L'état d'Albert avait alerté toute la famille André qui craignait que le pire puisse arriver. Les jours qui suivirent étaient voués à l'inquiétude qu'ils portaient tous à l'Oncle William. Ce dernier restait couché dans son lit sans bouger ayant pour seuls compagnies Georges, Archibald devenu son bras droit, Annie, le Dr Martin et le paysage qui s'ouvrait de sa fenêtre. La tante Elroy et les Legrands étant partis en Floride, lui évitèrent les visites hypocrites.

Malgré les soins que portaient les seuls êtres à le côtoyer, son état empirait de jour en jour. Ses pas commençait à s'affaiblir et pour le moindre geste, il se fatiguait. Au début, Georges se contentait de l'aider dans ses déplacements, car il refusait de rester une seconde de plus dans son lit puis il se déplaçait en fauteuil roulant. Le Dr Martin n'étant plus dans ce genre de médecine leur conseilla vivement d'être prit en charge par un de ses amis, médecin dans un des hôpitaux de Chicago, le Dr Harold. Albert devenait faible de jour en jour et il n'arrivait plus à marcher correctement. Sa fièvre a laissé place à un grave épuisement. Certes, il pouvait continuer à travailler mais il devait s'accorder beaucoup plus de repos. Lors des réunions en ville ou chez lui, leur durée ne dépassait pas 2 heures. Georges multipliait les promenades et Archibald aurait presque été désigner comme chef de la famille remplaçant.

Le regard d'Albert ne brillait plus comme autrefois, son sourire ne s'affichait plus, ses rires avaient disparut de la surface de son visage. Désormais, son expression n'était que neutralité, froideur ou bien glace. Son regard divaguait souvent, et quand on lui parlait, on avait l'impression qu'il n'écoutait pas. C'est ce qui était compliqué lors des réunions ou des assemblées. Georges le rappelait toujours à l'ordre. Certes, cela n'avait aucune conséquence néfaste à la situation financière et familiale des Andrés mais pour ceux qui étaient témoins de ses égarements, leurs cœurs ne pouvaient s'empêcher de pleurer le jeune homme brisé.

Malgré cela, Albert n'échappait pas aux mondanités, aux fêtes prestigieuses, réceptions de tous genres bien qu'il devait y aller en fauteuil roulant avec l'aide de Georges. Il n'y allait que pour l'intérêt de la famille, pour des affaires qui pouvaient lui rapporter, mais jamais pour son plein gré. On parlait avec lui, on riait avec lui, mais jamais son expression du visage n'avait été sincère et Georges le savait très bien.


Aujourd'hui, il pleuvait et les roses avaient disparu depuis plusieurs semaines déjà. Confiné dans son bureau, Albert regardait les gouttes d'eau se posaient sur la terre. Assis dans son fauteuil, il resta longuement le regard vide à contempler l'eau des nuages.

"- Georges, souffla-t-il.

- Oui, monsieur ? Dit ce dernier derrière lui.

- Quel jour sommes-nous ?

- Jeudi.

- Ah, c'est regrettable."

Georges arqua un sourcils, dans l'incompréhension.

"- Quel est la personne que je reçois aujourd'hui, demanda Albert en coupant le silence.

- Hum, Monsieur Edouard Norton, il possède de nombreux hôpitaux dans la région qui entoure Atlanta, disons qu'il finance. Il dirige aussi des usines de pharmacie et matériels de médecines.

- Je sais. Je me souviens de lui, je l'ai vu la semaine dernière lors de la réception d'Hensengton.

- Vous avez bonne mémoire, le complimenta Georges qui espérait un sourire de sa part.

- J'imagine qu'il est arrivé...Faîtes le entrer, je vous prie...

- Bien monsieur."

Georges sortit et alla dans le salon réservé aux invités. Un homme surement dans la quarantaine attendait patiemment que l'on lui permette de rencontrer l'Oncle Williams. Ses cheveux bruns bien coiffés en arrière laissait voir un front lui donnant un air de sagesse.

"- Monsieur Norton, annonça Georges en entrant, monsieur Williams André accepte de vous recevoir."

Le visiteur fit un signe de tête et suivit le conseiller des Andrés. Arrivé devant le bureau, Georges s'arrêta, ouvrit la porte et le laissa entrer seul.

"- Bonjour, Oncle Williams, salua-t-il poliment .

Le chef du clan André ne répondit pas et adressa seulement un sourire à celui qui venait d'entrer. Ils s'installèrent dans le petit coin-salon du bureau.

"- Voulez vous que je vous serve du thé ou du café ? Demanda Albert.

- Non, merci. Je ne suis seulement venu pour vous parler d'affaires, répondit Norton.

- Je le sais."

avait beau l'avoir rencontré quelques semaines avant, il était toujours intimidé par l'état de santé de l'Oncle Williams et par son regard. Il dut réfléchir à ces mots avant de parler, de peur que ce dernier puisse mal réagir. Il lui parlait alors des administrations des hôpitaux qu'il dirige, de la situation financière, de la montée des achats des médicaments, de la prospérité de ses entreprises pharmaceutiques. Comme tous les membres de la famille André, il se devait de donner un rapport sur ses propres affaires puisque l'Oncle Williams était le chef suprême, le décideur, l'autorité même de tous ce qui appartenaient aux membres de la famille.

Albert ne faisait qu'approuver et complimenter ses dires sans vraiment s'intéresser, d'après Norton. Cependant, alors que son rapport se terminait sur les cas des patients, leurs hygiènes, leurs prises en charges et les donateurs généreux, il paraissait tout à coup attentif.

"- Avez vous des dons de la part des autres familles de la haute société à Atlanta ? Questionna-t-il.

- Ma foi, monsieur André, il y a très peu de familles comme la vôtre dont dépendent mes hôpitaux, je fais de mon mieux pour leur donner de l'argent et gérer les soins.

- La famille Hyllen ne vous aide pas ? J'ai entendu dire qu'elle était aussi riche que la nôtre.

- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, les Hyllen sont surtout connus pour des faillites soudaines. La moitié des membres en a subi, je doute que cette famille puisse prospérer aussi bien que la vôtre dans les années qui suivent.

- Sans doute, murmura Albert, dans ce cas, je vais rédiger un chèque qui vous permettrez surement d'améliorer vos hôpitaux.

- Monsieur ! Protesta en se levant presque scandalisé, en tant que membre secondaire de votre famille, je ne puis me permettre d'accepter.

- C'est un ordre. Je vous ordonne d'accepter, rétorqua sèchement l'Oncle Williams en allant à son bureau tout en tournant les roues de son siège.

Cependant avant même de l'atteindre, il s'arrêta tout à coup portant une main à son front. Il avait un vertige brusque. Il sentait que la fatigue et l'épuisement l'envahissaient.

"- Monsieur André, se rapprocha Norton inquiet, vous allez bien ?

- Pouvez..vous me verser un peu de thé...? Haleta Albert.

- Oui, tout de suite."

Il tendit alors une tasse de thé, il remarqua alors que la main qui saisissait le verre de porcelaine tremblait. Le regard empli de pitié pour celui qui était le chef suprême de la famille André, il osa proposer :

"- Pourquoi ne viendrez vous pas à Atlanta pour vous changer les idées et découvrir un peu mes hôpitaux ?

- Pourquoi une telle demande ? S'étonna Albert.

- J'imagine que votre maladie n'a rien de normal, dit-il en optant pour la sincérité, j'ai longtemps côtoyé les médecins, les infirmières et les patients de mes hôpitaux pour connaître à peu près les différentes maladies que l'on peut trouver.

- Je ne suis pas vraiment malade...

- Alors qu'avez vous ?"

Albert resta silencieux. Il est vrai que la proposition de Norton était tentante, mais il aurait aimé rester à Lakewood. Il ne voulait pas s'éloigner pour longtemps de l'endroit où il avait tant vécu.

"- Personne n'a pu me guérir, pourquoi vous vous réussirez à le faire ? Lança Albert un peu sèchement.

- Parce que je crois que je peux. Répondit Norton, je crois en cette espoir que vous pourriez guérir. On m'a dit que autrefois vous marchiez comme n'importe quel jeune homme de votre âge, que vous n'étiez pas celui que vous êtes devenus. Au début, j'ai eu un peu de mal à le croire mais cette entretien m'a permit de comprendre ce qu'il disait.

- qu'en est-il ?

- Vous êtes généreux et vous pensez à d'autres. Un homme comme vous a du voir plus loin que ces terres et ces possésions pour se permettre une telle générosité. Je vous en prie, permettez moi de vous emmener à Atlanta, seulement pour vous remercier de ce que vous faîtes pour mes hôpitaux."

Le chef des Andrés n'ajouta plus rien. Il est vrai que ce voyage pourrait lui faire oublier Candy. Candy, la jeune fille au si jolie sourire, quand est ce qu'il pourra de nouveau la revoir ? Quand est ce qu'il pourra entendre ses rires ?

"- Que ferai-je à Atlanta si je viens avec vous ?

- Oh, mais vous serez en vacances ! Rit pour la première fois, si vous le voulez je vous présenterai à un de mes amis qui essaiera de vous guérir. Je pense qu'il a déjà eu des cas comme ça...

- Dans ce cas...Veuillez appeler Georges et dites que nous partons.

- Bien, monsieur André."


"Norton" est un nom que j'ai reprit de "Sherlock"...pour les curieux.