Chapitre 7 : Il s'est bien fait désirer celui-là ! Vous pouvez l'insulter oui oui (le chapitre, pas moi ;). Bon je promets dorénavant de ne plus faire de promesse de dates, je n'y arrive pas ! Merci à tous pour vos chaleureuses reviews et je souhaite une bonne rentrée aux courageux qui reprennent demain ! J'espère que ce chapitre vous apportera une petite touche lumineuse !
Après s'être tourné et retourné des heures durant dans ce grand lit froid, Ed émit un grognement agacé. Il se redressa lentement, et attrapant les montants de la tête de lit, il s'étira de tout son long, malgré les protestations sonores de ses articulations. Son dos le tirailla légèrement, puis quand la cacophonie matinale de son corps s'atténua et que tout redevint calme, il se leva d'un bond énergique. Une douce odeur de café envahit ses narines et il s'empressa d'ouvrir la porte. Pourtant, quelques instants plus tard, un peu gêné, se rappelant qu'il n'était pas chez lui, il revint sur ses pas et enfila son débardeur bleu qui le quittait rarement et remis en place son large pantalon de pyjama noir.
Une vapeur sucrée lui fit oublier toute discrétion quand il descendit les escaliers, et il entra dans la cuisine à grands pas. Mustang se tenait de dos, préparant le café. Ed s'assit sur un des tabourets et vola un croissant parmi les viennoiseries qui trônaient sur la table.
« Bonjour . lança-t-il la bouche à moitié pleine.
Roy se retourna et le fixa quelques secondes, un petit sourire en coin.
-Bonjour Fullmetal. Mais sers-toi, je t'en prie !
-C'est vous qui m'avez dit de faire comme chez moi, ronchonna Ed.
-Hmm. Roy but une gorgée de café, et posa une seconde tasse devant Edward. Je dois partir au bureau avant qu' Hawkeye ne me tire aimablement dessus. Je pense qu'Al voudrait que tu restes ici...J'ai une grande bibliothèque plus quelques ouvrages rares dans ma chambre, si ça peut t'occuper aujourd'hui. Et puis si tu veux préparer le dîner de ce soir, ne te gêne pas, j'adore mettre les pieds sous la table en rentrant du boulot ! Il sourit ironiquement.
-Pff. Moi, cuisiner ? Vous avez peur de rien ! Ed ferma les yeux et soupira de plaisir en humant son café fumant. Voyant que Mustang le regardait bizarrement, il renchérit :
-Je croyais que vous ne vouliez pas être en retard ?
-...En effet. Roy mis sa tasse dans l'évier et partit en direction de l'entrée, où il se vêtit de sa veste d'uniforme. Ed entendit la porte s'ouvrir. Il attendit le claquement final, mais ce dernier ne vint pas. A la place, la voix amusée de Mustang retentit de nouveau :
-Au fait, si tu t'ennuies, tu peux faire la vaisselle, je suis sûr que tu serais très sexy en tablier, Fullmetal ! Et la porte se referma.
-Je suis pas votre bonne ! » s'écria Edward, mais c'était trop tard. Connard. Ed finit son café d'un trait, se brûlant la langue. Soudain, tout était silencieux, vide. Sa colère retomba bien vite. Sans cette présence enivrante, le murmure ensorcelant des objets s'insinua de nouveau dans son esprit et il savait déjà qu'il ne lutterait pas. Il monta à l'étage, troqua son pyjama contre son pantalon en cuir noir, enfila blouson et bottes et se précipita vers la sortie. Il remplit ses poumons d'air frais, et s'obligea à respirer lentement, pour calmer l'excitation qui parcourait son corps. Après une demi-heure de marche, il s'arrêta devant un mur en pierre qui devait bien mesurer deux mètres. Il l'avait déjà escaladé, mais ce temps là lui parut tout d'un coup très lointain. Il le franchit sans difficulté, et rentra dans le grand hangar désaffecté par le conduit d'aération. La tâche s'avéra un peu plus compliquée qu'auparavant, maintenant qu'il avait grandi, mais il n'allait pas s'en plaindre. Arrivé au bout, il donna un coup de pied dans la grille qui bloquait le passage et sauta au sol. Il prit quelques secondes pour observer cette grande pièce. Même les tâches de sang étaient encore là. Son sang. Au pied de ce pilier où Slicer l'avait presque achevé. Quel meilleur endroit pour redonner vie à son alchimie ? Le laboratoire numéro 5 était à présent réellement désaffecté et même si un gradé quelconque passait inspecter l'endroit, il ne s'étonnerait pas de sentir des émanations alchimiques, au vu du passé de ce lieu maudit.
Ed ne savait pas par où commencer. Il s'accroupit au sol. Il devait d'abord apprendre à maîtriser le flot alchimique intense de la Porte. Laisser l'alchimie s'insinuer en lui, doucement, par petites touches, puis conduire le flux à travers son corps jusqu'à ses mains, pour ensuite relâcher l'énergie à l'extérieur. Il claqua ses mains l'une contre l'autre et ferma les yeux. Il eut l'impression qu'un geyser d'énergie jaillissait de son dos pour s'enfuir dans toutes les directions possibles. Paniqué il plaqua ses mains au sol, tentant de lui donner une trajectoire maîtresse. Dans un grondement de tonnerre assourdissant, les éclairs bleus foudroyèrent le béton qui vola en éclats, projetant Ed un peu plus loin. Il resta allongé quelques instants, fixant le plafond. Bon, ça n'allait pas être facile de faire dans la finesse aujourd'hui ! Il sourit en regardant le trou qu'il venait de faire dans le sol du laboratoire. Au moins, c'était efficace. Ed se remit sur pied, et chercha un objet plus précis sur lequel il pourrait s'entraîner. Ce bout de tuyau métallique ferait l'affaire.
Au bout de quelques heures d'acharnement et de tuyaux explosés, il était finalement parvenu à lui donner la forme qu'il voulait. Ce n'était pas digne des plus grands sculpteurs, mais pour un premier essai, Ed s'en contenterait. Une fois son obsession réalisée, il remarqua qu'il était vidé de toute force, et qu'il avait terriblement faim. C'était l'heure de rentrer.
En sortant tant bien que mal du tunnel d'aération, il s'étonna de l'obscurité naissante. Il était si tard que ça ? Il se mit à courir sur le chemin du retour. Il ne savait pas si c'était par peur d'être découvert, ou par envie de retrouver cet endroit étrangement confortable. Peut-être qu'il devrait faire quelque chose pour remercier Mustang ? Il s'arrêta dans une boulangerie et observa la vitrine alléchante. Qu'est-ce qu'il pouvait bien aimé ? Il opta finalement pour deux tartes au citron, se rappelant celles que faisait Gracia, et ajouta deux baguettes à sa commande. En arrivant, il se rendit compte qu'il était parti en laissant tout ouvert. En même temps, ce n'est pas comme si Mustang lui avait laissé des clés, puisqu'il n'était même pas sensé sortir. Il posa ses achats sur la table de la cuisine et resta immobile un instant. Puis il se décida à aller explorer cette bibliothèque dont Mustang lui avait parlé. Impressionnant. Les yeux d'Ed brillèrent devant tant de savoir réuni. Des rayons entiers d'ouvrages avec de vieilles couvertures en cuir se tenaient devant lui. C'était un peu comme un paradis. Et cette odeur de papier si passionnante...Il appréciait de plus en plus cette maison. Une sensation amère s'empara de lui, quand la pensée de quitter cet endroit le traversa. Ce n'était pas sa maison. Il n'avait jamais eu de chez lui. Mais Ed se plaisait à imaginer que s'il devait exister un tel endroit pour lui, il ressemblerait à celui-ci. Le sourire de sa mère envahit son esprit, et il pensa soudain à Mona. Avait-elle eu vent de son « accident » ? Il n'avait même pas pensé à elle. En fait, il y avait beaucoup de gens à qui Ed n'avait pas pensé...La tristesse le saisit, et son regard se perdit dans les couvertures cuivrées. Le claquement de la porte d'entrée retentit. Sortant de sa torpeur, il attrapa un ouvrage au hasard, et se dirigea vers la source du bruit. Dès qu'il passa la porte qui séparait la bibliothèque du salon, livre en main, la voix de Mustang résonna dans ses oreilles.
Voyant Ed franchir le seuil du salon, revenant de la bibliothèque, Roy sourit.
« Pourquoi ça ne m'étonne pas ? Tu as passé ta journée là-dedans hein ? Alors tu as trouvé ton bonheur ? demanda-t-il en jetant sa veste sur le porte-manteau. Il y eut quelque chose d'intense dans l'affirmation d'Ed quand il le fixa.
-Oui...Il eut l'air surpris de sa propre réponse, puis se reprit. Non. A vrai dire, j'en ai pris un au hasard, fit-il en haussant les épaules.
Étrange. Roy se dirigea vers la cuisine et voyant les paquets sur la table, il se retourna :
-Tu es sorti ?
-Oui, j'avais besoin d'air. J'ai pris du pain.
-Merci. Je vois que tu ne t'es pas risqué à préparer le repas ?
-Aussi étrange que ça puisse paraître, je n'avais pas envie de vous empoisonner ce soir , répondit malicieusement Ed.
Roy sourit.
- Légumes et viande ça te va ? » Il n'avait jamais pensé qu'il serait amené à prononcer cette phrase dans sa vie, et surtout pas pour Ed. Il réprima un rire. Cette situation était vraiment...
Il se mit à cuisiner, pendant qu'Ed lisait tranquillement sur le sofa. Il repensa à ses conclusions de la veille, qui le plongèrent dans une intense réflexion. Il n'avait jamais éprouvé ce genre de sentiments auparavant. Ni pour ses nombreuses conquêtes féminines, ni pour qui que ce soit d'autre, et encore moins pour un homme. Roy était totalement conscient de sa bisexualité, et ce depuis longtemps. Il n'en faisait juste pas étalage, et préférait souvent les rencards féminins. Mais jamais il n'aurait imaginé pouvoir envisager Ed dans ce rôle là. Bien sûr, il avait des excuses, Ed avait changé et Roy n'était pas aveugle au point d'ignorer sa beauté. Mais tout cela restait du domaine de l'attirance physique, et ce n'était pas celle-là qui l'effrayait. Il fallait qu'il sorte, qu'il se rassure. Oui. Demain il appellerait Célia. Non, Valérie. Ou peut-être Carry ? Il ne pouvait pas accepter ces sensations interdites. Et puis, Ed était intouchable.
« C'est prêt ? s'enquit Ed derrière son dos, le faisant sursauter. Roy abaissa les yeux sur sa préparation et s'aperçut que les extrémités des haricots commençaient à noircir. Il stoppa le feu d'un geste un peu brusque.
-Vous pouvez pas vous empêcher de tout faire rôtir hein, Monsieur le Flame alchimiste ? ricana Ed. Roy lui jeta un regard noir et les servit. Ils mangèrent dans un silence reposant. En fait, Roy hésitait depuis quelques minutes à poser une question qui lui brûlait les lèvres, mais il avait peur que cette dernière menace le léger équilibre qu' Ed semblait retrouver peu à peu. Finalement, il jugea que cela briserait la glace et commença, hésitant :
« Qu'est ce que ça te fait ? De lire ces choses sur l'alchimie je veux dire...Roy leva les yeux au ciel. C'était pathétique. Ed leva les yeux de son assiette, la bouche entrouverte. Il sembla hésiter entre mensonge et vérité, mais probablement conscient que la blessure se lisait dans ses yeux, il opta pour la sincérité.
-C'est...C'est passionnant, comme avant...Et en même temps c'est différent. L'envie de mettre les théories en pratique est remplacée par...quelque chose de mélancolique, de passé.
Il cherchait ses mots. Roy pensa que mélancolie était trop faible pour caractériser le vide qu'Ed ressentait, mais il se tut.
-C'est un peu comme quand je pense à ma mère...confia Ed.
-Promet moi.
-Quoi ? demanda Ed, surpris.
-De ne pas refaire la même erreur que pour ta mère, souffla Roy.
-...
Ed le regarda tristement et baissa doucement la tête.
-J'ai acheté des tartes au citron, vous aimez ? dit-il en se saisissant de la boîte en carton contenant les pâtisseries.
Roy n'insista pas, ce sujet était encore trop douloureux pour Edward.
-Oui, j'aime bien les desserts en général, mais les tartes au citron ont une saveur particulière pour moi.
-Ah ?
-Ma mère adoptive en faisait des délicieuses.
-Vous avez été adopté ?!
-Oui. Roy sourit. C'est si surprenant ?
-Oui ! Non, c'est juste que je ne savais pas. Il se reprit et enchaîna avec aplomb. Je veux dire, j'ai souvent eu une pensée pour votre mère qui a probablement dû supporter plus longtemps que quiconque votre sale caractère.
-Sale merdeux, va ! Ça me fait penser, les ouvrages les plus intéressants de ma bibliothèque sont tous sur les étagères du haut, c'est dommage que tu ne puisses pas les atteindre...
Ed le toisa les yeux mi-clos, puis se détendit et lança :
-Ok, bien joué. Un partout. Il sauta de son tabouret et partit dans le salon, agitant la main. J'ai payé le dessert, alors vous débarrassez ». Roy se retint de lui envoyer une remarque cinglante et regarda sa main. Encore maintenant, il était surprenant de ne plus voir briller l'éclat de ces doigts métalliques.
Ils passèrent une soirée calme au salon, lisant chacun devant le feu et Roy se surprit à trouver sa maison plus chaleureuse.
Samedi. Mustang n'irait pas travailler et Ed ne pourrait pas aller s'entraîner. Mais il pourrait profiter du soleil et de la présence du colonel. Échange équivalent. Pour la première fois depuis longtemps, Ed eut envie de sourire dès le matin. Roy lui avait proposé hier soir d'aller en ville, exécuter la mission qu' Al leur avait donnée. L'idée de s'acheter des vêtements était plutôt ennuyeuse pour Ed, qui n'avait jamais porté une grande attention à sa garde-robe. Mais d'aller faire du « shopping » avec Mustang, ça, c'était vraiment le comble de la bizarrerie. Peut-être bien qu'il était passé dans un univers parallèle, après son passage devant la porte ? Ed soupira de ses pensées stupides et sauta du lit, pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Après s'être douché, il se sécha les cheveux avec la serviette qui lui avait été attribuée, et observa quelques secondes son reflet dans le miroir. Pour la première fois depuis longtemps, il trouva à ses yeux un éclat particulier, un petit quelque chose de vivant. Peut-être que tout allait s'arranger pour une fois. Haussant les épaules, il noua ses cheveux plus que longs en une tentative de queue de cheval, et sortit de la pièce, prêt à affronter la journée...
« Mais c'est vrai que ta garde-robe a l'air varié, Fullmetal ! lui lança un Roy enjoué. Est-ce que tu as au moins changé de chaussettes ?
Peut-être qu'il avait parlé trop vite, finalement. Ed se baissa pour ramasser une chaussure dans le couloir, qui après un beau vol plané, alla se cogner contre le mur en pierre juste à côté de la tête du général.
-D'accord, d'accord, on n'est pas du matin, je note, soupira Roy avec ce petit sourire en coin qui avait le don de l'énerver.
-J'en ai plusieurs des comme ça, c'est tout, se justifia Ed en désignant son débardeur. Et puis si vous voulez renouveler toutes mes fringues avec votre porte-monnaie, ça me dérange pas tant que ça.
-Très bien. Prend ta veste, on y va ». Ed marmonna des paroles incompréhensibles en finissant d'engloutir son croissant et le suivit à contre-cœur.
« Vous m'emmenez où ?
-Chez mon tailleur. Il a une boutique sur l'avenue Beauvau.
-Parce que le grand général Mustang si occupé à gravir les échelons a le temps d'aller se faire faire du sur-mesure ? déclama ironiquement Ed sur un ton théâtral.
-Il faut savoir ce qu'on veut, avoir la classe, répondit Roy en se montrant de la main, ou...Il toisa Ed de haut en bas.
-Oh ça va, hein ».
Mustang esquissa un sourire, et tourna soudainement à gauche, entrant dans une petite boutique à la devanture bourgeoise. L'intérieur était tout aussi...sophistiqué, jugea Ed, affichant une moue sceptique. Cette ambiance le mettait étrangement mal à l'aise. Des centaines de vêtements s'alignaient bien rangés sur des cintres en feutre noir jusqu'au comptoir en bois du fond, derrière lequel demeurait le tenancier. Mustang le salua d'un geste de la main et se tourna vers Ed.
« Je ne sais pas si je devrais te laisser le choix, mais bon...On va quand même essayer. Prend ce que tu veux et essaie le, je te dirais après si c'est une catastrophe ou pas.
-Je dois comprendre que vous doutez de mon bon goût ?
-...Mustang sembla hésiter entre rire ouvertement ou se retenir. En tout cas, tu ne trouveras pas de manteau rouge vif avec des sigles alchimiques ici.
-J'ai abandonné ce manteau il y a quelques années, je vous signale, ronchonna Ed qui se mit en quête de vêtements un peu plus...sobres. Il sélectionna un pull en cachemire gris, une chemise blanche bouffante qui se resserrait vers le bas, et...il ne put résister au polo rouge à col beige qui lui faisait de l'œil, seule pièce d'un couleur tranchante dans la boutique. Quand il se dirigea vers la cabine d'essayage, un bras lui bloqua le passage. Ed leva un regard interrogateur vers Mustang.
« Montre.
Ed soupira mais suivit la directive et exposa ses trois choix.
-Les deux premiers sont biens. J'étais sûr que tu le prendrais, dit-il d'un air malicieux en désignant le troisième article. Allez, je te l'accorde ». Et il retira son bras. Ed prit quelques minutes pour essayer les vêtements puis sortit de la cabine l'air satisfait.
«Prend aussi un pantalon. Le cuir, c'est bien mais ça tient chaud, dit Roy calmement, saisissant les trouvailles d'Ed.
-Vous allez vraiment me payer tout ça ? s'étonna Ed. C'est quand même pas donné...
-Disons que ma promotion me laisse des bénéfices dont je ne sais plus quoi faire », Roy sourit.
Ed haussa les épaules et choisit un pantalon noir, dans une matière souple qui lui était inconnue. Mustang fit signe au tenancier qui s'empressa de les rejoindre.
« Ajoutez-moi ça aussi, dit-il en tendant une chemise bleue claire d'une matière épaisse accompagné d'un gilet sans manche noir ». Ed entra dans la cabine et les entendit discuter pendant qu'il enfilait le pantalon.
«...chemise blanche, cravate, pantalon, chaussures noires.
-Bien, Monsieur. Je prends les mesures et je vais chercher ça.
Ed sortit de la cabine et déposa le pantalon avec le reste de ses achats sur le comptoir. Le tenancier s'approcha de lui, un mètre à la main et prononça les mots suivants avec déférence :
« Voudriez-vous bien retirer votre veste et votre haut jeune homme ?
Ed le regarda quelques instants hébété, et resta inerte. Le vieil homme sembla déstabilisé et reformula sa demande.
-Je dois prendre vos mesures pour le costume...répéta-t-il contrit.
-Quel costume ? répliqua Ed en regardant Mustang droit dans les yeux, méfiant.
-Ton costume, Ed, tout homme a un jour besoin d'un costume, répondit Roy, ajoutant un clin d'œil.
Je vais payer, dit-il en lui tournant le dos, laisse toi un peu faire, Ernesto ne va pas te tuer ».
Ed regarda le mètre d'un mauvais œil, mais s'exécuta en silence. Le dit Ernesto mesura sa taille, et nota le résultat sur une feuille. Ed était prêt à lui décocher un coup de poing à la moindre expression mais les traits de son visage restèrent neutres. Il fit ensuite des mesures partant de son nombril à ses pieds, puis entoura le mètre autour de ses épaules et de son torse. Ed soupira.
Roy sortit le prix qu' Enersto lui avait soufflé en liquide et posa les billets sur le comptoir. Il glissa de nouveau son porte-monnaie en daim dans sa poche et se retourna. Le tenancier entourait maintenant la taille d'un Ed affectant une moue frustrée, ses bras le long du corps, et Roy sentit tout d'un coup l'air se raréfier autour de lui. Il déglutit difficilement, observant peu discrètement le torse doré de son subordonné, musclé et délicat, parcouru de quelques cicatrices ici et là. Il s'avança légèrement, essayant de détourner son regard quand il crut distinguer des serpentins bleutés dans la vitre qui reflétait Edward de dos. Mais lorsqu'il la contempla de plus près, il ne vit rien d'autre que l'éclat du soleil qui tapait dans la glace. Il fit alors volte-face pour vérifier le dos d'Edward, où rien ne lui sembla luire non plus. Il leva un sourcil interrogateur, puis sortit de sa rêverie quand il s'aperçut qu'Ed le fixait droit dans les yeux. Un peu gêné, il focalisa son attention sur Ernesto et s'adressa à lui :
« Alors, vous pensez avoir ce qu'il faut en réserve?
-Oui, ses mesures sont idéales pour moi, si tous mes clients étaient taillés comme cela, j'aurais beaucoup moins de travail ! s'exclama le vieil homme souriant, puis se tournant vers Ed qui rougissait, lui dit : vous pouvez vous rhabiller, jeune homme.
Ed s'empressa de le faire, et Roy émit un petit rire moqueur, qui lui valut une œillade des plus noires.
« Amenez nous donc ce costume, Ernesto, je sens que sa patience arrive à bout, fit Roy en indiquant Ed d'un mouvement de tête.
-Bien, Monsieur ». Il revint avec les pièces demandées et les tendit à Edward, qui les saisit un peu brusquement et s'enferma dans la cabine en claquant la porte, tout en grommelant on ne sait quelles insultes envers Roy. Quand il ressortit, il avait tout revêtit sauf la cravate, dont les deux extrémités pendaient de chaque côté de son cou.
« Fullmetal, ne me dis pas que tu ne sais pas faire un nœud de cravate? soupira Roy. A ce moment là, il comprit qu'il avait dépassé la limite car Ed balança d'un ton rageur :
-La dernière fois que j'ai mis une cravate, c'était pour l'enterrement de ma mère, alors excusez-moi de ne pas me rappeler comment on fait le nœud ! Roy resta quelques instants sans voix, puis il s'avança vers Ed, saisit les deux bouts de cravate et se mit à faire le nœud lui même.
-Excuse moi, murmura-t-il délicatement. Ed dut être surpris car il eut un mouvement de recul.
-C'est bon, ça va... Quand Roy eut fini, Ed se tourna vers le miroir et dit pragmatiquement:
-On dirait un pingouin.
-Ne dis pas n'importe quoi, ça te va très bien. N'est-ce pas Ernesto ?
-Oui, il est parfait, répondit du tac au tac le vieux tailleur, avec son accent de l'ouest.
-Ca ne fait pas un peu trop garde du corps ? demanda Ed, se mettant un peu de biais.
Oh non. Roy devait résister...Et puis merde, l'occasion était bien trop belle. Alors, il se pencha et murmura dans l'oreille d'Ed qui tressaillit :
-Mon cher Edward, ne t'inquiète pas, un garde du corps, c'est plus grand ».
Ed resta quelques secondes immobile, pendant lesquelles Roy recula d'un pas son sourire au coin des lèvres, puis il explosa. Hier quand Roy avait remarqué qu'Ed ne réagissait plus vraiment à ce genre de taquineries, il avait été un peu déconcerté, et il était très fier d'avoir remédié à ce léger problème.
Ernesto, craignant pour sa boutique, se dépêcha de plier les articles dans un sac, de le tendre au général et de les saluer en les poussant gentiment dehors.
Une fois sortis, Ed resta silencieux un moment, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'il portait toujours le costume.
« Merde ! s'exclama-t-il en commençant à retirer la veste et à desserrer la cravate. Du coup je fais n'importe quoi ! ajouta-t-il en jetant sa veste sur Roy qui fit mine d'être offusqué. Puis Ed roula les manches de sa chemise jusqu'aux coudes en soupirant.
-J'ai trop chaud maintenant.
-Arrête de t'agiter dans tous les sens et ça ira peut-être mieux expira Roy. Mais au fond de lui, il était content. Après tout, un Ed râleur en costard débraillé, c'était une vision plutôt...agréable. En tournant la tête sur le côté pour stopper ses pensées dérivantes, il aperçut un marché.
-Ah, tiens, on va en profiter pour faire les courses, en un jour, tu as presque vidé mon frigo !
-Le colonel Roy Mustang va faire ses courses au marché...fit remarquer Ed sur un ton désabusé.
-Général, Ed, Général...Et figure toi que je mange aussi, je me lave, je vais aux toilettes, je dors...
-Oh ça va hei...
Ed s'arrêta en plein milieu de la rue et l'expression de son visage s'assombrit soudain. Roy s'aperçut alors qu'une jeune femme s'était avancée devant eux. Elle semblait être une apparition d' un autre monde, avec ses cheveux roux auréolés autour de son visage fin. Il se mit à penser qu'elle serait une jolie conquête pour sa soirée lorsqu'elle décocha une gifle foudroyante qui s'abattit sur la joue gauche d'Edward. Roy en resta bouche bée, puis retint un rire quand il vit qu'Ed faisait exactement la même tête, tête qui avait pratiquement tourné de quatre-vingt-dix degrés sous l'impact inattendu.
Lentement, Ed reprit une figure présentable et regarda cette femme comme honteusement. Roy suivait la scène en spectateur et n'en perdait pas une miette. Elle s'adressa alors à Ed d'une voix tremblante remplie de colère.
«N'ose plus jamais décider de mourir sans m'avoir avertie avant, Edward Elric !
-Mona, je... ».
Et la jeune femme le serra dans ses bras avant qu'il ait eu le temps de dire un seul mot de plus. La surprise passée, Ed ferma les yeux et lui rendit son étreinte. C'est au moment où ce sentiment désagréable et pas totalement inconnu se mit à bouillir dans les entrailles de Roy que les paroles goguenardes d'Havoc et Breda lui revinrent en mémoire. Il sut alors qui était l'inconnue. La jalousie gronda dans son corps entier, d'autant plus que cette femme devait s'approcher plus de son âge à lui que de celui d'Edward. Aveuglé par ces sensations amères, il sursauta quand elle lui adressa la parole.
« Veuillez m'excuser, je ne me suis même pas présentée, je devais d'abord extérioriser...hmm hmm. Elle toussa comme pour évacuer sa gêne et enchaîna. Je suis Mona, une amie d'Edward, enchantée Roy Mustang, dit-elle en lui tendant la main.
Étonné qu'elle connaisse son nom et par la curiosité un peu trop visible dans ses yeux, Roy saisit sa main, et répondit froidement :
-Enchanté.
-J'ai beaucoup entendu parler de vous, dit-elle en envoyant un clin d'oeil à Ed, dont la joue droite prit la même teinte que la gauche meurtrie.
Roy ne sut quoi répondre, alors il demanda à grands regrets:
-Voulez-vous que je vous laisse un moment ? J'ai des courses à faire.
-Non, ce n'est pas la peine, c'est moi qui vais vous laisser, répondit doucement Mona en lui souriant. Puis se tournant vers Ed, elle l'observa quelques secondes et lui dit d'un ton franc et enjoué :
-Tu es très beau comme ça. Qui t'a acheté ça ? Mais sans leur laisser le temps de répondre, son regard passa d'Ed à Mustang, puis de Mustang au sac qu'il portait, pour retourner se fixer sur Ed accompagné d'un large sourire.
Je vois, dit-elle. Passe me voir un moment, cette semaine, on discutera. Et ne t'avise pas de mourir entre temps », elle le menaça du doigt, puis s'éloigna agitant la main en guise de salut.
Ed était mortifié, même s'il le cachait tant bien que mal.
« Une vraie tornade, cette fille, déclara Mustang.
-...Je ne vous le fais pas dire...répliqua-t-il, le regard perdu dans ses chaussures reluisantes.
-Je ne pensais pas que ce genre de femmes t'intéressait, ajouta Roy d'un ton neutre.
-Qu! Vous êtes bouché ou quoi ?! C'est une amie ! se défendit-il.
-Hmm hmm, moi aussi j'ai ce genre d «amies », Mustang afficha un sourire ironique.
-Si vous êtes incapable d'avoir une relation avec une fille sans la mettre dans votre lit, ce n'est pas mon cas ! Et puis je ne suis pas.. ! Ed s'arrêta. Qu'est-ce qu'il s'apprêtait à dire ? Je ne suis pas hétéro ? Il fallait vraiment qu'il se calme s'il en était au point de balancer ce genre d'informations capitales à Roy Mustang.
-Et j'y pense, pourquoi a-t-elle dit qu'elle avait beaucoup entendu parler de moi ?
-! Mais qu'est-ce que j'en sais moi ! Vous m'énerviez tous les jours, je lui ai sûrement raconté maintes et maintes fois la manière dont vous me torturiez avec vos missions débiles et vos sermons imbuvables ! Peut-être bien que je lui ai même dit à quel point vous étiez un connahmphh !
-Ça va, ça va j'ai saisi. Bon on les fait ces courses, ou on continue comme ça jusqu'à ce que la nuit tombe ? » s'énerva Roy, puis il retira sa main de la bouche d'Edward, qui inspira un grand coup.
Mustang acheta ce dont ils avaient besoin pour la semaine, suivi d'Ed qui traînait des pieds, gêné par le silence pesant.
Mais plus que la gêne de la rencontre avec Mona et ses conséquences, ce qui l'avait réduit au silence était plutôt cette poignée de main. Il avait été pétrifié par la terreur. Dès que la main de Mona avait touché celle de Roy, son dos s'était enflammé. La douleur l'avait cloué sur place. Heureusement, le contact n'avait duré qu'une seconde, mais cela avait suffit à Ed pour comprendre que quelque chose avait sérieusement merdé dans son plan, et qu'en plus, Roy y était directement lié. Il fallait qu'il soit sûr. Il devait lui parler. Mais l'ambiance entre eux deux était plutôt mal partie pour la journée...
Roy était de dos, occupé à faire cuire les pommes de terre et Ed, assis sur sa chaise de bar essayait tant bien que mal de se concentrer sur son livre. Après cinq minutes d'efforts vains, il abandonna ses tentatives et son regard se perdit quelque part dans les cheveux de son beau cuisinier. Quand ce dernier se retourna et les servit, il dut remarquer qu' Ed le fixait un peu trop intensément car il demanda l'air inquiet :
-Qu'est ce qu'il y a ?
Ed prit une grande inspiration, et se décida à poser ses questions fatidiques, même si au fond de lui, il connaissait déjà la consternante réponse.
-Je me demandais...Qui est-ce qui m'a trouvé le jour où...enfin, vous voyez. Ce n'est pas Al n'est-ce pas ? osa-t-il, hésitant. Son soudain sérieux sembla surprendre Roy, qui marqua un temps avant d'ouvrir la bouche.
-Non, Al m'avait appelé pour me dire que vous deviez manger ensemble, mais qu'il avait un empêchement. Maes et moi sommes donc allés chez toi et c'est là que nous t'avons trouvé...
-Est-ce qu'il a fallu me réanimer ? s'enquit Ed.
-Oui...Pendant que Maes appelait les secours, j'ai fait mon possible... ».
Ed le savait. C'était logique. Alors pourquoi cette phrase attendue lui avait-elle fait l'effet d'un coup mortel ? Il aurait dû faire plus attention ! Il aurait dû s'assurer avec une certitude infaillible qu'Al serait présent à midi pile ! Comment avait-il pu baser tout son plan sur un hasard pareil ? Il avait été complètement inconscient. C'était une catastrophe. Le cercle avait aspiré l'énergie de Roy, et son emprunte alchimique n'avait absolument rien en commun avec celle d'Ed. Maintenant, tout était possible ! En plus des brûlures insupportables à chaque fois que quelqu'un entrait en contact avec Mustang, qui sait comment son alchimie pourrait réagir ? Une idée horrible lui vint à l'esprit. Et si lui non plus ne pouvait plus toucher Roy ? Impossible. Atroce. Insoutenable. Intolérable. Infernal.
Les vitres de l'unique fenêtre de la cuisine explosèrent, dans un étrange bruit crépitant. Ed sursauta sur sa chaise, et vit Roy tourner la tête aussi vite que lui dans la direction du son.
« Qu'est ce que c'était ?! Tu as vu quelque chose ? l'interrogea Roy du coin de l'œil, concentré sur l'encadrement de la fenêtre dont il ne restait plus grand chose. Ed n'avait rien vu. Mais il sentait à présent le cercle dans son dos se rendormir. Il comprit bien vite que son alchimie avait brisé la vitre. Il s'empressa de répondre :
-Non...Vous avez des ennemis qui vous cherchent des noises en ce moment, colonel ? Il se força à afficher un sourire narquois.
-Pas que je sache, non, enfin pas plus que d'habitude... ». Roy haussa les épaules, et se contenta de fermer les volets pour empêcher une éventuelle menace extérieure de se frayer un chemin dans sa cuisine. Ils se mirent à ramasser les éclats de verre en silence. Mustang sortit de la pièce, et revint avec un de ses gants sur sa main droite. Inutile, se dit Edward, puisque la menace venait de l'intérieur...Il se prit la tête de ses deux mains. Tout commençait à aller de travers. Il avait absolument besoin d'espoir. Même si ce qu'il attendait de Roy n'était qu'un vieux rêve et le restait, aucune porte réelle n'avait vraiment été fermée. Il avait toujours cette lueur au fond de lui qui lui permettait de vivre. Mais si jamais il ne pouvait plus toucher Roy, alors toutes ces portes se fermeraient à jamais et lui enlèveraient ce désir ardent de vivre. Il aurait un pied dans la tombe...
Il sentit une main se poser sur son genou fléchi.
« Ça va ? demanda Roy d'une voix douce. Ed leva un regard affolé vers lui, se préparant à la douleur. Mais rien ne se produisit. Il fut tellement soulagé qu'il se mit à rire paisiblement. Quand il vit que Roy le regardait d'un air de plus en plus troublé, il saisit le poignet de la main toujours posée sur son genou.
-Oui, merci...Je veux dire, merci de m'avoir sauvé ce jour là ». Ed afficha le sourire le plus éclatant dont il était capable. Roy ne dit rien, mais ses yeux vifs irradiés de tendresse répondirent à sa place et réchauffèrent violemment le corps d' Ed. Pourtant, Mustang se leva brusquement et se détourna d'Ed pour jeter les morceaux de verre à la poubelle. Ed se redressa et suivit ses mouvements. Il le vit aller dans le couloir de l'entrée et attraper sa veste.
« Vous allez où ? demanda-t-il perplexe.
-Je sors un moment, la maison est à toi », Roy sourit, et franchit la porte sans plus d'explication.
Ed resta les bras ballants dans l'entrée. Décidément, il ne comprendrait jamais rien à cet homme.
Roy se laissait emporter depuis un moment par ses pieds qui avançaient au hasard dans la ville de Central où la nuit commençait déjà à tomber. Quand Ed lui avait sourit sincèrement, il avait su qu'il devait sortir. S'il était resté, il l'aurait probablement plaqué au sol sans se soucier le moins du monde des éclats de verre et il aurait dévoré cette bouche souriante avec appétit. Il était toujours en colère quand il sentait le contrôle de ses actes lui échapper, ce qui se produisait souvent avec Ed. Et cette journée n'avait été qu'un enchaînement de pertes de contrôle pour lui. Il y avait eu leurs nombreux accrochages, où Roy se retrouvait totalement incapable de cesser leur petit jeu, puis ce moment où il avait murmuré sa réplique dans l'oreille d' Ed et qu'il avait dû se retenir d'enserrer sa taille de ses bras, il y avait eu Mona et la jalousie brûlant son corps, et la fenêtre qui avait éclaté soudainement alors qu'ils se parlaient d'une manière plus douce et intime que d'habitude. Et il y avait eu ce merci chaleureux...Il était complètement déstabilisé. Il devait absolument se sortir de l'engrenage Edward. C'est en obéissant à cette résolution que sa promenade choisit comme destination son bar habituel. Il commanda son verre de whisky à un jeune serveur en saluant d'un signe de tête le barman. Les heures et les verres commencèrent à défiler dangereusement, lorsqu'une main se posa sur son épaule, interrompant ses rêveries hantées par les yeux dorés. Sans même se retourner pour voir qui l'avait sorti de sa torpeur, il prononça ces paroles d'un ton railleur :
« Ta femme t'autorise encore à fréquenter de tels endroits ?
-Ce bar n'est pas si mal famé, et puis je t'ai déjà dit que le mariage signifiait à mes yeux bonheur, confiance et liberté. Ce n'est pas une cage dorée, philosopha Hughes en prenant place sur le tabouret voisin.
-Hmm.
-Ma parole, tu es déjà bien entamé, mon cher Roy. La situation chez toi te ruine le moral à ce point là ? Maes riait.
-C'est épuisant ! J'en ai déjà marre.
-Quoi qu'est ce qu'il fait ?
-Rien, il m'envahit c'est tout ! Et il fait même pas exprès...Roy se prit la tête.
-Tu te laisses envahir tout seul mon pauvre. Il est complètement ancré en toi, tu n'y peux rien, tenta Maes en souriant.
-T'es chiant.
-Venez manger tous les deux demain soir, après le boulot. Ça lui fera du bien de voir d'autres gens, et qui sait, peut-être qu'à toi aussi.
-Hmm, ça m'éviterait de cuisiner.
-Adjugé. Bon je rentre, je te conseille d'en faire de même ». Hughes s'éclipsa en lui adressant un clin d'œil. Roy le regarda s'évanouir dans la nuit. Ancré en lui, hein ? C'est ce qu'on allait voir ! Et il se hâta sur un chemin qui n'était pas celui de sa maison. Il toqua discrètement d'abord, puis d'une manière un peu plus appuyée ensuite, contre la lourde porte en chêne.
« Carry, c'est Roy ». La porte s'ouvrit et il rentra dans le salon d'un pas décidé.
Ed avait passé son après-midi à lire près du feu, plus ou moins apaisé. Malgré tous les doutes concernant son alchimie et ses dérives, avec du recul, il pouvait dire qu'il avait passé une bonne journée. Sa nouvelle situation d'invité lui avait paru presque normale et ses rapports avec Roy n'étaient pas devenus inconfortables ou étranges comme il l'avait craint. Au contraire même, son dernier regard avait laissé présager une évolution plutôt amicale, et cela avait suffit à calmer Ed, qui avait enfin pu se concentrer sur ses lectures.
Il s'aperçut qu'il était pratiquement huit heures et se dit qu'il pourrait peut-être faire un effort pour leur cuisiner quelque chose. Il pouvait au moins faire cuire de la viande et des œufs, peut-être même faire un gâteau. Ils avaient l'habitude d'en faire, Al et lui chez Winry et Pinako, quand ils étaient plus petits. Ed sourit en pensant à cette vieille chouette qui leur courrait après, agitant son rouleau à pâte et en hurlant qu'ils avaient mis de la farine partout. Décidé, il se mit à la tâche avec entrain.
Il était de nouveau assis dans son fauteuil, la tête en bas et les pieds sur le dossier. Il attendait. Il avait tout fini, mis la table, des couvercles sur les casseroles pour maintenir la chaleur et le gâteau gonflait dans le four, dorant tranquillement. Dix heures. Ed se redressa et l'espace vacilla un instant avant de reprendre ses formes initiales. Roy avait sûrement mangé à l'extérieur. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? Son estomac gronda, mais il décida d'attendre encore un peu.
Il se réveilla, tiraillé par une sensation désagréable. Onze heures sept. Il eut à peine le temps de comprendre qu'il s'était assoupi dans le salon que la douleur l'assaillit et le contraint à s'agenouiller au sol. Il serra les dents et agrippa le tissu rembourré du fauteuil de ses mains crispées, en attendant que la brûlure s'estompe. Mais rien ne changea. Ed étouffa un cri. Ça, ce n'était pas une poignée de main. Son regard revint à nouveau sur l'horloge du salon, et la réalisation le heurta de plein fouet. Ça n'allait pas s'arrêter. Roy devait...Roy devait être avec quelqu'un...Quelqu'un d'autre que lui. Et s'abandonner à...Il ferma les yeux. L'homme qui le hantait depuis de longues années dormait avec quelqu'un d'autre et lui, il était condamné à le savoir de la plus horrible des manières qui soit. Son cœur se remplit de colère. La douleur s'intensifia et il remarqua à peine le pot de fleur sur la table voler en éclats et répandre son eau sur les livres et sur le plancher. Il avait l'impression d'être trahi, comme si toute cette journée n'avait été qu'une mascarade où Mustang s'était constitué un nouveau masque pour le narguer. Bien sûr que Roy ne lui appartenait pas, qu'est ce qu'il croyait ? De rage, il lança un coussin à travers la pièce. Le feu s'éteignit soudain, et un verre sur le bar explosa. La douleur allait le rendre fou. Il monta les escaliers quatre à quatre et se jeta sur son lit. Il se tordit dans les draps quelques minutes et n'y tenant plus, il déchira sa chemise blanche dont les lambeaux tombèrent lascivement sur le sol. Il se releva et courut dans la salle de bain, où il se retint de tomber au rebord de l'évier, la tête baissée. Son regard brumeux contempla passivement les gouttes de sueur coulant de son visage s'écraser sur le carrelage immaculé. A ce moment, il était certain de pouvoir tuer n'importe qui. Il se força à pousser ses respirations jusqu'à l'extrême. Ses mains tremblantes devenaient de plus en plus blêmes et commencèrent à fissurer l'évier en porcelaine tellement la douleur le transperçait. Au bout de quelques instants, il s'aperçut que la flaque de sueur se teintait de rouge. Il se retourna alors brusquement pour tenter d'apercevoir son dos dans le miroir au cadre argenté. Le sang suintait du cercle alchimique et perlait lentement sur le carrelage. Ed n'en pouvait plus. Il tomba au sol. Dans un dernier effort, il rampa jusqu'à la cabine de douche, et repoussant les mèches de cheveux qui lui collaient au visage, il ouvrit l'eau, tournant le curseur vers la plus glacée qui soit. Lorsque le flot gelé le frappa et coula le long de son dos, Ed ne put cette fois retenir le hurlement inhumain qui s'échappa de sa bouche et se recroquevilla contre le mur du fond.
La douleur continua un moment, maintenant Ed immobile, dans une sorte de transe, puis commença à diminuer peu à peu sous les bien-faits de l'eau froide. Ed rouvrit les yeux, dans un état d'épuisement absolu, et regagnant brièvement un peu de lucidité, observa la scène qui s'étendait devant lui. La salle de bain n'était plus qu'un océan d'eau sanglante. Il perdit ses mains dans ses cheveux trempés, les larmes roulèrent sur ses joues et ses lèvres affichèrent un sourire désenchanté.
« Puni par la vie de la manière la plus ironique qui soit, hein ? ».
Il eut l'impression de laisser passer un temps interminable jusqu'à ne plus ressentir aucune brûlure sur sa peau. Quand il fut sûr de pouvoir tenir debout, il se leva lentement, s'aidant du mur carrelé et des portes de la cabine de douche. Il marcha dans l'eau écarlate avec dégoût pour atteindre l'évier, et se tourna plein d'appréhension pour découvrir son dos.
Rien. Il n'y avait plus rien à part de vagues traces de sang séché. L'alchimie s'était déclenchée et l'avait soigné seule, et il lui semblait même la sentir s'activer à l'intérieur de son corps, et reconstituer le sang qu'il avait perdu. Ed eut la détestable sensation d'être habité par une force défiant la nature, incontrôlable et destructrice. Secouant la tête pour faire fuir ces pensées lugubres, Ed observa une fois encore la pièce abîmée et l'odeur de pourriture qui s'en dégageait remua ses organes. Il fallait qu'il nettoie tout, car si la douleur s'était arrêtée, il n'y avait qu'une seule raison. Roy était sur le chemin du retour, et il fallait qu'il utilise l'alchimie s'il voulait finir dans les temps. La peur le saisit à l'idée de devoir canaliser cette puissance maudite. Il respira profondément, et essaya de retrouver la confiance de celui qui avait été le meilleur alchimiste de son temps. S'il y avait bien une chose pour laquelle il était doué, c'était l'alchimie. Oui, cette science perdue pour laquelle il avait tout donné. Il avait enfin retrouver le pouvoir grisant des transmutations sans cercles, et plus encore. Les yeux clos, il concentra son énergie en un point fixe, et plaqua ses mains au sol. Il ne gaspillerait pas cette chance. Les éclairs bleus circulèrent dans les rainures du carrelage sous l'eau rouge qui commença à s'évaporer. Fier de sa réussite, Ed enchaîna les transmutations sans perdre de vue sa concentration, répara l'évier, rinça son dos et nettoya la douche. Puis il appliqua ses mains sur son pantalon en cuir, lourd et humide pour se rendre son confort habituel. Quelque chose le contrariait...Il était sûr d'oublier...Le salon ! Ed dévala les escaliers et remit le coussin en place, sécha le sol et les livres gorgés d'eau d'une transmutation habile. Quand il entendit des pas, il paniqua et se dépêcha de jeter les débris du vase et du verre qui se mêlèrent sans distinction aux restes de la vitre de la cuisine. Il remonta les escaliers comme une flèche, son automail laissant à chaque marche qu'il heurtait une petite encoche. Il se précipita dans sa chambre lorsque la clé tourna dans la serrure, ferma la porte sans bruit, éteint la lumière et se laissa glisser contre le mur, près de l'armoire.
Roy jeta ses clés sur le bar avant de retourner accrocher sa veste au porte-manteaux. Il fut surpris par le bruit strident qui retentit. S'avançant dans la cuisine, il remarqua la table mise, déconcerté. Il examina alors les poêles, dont la nourriture n'avait pas été consommée. Une odeur de brûlé s'engouffra dans ses narines et il fit volte-face, angoissé. Il remarqua alors une chose informe dans le four, et l'ouvrit avec précaution. Ses yeux attaqués par une fumée âcre se détournèrent et il toussa deux, trois fois, dissipant avec sa main l'air contaminé devant lui. Il crut distinguer dans cette omelette noirâtre et délitée l'image d'un regretté gâteau au yaourt.
Ed avait cuisiné. Il avait cuisiné pour lui, puisque aucun plat n'avait été touché. Roy s'accroupit faisant face au four, affrontant sa honte. Il ne s'était jamais senti aussi minable. Il regarda le plafond d'un air désespéré.
Ed l'entendit monter les escaliers et s'enfermer dans la salle de bain. Il espéra n'avoir négligé aucun détail, et commença à tout passer en revue dans sa tête, toujours adossé au mur. Quand la porte de la salle de bain s'ouvrit de nouveau, Ed sursauta et se retourna, face à la porte. Il hésita, puis approcha finalement son œil près du trou de serrure. Il distingua la silhouette sombre de Roy au fond du couloir, vêtue d'une simple serviette autour de la taille et déglutit. Mais quand l'ombre désirée se rapprocha si près qu' Ed ne vit plus que son nombril, il recula brusquement et tomba sur les fesses, ses mains lui évitant une chute bruyante. Avec surprise, il entendit une main frôler délicatement la porte en bois. Il resta paralysé au sol, ahuri. Puis, il discerna de loin les contours de l'alchimiste s'éloigner et l'entendit rentrer dans sa propre chambre.
A bout de nerfs et complètement lessivé, Ed se déporta jusqu'à son lit, foulant au passage les lambeaux éparpillés de sa chemise. Il s'étendit de tout son long et ferma ses yeux fatigués, n'étant plus capable de formuler la moindre pensée.
Voilà pour ce chapitre, j'ai essayé de ne pas laisser un suspense insoutenable ! ;) J'ai apprécié décrire les petits moments du quotidien comme les plus tragiques entre Ed et Roy dans ce chapitre, j'espère que vous l'avez ressenti. Si vous avez des questions, n'hésitez pas. Moi je dois avouer en avoir deux petites ! Est-ce que l'un d'entre vous saurait s'il existe un moyen de corriger des fautes que j'ai repéré dans des chapitres déjà publiés sans avoir besoin de les supprimer et de les republier ? Je l'ai fait une fois mais je me suis aperçue que cela vous envoyait des notifications comme quoi un nouveau chapitre avait été publié, et je ne tiens pas à vous faire de faux espoirs ni à laisser des fautes dans ma fanfiction. Mon autre question est que j'aimerais parfois publier des images qui peuvent illustrer certains moments de ma fanfic, comme par exemple les vêtements qu' Ed a acheté qui étaient tirés d'idées bien précises. Savez vous si j'ai un moyen de le faire sur ffnet ?
Merci de votre lecture ! A bientôt !
Trainsaya
