Chapitre 6 – Ah, les joies de l'infirmerie !
Un grognement, une voix fluette, odeur de désinfectant, tissu épais sous mes doigts, des taches de lumière informent, et soudain, tout apparaît. J'étais allongée tout habillée sur l'un des nombreux lits de l'infirmerie et, en regardant autour de moi, j'aperçus un autre lit entouré de rideaux blancs.
Les forces me revinrent peu à peu et je me levai doucement. Enfin, j'essayai. Une douleur fulgurante me déchira le bras sur lequel j'étais appuyée tandis que ma tête me lançait. Baissant les yeux sur mon bras droit, je remarquai qu'il était emballé dans d'épais bandages blancs, tout comme le gauche d'ailleurs. Étrange.
Je décidai de me lever malgré la douleur, doucement, tout doucement. Je réussis donc à me mettre debout et à marcher à travers l'infirmerie, déserte à cette heure, pour aller voir quel patient se trouvait derrière les paravents. Au moment où mes doigts tiraient un des bouts de tissu, je réalisai que j'avais déjà vécu cette scène auparavant.
Couché sur ce lit se trouvait Remus, une fois encore.
Je m'avançai comme la fois précédente et m'aperçus que ses doigts déchiquetaient les draps alors qu'il semblait dormir. Je lui attrapai l'un des poignets pour l'arrêter, mais il se débattit avec force et je dus lâcher prise. Soudain, il ouvrit les paupières et, contrairement à la fois précédente, ses yeux n'étaient pas seulement jaunâtres, ses pupilles avaient la forme de deux ellipses, comme chez certains animaux. J'eus un mouvement de recul. Un détail m'échappait, mais je ne savais encore lequel.
Subitement, une connexion entre mes neurones dut se faire, car je réalisai une chose. Une minuscule chose presque sans importance. Non vraiment, ce n'était pas un renseignement exceptionnel ni rien d'autre du genre. Que Remus soit un loup-garou, c'était tout à fait normal après tout. Une nouvelle des plus banales, rien de plus, n'est-ce pas ?
Je refermai le rideau, revêtis mon uniforme en catastrophe et agrafai ma cape dans une étrange torpeur. Peu après, je ne sais par quel miracle, je me retrouvai dans la salle commune qui était vide à cette heure de la matinée. J'y passai une heure ou deux, je crois, prostrée sur le tapis devant la cheminée avant que l'on ne me trouve. Je ne me souviens que d'une voix me disant de rester tranquille et que tout irait bien, puis quelqu'un me souleva et je sombrai dans les ténèbres.
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À l'heure du déjeuner, je me réveillai sur le canapé près de la cheminée. J'ouvris péniblement les yeux et rassemblai mes forces pour me redresser. De douloureuses courbatures se faisaient ressentir dans tous mes membres. Enfin, me mettant debout avec quelques difficultés, je descendis à la Grande Salle en me mêlant à la foule des élèves. Lily n'était pas encore arrivée, mais je commençai à manger sans elle, j'avais vraiment trop faim pour l'attendre. Quand elle arriva, elle se répandit en questions en tout genre : pourquoi je n'avais pas dormi au dortoir, où j'avais passé la nuit, pourquoi j'avais loupé des cours...
Bref, je balayai toutes ces interrogations de la main et gardai la tête dans mon assiette. J'avais repéré Black et Peter non loin et je n'allais pas m'étendre sur mon petit accrochage avec sa cousine ou sur ma découverte à propos de son meilleur ami. D'ailleurs, je ne pouvais en parler à Lily, c'était à Remus de le faire.
- Alors Mademoiselle Taylor, on sèche les cours maintenant ?
Au moment où j'entendais ces mots, je reçus une légère tape dans le dos qui me fit voir de trop près le contenu de mon assiette. La douleur de mon dos se réveilla instantanément et je grimaçai. Cependant, je ne me retournai même pas, sachant pertinemment à qui appartenait la voix.
- James, il ne t'est pas venu à l'esprit que j'avais peut-être des problèmes personnels ? lançai-je d'un ton moqueur alors qu'il s'installait à côté de moi.
Quand mes yeux croisèrent les siens, tandis que je levais la tête, je vis son immense sourire de toujours disparaître brusquement.
- Qu'est-ce qui se passe Artémis ? demanda-t-il avec inquiétude et empressement. Si tu as des problèmes, tu peux tout me dire !
Je le regardai avec incrédulité, mais de quoi parlait-il ? Me tournant vers Lily pour qu'elle m'apporte une explication, je vis l'affolement se peindre sur son visage. Qu'avaient-ils donc tous à la fin ?
- Qu'as-tu fait Arté ?
- Mais de quoi parlez-vous ? aboyai-je, frustrée de ne pas comprendre de quoi ils parlaient.
Ils échangèrent un regard et Lily commença à fouiller dans son sac. Elle en sortit son miroir de poche qu'elle me tendit. Fronçant les sourcils, j'y jetai un coup d'œil pour voir mon image s'y refléter.
- La garce ! sifflai-je avec fureur en écrasant mon poing sur la table.
Elle ne s'était pas contentée de me lancer un sort, elle s'était aussi acharnée sur mon visage ! Mon œil arborait un joli bleu violacé sur le dessus et ma lèvre du bas était fendue. Je me demandais comment cela se faisait que je n'avais rien remarqué plus tôt, sûrement les effets de la potion antidouleur Et pourquoi Pomfresh ne m'avait pas enlevé ça, elle voulait garder des preuves ? Cette Serpentard, elle allait me le payer !
- Artémis ! beugla Lily en me tapotant le bras pour me faire redescendre sur terre.
À présent, plusieurs élèves de notre maison étaient tournés vers nous, mon amie ayant un organe vocal des plus... intéressant ? Mais je n'avais pas envie de répondre à toutes leurs questions, moi !
- Qui t'a fait ça ?
Enfin une question censée, même si c'était Black qui l'avait posé. Je ne l'avais pas vu, mais il s'était approché sournoisement pour écouter notre passionnante conversation. Je me levai donc dans l'intention d'échapper à tout cet acharnement.
- Tu demanderas à ta chère cousine ! lançai-je tout de même avec une grimace ironique à Black avant de partir à grands pas.
J'allai directement à l'infirmerie, nous n'avions pas cours cet après-midi et je savais qu'ils n'iraient pas me chercher là-bas. Il fallait que je me fasse soigner et, surtout, je devais lui parler.
Mon frère, un loup-garou ?
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- Artémis, qu'est-ce qui t'est arrivée ? demanda un Remus encore bien pâle.
Il n'allait pas s'y mettre lui aussi ! Bon, je sais la frustration qu'on éprouve une fois clouée au lit donc je lui racontais ma petite histoire. Il se redressa, fin prêt pour « lui faire payer à cette traînée », dixit Remus, mais il n'alla pas bien loin et retomba lourdement sur son oreiller, exténué par son éclat. Loup-garouter toute la nuit ça épuise !
Le silence commençait à s'installer quand j'abordai le sujet épineux :
- Remus, je sais pourquoi tu es à l'infirmerie.
Un léger rictus se forma sur ses lèvres. Il pensait sans doute que je ne pouvais réellement être au courant. Puis, devant mon visage grave, ses traits se durcirent et sa peau devint un peu plus livide encore.
- Tu…non… Comment ?
Il s'était redressé pour me faire face. Il avait vraiment l'air perdu, inquiet aussi et surtout curieux. Je savais qu'il ne voulait savoir qu'une seule chose et c'est pourquoi ses yeux scrutèrent les miens à la recherche de cette trace qu'il tentait de repérer. Cette trace de dégoût qu'il aurait dû m'inspirer.
Inutile de dire qu'il ne trouva rien de tout ceci, aucune haine, aucune hostilité. Il fut surpris, décontenancé même, puis il ferma les yeux et un seul mot s'échappa de ses lèvres : « Pourquoi ? »
- Tu es mon frère, murmurai-je alors qu'il rouvrait ses paupières et me fixait de ses yeux à nouveau gris. Quelle sœur haïrait son frère pour quelque chose dont il n'est en rien responsable ?
Les loups-garous sont presque toujours méprisés, pourquoi donc ? Ce sont des hommes, sauf un soir dans le mois, mais ils peuvent aimer aussi. Si vous ne me croyez pas, je peux vous dire que, quand il me serra dans ses bras, je ressentis tout l'amour qu'il avait pour moi. Un amour fraternel certes, mais éternel, j'en étais sûre.
- Tu sais, tu n'es pas le seul à te transformer en monstre, soufflai-je doucement à son oreille.
Il me repoussa instantanément et voulut savoir de quoi je parlais. Je me contentai donc de lui promettre de tout lui dire un jour et je sortis précipitamment de l'infirmerie.
Enfin, j'essayai de sortir quand l'infirmière me sauta dessus pour me sermonner sur le fait que j'étais partie sans son autorisation. De plus, elle voulait savoir ce qui m'était arrivé et je lui servis une histoire de chute dans les escaliers. Elle ne me croyait pas, mais comme je restais sur cette version, elle consentit à me laisser filer en faisant disparaître mes bandages et mes blessures.
À moi la liberté ! Et la vengeance...
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À cette époque, une question aurait dû me traverser l'esprit. Remus était le loup-garou, d'accord, mais les animaux qui l'accompagnaient, qui étaient-ils ?
Malheureusement, j'étais trop absorbée par ma découverte sur mon frère et je ne me souvins de ce détail que bien plus tard, en apprenant la vérité.
