One shot 7

Le Gondor. Ses plaines encadrées de pics montagneux qui déchirent l'horizon et narguent les nuages. Ses contes chantés, sur le Retour du Roi, la floraison de l'arbre du Roi, sur la Malédiction d'Isildur, sur la vaillance de ses guerriers... La sagesse de ses intendants était de grande renommée. Rares étaient ceux osant contre-dire quelques propos que leurs lèvres dévoilaient dans une simplicité étonnante.

Avec à son Nord les plaines de Rhovanion, à son Ouest les pays d'Eriadhor , son accès par le sud aux mers grises et sa sombre frontière avec le silencieux mais sinistre Mordor, il était une des positions les plus stratégiques de la Terre du Milieu, d'où sa grande place dans le Monde des Hommes.–

Mais pourtant... Les alliances étaient indissociables d'un bon équilibre. Et ils savaient ô combien les elfes étaient les plus aptes à répondre à leurs nécessités. La blanche Minas Thirith,dressée fièrement contre la roche, éclatante et fière, recevait en cette fin de jour, alors que le ciel lentement se teintait de vermeil et d'ombre un cortège de cavaliers portant les couleurs de Mirkwood. Les bannières de Verte-Feuille glissaient sous la caresse du vent alors que les cavaliers entraient d'un trot léger, dans la cité pour atteindre son sommet et ses représentants.
Ecthélion, debout dos au symbolique arbre mort de la grande cour, voyait ses invités elfes arriver à lui. Il reconnut sans mal le roi des elfes sylvestres, bien que vêtu d'une
armure en mythril et en acier elfique, finement gravée, descendre de sa monture, faisant glisser de selle son passager avec une délicatesse propre à sa race. Ce dernier, bien plus petit que le roi, ne tenait visiblement pas sur ses jambes. Tous les cavaliers avaient posé pied à terre, fixant leur roi qui glissa quelques mots à l'oreille de la petite silhouette blonde. Celle-ci sembla reprendre un zeste de consistance, prenant la main du roi des elfes.
Dans un sourire tendre, Thranduil promit quelque chose en elfique à l'enfant, car c'était un enfant, puis ils s'avancèrent vers Ecthelion qui se tenait là, avec à ses côtés
ses six capitaines de garde et son fils aîné, Doromir. Son cadet était allé au Rohan pour quelques affaires de chevaux.
- Bienvenue au Gondor, roi Thranduil. Minas Thirith est fière de vous recevoir et de vous entretenir tout le long de votre séjour, salua Ecthelion en s'inclinant légèrement
devant le semi-elfe. Ce dernier, ses long cheveux blond cascadant dans son dos, inclina la tête en un salut courtois, répondant :
- Salutations, intendant du Gondor. Ecthelion , second du nom. Mes gens et moi même sommes reconnaissants de votre hospitalité.
- Peut être voudriez-vous vous restaurer ? Les cuisiniers sont prêts à toute heure du jour et de la nuit à servir les tables de nos invités.
- Je suis marri de devoir décliner. La chevauchée fut longue. Mes gens ont besoin de repos.
- Ne dit-on pas que les elfes ne sont jamais fatigués, intervint, impoliment, un capitaine qui reçut un regard noir de son intendant.
Thranduil haussa un sourcil poli en direction du capitaine, ne manquant pas la réaction de l'intendant. Il répondit, froidement :
- Sachez que les elfes comme les nains sont sensibles à la fatigue, bien qu'ils le soient moins que les mortels. Chevaucher sept jours et devoir affronter des orcs et des
Ouargs sauvages est fatigant.
- Des Ouargs ? S'étonna un autre capitaine.
- Ils infestent les monts de vos frontières mais semblent décidés à rester sur les récifs.
- Voilà une nouvelle alarmante, s'exclama un autre capitaine. Quelques elfes de la suite de Thranduil levèrent les yeux au ciel face à ces réflexions et cette ignorance de ce qu'il se passait à leurs frontières. Thranduil, lui, sentait la petite main qui serrait la sienne se relâcher.. Son fils ne devait pas s'endormir ici !
- Si vous voulez bien nous diriger, mes gens et moi même aimerions gagner nos
appartements, insista Thranduil.
- Bien sur ! Bien sur ! Qu'on les escorte à l'aile des invités ! Hâtez-vous ! S'exclamait
Ecthelion à l'adresse des serviteurs, les poussant à réagir. Il fit aussi appeler des palefreniers pour que les chevaux soient entretenus.

Alors les capitaines et Doromir assistèrent à une scène qui les troubla tant la réputation du roi de Mirkwood le disait intraitable, froid, sérieux et insensible... Ils virent Thranduil se pencher pour soulever l'enfant somnolent dont la tête dodelinait et le caler dans ses bras. L'elfond enroula le cou du roi de ses fins bras, nichant sa tête
dans le creux de son épaule, s'endormant profondément en soupirant de contentement.
- Majesté, il ne faut pas oublier le pansement, glissa un des elfes de la suite, la mine
soucieuse.
- Je le ferai dans son sommeil. Je tenterai de ne pas le réveiller, répondit Thranduil.
- Voulez-vous informer le prince ? Un message atteindrait la citadelle en un jour.
- Quoi que dise ce message, il ne saura le dissuader de venir ici.
- Est-ce si grave ?
- Physiquement, non. Psychologiquement, il aura besoin de temps. Ce n'est qu'un
enfant...
- Que voilà des messes basses entre elfes, grogna un capitaine de Minas Tirith.
Thranduil posa son regard indéchiffrable sur le mortel qui avait parlé, rétorquant :
- Il s'agit là d'une discussion confidentielle entre un roi et le capitaine de sa garde.
Veuillez taire vos commentaires et cesser ces impolitesses saugrenues.
Ecthelion fusilla ses capitaines du regard alors que les elfes, d'un pas digne, gagnaient la citadelle pour rejoindre l'aile des invités, guidés par quelques serviteurs.
Aux premières heures, alors que la citadelle grouillait de vie comme elle le faisait chaque matin à ces heures ci, quelques elfes de sa suite et Thranduil déjeunaient à la
table de l'intendant, revêtus de tunique et de robes élégantes. Thranduil ne s'était pas séparé de sa longue lame qui pendait à son côté droit, comme ses gens avaient gardé
leurs dagues à portée de main. Le Gondor, bien que sage, n'était pas un lieu où les elfes sylvestres se considéraient en sécurité. Seuls Fondcombe et la Lorien étaient
propices à leur tranquillité d'esprit. Remarquant l'absence de l'enfant qui la veille somnolait aux côtés du roi elfe,
Doromir notifia :
- L'enfant vous accompagnant n'est pas là.
Quelques elfes posèrent un regard noir sur l'homme, comme s'ils se demandaient comment il pouvait prétendre parler de cela. Comment pouvait-il oser le penser
seulement ?
- Il se repose, répondit platement Thranduil en portant sa coupe à ses lèvres.
-Voilà qui est fâcheux, j'aurais aimé discuter avec lui, commenta Doromir.
- Vous n'avez rien à discuter avec mon jeune fils, rétorqua sèchement Thranduil.
- Je reste dans mon bon droit de faire la conversation, siffla Doromir.
- Allez donc la faire à vos semblables dans ce cas.
Les prunelles azur de Thranduil étaient posée sur Doromir, le ratatinant sur place.
Ecthelion, espérant éviter l'incident diplomatique, lança :
- Assez, Doromir. N'importunes pas nos invités.
L'intéressé se leva, agacé, et se retira, arguant qu'il allait s'entraîner.
Thranduil ordonna quelque chose en elfique à ses gardes qui se tenaient près des portes. Ceux ci se retirèrent aussitôt. Ecthelion se demandait si l'accord n'était pas déjà compromis par l'attitude quelque peu déplacée de son fils et ses capitaines.

Doucement, Légolas revenait à lui après un long sommeil. Il gémit, la douleur dans son épaule se ranimant. Quelques perles de larmes lui piquèrent les yeux. Il quitta ses
draps, titubant jusque la glace qui était dressée dans un coin de la pièce. Mis-à-part son teint pâle et ses cheveux en bataille, il remarqua que sa chemise de nuit, au
niveau de son épaule droite, était imbibée de sang. Sa plaie avait du s'ouvrir dans son sommeil... Légolas retira sa chemise, se détournant du miroir pour ne pas poser son
regard sur sa laide blessure qui le ramenait à cette peur sans nom qui l'avait pris. Il enfila une tunique propre trouvée dans la malle qu'on avait menée à sa chambre. Il se
coiffa rapidement, péniblement, enfila ses bottes et quitta la pièce. A la porte de la chambre qu'il occupait se tenaient deux gardes elfes de la citadelle de
Mirkwood. Il leur adressa un bref regard avant de dire :
- Bonjour. Pouvez-vous me mener à mon père ?
- Bien sûr, jeune prince. Mais avant il faudrait soigner votre épaule, répondit un des
elfes.
- Je veux que ce soit mon père qui le fasse, répondit Légolas, d'une petite voix.
- Bien.
Ils le guidèrent à travers les couloirs de la citadelle de Minas Tirith. Légolas marchait d'un pas lent, suivant les elfes sans parler. Il tentait de faire taire la douleur
qui enflammait son bras sans succès. Il tentait de se détacher de ce brouillard qui le prenait mais n'y parvenait pas. Il avait peur de sombrer, là, maintenant... Il avait peur
que la fièvre ne le prenne. La seule fois où il en avait eut, il s'était trouvé si faible que cela l'avait effrayé. Du haut de ses sept ans, il craignait la mort, ce qu'un enfant elfe
ne devait craindre à ce jeune âge, si tôt dans son immortalité. Il la craignait car cette Grande Faucheuse avait emporté sa mère et que le chagrin avait brisé son père. Un
elfe peut mourir de chagrin, Légolas l'apprit à ses cinq ans, quand il vit son père perdre connaissance dans la salle du trône alors que le guérisseur de la citadelle annonçait la mort de la reine. Ce jour là, en plus d'avoir perdu sa mère, il avait cru perdre son père...
- Jeune prince, vous allez bien, s'enquit un garde, le tirant de ses pensées.
Légolas hocha la tête, sachant qu'il mentait et que cela se voyait. Il remarqua alors au bout du corridor son père. Sans plus attendre, il se précipita à sa rencontre, finissant
dans ses bras. Thranduil serra son cadet contre lui, le laissant se blottir dans son étreinte protectrice. Il sentait le frêle corps de son plus jeune fils tremblant dans ses
bras. Il en était inquiet. Et si sa blessure s'était infectée ?
- Nous allons nettoyer ton épaule ensuite je t'accompagnerai déjeuner, souffla-t-il.
- Ne me laisses pas seul, Ada, chuchota Légolas, sans se déloger des bras du roi des elfes. Ce dernier passa une main tendre dans ses cheveux, le rassurant :
- Je te le promets, ion nin.
Les capitaines se retirèrent, laissant le père et le fils seuls, escortés d'une garde. A table, alors que certains dînaient, Légolas mangeait avec peu de conviction, les
fruits semblant amers, le fromage trop sec, le pain trop dur... La cuisine de Mirkwood lui manquait. Il lança un coups d'oeil aux capitaines de son père qui mangeaient sans
sourciller. Il trouvait cela fascinant. Ils semblaient nullement indisposés par la nourriture même si le jeune elfe savait qu'ils pensaient comme lui... Son regard
tomba sur son père qui se contentait de quelques fruits sélectionnés. Il ne semblait pas plus expressif que ses capitaines. Ils étaient admirables...
Ensuite ses prunelles azur rencontrèrent les émeraude luisant d'un étrange éclat du fils de l'intendant dont il avait omis le nom tant il ne se souciait pas de son existence.
Il sentait le regard de ce mortel posé sur lu depuis son arrivée avec son père. Il trouvait cela dérangeant, presque inquiétant. Que pouvait-on lui vouloir ? Il ne côtoyait que rarement les hommes, ayant passé ses jeunes années dans la citadelle.
C'était seulement la troisième fois qu'il accompagnait son père. Ce dernier, depuis la mort de son épouse, se refusait à laisser son cadet à Mirkwood , seul, durant ses
déplacements. Et comme Nomin était en patrouille le jour du départ, le choix avait été rapide...
- Tu devrais manger pour que ton épaule guérisse, commenta Thranduil.
- Le goût ne passe pas, Ada. J'ai pourtant essayé.
- Dans ce cas ne te forces pas, tu es jeune et ton corps a besoin de soin, non pas de gavage. Nous demanderons à l'escorte si l'on peut se servir dans les provisions, sourit
le roi elfe en passant une main dans la chevelure délicate de son cadet.
Légolas lui adressa un large sourire, ravi par cette initiative.
- Notre table n'est pas assez bien pour le prince que vous êtes, cingla la voix froide de Doromir.
Légolas fronça des sourcils. Il ne savait que répondre. Il ne voulait pas créer
d'incident diplomatique. Il rougit d'embarras...
- Les jeunes elfes sont très sensibles à tout ce qui ne vient pas de nos forêt ou exploitations, répondit à sa place Thranduil en lançant un regard plein de froid mépris
au fils de l'intendant.
-Quelques balivernes pour excuser l'impolitesse de cet enfant, renifla Doromir sous l'air outré de plusieurs capitaines elfiques.
Légolas posa ses prunelle azur sur son père, inquiet de sa réaction.
- Je ne vous permets pas de tenir pareils propos, cingla la voix de son père.
- Vous n'êtes pas en votre royaume pour permettre ou non...
- Je suis un des rois elfes du troisième âges, vous n'êtes qu'un homme parmi tant d'autres, je ne vous permets pas d'insulter mon fils le coupa-t-il sèchement.
- C'est assez, Doromir, intervint Ecthelion , sourcils froncés, agacé que son fils soit si indélicat alors qu'un important traité était en jeu.
- Je vais m'entraîner, répliqua froidement Doromir en se levant vivement, se détournant de la table pour sortir à grands pas. Légolas lança un regard inquiet à son
père et à ses capitaines. Il demanda, d'une petite voix :
- Est-ce de ma faute ?
- Nullement , Ion nin, répondit avec douceur Thranduil en lui adressant un sourire
réconfortant.
A l'extérieur , un cor chantait. Ecthelion lança un regard à ses capitaines, se demandant de quoi il s'agissait. Trois coups avaient été sonnés, annonçant un cavalier
non identifié. Tous se levèrent pour aller voir de quoi il en retournait, Légolas tenait fermement la main de son père.
Debout dos à l'arbre mort du Gondor, sa cape semblant refléter les éclats de la lune invisible en ce début de soirée, il fixait sans sourciller les hommes en arme qui se
tenaient devant lui. Leurs arbalètes étaient braquées sur lui, comme s'il pouvait avoir menti sur son identité. Comme si n'importe qui pouvait prétendre à son titre.
- Vous posez vos armes et ensuite nous vous escorterons en cellule, intrus, aboya un garde.

- Je ne laisserai sûrement pas des hommes du Gondor m'enfermer avant d'avoir vu mon frère, répliqua l'elfe blond qui se tenait là.
- Ne nous obligez pas à faire usage de force, siffla le garde.
- Je pourrais aisément tous vous maîtriser si je le voulais, mais je suis là, à vous entendre donner des ordres...
- NOMIN ! S'exclama une voix dans l'entrée de la citadelle, faisant se retourner vivement les arbalétriers qui visaient à présent la petite silhouette qui courrait à la
rencontre de l'intrus.
Le-dit Nomin pâlit en voyant les pointes des arbalètes menaçant son cadet. Un seul de ces traits pouvait avoir raison de ce frêle corps... Aussi fut-il rassuré, bien que
navré, de voir le jeune elfe prendre conscience du danger qui pesait sur sa vie, s'arrêtant.
Légolas se stoppa en un instant lorsqu'il remarqua es armes qui le visaient. Il prit peur, revoyant les orc et les Ouargs qui avaient attaqué leur escorte... Il revit cette
flèche noire lui déchirer douloureusement l'épaule. Il revit la panique qui brillait dans le regard séculaire de son père. Son regard croisa celui de son frère aîné qui n'avait
pas bougé.Il ne comprenait pas l'attitude des hommes du Gondor... Il voulait rejoindre son frère...
– - Baissez ces armes, pauvres idiots ! Hurla Ecthelion avec colère en arrivant.
Thranduil s'assombrit en découvrant son cadet ainsi menacé et son aîné tremblant de colère. Les arbalètes furent baissées. Nomin fut à l'instant même aux côtés de son jeune
frère, le serrant contre son cœur, soulagé de le trouver en vie et non pas agonisant. Le message de son père à la citadelle avait été alarmant. Il disait Légolas blessé par une
flèche d'orc et affaibli alors que l'escorte était à trois jours de la cité des hommes !
Trois jours à cheval auraient tué n'importe quel blessé ! Nomin n'aurait pas supporté la perte de son frère, il le savait...
- Nomin, sanglota Légolas.
- Je suis là, honeg... Je suis là, le réconfortait l'héritier de Mirkwood en le berçant.
- Je pense que nous avons matière à discuter, intendant , lança froidement Thranduil.
Ecthelion poussa un soupir inaudible, sachant que tout espoir de traité était vain. Il convoqua ses capitaines, laissant au roi des elfes le temps d'accueillir son héritier
avant de le rejoindre.