Il la regardait, un fin sourir aux lèvres, cette personne qui pourtant n'était qu'une image. Ce petit communicateur était leur secret à eux deux. Un secret à garder pour le bien de la mission. Il y avait les rapports quotidiens qu'Ochako envoyait via Ilia bien entendu, mais là, c'était différent. Il s'agissait de parler avec cette personne en directe. Les rapports de Uravity étaient enregistrés à l'avance et par un procéder que Mei avait expliqué, mais qu'il n'avait pas du tout écouter, leur I.A de poche parvenait à les recevoir et les synchronisé. Quoiqu'il en soie, hormis Hatsume et la personne en face, personne d'autre n'était au courant, pas même Shoto.
Parlant de longues heures ensemble, ils savaient qu'ils devaient en "profité" un maximum. La jeune inventrice les ayant averti. « Quand le futur aura trop changé, les communications deviendrons impossible, dans un sens comme dans l'autre ». Alors, chaque parole était réfléchi et choisit. C'était étrange pour Katsuki, qui même à vingt-et-un ans et avec tout ce qu'il avait vécu restait impulsif. Il rigola d'ailleurs en y pensant, ce qui intrigua l'autre. Il y avait des choses qui ne changeraient jamais. Izuku resterait naïf et innocent, Toga une psychopathe, Hatsume une hystérique, Ochako une maman et d'autre. L'autre rit d'ailleurs lorsqu'il lui expliqua, surtout en imaginant le Bakugo plus jeune qualifier la maîtresse de la gravité de "Maman".
Terminant la conversation en souriant, il resta allonger dans son lit, regardant le plafond. Se posant mille et une questions. En vrai, lui et le bicolore parlaient de mission, mais, ils n'avaient aucun plan. Personne n'avaient réfléchi à plus loin que le fait de les envoyés dans le passé. Alors, ils ne savaient pas du tout comment procéder. Pouvaient-ils juste aller éliminer All for One ? Il en doutait. Il faillait déjouer chacun de ses complots, les uns après les autres. Il ne faisait après tout aucun doute que leur ennemi avait prévu chaque possibilité, que ce soit sa capture, une défaite ou la mort.
Au même moment, All Might pensait à All for One également. Il était tellement frustré ! Il voulait lui parler ! Il voulait le questionner ! Il voulait savoir qui droguerait N°13 et comment ! Mais... Il ne pouvait pas... S'il lui parlait, l'autre saurait et pourrait modifier ses plans et le déroulement des choses.
Alors, il était là, à boire une bière en face de son ancien rival qui semblait pour le moins très agacer. Il fallait dire, l'ancien symbole de la liberté lui avait envoyé un simple message lui disant de le retrouver rapidement chez lui. Alors, Endeavor était arrivé à toute vitesse, pensant qu'il se faisait attaquer. Mais, il l'avait trouvé dans sa salle à manger, des crakers et des bières fraiches sur la table. Soupirant, il s'était assis à table se félicitant mentalement pour ne pas avoir mis son costume. Et, cela devait bien faire une dizaine de minutes qu'il était là sans que l'autre ne parle. Commençant à s'impatienter, il allait prendre la parole quand l'autre le devança enfin.
- Tu vas mourir...
- Toi aussi.
- ... Je vais de toute façon mourir.
- Comme tout le monde.
- ... Tu-
- Non je ne comprends pas ! Et je ne peux pas comprendre si tu dis rien ! Mais sache qu'être le deuxième après toi m'énerve au plus haut point. J'imagine que tu es au courant, mais la criminalité a augmenté. Je sauve de plus en plus de gens, j'interviens sûr de plus en plus de lieu d'accident. Mais... Même moi je l'entends, de plus en plus clairement, tout ce que tu as bâti durant tout ce temps... Tout est en train de s'écrouler. Se fissuré petit à petit, jusqu'au moment où se sera réellement terminé.
- Tu continues quand même de te donner à fond.
- Des fois je me demande pourquoi. Dit-moi Toshinori, c'est quoi exactement être le symbole de la paix ?
- ... Je n'en suis pas moi-même sur.
- ...…
- D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours voulu aider les gens, sans rien attendre en retour. Je voyais le nombre de héros augmenté sans que la criminalité ne baisse. Je me demandais si le soucis venait de la politique, de l'insécurité puis...
- Puis ?
- J'ai compris qu'en fait la peur faisait tout. Les gens continuaient de vivre dans la peur, de se faire attaquer, de ne pas pouvoir se défendre. La peur de ne pas pouvoir utiliser leur alter en cas de problème.
- À cause de la loi. Aujourd'hui encore, sans licence de héros c'est interdit.
- Oui. Imagine quand plus de nonante pour cent de la population possède des alters avec l'interdiction de les utiliser. Même ceux doté d'aile ne peuvent pas s'en servir sous peine d'être arrêté.
- ...
- La situation est oppressive pour beaucoup, pour obtenir une autorisation sans être un héros c'est toute une histoire, alors les gens se décourage. Ne pas pouvoir utiliser leur alter c'est comme ne pas pouvoir utiliser une partie de leur corps.
- Mais ?
- Les gens ne se sente pas en sécurité, ils ne savent pas où aller, quoi faire. C'est comme s'ils étaient perdus en mer. Alors, j'ai voulu devenir le phare qui les guide et les éclaire, leur donner de l'espoir et leur faire comprendre que tout irait bien. C'était l'objectif que je m'étais fixé et que je me suis efforcer d'atteindre.
- Et tu as réussi. Tu es devenu le symbole de la paix. Les gens n'avaient plus peur « All Might est là pour nous sauver », c'est ce qu'ils disaient tous.
- Oui. Mais, aujourd'hui je ne peux plus rien faire et c'est si frustrant. Être là, totalement impuissant, savoir que des gens vont mourir, que le monde va sombrer et... être totalement impuissant...
- Alors, tu ne comptes rien faire ?
- Ce n'est pas ça... Je ne peux rien faire... Juste, avoir confiance en eux...
- Pourtant, si les gamins ne disent rien et ne font rien, on va les deux crevés.
- Je croyais que tu t'en foutais.
- C'est le cas en quelque sorte, je suis pas un symbole comme toi, j'incarne pas les mêmes choses. Mais toi ? Comment tu te sens ?
- ... Frustré. Très frustré. Je vais mourir, sans rien avoir fait. Je vais mourir sans pouvoir aidé personne, je vais mourir comme ça, avec cette forme, sans combattre, sans même pouvoir essayer...
- Tu peux déjà plus te battre non ?
- C'est vrai, mais j'ai quand même cette boule au ventre. Celle qui arrive quand tu es impuissant, qui te fait te sentir tellement minable que tu ne parviens même plus à être toi-même. Cette boule qui chaque jour te rappelle que tu n'es rien, qui te fait voir uniquement le passé, parce que le futur te parait si sombre et insignifiant. Parce que tu perds le gout de tout. Cette boule qui t'empêche d'avancer, qui te fait croire que tout le monde fait des bonds en avant et que tu stagnes quand tu ne régresses pas. Cette boule, qui remonte jusqu'à ton cerveau et qui prend ta propre voix. Cette voix qui te comprend mieux que personne, cette voix qui te juge, qui t'énumère tous tes échecs, tous tes mauvais choix, cette voix qui ne s'arrête jamais. Et plus tu essayes de l'ignorer, plus elle se fait forte. Cette voix qui te rappelle à chaque fois qu'elle sait tout, qui ne te laisse aucun répit... Cette voix, que tu commences à écouter, à croire...
Le nouveau numéro un ne dit rien, écoutant l'ancien symbole de la paix vider son sac. Il se demandait s'il l'avait déjà fait. D'aussi longtemps qu'il s'en souvienne, depuis que le blond avait commencé sa carrière, il l'avait toujours vu comme un rival, une menace, un but qu'il ne pourrait jamais atteindre et dépasser. De cette frustration était née Shoto, de cette frustration était née une haine de son fils envers lui, si ce n'était de sa famille entière. Et pourtant, il se rendait compte que jamais il n'avait essayé de se mettre à la place d'All Might. Il l'avait jugé, détesté, pris de haut, mais jamais il n'avait compatie. Et, désormais il comprenait. Le blond semblait tellement seul en ce moment, continuant de vider son sac. Endevor regarda la table, il n'avait pas fait attention, mais les bouteilles vides se faisaient de plus en plus nombreuse. L'alcool déliait les langues, c'était connu, se mettant à réfléchir à ce que disait son ancien rival, il se concentra. Et lui ? Que ressentait-il ? Cette boule dans le ventre l'avait-il également ? Surement. Ne l'avaient-ils pas tous ? Non, celle que ressentait le blond était différente, elle semblait le suivre depuis des années. Combien ? Tel était la question. Fouillant dans sa mémoire, il soupira ce qui fit s'arrêter l'autre homme.
- Quoi ? C'est bizarre de me voir parler comme ça ?
- Quand même ouais, enfin surtout à moi. Tu as déjà eu une copine ou quelqu'un de proche ?
- Hein ? Pourquoi cette question !?
- Pas besoin de rougir comme ça, je vais pas commencer à alimenter des débat people.
- Il... Il y a un moment... Je fréquentais une femme...
- Va lui parler alors, à la place de ruminer dans ton coin pour rien. T'es frustré, impuissant, faible et maintenant tu rentres dans un cercle vicieux, si tu continues c'est la dépression. Et je te parle de la vraie, pas celle qu'on simule ou une simple phase. Je te parle de celle qui dure toute ta vie, à moins que ce soit déjà le cas ?
- ... Je peux pas...
- Pourquoi ?
- Elle... On ne s'est pas vu depuis des années, elle m'a surement oublié.
- Bien sûr, tout le monde oublie le symbole de la paix. Toi qui es normalement toujours si courageux, tu vas fuir ?
- Arrête ! C'est embarrassant de parler de ça avec toi !
Rigolant, Endevor essaya de lui donner courage et de le faire parler encore un peu. Il savait que le blond n'était pas très dégourdit, il fallait donc l'aider. Il savait également qu'il n'était sans doute pas le meilleur pour parler de relation humaine, mais si au moins il pouvait le faire aller mieux, s'était le principal. Lui aussi avait beaucoup de choses sur le coeur, mais il savait comment les régler. Il se promi de le faire, pas aujourd'hui, car il était avec All Might, mais surement demain... Oui, il le ferai le plus vite possible, parce qu'il s'était assez caché derrière son but et son égoïsme.
Après cela, les jours passèrent, Chisaki avait été vaincu et grâce à l'intervention de Shouto il avait été escorté en prison sans soucie, le dissipateur d'alter ainsi que l'antidote étaient en lieu sûr et aucun mort ou blesser grave n'était à déplorer. Le petit Bakougo et Todoroki avaient tous deux appris une leçon importante à leur cour de rattrapage et désormais, cela faisait un mois que les visiteurs du futur était en service au côté du nouveau numéro un.
Déjà un mois entier qu'il s'arrêtait chaque fois devant sa porte, qu'il levait le bras pour le baisser ensuite. Aujourd'hui ne faisait pas exception à la règles, le héro aux cheveux rouge se tenait de nouveau face à cette porte, face à cette chambre, il aurait aimé être face à cette personne également. Mais, il ne trouvait pas le courage de toquer. Lui qui normalement faisait tout pour ne pas laisser la peur le gagner, c'était raté. Il avait l'impression d'être redevenu son lui d'avant et ça le frustrait. Surtout que, il n'y avait pas de raison d'avoir peur... non ? Soupirant un grand coup, il leva le bras, serrant le poing et l'approchant doucement de la porte lorsqu'une voix le fit sursauter.
- Il n'est pas là.
- U... Uraraka !
- Calme-toi. Dit-elle en rigolant et en se mettant à côté de lui. Tu aimerais lui demander quoi ?
- Rien...
- Ha ? Pourquoi tu restes ici alors ?
- J'aimerais lui parler...
- ... Kirishima.
- Hum ?
- T'es stupide.
- Dit pas ça ! En plus pourquoi tu le dis ?!
- J'ai vu comme j'étais dans le futur, j'ai beaucoup changé on dirait, tu penses pas que lui aussi ?
- ...
- Votre relation aussi aura surement changé.
- ...
- Enfin, si tu le cherches il est dans le petit parc à côté des dortoirs, je pense qu'il y es encore.
Hésitant quelques secondes, il regarda la jeune fille droit dans les yeux comme s'il désirait son accord et, lorsqu'elle lui sourit, il fit quelques pas en arrière avant de courir vers l'ascenseur. Il devait y aller, il devait lui demander, il voulait savoir ! Pourquoi Shouto ? Pourquoi pas lui, voir Denki ou Sero ?! Ils formaient une super équipe, ils l'avaient déjà prouvé. Alors, pourquoi ? Il s'en fichait de savoir s'il était mort, d'après ce qu'il en avait déduit Momo n'était surement pas la seule. Mais lui ? Il voulait une réponse !
Arrivant enfin dans le petit parc, il vit une scène à laquelle il ne s'attendait pas le moins du monde. Devant lui, couché dans l'herbe se trouvait le futur Katsuki, la tête poser sur les cuisses de Todoroki adossé contre un arbre qui lisait un livre, une main se baladant dans les cheveux du blond... Voilà donc la relation qu'ils avaient. Ils étaient devenus si proche que ça. Il avait entendu des rumeurs, il avait refusé d'y croire, mais la vérité était désormais sous ses yeux et il ne pouvait plus la nier. Mais, ça faisait mal, mal de se dire qu'il aurait beau tout essayé il ne serait jamais aussi proche du blond, mal de se dire que celui que le blond détestait deviendrait son meilleur ami, mal de se dire que quelqu'un d'autre que lui avait réussi. Ha, c'était donc si douloureux ?
Portant une main à son cœur, il agrippa sa chemise. C'était donc ça que ressentait Midoriya ? Voilà l'effet que cela faisait de se faire rejeter par le cendré. Une douleur au cœur insupportable, le sentiment d'échec, le vide. Il les regardait et il s'en voulait. Il n'avait aucune raison de réagir ainsi, c'était stupide. Peut-être que tout le monde était déjà mort et qu'il ne restait que les deux garçons et Ochako. Peut-être que le seul soutien de l'explosif avait été le créateur de glace et de feu. Oui, c'était possible. Il fallait qu'il y croie. Il DEVRAIT y croire ! Parce que là, c'était juste trop douloureux.
Il lâcha sa chemise et regarda sa main, cette même main qu'il avait tendue à Bakugou et qu'il avait attrapée. Un signe de confiance. Il avait vu le regard d'Izuku à ce moment, quand il lui avait dit que si c'était lui, Katsuki refuserait. Et il s'était sentit flatté, privilégier même. Il était important, il était important pour Katsuki, pour celui qui deviendra le héros numéro un non pas du Japon, mais du monde entier. Il avait cru stupidement qu'il pourrait se tenir à côté de lui, sentir son éclat. Parce qu'il savait que Katsuki allait changer. Parce qu'il savait comment il était au plus profond de lui. Katsuki n'était pas un phare ou une étoile parmi tant d'autres dans le ciel, Katsuki était le soleil. Brillant, rassurant, agréable, présent à chaque moment, mais également remplit d'énergie, avec un tempérament explosif et imprévisible. Oui, les autres ne brillaient que parce que Katsuki était là. C'est pour ça qu'il appréciait Deku, parce que le vert le savait aussi. Katsuki était le soleil et Izuku la lune. Le petit astre ne brillait ainsi que grâce à la grandeur de l'autre. Et ça le faisait rire les gens qui en doutaient, les gens qui ne voyaient rien. Rigolant doucement, il prit une grande inspiration et redressa la tête. Il gardera Katsuki près de lui, pour le voir briller comme jamais, mais surtout, il prouvera aux gens à quel point ils avaient tort. Il leur montrera, l'éclat le plus brillant qui soit.
