, Kuro-chan, répondit celui-ci avec son sourire le plus innocent.
- Tu t'y connais en légumes ? Je fais quelque chose de mal ? Je fais de mon mieux mais…
Le sourire de Fye s'agrandit encore. Kuro-chan, je t'adore !
- Non, non, tu fais ça très bien. On dirait même que tu as la main verte.
En effet, le jardin reprenait vie et prospérait. Le ninja délaissa ses outils et vint s'asseoir sous l'arbre, à côté de son compagnon. Le soleil tapait fort et il avait chaud. Sa peau sentait le soleil.
- Les boules de poils m'ont aidé. Ils ont l'air de bien s'y connaître, contrairement à moi.
- Je trouve que tu t'en sors parfaitement, répondit le blond avec sincérité. Dis-moi, Kuro-chan, as-tu réfléchi à ce que tu voulais faire, maintenant que je vais mieux ? Tu dois avoir envie de bouger. Peut-être que tu aimerais… retourner au Japon, auprès de Tomoyo-hime ?
- J'y ai pensé, oui. Mais pour le moment, je ne veux aller nulle part. Je ne veux rien faire tant que tu ne seras pas complètement rétabli.
- Ça risque d'être long, et tu vas finir par t'ennuyer.
- J'ai bien assez à faire, et je ne veux pas brusquer les choses. On rentera au Japon, mais seulement si tu en as envie, et plus tard. On ne sait pas ce qui va se passer une fois qu'on sera là-bas. La Sorcière va sûrement nous tomber sur le dos, sans parler de ce type…
- Ashura-oh ?
- Ouais. Ici, je pense qu'on est à l'abri de son regard, sans quoi il se serait déjà manifesté. Mais si on bouge… Il n'est pas question que je te laisse l'affronter dans ton état actuel. Tu es loin d'être prêt.
- Mais il n'y a pas que ça… reprit le blond.
- Tu penses au clone du gamin ?
- Oui. Qui sait ce qu'il est en train de faire, en ce moment. Il est dangereux…
- Je sais, mais ça ne change rien. Ecoute et rentre bien ça dans ton petit crâne. On ne bougera pas d'ici tant que tu ne seras pas complètement guéri. Alors ne recommence pas à te prendre la tête avec toutes sortes de questions et de suppositions. Repose-toi, soigne-toi, et on verra plus tard. Pigé ?
- Oui, Kuro-sama.
- Je retourne travailler. Tu veux que je t'aide à rentrer ?
- Non. Je vais rester ici encore un peu.
Le ninja se leva, s'arma de ses outils et revint à ses plants de pommes de terre. Fye l'observa un moment, un petit sourire au coin des lèvres, mais l'esprit étrangement préoccupé. Il se sentait mal à l'aise, tout à coup. Il en attribua la cause à la fatigue, et décida que finalement, il ferait mieux de retourner dans sa chambre.
o0O0O0Oo
La femme se leva et s'approcha du gigantesque miroir. L'image qui apparut dans le halo était celle d'un homme. Il était jeune, avec une tignasse ébouriffée d'un blond clair et doré. Un bandeau noir cachait son œil gauche, et l'autre était d'un bleu intense. Un fin sourire, paisible, arquait doucement ses lèvres. Assis dans l'herbe, à l'ombre d'un arbre auquel il était adossé, il semblait peu intéressé par le livre posé sur ses genoux. Il fixait du regard quelque chose que l'observatrice ne pouvait pas voir.
D'un geste gracieux, elle repoussa une mèche de cheveux qui balayait sa joue. Elle était grande et fine, avec une chevelure d'une étrange couleur rose thé et des yeux dorés. Des oreilles pointues en dépassaient. Elle portait une longue robe blanche, profondément décolletée sur sa poitrine généreuse, échancrée dans son dos jusqu'à ses reins. Elle avait un beau visage, qu'une expression de convoitise sournoise gâchait.
- Je le veux, dit-elle d'un ton sans réplique.
Son second, un petit homme au corps tordu, s'approcha d'elle en se frottant les mains, dans une attitude servile, et prit un ton doucereux pour lui répondre.
- Et vous l'aurez, Dame Nandra.
- Quand ?
- Dès que nous aurons résolu un tout petit problème.
Les pupilles aux reflets dangereux, métalliques, de la femme se tournèrent vers lui.
- Quel problème, Ranmaru ?
- Celui-ci, répondit le valet en tendant la main vers le miroir.
Une silhouette s'interposa entre le magicien et le soleil, lui coupant brièvement la lumière, et un homme aux cheveux noirs vint s'asseoir à côté de lui. Tous deux se mirent à parler. Le nouveau venu était de grande taille et d'une carrure impressionnante. Il était torse nu, et les muscles de ses pectoraux et de ses bras roulaient sous sa peau halée au moindre de ses mouvements.
- Je le veux, lui aussi, dit Nandra avec un sourire carnassier.
- Oui, Maîtresse. Ils seront ici très bientôt.
- N'échoue pas, Ranmaru.
Le subalterne acquiesça d'un signe du menton et se retira rapidement, une sensation désagréable au creux de la nuque. Elle n'avait pas eu besoin de préciser ce qui arriverait s'il ne réussissait pas.
Il longea les couloirs du château Lys, et s'arrêta un instant à une fenêtre pour contempler le paysage qui s'étendait au pied de la colline. Les cimes verdoyantes de la dense forêt qui recouvrait tout le domaine s'agitaient doucement sous le vent, comme une mer sage, domestiquée par la présence d'immenses murs, tout autour de la propriété. Au-delà de cette enceinte, il n'y avait rien, que le vide.
Pour accéder au tout petit pays de Risu, il fallait posséder le pouvoir de voyager à travers les dimensions, être accompagné d'une personne possédant ce pouvoir, ou être invité. Et c'était à lui, Ranmaru, de lancer ces invitations. Il abandonna sa contemplation du décor avec un petit soupir. Il était temps de se mettre au travail.
o0O0O0Oo
Kurogane soupira d'aise et se renfonça un peu plus dans son oreiller. Sa séance de jardinage terminée, il était allé rejoindre le mage dans sa chambre et s'était allongé à côté de lui. Le blond dormait à son arrivée.
Gaita était parti en promenade sur la colline avec les noursons, et le manoir était plongé dans le silence. Le ninja s'était octroyé une sieste bien méritée, qui s'était prolongée une grande partie de l'après-midi. A son réveil, il n'avait pas eu envie de se lever.
De ses longues heures de veille inquiète, où il était resté ainsi, étendu près du malade, à l'observer jusqu'à s'en user les yeux, à la recherche du moindre signe indiquant que sa vie était sur le point de s'éteindre, le guerrier avait conservé cette coutume.
Il aimait se coucher le dos, les bras croisés derrière la tête, confortablement calé par des coussins, et ne rien faire, simplement écouter le rythme désormais paisible de la respiration du magicien, essayer de deviner le moment exact où il allait ouvrir les yeux, rien qu'à l'altération de son souffle. Et justement, ce moment était arrivé.
Il se tourna vers son compagnon. Celui-ci s'était un peu agité, et s'était découvert. Le drap léger qui le recouvrait avait glissé, et sa tunique était remontée, découvrant une large part de son ventre dont la peau soyeuse avait retrouvé son teint clair, presque nacré.Le soleil descendait doucement, la journée tirait à sa fin. Ses rayons dorés entraient à grands flots par la fenêtre ouverte, venaient caresser ce corps voluptueusement offert à la chaleur estivale. Fye ouvrit les yeux, et la lumière inonda sa prunelle, allumant des reflets étincelants sur son iris déjà intense.
- Ne bouge pas, murmura le ninja.
Il voulait fixer cette image dans sa mémoire, la conserver à jamais. La moue légèrement boudeuse du mage après son réveil tout récent, son regard magnétique, son visage si plein de vie, c'était le spectacle le plus incroyable qu'il lui ait été donné de voir.
Et soudain, il eut envie de le toucher, peut-être pour s'assurer de la réalité de sa vision. Avec douceur, il effleura la peau veloutée de son ventre, du bout des doigts. Obéissant à l'injonction qui lui avait été donnée, le magicien ne bougeait pas, le seul mouvement qui l'animait était celui de sa respiration, paisible, profonde. Il attendait sereinement, nullement perturbé par ce contact.
Par le passé, particulièrement lors des événements les plus récents, il avait souvent senti les mains du guerrier sur lui. Le brun l'avait porté, dévêtu, lavé, rhabillé et même massé, parfois, quand les muscles de ses jambes le torturaient. Mais il l'avait toujours fait par nécessité, pour l'aider. Cette fois, c'était bien différent.
Il connaissait la signification de ce geste, il devinait que le ninja avait perdu la bataille contre ses propres sentiments. Il n'était pas étonné. Il savait depuis longtemps que les choses évolueraient ainsi, qu'un jour, sa peau et celle de son compagnon se rencontreraient. Il avait attendu patiemment ce moment. Et il attendrait encore. Il laisserait le guerrier avancer à son rythme, se faire à cette idée. Ces doigts qui tremblaient un peu sur son ventre n'étaient qu'un premier pas sur un chemin dont il savourerait chaque détour avec bonheur.
La caresse se fit plus franche, plus appuyée, remonta sur ses côtes, et Kurogane se pencha sur lui. Leurs regards se rencontrèrent. Dans les prunelles du brun, un feu sombre brûlait, désir et doute. Ses yeux questionnaient. En réponse, l'iris limpide du mage était comme un lac de sérénité, confiant, consentant. Et le ninja sut que, quoi qu'il fasse, qu'il continue dans cette voie ou qu'il se rétracte, sa décision serait comprise et acceptée. Fye attendait simplement de savoir ce qui allait se passer, il le laissait libre de faire ses choix.
Un petit cri flûté retentit dans les escaliers. Les noursons étaient de retour, et la porte de la chambre était restée ouverte. Un sourire immense fleurit sur le visage du magicien.
- Sauvé par le gong, Kuro-chan, dit-il avec un petit rire.
Il se redressa sur les coudes, profita de l'immobilité soudaine de son compagnon, visiblement sous le choc, pour déposer un baiser rapide sur ses lèvres avant de le repousser doucement.
- Si tu veux bien lever tes fesses de mon lit, je crois qu'il est temps que j'aille prendre une douche… froide.
- Hein !? Oh ! Oui ! Bien sûr ! fit le brun en s'écartant, les pommettes un peu empourprées.
Fye se leva et quitta la pièce. Le guerrier l'entendit parler avec le crapaud, sur le palier. Il se laissa tomber en arrière sur le lit. Qu'est-ce qui venait de se passer, là ? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête, tout à coup ? Il leva sa main et l'observa longuement, puis, avec un soupir, la laissa retomber sur son visage, doigts écartés. Le souvenir d'un contact doux et chaud hantait encore sa paume. Il sourit.
Il n'avait aucune idée de la raison qui l'avait poussé à agir de la sorte. Il savait pourquoi il avait eu envie de ce contact, ça oui. Mais ce qui était arrivé ensuite… ? Il se surprit à imaginer ce qui aurait pu se produire si les peluches n'étaient pas intervenues. Cette pensée le fit rougir furieusement. Bon, ça suffisait là ! Il devait se ressaisir ! D'un bond souple, il se mit debout, attrapa son sabre et sortir de la chambre. Il dévala les escaliers pour gagner le jardin. Un peu d'exercice physique lui ferait le plus grand bien. En s'entraînant durement, il parviendrait peut-être à oublier que, quand il avait entendu la voix flûtée des noursons dans le couloir, pendant un très court instant, il s'était senti vraiment contrarié.
Les paupières closes, un sourire aux lèvres, le mage laissait l'eau de la douche ruisseler sur ses joues. Il ne s'était pas passé grand-chose, finalement, pourtant une étape importante de ses relations avec son compagnon venait d'être franchie. Cette pensée le rendait profondément heureux. Pourtant, il ne parvenait pas à profiter pleinement de ce moment de félicité. Il était tracassé, sans bien savoir par quoi. Une lourdeur désagréable pesait sur la base de sa nuque. Machinalement, il se massa les épaules. Il avait déjà éprouvé la même sensation, un peu plus tôt dans la journée, pendant qu'il reluquait honteusement Kurogane… euh, mais non, à quoi pensait-il donc ? … alors qu'il était concentré sur la traduction d'un très ancien et très puissant grimoire magique dans le jardin. Son instinct l'avertissait d'un danger.
Tu te fais des idées, pensa-t-il en attrapant un gant de toilette et un pain de savon. Mais plus le temps avançait, plus son malaise augmentait, si bien que lorsqu'il eut fini de se laver et fermé les robinets, il se sécha, ceignit ses reins d'une serviette et resta immobile, debout dans la baignoire, pour embrasser la pièce d'un coup d'oeil circulaire. Il avait le sentiment extrêmement déplaisant d'être espionné. Et s'il s'avouait sans la moindre gêne qu'il adorait passer des heures à observer les moindres gestes du ninja, qu'il aimait tout autant savoir que les prunelles grenat du brun étaient posées sur lui, suivant chacun de ses mouvements, en revanche, il détestait vraiment qu'un regard inconnu se promène sans autorisation sur les détails de son anatomie.
Contrairement à ce qu'il avait annoncé à son compagnon avant de quitter la chambre, la douche qu'il avait prise était brûlante, et un nuage de vapeur avait envahi la salle de bain, si dense qu'il pouvait à peine voir les murs carrelés faïence blanche et bleue. Un frisson lui parcourut le dos et il fronça les sourcils. Il réalisa qu'il retenait son souffle depuis plusieurs secondes et s'obligea à expirer doucement. Là où un humain normal aurait été aveugle à toute autre chose que le brouillard épais qui flottait dans l'air immobile de la pièce, ses yeux de mage percevaient quelque chose, un léger miroitement, un infime mouvement peut-être. Qu'est-ce que c'était ? Il s'efforça de chercher une explication rationnelle. Peut-être un reflet ? Mais non, la seule fenêtre n'était rien de plus qu'une petite lucarne située au ras du plafond, et le soleil était bien trop bas pour pouvoir la traverser. Une hallucination due à la fatigue ? Il venait de faire une longue sieste, il se sentait parfaitement bien, il n'y croyait pas une seconde. Alors quoi ?
Tu le sais très bien, pensa-t-il. Tu ne veux simplement pas l'accepter, parce que tu pensais que tu serais en sécurité ici, parce que tu as envie de tranquillité, parce que tu refuses que la paix que tu as trouvée soit gâchée. Pourtant, il devait se rendre à l'évidence, une magie étrangère flottait dans l'atmosphère autour de lui. Une lueur dure, froide, fit pâlir le bleu de son iris, et il se remit à scruter le décor autour de lui. Enfin, il crut percevoir quelque chose, une tache de couleur, évanescente, presque invisible. Il y accrocha son regard. Il devait se concentrer là-dessus, vider son esprit de toute pensée parasite, respirer profondément. Cela n'avait rien de facile, car au fond de lui, il entendait sa propre voix scander un nom au rythme des battements de son cœur. Ashura. Ashura. Ashura. Se pouvait-il que le roi ait découvert sa cachette ? Si c'était le cas, c'était vraiment très ennuyeux, pour ne pas dire catastrophique. Calme-toi. Fais le vide. Reste objectif. Il y a d'autres possibilités. Ouvre-leur ton esprit. Respire. Lentement.
Peu à peu, cette gymnastique mentale paya. Ses sens se focalisèrent sur la tache colorée et sa perception s'aiguisa. Il commença à distinguer une forme, qui s'affina progressivement en une silhouette humaine. Une femme ? Il ne la voyait pas très bien, elle demeurait très floue, mais il lui sembla qu'elle avait de longs cheveux, de couleur rose. Il distinguait vaguement son visage, et soudain, il crut la voir sourire. Puis elle parut se reculer, et la vision se désagrégea, puis finit par disparaître. Le sentiment de danger qui avait alerté le mage se dissipa, lui aussi, et la conscience de l'endroit où il se trouvait lui revint. Il resta encore un instant immobile.
Quelque part à l'extérieur de la pièce, il entendit les noursons qui chahutaient et la voix grave de Gaita, offrant un étrange contrepoint à leurs accents flûtés. Tout semblait aussi normal que possible. Fye se ressaisit, secoua la tête pour tenter, sans succès, de chasser son malaise, et enfila ses vêtements.
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Bien loin de là, devant son grand miroir, une femme souriait. Ce mage blond était décidément parfait. Elle se dirigea vers un guéridon, y prit une petite clochette de cristal et la secoua. Un instant plus tard, son serviteur faisait son apparition dans l'embrasure de la porte.
- Vous avez sollicité ma présence, Dame Nandra ?
- Ne sois pas si orgueilleux, Ranmaru, je t'ai simplement sonné, comme on le fait pour un valet. Où en sont les préparatifs ?
- Ils sont presque terminés, Dame Nandra.
- « Presque » ? Ce n'est pas ce que je voulais entendre. J'attends une explication de ta part.
- Ce retard n'a pas d'autre raison que ma profonde incompétence. J'implore votre pardon, ô ma Dame, et je m'agenouille à vos pieds, répondit le petit homme en joignant le geste à la parole.
- Cesse donc de me lécher les bottes, ô sombre crétin, et dis-moi la véritable cause de ce retard.
- Je crains de ne pas avoir assez de pouvoir pour remplir ma mission dans son intégralité. Le tissu dimensionnel qui entoure le monde d'Argaï oppose une résistance plus forte que prévu.
- Je vois.
Elle ouvrit le tiroir d'une commode et y prit un objet qu'elle déposa sur le dessus du meuble.
- Prends cet artefact. Cela devrait être suffisant pour résoudre le problème.
- Je vous remercie infiniment, Dame Nandra.
- Où est Tan ?
- Dans sa chambre.
- Seule ?
- Non, ma Dame. J'ai chargé Mojave de veiller sur elle.
La femme se détourna et reporta son attention sur le miroir. Elle fut tentée de l'utiliser à nouveau, mais finit par renoncer. Elle se sentait un peu lasse. Son serviteur avait raison, percer les secrets d'Argaï demandait une énergie considérable. Elle avait besoin de repos. Quand elle voulut quitter la pièce, elle découvrit que le valet était toujours agenouillé près de la sortie.
- Tu es encore là ? N'as-tu pas un travail à terminer ?
Ranmaru bafouilla une réponse, prit l'objet qu'elle avait laissé à son intention et vida les lieux.
o0O0O0Oo
Lorsque Kurogane revint de la colline qu'il avait choisie comme terrain d'entraînement, il faisait nuit. Il trouva son compagnon assis sur les marches du perron du manoir. Les coudes sur les genoux, le menton dans les paumes, le magicien affichait un air préoccupé. Cependant, quand il le vit arriver, son visage s'éclaira d'un sourire.
- Qu'est-ce que tu fais là, le mage ? Ne me dis pas que tu m'attendais ?
Cette question parut amuser le blond, pour une raison qui lui échappa. Mais son expression enjouée disparut rapidement. Il tapota la pierre à côté de lui du plat de la main.
- Tu veux bien t'asseoir quelques minutes avec moi ? Je crois qu'il faut qu'on discute.
Le guerrier s'exécuta.
- Ecoute, dit-il, à propos de ce qui s'est passé cet après-midi… Enfin, si c'est de ça que tu veux parler…
Il ne termina pas sa phrase. En réalité, il ne savait pas trop ce qu'il avait envie de dire. Contrairement à ce qu'il avait espéré, l'exercice physique ne l'avait pas vraiment aidé à clarifier ses sentiments. Il s'enferma dans un silence embarrassé.
- Est-ce que tu regrettes, Kuro-chan ?
- Bien sûr que non.
- Moi, je regrette.
- C'est vrai !? demanda le brun, un peu choqué quand même.
Eprouver de la gêne après ce qu'il avait fait était une chose, avoir du mal à analyser ce qu'il ressentait lui paraissait normal, mais il réalisa que, pas une seule fois, il n'avait pensé que Fye pourrait… le repousser. C'était peut-être mieux, finalement, ça lui simplifiait la vie. Pourtant, ça lui faisait un peu de peine.
- Je regrette que les nours soient arrivés juste au moment où ça devenait intéressant, acheva son compagnon, en posant la main sur son bras. Il faudra penser à fermer la porte, la prochaine fois.
- Quelle prochaine fois ? grogna le ninja en s'efforçant de le foudroyer du regard.
Ce n'était pas facile car il se sentait très léger, tout à coup. Ce qui n'était visiblement pas le cas du mage, qui avait repris son air préoccupé.
- Il s'est passé quelque chose, aujourd'hui, pendant que je prenais ma douche… dit-il d'un ton sérieux.
La première idée qui vint à l'esprit de Kurogane fut une rechute. Après tout, ils ne savaient pas si le traitement qu'ils avaient utilisé contre le Grand Mal l'avait vraiment éradiqué. Peut-être qu'il avait simplement reculé, et qu'il était encore là, quelque part, lové dans l'organisme de son compagnon, attendant sournoisement le moment où il pourrait revenir le torturer. Mais il découvrit très vite que cela n'avait rien à voir. En quelques mots, Fye lui relata l'incident de la salle de bain.
- Tu es sûr de toi ? demanda-t-il quand le récit fut terminé.
- Malheureusement, oui.
- Et cette femme que tu as vue, tu as une idée de qui ça peut être ?
- Pas la moindre. Tout ce que je sais, c'est qu'elle est suffisamment puissante pour être capable de localiser cette dimension, et même d'interagir avec elle. Tu comprends ce que ça signifie, Kuro-chan ?
- Ça veut dire qu'elle est sans doute plus puissante que la Sorcière…
- Oui. Plus puissante ou mieux renseignée, ce qui n'est pas tellement plus rassurant. Yuuko-san a dit qu'Argaï avait probablement été créé par un sorcier. Peut-être qu'il s'agissait en fait d'une sorcière… ou peut-être que cette femme connaît celui qui l'a fait.
- Quoi qu'il en soit, il faut se méfier d'elle. Je doute qu'elle ait de bonnes intentions à notre égard.
- On n'en sait rien. Je n'ai aucune idée de ce qu'elle voulait, et elle ne m'a pas laissé le temps de la questionner. Dès qu'elle a compris que je l'avais remarquée, elle s'est retirée.
- Tu penses qu'elle va essayer d'entrer en contact avec toi ?
- Je ne sais pas. Mais j'imagine qu'elle donnera de ses nouvelles. Elle ne s'est sûrement pas donné toute cette peine juste pour pouvoir me reluquer sous la douche.
- Si jamais elle le fait, préviens-moi. J'aurais deux mots à lui dire à propos de ça.
Malgré son inquiétude, le mage éclata de rire.
- Serais-tu jaloux, Kuro-sama ?
- Ouais, j'aime pas qu'on louche sur ce qui est à moi.
Cette réponse lui valut un regard amusé.
- Alors, c'est comme ça tu vois les choses ? Je t'appartiens ?
- Ça te pose un problème ?
- Aucun…
- Parfait, dit le ninja en se levant.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je vais me doucher.
- Kuro-chan ?
- Quoi ?
- Tu ne peux pas rentrer et laisser traîner tes affaires sur le perron. Un rôdeur pourrait s'en emparer.
- Y a pas de rôdeurs ici. Si tu veux rentrer, débrouille-toi tout seul. Ne compte pas sur moi pour te porter.
- Alors ça, vraiment, ce n'est pas très gentil. Je suis encore faible, tu pourrais…
- Débrouille-toi ! lança le guerrier en disparaissant dans le vestibule.
Avec un petit sourire, le magicien se leva à son tour, fit jouer ses articulations encore douloureuses, massa son fessier que le froid de la pierre avait ankylosé, et se dirigea vers la porte.
- J'aurai essayé, dit-il, fataliste et hilare, en franchissant le seuil.
