Downtown Los Angeles, 10 août 2014, 1h30
Une heure et demie plus tard le temps que je me calmasse et qu'on dressât le plan de la nuit, on avait été à la tour pour que je puisse me laver et me changer. Je crois que je ne reverrai pas le Manoir avant la fin de ma cure de désintox' au Glamour.
C'est dans la salle de bain qu'une question existentielle me vint à l'esprit : pourquoi Nines m'avait-il amenée précisément à la fête du maire ?
Après je mis un jupon bleu-vert, histoire de faire chier mon monde avec mes yeux, à volants asymétriques en viscose et un débardeur en viscose bleu gris, histoire de continuer à faire chier mon monde avec mes yeux, à bretelles fines et à motifs en dentelles sur l'encolure et à la base carrée. Au final je n'oublie pas les collants en nylon fin et de couleur lacté et mes ballerines vertes en cuir. C'est pas que j'aime pas les escarpins maintenant que je peux en mettre, mais puisqu'on dirait que je ne peux pas mort-vivre sans me faire tirer dessus… Les escarpins réduisent mes chances de surmort-vie de quelques pourcentages. C'est triste, du coup j'en ai deux ou trois pairs mais jamais l'occasion de les mettre.
Tes considérations sont futiles, bibiche, je te rappelle que tu t'es souvenu très romantiquement d'un moment particulièrement difficile de ton enfance d'il y a neuf siècles alors que tu étais invitée à dormir chez lui.
Obligée, pas invitée. Et puis tu m'emmerdes, ce qui est fait est fait. Ce soir je m'achète une Suzuki rouge pétant et je vais rendre visite à cette folle de Jeannette Voerman.
Plusieurs questions m'inquiétaient, d'abord ce Malkavien qui nous avait tiré dessus, qui visait-il réellement ? Moi, Nines ou le maire ? En tirant sur moi il était à peu près certain de pouvoir toucher Nines. Cela était fort possible car Nines était de nous deux, le seul au courant de cette fête et il m'y avait emmenée tout spécialement. Mais il pouvait aussi avoir visé le maire et c'était ce que les mortels allaient penser car, qui voudrait tuer une mangaka et un type non impliqué dans la politique ? A moins qu'il eut été ordonné d'éliminer un pion Anarch pour le Sabbat ?
Bref, finalement il était à peu près certain que ce Malk était du Sabbat.
Quant à l'assassinat de Péridot, il ne pouvait pas nous avoir entendus dans les toilettes hommes juste après son arrivée. Il avait été tué à l'extérieur bien avant la fête de l'Empire Hotel. Le Malk l'avait tué, l'avait traîné, avait probablement utilisé la voiture de sa victime pour se rendre à l'hôtel. Et le reste dépendait de son immense célérité pour nous tirer dessus, rester invisible et décharger Péridot à l'entrée. Ou le contraire, ce qui était plus simple : décharger Péridot à l'entrée, nous tirer dessus et s'enfuir en restant invisible. Or les Malk doivent apprendre cette discipline de célérité… Et il avait sans aucun doute manipulé de quelconque manière l'esprit d'Alonso pour embrouiller les choses à propos des toilettes. Et ça avait marché chez moi alors que je savais pertinemment que c'était impossible cette histoire de toilettes.
Il fallait que je demande à Jeannette si mes hypothèses étaient justes et si elle connaissait un Malkavien capable de telles prouesses. Et je me demandai aussi si l'attaque avait un rapport direct avec les meurtres dont j'avais entendu parler. Après tout pourquoi tuer Péridot en sachant qu'il serait impossible de me faire porter le chapeau plus de trois minutes ? Les Malk étaient fous, et celui-ci encore plus loin d'être stupide.
J'attendais aussi des nouvelles de Philippe à propos de Gareth MacPherson.
Au même moment, à la mairie
L'homme en question était assis dans un grand fauteuil en cuir noir, tourné vers l'immense baie vitrée derrière son aussi immense bureau de chêne dans une salle beaucoup plus petite aux murs tapissés de brun proche de l'or. Il portait un costume noir avec un foulard rouge plié dans la petite poche gauche de sa veste. Les jambes croisées et le coude droit posé sur l'accoudoir, un index sur la tempe. Le maire de L.A était seul, il était très tard et il était exténué. Pourtant même s'il avait les yeux clos, il ne dormait pas et réfléchissait encore à ce qui s'était passé l'autre soir.
Il aurait dû être concentré sur cette attaque terrifiante, sur l'enquête du meurtre de monsieur Péridot, sur le fait que Lia Vilorë avait été savamment éliminée de la liste des suspects alors que son attitude avait été plus qu'étrange et qu'elle avait été elle aussi visée, sur le fait qu'on avait tenté de l'éliminer lui aussi.
Presque toute la nuit du meurtre il avait été avec la police, son bureau, avec les avocats et jusqu'au FBI et aujourd'hui encore. L'enquête avait été menée au point mort à une vitesse fulgurante, comme celle des meurtres en série. Oui, Péridot avait été tué dans son jardin, mais aucune trace du tueur, aucun indice, le néant. Rien qui ne permettrait de joindre ce meurtre et l'attaque à ceux en série si ce n'est cette absence d'indice. On se battait contre un courant d'air. L'inspecteur chargé de l'enquête était en rage, le détective qu'il avait engagé hier soir semblait faire un double jeu… Seul le profiler du FBI semblait trouver une ligne mais il refusait obstinément de l'expliquer.
D'ailleurs, cet agent du FBI, Alejandro Renzo le troublait ainsi que Lia Vilorë.
Mais c'était elle qui le déconcentrait. Pourquoi lui tirer dessus ? Ca n'était qu'une femme et une dessinatrice, aucun intérêt à vouloir la tuer. A moins que les victimes précédentes eurent été blondes et bizarres. Or il n'y avait aucun lien entre les victimes. Le courant d'air frappait au hasard.
Oui, un hasard qui avait fait venir le tueur jusqu'à sa fête d'anniversaire, tuer un homme en rapport avec elle et tirer sur elle. MacPherson ne comprenait rien à cette nuit de folie. Et toute la journée encore il avait constaté à quel point ce tueur était cinglé.
L'enquête était au point mort. Les journalistes étaient comme des rapaces sur l'affaire depuis l'aube. Il était exténué.
Repassant encore et encore la scène devant ses yeux, il voyait cet illustre inconnu, Nines Rodriguez, s'inviter à son anniversaire avec la mangaka. Une haine farouche avait aussitôt enflammé son cœur, comme ça avait été le cas lors de sa rencontre avec Garcia. Etaient-ils amis, ou amants ? Cette Française et ce va-nu-pieds mexicanos ? Cette fille d'ailleurs, qui faisait tant parler d'elle. Copropriétaire du club Confession, mangaka à la renommée encore américaine, et pourtant il entendait dire aux quatre coins de L.A que cette femme était doté d'un pouvoir immense. Un peu comme une héroïne, quand son enquêteur prononçait le nom de Lia Vilorë, les informateurs répondaient toujours par un immense sourire indéchiffrable et une phrase du genre 'cherche pas à savoir quoi que ce soit sur cette petite blonde'. Ensuite on reportait qu'elle était toujours vue avec Nines Rodriguez. Et ce que l'enquêteur avait appris du mexicanos était en gros que ce type contrôlait la rue de L.A pendant que lui pensait la contrôler.
Gareth était le maire de la ville, il ne pouvait pas souffrir d'un tel manque de pouvoir sur les rues. Alors si la petite Française était l'arme de Rodriguez de manière inexplicable… Il allait la lui prendre comme Garcia le lui avait suggéré. Toutefois, il y avait quelque chose qu'il ne s'expliquait pas, mais lorsqu'il l'avait vue il s'était senti immédiatement attiré par elle. Et le maire de L.A se sentait prêt à confronter ce gêneur de l'ombre.
Nines Rodriguez, aussi influent que banal. Selon la fiche d'état civil de Californie il était né à New York il y a une trentaine d'années. Sans attache familiale. Descendu à Los Angeles début 2000. Il gérait et vivait des bénéfices d'un bar non loin, nommé le Last Round, bar où se réunissaient les pires crapules de L.A. Et pourtant on le disait partout agréablement charmant et capable de diriger par l'exemple. Diriger par l'exemple… Une belle façon de dire qu'il était chef parce que personne ne voulait de ces responsabilités. Chef de qui ? De gangs, de vauriens ? Pour être le maître des rues de SA ville il tenait la racaille sous sa main !! Voilà ce qu'il faisait, ce hors-la-loi !
Quant à Aurélia Vilorë, bien que sa nationalité soit toujours française, elle avait changé de patronyme et ce qu'il avait découvert le laissait perplexe.
« Que pensez-vous, monsieur MacPherson ? – Questionna soudainement Garcia, derrière lui.
-Je veux en savoir plus sur Rodriguez. En fait, sur ses activités… Pourquoi un homme tel que lui se plairait-il à réunir autour de lui des partisans ?
-Rodriguez est anarchiste, monsieur, il croit que tous les politiciens sont mauvais et inutiles. »
Gareth ricana puis tourna avec son fauteuil vers Garcia de son prénom. « L'enquête est encore une fois au point mort, » murmura t-il à son nocturne conseiller.
L'Espagnole portait une chemise hawaïenne jaune sous une veste noire ouverte et à manches relevées jusqu'aux coudes avec un pantalon de lin de même couleur. Les mains dans les poches, il sourit en coin au maire et sortit une main pour lisser sa petite moustache. « Dans ce cas, monsieur, profitez pour séduire la señorita Vilorë. Je suis sûr que vous êtes inquiété, » répondit-il avec son accent Hispanique, roulant des r comme des roucoulements.
MacPherson sourit et baissa les yeux en soupirant d'amusement. « Il y a nombre de choses que je ne comprends pas à propos de cette femme.
-Les dossiers médicaux, si, señor, je sais. Que voulez-vous que je vous dise ? C'est marqué : une série d'opérations à Paris.
-Payée par un certain comte Maximilien Valens de Paris, je sais, je sais. Mais ça me parait tout de même fort peu réalisable.
-Vous savez, la science ! » S'exclama Garcia en un haussement d'épaules de celui qui s'en contre fou du 'comment' : le résultat est là.
Gareth hocha la tête puis bailla. Coupant court à une remarque de Salvador, il rangea ses papiers dans ses tiroirs qu'il ferma à clef puis se leva. Il contourna le bureau en saisissant ses clefs au passage.
Salvador allait sortir en même temps que lui, lorsque qu'au seuil, jouant avec son énorme trousseau de clefs qu'il faisait tinter de l'index, le maire noir américain se tourna vers lui.
« Elle est étrange, dessinatrice avec une bonne renommée et lui est un influent inconnu travaillant dans son propre bar pour motards… Pourtant on les voit tout le temps ensemble. Dites moi, Salvador, quelle est leur relation exactement ?
-Ils sont amants depuis peu, señor Gareth, mais j'ai entendu dire qu'ils ne l'avaient fait qu'une fois depuis janvier. »
MacPherson sourit légèrement. Un point exploitable… Il en plaindrait presque Rodriguez !
Quant à Garcia, il se disait qu'il avait tout un roman à fournir à ce petit curieux de Gareth si celui-ci en venait à se demander l'évidence : comment cette jeune femme pouvait être l'élément rassembleur autour d'un homme travaillant dans un bar ? Réponse : ah, ces jeunes artistes français… Toujours en train de nous refaire la révolution romantique avec des gens qui parlent plus qu'ils n'agissent… Car, somme toute, il n'y avait aucune vérité dans cette idée de 'contrôle de la rue' que se faisait l'humain. Seulement, évitons d'expliquer à un membre du Bétail que son rival est un vampire contrôlant les rues des vampires…
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Downtown, 10 août 2014, 1h40
Philippe Valoric avait sagement attendu le feu vert de Garcia Salvador pour s'introduire dans le bureau de MacPherson. Une fois armé de son fidèle trombone en face des tiroirs de l'imposant bureau plongé dans le noir, le détective crocheta les minuscules serrures.
Et fouilla les papiers sans vergogne, l'oreille tendue aux bruits de pas réguliers des gardiens de l'immeuble. Tout en fouillant les divers dossiers il se disait qu'aucun client encore ne lui avait fait prendre de si gros risques : s'introduire dans le bureau du maire pour fouiller dans sa vie privée. Mais aucun de ses clients n'avait été une femme vampire du clan Toréador au sang duquel il dépendait. « T'es devenu un junkie, Phil, des affaires dangereuses pour une drogue dangereuse et des filatures conjugales pour payer ton loyer et ta bouffe, » se marmonna t-il tout bas en mordillant son trombone.
Tout en fouillant le bureau il mettait en place les pièces d'un puzzle nommé Gareth MacPherson. Originaire du Bronx d'après l'article de journal du 31 juillet, découpé et soigneusement rangé dans une feuille plastique. Gareth était quelqu'un de propre sur lui… New-yorkais, diplômé de Lettres françaises, seul un type diplômé de Lettres françaises pouvait lire Pascal en langue originale sauf que le volume était plein de cornes. Gareth le lisait quand il avait le temps de respirer. Homme de 26 ans d'après l'article, divorcé avant son entrée en politique il y a 3 ans d'après les lettres de sa femme qui lui rappelait la pension alimentaire. Affaire banale s'il lisait entre les lignes et les lignes : son ex-femme n'a pas pu supporter longtemps la vie de 'couple', surtout qu'il lui interdisait de travailler. Elle lui rappelait de payer la pension alimentaire parce qu'il l'avait empêchée de faire ses propres économies. Philippe le déduisait du fait que les lettres s'entassaient au fond du tiroir de gauche. Or Gareth était droitier. Les choses à utiliser ou à répondre rapidement sont dans le tiroir de droite, le reste dans celui de gauche. « On est un peu castrateur et proche de ses possessions, monsieur MacPherson ? » Ricana Philippe avec cynisme.
Sa femme à lui… Elle avait sans doute trop travaillé…
Valoric fronça les sourcils et secoua la tête en se morigénant de se déconcentrer ainsi. Donc Gareth venait tout juste de gagner les élections à la mairie de Los Angeles le 31 juillet. Le précédent maire élu en mai 2013 étant mort brutalement. Ses arguments avaient été ceux d'un défenseur légèrement idéaliste d'après ce que le détective se souvenait. Mais la pointe d'idéalisme ça n'avait sans doute été que pour toucher les couches populaires sans les faire fuir. Ou pas ? MacPherson ressemblait à un filou mais peut-être qu'un type originaire du Bronx pouvait se sentir concerné par la pauvreté ? La population l'avait surtout élu pour sa jeunesse et pour ses origines face aux crimes qui sévissaient … Les vieux politiciens semblaient toujours à côté de leurs pompes quant à la violence urbaine.
Ouais, l'espoir fait vivre. Philippe haussa les épaules. Les maires étaient plus occupés à jouer à bisque, bisque rage avec ceux de San Francisco pour le titre de 'la ville la plus crade de l'Etat de Californie' qu'autre chose. Gareth avait une fille dont il partageait la garde avec la mère installée à San Francisco d'ailleurs. La gamine s'appelait Kita et avait quinze ans. Grande fan de Rose's Mask.
Philippe se laissa choir dans le siège et posa les mains à plat sur le grand bureau. Gareth semblait avoir besoin de la Toréador pour se trouver des alliés afin de sécuriser L.A et en même temps il cherchait à se remarier…
Et Garcia Salvador dans tout ça ? Que mijotait-il au juste ? Seulement faire du maire son pion face à ceux du Sabbat qui s'agite dangereusement, ainsi faire bonne figure et gagner la confiance de Rodriguez ? Seulement ça ? Chercher t-il à subtiliser la rose à travers son pantin et le retourner contre son rival ? Non, Philippe connaissait assez sa maîtresse pour savoir qu'il était impossible de la retourner contre son héros. Si Salvador pensait ça, il était aussi macho que son clown et sacrément con. Peut-être alors que Garcia ne cherchait vraiment qu'à protéger l'Etat Libre et se faire bien voir. Mais Valoric supposait que si le Brujah espagnol arrivait à entrer dans les bonnes grâces des Anarch de Downtown, il allait chercher à devenir leader à la place du leader. C'était une possibilité à envisager… « Je devrais enquêter sur Salvador aussi… » Décida Philippe en fronçant les sourcils et hochant la tête en pinçant les lèvres légèrement.
Il se baissa ensuite pour voir les autres tiroirs du bureau, un petit coup de trombone magique et il tomba sur des dossiers médicaux. Pas besoin de reconnaître le véritable nom de famille de la Française, seul le prénom suffisait pour savoir que ces dossiers étaient les siens… « Ah, c'était de ça dont ils parlaient… »
Philippe était pervers soit, mais il avait quand même une certaine morale surtout face à des dossiers médicaux qui lui pincèrent le cœur. Il se sentit inquiet, sa main droite passa nerveusement dans ses cheveux qui lui bouchaient la vue. Il passa sa langue sur ses lèvres et cligna des yeux en déposant les dossiers sur le bureau face à lui. Ce qu'il ignorait de sa maîtresse blanche ou noire se trouvait ici, ses points faibles, son passé. Ce que Jack, Nines, Vlad Tépès et Beckett savaient. Qui faisait que ces puissants seigneurs de la nuit considéraient la jeune vampire comme un trésor… L'absurde ou le romantisme de la Toréador se trouvait dans ces chemises de papier beiges.
Ce qui faisait de la rose, la rose. Le bouton de la fleur.
Et qu'un mortel s'était procuré au mépris du secret médical. Comment avait-il pu ? Salvador l'avait aidé à trouver ces dossiers ? Pourquoi prendre la peine d'une enquête sur Vilorë ? Oui comme pour Gareth, pour la détenir en son pouvoir. Mais si Salvador…
Le Brujah espagnol allait trop loin !!
Le détective sortit un mini appareil photo et en prit quelques unes du dossier sans le lire. Une boule d'angoisse se formait dans sa gorge. Il sentait la gravité de cet acte, qu'il soit de Salvador ou de Gareth. Les dossiers étaient écrits en français, ce qui voulait dire qu'on avait vraiment fait le plus possible pour se les procurer. Gareth était-il capable de mouiller sa chemise et de se procurer illégalement un dossier médical ou Salvador l'avait bercé d'assurance ? C'était prendre beaucoup de risques pour manipuler une dessinatrice. Quelque chose comme le piratage de données françaises.
Gareth était-il prêt à tout et n'importe quoi pour accomplir ce pourquoi on l'avait élu ?
Un garde arriva, Philippe fit les yeux ronds et s'accroupit pour se cacher sous le bureau, heureusement il y avait un fond…
« Ah, y'a personne… » Marmonna le garde en balayant la pièce du fuseau lumineux et perçant de sa lampe de poche. Il referma ensuite à clef.
L'Hispanique attendit un peu. Il prit son temps pour réfléchir un peu plus à froid. S'était-il attaché à Lia ? Bien sûr que oui, il était sa goule. Mais il devait calmer le sang qui affluait et touchait son esprit. Que Salvador ou MacPherson en viennent à pirater des données d'un pays étranger comme la France JUSTE pour le dossier médical de la Toréador. C'était trop invraisemblable. Mais Philippe n'arrivait pas à considérer sérieusement l'hypothèse qu'on eut aidé l'un des deux. 'On' entendait le Sénéchal Maximilien de la Camarilla parisienne. Le Sire de Lia. Pourquoi le Toréador ferait-il une chose pareille ? « Bien, on dirait que je vais devoir faire le joli cœur devant Rodriguez. J'espère simplement qu'il ne va pas me casser le nez, » pensa t-il avec un sourire jusqu'aux oreilles. Ah, c'était un vrai plaisir de pousser à bout le Brujah. Si protecteur envers la rose. Pouvoir effectif qu'il jalousait.
Philippe remballa son petit matériel dans sa besace en jean, alla jusqu'à la porte, colla son oreille dessus. Le garde devait être dans l'autre couloir. Un autre tour du crochet rendu magique par des années de fouille illégale, le détective ouvrit la porte et se faufila prudemment jusqu'à la sortie. En passant par les escaliers.
D'accord Salvador lui avait ouvert le chemin.
Mais l'Inspecteur Gadget adore renvoyer la balle en argent.
Downtown Los Angeles, 10 août 2014, 2h20
En arrivant au Last Round, Philippe était en sueur, il faisait plus de trente dehors et il avait qu'une envie : virer son pantalon beige en viscose qui lui collait l'intérieur des cuisses. Il supportait à peine sa chemise blanche en lin et malgré tout son amour pour lui, il avait laissé son imper' dans la voiture. Mais pas son chapeau mou, son chapeau mou de détective était sacré.
Et en arrivant au Last Round, Philippe se dit qu'il aurait dû choisir un autre soir pour mettre son Brujah en sucre en rogne, parce que sa maîtresse s'en était déjà chargée à l'entendre. Lia l'avait semé pour aller on ne sait où. Enfin si, Nines savait où et c'était ça qui l'énervait le plus. Chez Jeannette Voerman. Philippe devina que ce qui foutait l'Anarch le plus en rogne c'était qu'il imaginait déjà la Toréador se laisser entraîner par les folles et sexuelles intentions de la sulfureuse Malkavienne. Le détective en montant le petit escalier y alla de son petit commentaire dans le dos du Brujah face à un Jack à moitié hilare. « Deux cinglées blondes dans la même chambre, il ne peut se passer qu'une seule chose ! »
Comme attendu, l'Anarch se tourna brutalement vers Philippe en le pointant du doigt de l'air le plus menaçant du monde. Qui fit seulement plonger ses pouces dans ses poches à l'Hispanique souriant. « Toi, ta gueule, si t'étais un homme tu ne te laisserais pas arracher la langue par une blonde cinglée ! » Clama Nines d'une voix méprisante.
Ca par contre, ça ne fit pas plaisir à Philippe qui fronça les sourcils, fouilla dans son sac et largua ses bombes photographiques sur une table avant de relever le menton et de foudroyer Rodriguez de deux yeux brun or. « Milles excuses, votre seigneurie qui s'est fait planter par sa nénette ! En attendant c'est moi qui maintiens la blonde en vie avec mon sang !
-Qu'est-ce que c'est ? » Demanda Nines d'une voix beaucoup plus calme en fixant les photos, il s'avança à deux grands pas jusqu'à la table face à lui et rassembla d'une grande main les clichés pour les dissimuler aux yeux indiscrets.
Jack fit comprendre des yeux au blond Ventrue nommé Richard et au brun Gangrel nommé Albrecht d'embarquer les humains présents autour d'eux au comptoir en bas. Histoire de pouvoir parler tranquillement. L'étage fut vidé et Skelter se posta en haut de l'escalier.
« Lia m'avait demandé de me renseigner sur Gareth MacPherson, lui et Salvador ont réussi à se procurer les dossiers médicaux et… – commença Philippe à voix basse en se rapprochant, mais soudain il vit Nines déchirer les photographies après les avoir regardées. – Qu'est-ce que tu fais ?!
-Ce fils de pute ne va pas l'emporter au Paradis, » grogna le Brujah entre ses dents et montrant ses crocs en foudroyant le détective de ses yeux bleus. Il fourra les clichés déchirés dans sa poche et s'en retourna à l'étage supérieur.
« Nines ! Calme toi gamin, prends les choses cool, » lança soudain Jack, une main dans la poche de son jean rapiécé et tirant sur son cigare de l'autre. Philippe regarda du coin de l'œil le légendaire Brujah Anarch, il se méfiait de lui autant qu'il admirait Jack. Et celui-ci avait certainement quelque chose dans la tête. De plus après un regard à Skelter qui s'était rapproché de lui, il comprit que l'affaire était beaucoup plus grave que ce qu'il pensait si Jack y allait aussi.
Le leader Anarch se retourna rapidement en haut du court escalier et frappa le mur du poing gauche. « Quoi ?!
-T'affole pas comme ça, garçon – continua Smiling Jack avec flemme en louchant sur son cigare. – La gamine sera assez grande pour renverser la vapeur. »
La remarque du Brujah fit naître un grand silence. Le détective vit le visage de Rodriguez se durcir comme du granit. Son regard bleu assombri et presque caché par ses cils froncés à l'extrême devint plus perçant. L'Hispanique réfléchit rapidement pour comprendre ce qui se passait. Jack voulait dire que la Toréador utiliserait la situation à son avantage contre Garcia Salvador. Gareth MacPherson n'avait aucune chance d'inquiéter Rodriguez : c'était un humain.
« Non, Jack, elle n'en sera pas capable – finit par dire sombrement l'Anarch du haut de l'escalier.
-T'as pas compris ce que j'viens de t'dire. C'est pas toi qui disais y'a presque quatre ans que tu étais impliqué dans un truc cinq cents fois plus gros que toi ou elle ? Maintenant le truc est cinq milles fois plus gros que toi ou moi. Mais pas pour elle. Enfin, pas trop gros.
-Qu'est-ce que tu me chantes ? – Soupira Nines avec lassitude en revenant vers eux.
Philippe lui se disait que c'était cinq milliards de fois plus gros que lui tout seul.
-Je te dis juste que si Max veut récupérer son Infante et à défaut la faire autodétruire, il a intérêt à bouffer du Fer Froid pendant trois mois parce que tu peux être sûr que les Fées vont pas tolérer qu'on leur foute des bâtons dans les roues. Et en plus, il ne connaît pas l'état mental de Lia.
-Toi non plus. Moi si, et je te dis qu'elle sauteras.
-Ben si tu le sais, fais ce qu'il faut pour qu'elle le fasse pas… » Glissa Jack triomphalement.
