Gens du Wasteland…j'ai le regret de vous annoncer le décès de votre ami et allié, Maître…Maître Orion qui…ah ah ah! Vous y avez cru? Maître Orion ne meurt pas, c'est la Mort qui se…ah mince, c'est blague est nulle en fait!
Avant que je ne dise d'autres conneries, voici la suite de votre feuilleton. Lors du dernier épisode, Will passe une première nuit loin de chez Jeff a se poser des questions philosophiques banales, avant de réaliser qu'il ne faut jamais baisser sa garde dans le Wasteland. Le destin prend la forme d'un groupe de super mutants, qui sont difficilement éliminés, et qui obligent notre héros à passer une nuit blanche.
Le lendemain, il croise la route d'un étrange soldat en armure nommé Arathorn qui, après avoir reçu de l'aide contre des raiders, emmène Will à l'hôpital des terres désolées. Dans ce lieu ou génie et folie couchent régulièrement ensembles et font des petits en plus, une alerte se déclenche. Quelque chose de grave semble s'être produit…
Chapitre six
Infestation
Lorsque je rejoins le personnel du département scientifique dans le hall principal, ces derniers sont en train de se disputer devant le terminal principal. Le cervobot écarté sur le côté et incertain de ce qu'il doit faire se contente d'agiter ses bras articulés en silence, tandis qu'Eldar fait défiler sur l'écran la retransmission de plusieurs caméras de sécurité.
-Comment cet enfoiré a-t-il pu s'échapper? S'exclame Eldar, sortant de son calme habituel.
-Comment veux-tu que je le sache?! Rétorque Sorcikator en brandissant son fusil à pompe. Ce n'est pas moi qui s'occupe de la sécurité, ici.
-Le sujet 8 est bien sauvage, pas vrai?
-Plus sauvage que ça…
-Alors comment a-t-il passé la sécurité? Il devrait être à peine plus malin qu'un animal, non?
-Je t'ai dis que je n'en savais rien. Lâche-moi la grappe.
-Merde, Sorci, on a combien de personnes là-dedans? Une dizaine? Une vingtaine?
-Une bonne vingtaine, certainement. Probablement un peu plus. Il faudrait demander à Timio le dernier recensement…
Comme si la mention de son nom avait suffit à l'invoquer, le médecin en chef déboule des niveaux supérieurs, le visage rouge sous l'effet de la rage.
-Quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe dans mon hôpital?
-Pas ton hôpital, mais celui de la patronne…marmonne sous cape Sorcikator.
-Ce n'est pas important! Dites-moi que ce n'est pas le sujet 8.
-Ce n'est pas le sujet 8.
-C'est vrai ce mensonge?
-Non. Euh, oui. Hein?
Devant la confusion de son collègue, Eldar prend les devants et confirme que le fameux sujet 8 s'est bel et bien enfuit de sa cellule sécurisée et qu'il est probablement en train de se faire un vrai gueuleton avec les autres patients.
Voyant les savants piétiner sans fin dans leur débat sans que personne ne daigne m'expliquer la situation ou même réaliser que je me tiens là, près d'eux, j'exige bruyamment et de manière fort impolie qu'on me mette au parfum. Quel est ce sujet 8 qui paraît tant les affoler, et à quelle point est-il dangereux?
C'est Eldar qui me répond, se raclant la gorge avant de se lancer dans un résumé bienvenue. Le sujet 8 est apparemment le terme utilisé pour désigner un patient bien particulier de leur hôpital qui s'est présenté il y a plus d'un mois avec une forme étrange de goulification. Ils n'ont jamais su qui il était ni d'où ils venaient. Juste la cause de son mal et ses effets.
-Les goules, se sont ces humains qui ont été exposé aux radiations et qui n'ont pas eu la chance d'en mourir? Je demande en voulant confirmer.
Durant mon enfance, il n'y avait guère plus de trois ou quatre goules qui vivaient en reclus à Big Town. Au fil des années, ils sont partis les uns après les autres, et on ne les a plus jamais revu.
-C'est exact, confirme Sorcikator. En dehors de se retrouver avec une gueule de décomposé et une longévité improbable, une poignée reste fondamentalement humain après sa radiation massive. Mais la plupart n'ont…pas cette chance. C'est ce que l'on appelle les goules « sauvages ». Le cerveau est directement attaqué par les radiations, ce qui les réduits à rien de plus que des monstres affamés à peine capables de grogner.
-Pour en revenir au sujet 8. poursuit Eldar, son cas est…spécial. Normalement, la goulification se fait par exposition aux radiations. Lui, il a muté après avoir consommé la chair d'une autre goule.
Nous frissonnons tous de dégoût. Le cannibalisme est déjà quelque chose d'horrible et de répugnant en soi. Mais descendre au point de dévorer une goule, qui a plus de points communs physiquement avec le cadavre en décomposition qu'avec un humain…j'essaye de ne pas imaginer dans quel état de désespoir il faut se trouver pour en arriver là.
-Cette transformation inhabituelle rend le sujet 8 spécial car il est…contagieux.
-Contagieux?
Sorcikator esquisse en sourire crispé.
-Comme les vieilles histoires de zombies. Il lui suffit de mordre quelqu'un pour cette victime mute à son tour.
-C'est possible, ça?
-Apparemment…le monde est plein de merveilles, pas vrai?
-Du calme, intervient Timio, nous avons des procédures pour régler ce genre de situation.
À ce moment, la voix d'Arathorn retentit à la radio, le chef de la sécurité paraissant passablement agacé.
-Dites, vous êtes au courant que le sujet 8 s'est fait la malle?
-Bienvenue parmi nous, Arathorn. J'allais justement activer le protocole « ménage de printemps ».
-Mauvaise idée. Vous avez scellé le bloc B et tout, mais vous avez enfermé Flofrou à l'intérieur.
Timio pousse un juron sonore en frappant contre le mur. Devant mon interrogation, Sorcikator m'explique qu'Adam Flofrou est un des leurs. Sur le papier, il serait le concierge, mais son expertise est tellement diversifiée qu'au final, il aide à peut prêt tout le monde dans leurs recherches et expériences.
-On ne peut pas l'abandonner comme ça! S'exclame Sorcikator.
-On ne peut surtout pas laisser le sujet 8 s'échapper dans le Wasteland, proteste Timio. Tu imagines le chaos qu'il causerait?
-Je peux aller le chercher, j'annonce sans réfléchir.
Immédiatement, je me donne un bon coup de pied mental au derrière, regrettant ma grande gueule.
Tout le monde me regarde avec un mélange de stupeur et d'espoir désespéré. Clairement, ils ne veulent pas avoir à tuer leur ami pour arrêter cette goule mutante. Avant que quiconque dans la pièce n'arrive à trouver quoi dire devant ma proposition courageuse, une trappe au plafond s'ouvre et le chef de la sécurité se laisse tomber au sol parmi nous.
-Voilà un gamin qui a des couilles! S'exclame-t-il. Ça me plaît.
Cette fois, il a troqué son armure cybernétique géante pour un modèle de fibres de kevlar et de plaques de céramiques qui constituaient l'équipement standard des marines américains avant la chute des bombes. Entre ses mains, se trouve une arme impressionnante à l'allure dangereuse qui ne devait pas rentrer dans la définition de réglementaire de l'époque.
-Alors, on y va? Allons chercher cet éclopé de Flo.
-Très bien, dit Timio avec un soupir. Je vais vous ouvrir la porte. Mais je ne peux tout de même pas risquer une infection extérieure. Vous avez une heure pour retrouver notre concierge et le ramener en sûreté. Passé ce délai, je vais activer le protocole « ménage de printemps », avec ou sans vous.
-Je dois aussi rester derrière, annonce sombrement Eldar. C'est moi qui ai les codes pour le protocole de décontamination.
L'expression dure qu'affiche tout le monde, même le plaisantin Sorcikator, en dit long sur le véritable caractère du personnel de cet endroit. Chacun d'eux a connu le feu à plusieurs reprises, et tous acceptent leurs propres responsabilités si le pire devait arriver.
Guidés par Arathorn, nous esquissons un semblant de formation en triangle et nous engageons vers l'aile ouest de l'hôpital.
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Le bloc B est probablement l'un des quelques endroits qui a été entièrement construit par les actuels occupants de l'endroit. Le béton synthétique du mur qui nous fait face a des reflets récents à défaut d'être neufs, et la lourde porte métallique ne porte pas de traces de rouille. Un unique panneau sobrement orné d'un B majuscule confirme que nous avons atteint notre destination. Le logo de dangers biologiques n'aide pas à me sentir rassuré…
Devant l'ampleur des sécurités, j'en viens à me demander si nous sommes dans un hôpital ou dans une prison. On m'explique que le bloc B rassemble les patients les plus dangereux de l'hosto, ceux qui se montrent particulièrement violents ou contagieux, ce qui explique la sécurité renforcée ici.
Avec un rien de nervosité, Arathorn nous indique par des signes de mains de prendre position devant la porte, avant de se diriger vers le verrou électronique. Après avoir tapé un mot de passe sur le clavier, une alarme résonne et la porte coulisse avec un bruit déchirant de métal à l'agonie.
C'est alors qu'un monstre jaillit comme un diable de sa boîte et fonce les griffes pointées vers la gorge du chef de la sécurité à peine la porte ouverte. Sans se laisser effrayer, ce dernier se contente de relever son étrange arme avec des réflexes impressionnants et enfonce durement le canon dans le ventre de la goule. Le monstre grogne de douleur et agite les bras dans l'espoir d'atteindre sa proie, mais une seconde plus tard, une détonation sonore retentit et le corps ravagé est repoussé en arrière dans un déluge de sang. Lorsque nous nous rapprochons pour constater les dégâts, c'est pour découvrir un corps décharné dont l'abdomen arbore un trou béant révélant des vestiges de viscères.
Comme il le ferait à un enfant, Arathorn serre son arme contre lui et la berce affectueusement.
-Et une mort de plus pour mon bébé, dit-il fièrement.
-Sacré flingue, je commente.
-Canon à accélération électromagnétique, version portable. Je l'appelle « Paix et Amour ».
Je ne veux même pas connaître l'origine d'un tel sobriquet.
Alors que nous nous poursuivons notre route, rien ne bouge autour de nous. Il ne faut pas avancer très loin pour découvrir des traces de violence un peu partout. Lors du déclenchement de l'alerte, la lumière principale a été coupée pour être remplacée par un éclairage d'un rouge sanglant qui accentue l'effet d'horreur. Le moindre signe de vie semble s'être évaporé, et j'en viens rapidement à détester ce calme. L'éclairage précaire accroît les ombres, me donnant l'impression paranoïaque qu'un ennemi s'apprête à me sauter à la gorge au moindre tournant.
Nous débouchons, après avoir dépassé un poste de quarantaine déserté -si ce n'est pas la carcasse de robot protectron aux membres arrachés- dans un espace plutôt large s'étendant sur deux niveaux. Tous les murs ici sont tapissés de portes renforcées et capitonnées de l'intérieur, me rappelant de nouveau davantage une prison qu'un hôpital. Puis je me souviens qu'on enfermait dans ce bloc des criminels dangereux, et je raffermis nerveusement ma prise sur la crosse de mon fusil d'assaut.
Je sursaute en entendant un tintement métallique. Sorcikator pousse un juron en constatant la boîte de conserve vide qu'il a accidentellement propulsée du pied jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans un coin sombre.
Ce bruit en apparence anodin déclenche un tonnerre de grondements comparables à des raclements de gorge tout près de nous. Tombant des hauteurs du niveau supérieure, une première goule se réceptionne avec une souplesse peu commune et se redresse de toute sa hauteur, retroussant les bras devant elle comme si la créature voulait se rendre. Mais à voir son visage ravagé, ses yeux vitré et les tics qui agitent ses traits, il est impossible de croire que ce que nous avons là est autre chose qu'une bête sauvage.
Nous ouvrons le feu en même temps après une seconde d'hésitation, nos balles, faisant reculer l'infecté jusqu'à ce qu'il se renverse en arrière, baignant dans son sang. Mais dans l'intervalle de cet affrontement, d'autres goules sont venus se joindre à la mêlée, gargouillant de leur horrible manière et se jetant sur nous sans crainte et sans hésitation.
Son adversaire trop proche pour lui permettre de laisser « Paix et Amour » charger l'un de ses tirs dévastateurs, Arathorn se bat à grands coups de crosse, rossant le monstre au point de le faire reculer. Une seconde goule l'attaque par surprise et lui tire les cheveux vers l'arrière, lui arrachant un cri de douleur, mais cet agresseur se retrouve soudainement sans tête, gracieuseté de Sorcikator qui manipule son fusil à pompe avec une précision impressionnante.
Pour ma part, j'offre un tir de couverture à mes deux alliés face à un couple de goules à la tenue d'hôpital déchirée et souillée de sang qui viennent d'entrer par une porte à notre niveau. Mes balles de calibre militaire déchiquettent leurs chairs et finissent par avoir raison d'eux, mais non sans que les goules ne parviennent à se rapprocher de quelques pas. Leur endurance accrue liée à leur incapacité à ressentir la douleur fait froid dans le dos, et j'en viens à me demander combien de victimes peut infecter le sujet 8 en si peu de temps.
Heureusement, l'escarmouche prend fin aussi soudainement qu'il a commencé, et nous nous retrouvons de nouveau dans le silence en compagnie de sept cadavres. Arathorn s'assure de leur décès en leur filant un coup de pied au visage à chacun et s'efforce de calculer mentalement les scores.
-Vu sous cet éclairage, commente-t-il soudain, leur sang a une jolie couleur.
-T'es vraiment malade, toi, répond Sorci d'un air dégoûté.
Le chef de la sécurité l'ignore et esquisse un large sourire.
-Alors ça fait deux pour moi, trois pour Sorci et les derniers pour le petit. Pas mal, Will!
-Tu te fais vieux, Arathorn?
-Je t'emmerde.
Un fracas retentit, coupant court à la discussion et nous faisant lever nos armes. Cela provient d'un couloir latéral. Silencieusement, le chef de la sécurité nous fait signe de le suivre et prend les devants, nous guidant vers ce qui semble être une série de bureaux. En chemin, j'enfonce un chargeur plein dans mon arme, par mesure de sécurité.
Nous prenons position autour d'une porte désignée par Arathorn, puis ce dernier l'enfonce d'un coup de pied, l'ouvrant avec fracas. Une silhouette décharnée apparaît à nos yeux, ce qui me pousse à me préparer à tirer. Mais quelque chose ne tourne pas rond, je peux le sentir dans mes tripes. En s'avançant vers nous d'un pas traînant, la goule se tient les cotes comme en proie à une terrible souffrance. L'éclairage rouge atteint finalement son visage, qui, tout en offrant le même masque de chair ravagée et flasque que les autres, arbore des yeux portant encore une lueur de conscience, bien que teintée de douleur.
-Pi…tié…gémit la goule d'une voix caverneuse. Aidez…moi…
Sorcikator lève son fusil à pompe vers la tête de ce malheureux, ce qui déclenche aussitôt une réaction indignée chez Arathorn.
-Du calme la gâchette! S'exclame-t-il en forçant le canon à se baissé. Il n'est pas comme les autres zombies qu'on a croisé ici.
-Pour le moment! L'infection radioactive ne va pas tarder à lui bouffer le cerveau, et d'ici peu, il va tenter de nous arracher la gorge.
-C'est…vrai…acquiesce la goule avant de gémir d'agonie. Je…je peux sen…sentir…comme un f…feu li…liquide dans mes v…veines. Je ne peux…plus tenir…la douleur…
Il s'affale contre un pupitre, se rattrapant de justesse avant de s'affaler au sol en gargouillant de manière terriblement semblable aux goules sauvages, accroissant notre tension. Néanmoins, la victime se reprend brièvement et soupir.
-Je ne…je ne veux pas…finir…co…comme ça. S'il vous plaît…tu…tuez-moi.
Les deux membres du personnel de l'hôpital échangent un regard incertain. Tuer un monstre enragé est une chose; exécuter quelqu'un qui a encore sa conscience est autre chose. Moi-même, j'éprouve de la pitié pour cette créature. C'est pourquoi j'épaule mon arme d'assaut et vise entre ses deux yeux.
-Will? S'étonne Arathorn.
La goule esquisse un grotesque sourire et hoche de la tête, avant de se crisper brutalement. Une seconde plus tard, l'infecté change de comportement du tout au tout et pousse un grognement furieux avant de sauter vers moi. Mon coup part, mais le canon est dévié vers le plafond. En poussant à mon tour un cri furieux, je repousse la goule en arrière. Le monstre mutant manque de trébucher et recule de quelques pas vers un pan de mur.
Ce dernier coulisse silencieusement, à ma grande surprise, révélant un homme portant un masque de soudeur rendu mat par l'utilisation. Une voix étonnamment jeune s'élève alors, juste avant que je ne repère le lance-flamme entre les mains gantées du nouveau venu :
-À terre!
Comme un seul homme, notre trio se laisse tomber contre le sol. Avec un rugissement de fin du monde, une gerbe de feu jaillit et engloutie la goule qui pousse un long hurlement d'agonie avant de tomber à genoux, secouée de spasmes. Le pyromane s'approche prudemment de sa victime et la repousse du pied, hochant de la tête en voyant la carcasse calcinée s'écrouler mollement contre le plancher.
-Flo! S'exclame Arathorn avec soulagement. Espèce de timbré, tu es vivant!
Le concierge du complexe relève son masque protecteur, révélant un jeune homme à peine quelques années plus âgé que moi, dont les traits sont incrustés de suie.
-Timbré? Répète-t-il. Timbré? C'est vous, espèces de trous du cul, qui m'avez enfermé ici avec tous ces zombies puants!
Malgré ces propos plutôt violents, je ne décèle aucune réelle colère dans leurs voix. Cela semble juste être leur manière habituelle de communiquer.
Mon attention se porte sur le lance-flammes, puis sur Flofrou lui-même.
-Concierge, c'est ça?
-Entre autre.
-Avec ça?
Il me pose une main sur l'épaule en secouant la tête.
-Ne pose pas de question. Crois-moi, c'est pour ton bien.
-Est-ce que tu as vu le sujet 8? demande Arathorn à brûle-pourpoint.
-Le reaver mutant? Bah ouais, il se balade quelque part dans le bloc.
-Il faut se grouiller. On a moins de quarante minutes pour rejoindre la sortie avant que Timio ne déclenche le protocole « ménage de printemps ».
Le visage de Flo pâlit et il s'empresse de nous dépasser pour s'engager dans le couloir par lequel nous sommes entrés. Juste avant d'entrer dans l'atrium, Sorcikator lui pose une main sur l'épaule et l'arrête. Le scientifique lève le nez en l'air et se met à renifler longuement, comme un chien limier ayant flairé une piste.
-Vous sentez ça?
-La puanteur des goules? Répond Flo sans comprendre. Bah ouais, elle est partout. Pas la peine d'en faire un fromage. Parlant de fromage, j'ai faim.
Sa remarque lui vaut une baffe derrière la tête, gracieuseté d'un Sorcikator furieux et légèrement effrayé.
-Pas que ça, idiot. Il y a quelque chose d'autre par-dessus la putréfaction habituelle que les goules exhalent.
C'est à mon tour de renifler, intrigué par l'insistance du savant fou et inquiet par sa soudaine nervosité. Après quelques instants, je décèle effectivement une odeur persistante qui me rappelle la vase du marécage situé juste à l'extérieur des champs de Big Town. Lorsque je fais part de ma découverte, Sorcikator hoche de la tête.
-Enfin quelqu'un de malin ici.
D'un air dramatique, il indique la direction de l'atrium.
-J'ai assez travaillé avec le sujet 8 ces dernières semaines pour me rappeler sa puanteur. Il arrive.
Aussitôt, nous brandissons tous nos armes en direction de notre sortie, Flo reculant en prenant la peine d'abaisser son masque. De longues minutes s'écoulent pendant lesquelles la tension est insoutenable. Enfin, nous entendons des pas traînant qui ne peuvent provenir que de nombreux pieds nus. Peu après, les respirations sifflantes et les grognements des goules qui ne tardent pas à apparaître dans notre champ de vision.
-Ouvrez le feu, pauvres fous! Hurle Arathorn.
Paix et Amour tire avec fracas, arrachant le bras d'un des premiers monstres et le repoussant en arrière, renversant au passage une partie de ses semblables. Comme si cela avait donné le signal aux deux groupes, nous tirons de toutes nos munitions tandis que les goules chargent en hurlant.
Malgré moi, je me laisse emporté par la fièvre du combat et hurle des défis aux monstres qui se retrouvent fauchés par mes balles et engloutis par le feu du concierge de l'hosto. Pas loin d'une demi-douzaine de goules succombent sous nos assauts, mais les autres n'hésitent pas à continuer à se jeter contre nous, comme si elles espéraient que nous manquions de balles bientôt. Ce n'est pas normal, je me dis en laissant justement tomber un chargeur vide au sol sans cesser de reculer. On m'a toujours dit que les goules sauvages étaient à peine plus que des animaux. Même un animal enragé, quand bien même il n'aurait pas peur du feu, constaterait que se jeter sur nous serait du suicide.
Les flammes jaillissant de l'arme de Flo se tarissent soudain. Avec un juron effrayé, le concierge frappe à répétition son arme, en vain : le réservoir est vide.
À ce moment, une nouvelle silhouette pénètre dans l'étroit corridor. Cette goule-ci est différente, courbée comme un prédateur prêt à bondir, les mains griffues écartées dans une position de défi et un visage si ravagé qu'elle est plus proche d'un crâne que d'une tête de zombie. Pour compléter ce tableau de cauchemar, une sorte d'aura, semblable à de la fumée verte, exhale de son corps à mesure qu'il s'avance. Une bave verdâtre s'écoule de la gueule de ce que je devine être le sujet 8 tandis qu'il écarte impitoyablement ses victimes de son chemin pour parvenir jusqu'à nous.
Nous ouvrons le feu sans attendre, concentrant nos tirs sur le mutant alpha, mais ce dernier semble doté d'une endurance hors du commun tandis que nos balles s'enfoncent dans son cuir épais. Le sujet 8 grogne et bondit comme un fauve sur Arathorn, renversant le chef de la sécurité avant qu'il ne puisse utiliser Paix et Amour. Le soldat grogne et lutte de toutes ses forces pour maintenir la tête du sujet 8 le plus loin possible de lui. La bave dégouline sur son armure, ce qui soulève un filet de fumée et un grésillement de mauvais augure. Arathorn se met à hurler, affirmant que cette merde est corrosive.
Ordonnant à Sorcikator de me couvrir, je charge la goule reaver et la renverse au sol, libérant notre allié de sa prise. Je vide un chargeur entier de mon fusil d'assaut à bout portant sur le sujet 8, mais ce dernier semble à peine plus qu'étourdit. Après un dernier coup de pied à l'abomination, j'aide Arathorn à se mettre sur ses pieds et nous battons en retraite. Le chef de la sécurité sort une grenade de la taille d'un gros fruit et doté de lumières vertes et la lance à Flo. Ce dernier l'attrape au vol, l'active et la lance vers le groupe de nos poursuivants avant que nous ne tournions un coin. Le sol tremble sous nos pieds lorsque la grenade à plasma explose, déclenchant ce qui peut s'apparenter à des cris d'agonie pour les goules.
-Dites-moi qu'il y a une route alternative, je supplie les autres en soutenant toujours Arathorn, qui éprouve de plus en plus de difficultés à se déplacer par lui-même.
Sa peau est de plus en plus pâle, et des veines sombres saillent de sous son épiderme. Je commence à craindre le pire, car il présente tous les signes d'une infection grave aux radiations.
Flo hoche de la tête et nous indique qu'il connaît un passage, mais qu'il faut faire vite. Apparemment, les reavers sont déjà difficile à tuer en temps normal, mais le sujet 8 est une sorte d'espèce supérieure.
Sans parler que le détour et les combats nous ont fait perdre un temps précieux. Je ne sais pas combien de minutes il nous reste avant que Timio n'active le protocole « ménage de printemps », mais probablement plus beaucoup. En chemin, il nous faut nous battre contre un couple de goules ordinaires que Flo et Sorci neutralisent pour nous couvrir, Arathorn et moi.
Finalement, après une véritable éternité à voyager à travers ce labyrinthe de couloirs, je commence à reconnaître les lieux et reprend espoir. Il ne nous reste plus qu'un long couloir à traverser, nous pouvons voir la sortie d'ici…
C'est alors que notre route est coupée par une silhouette solitaire et familière. Le sujet 8 a également trouvé une route alternative et jaillit depuis un couloir latéral. L'explosion de la grenade a heureusement été en mesure de lui infliger certains dégâts, car je peux voir qu'il boîte et que la moitié de son visage a été calciné par l'intense chaleur de l'explosion.
Il s'agit du dernier obstacle entre nous et la sortie. Et nous ne sommes aucunement en mesure de l'affronter, pas avec Arathorn dont l'état semble empirer de minutes en minutes. Sa respiration est à présent irrégulière, et je peux sentir qu'il est brûlant de fièvre. Si seulement nous avions des médicaments pour au moins stabiliser son état…
C'est alors que j'ai une illumination. Le kit spécial d'Eldar! Il doit forcément il y avoir quelque chose là-dedans qui aura les mêmes effets que le radaway, cette formule si populaire dans le Wasteland contre la maladie des radiations. Le sujet 8 entreprend de se traîner vers nous, mais sa jambe blessé ne lui permet plus d'avoir la terrifiante vitesse dont il a fait preuve précédemment.
Après avoir confié Arathorn à Flo, je me débarrasse de mon sac à dos et j'indique à Sorcikator que le fameux kit spécial est dans mon sac. Son sourire s'éclaire et il s'empresse de le ramasser, avant de dévisager le sujet 8 qui nous barre toujours la route.
-Je vais l'occuper, j'annonce en me dirigeant vers le monstre. Sortez-le de là!
-T'es malade! T'as aucune chance contre…
Il n'a pas le temps de finir sa phrase que j'ai déjà chargé, hurlant et frappant le mur de ma crosse pour attirer l'attention du reaver. Avec un grondement curieux, ce dernier tourne sa tête squelettique dans ma direction et me dévisage de ses yeux lumineux. Finalement, il lève ses griffes et change sa trajectoire, me prenant pour cible.
-Allez, viens me chercher, fils de pute! Allez!
La goule hurle et boîte un peu plus vite vers moi. Pendant ce temps, mes trois compagnons s'empressent de se glisser dans le dos du monstre mutant, Sorcikator en train de sortir la boîte du kit spécial. En ouvrant celle-ci, il pousse un gémissement affolé.
-C'est laquelle la seringue contre l'empoisonnement aux radiations?
-Eldar a parlé d'un code de couleur! Je réponds sans quitter mon adversaire des yeux.
-Ce con a oublié de l'inclure, ce foutu code de couleur!
-Quoi?!
Je tourne la tête vers le scientifique ébouriffé, qui tient le coffret d'un air paniqué et frustré. Soudain, il écarquille les yeux, et je réalise que mon inattention va me coûter cher. En effet, le sujet 8 en profite pour me plaquer contre le mur, et je me retrouve à lutter au corps à corps contre cette saloperie. Je peux littéralement sentir une chaleur intense provenir du corps ravagé, me rappelant désagréablement l'empoisonnement aux radiations d'Arathorn. Tentant le tout pour le tout, je frappe le sujet 8 de mon front, lui brisant le nez sous le choc. Plus surpris que blessé, il relâche son étreinte suffisamment pour que je parvienne à le repousser. J'enchaîne avec un coup de botte directement dans sa rotule blessée, le faisant trébucher.
Constatant que les trois autres ont réussi à passer, je les rejoins en courant.
C'est alors que je constate avec horreur que la porte reste scellée, malgré les efforts de Flofrou qui en est réduit à cogner du poing contre le battant en hurlant à Timio de nous laisser sortir.
-Ouvre-nous, espèce d'enfoiré!
L'interphone se met à crachoter, et la voix du médecin en chef résonne en écho.
-Le sujet 8 est sur vos talons! Je ne peux pas…
-Prends le risque! On n'a pas fait tout ce chemin pour crever maintenant.
Un long moment, trop long à mes yeux, s'écoule avant que nous obtenions une réponse. Finalement, la porte s'ouvre avec le même vacarme que précédemment. Derrière nous, le sujet 8 a réussi à se remettre debout, malgré les difficultés, et s'efforce de nous rattraper avec toute la vitesse dont il est capable.
Une fois l'ouverture de la porte suffisamment large, nous nous jetons littéralement de l'autre côté. Je peux presque imaginer Timio dans le poste de contrôle appuyer frénétiquement sur le bouton pour fermer la porte derrière nous avant que la goule reaver ne nous suive.
Le sujet 8 passe le bras par l'ouverture, sa bave acide giclant au sol, mais il est trop tard pour lui. La porte blindée se referme, lui sectionnant le bras au passage.
-Activation du ménage de printemps! Hurle Eldar dans l'interphone.
Un rugissement assourdissant retentit de l'autre côté de la porte accompagné par un hurlement d'agonie de la part du sujet 8. Sorcikator me regarde avec un sourire épuisé.
-Le protocole « ménage de printemps » : nettoyage par le feu.
Le chef de la sécurité pousse alors un gémissement, reportant notre attention et notre inquiétude. Lorsque je demande si Sorci lui a donné le médicament, il secoue négativement la tête, arguant que lui injecter quelque chose au hasard serait dangereux et pourrait le tuer.
-Il est déjà certain de mourir si on ne fait rien! Je m'exclame en l'écartant du chemin et en ramassant le kit spécial.
Comme Sorcikator l'avait affirmé, le code de couleur brille par son absence, laissant les seringues colorées aussi voyantes qu'inutiles. Après quelques instants d'hésitation, j'en prends une d'un vert pâle qui me semble…adéquate. J'en viens à cette conclusion par pur instinct. Après avoir pris une longue inspiration, j'injecte la substance inconnue dans la carotide d'Arathorn et espère ne pas m'être trompé.
