Bonjour à tous, je vous laisse ce septième chapitre et vous vous en doutez, la fiction sera un peu plus longue que 10 chapitres mais je reste sur ce format assez court de publications. Je vous souhaite une bonne lecture. Merci encore pour vos follows, vos reviews, c'est un véritable plaisir.

Rimbem.

Chancelant légèrement sur ses jambes, Draco Malfoy rétablit son équilibre en s'appuyant sur la barrière forgée de têtes de serpents qui ornait l'entrée de la maison. Immédiatement, il reconnut l'endroit : sa mère avait une photo dans son bureau qui la représentait se tenant exactement au même endroit qu'il était, si ce n'est qu'au lieu de faire face à la maison elle regardait la rue. Sur cette image qu'il avait souvent observée, elle se tenait enlacée avec son cousin Regulus Black, tous les deux jeunes et le sourire aux lèvres. Un petit pincement se fit au fond de son cœur quand il réalisa que cette époque était réellement révolue : sa mère n'aurait plus jamais ce visage-là. Désormais, elle préférait arborer un masque de suffisance bien nécessaire quand on avait tout perdu sauf sa fierté. Alors comme ça Potter avait gardé la maison des Black ? Bien, il n'était peut-être pas si irrespectueux que ça de ses aïeux.

Après un dernier coup d'œil à la façade de la riche demeure, Draco grimpa d'un pas leste la volée de marches qui menait à la porte mais resta interdit au moment de sonner. Entre deux remises en questions personnelles au sujet de sa visite ou de sa non-visite, Draco s'était aussi interrogé sur l'état de Potter. Celui-ci lui avait indiqué sa chambre, ce qui sous-entendait que l'imbécile ne pouvait pas se déplacer mais était trop orgueilleux pour l'indiquer clairement. Mais dans ce cas, que faire de l'entrée en la matière si chère à Draco ? Devait-il sonner au risque d'obliger Potter à se lever ou à s'égosiller tel un vulgaire vendeur de baguettes à la sauvette ? Ou bien devait-il entrer sans y avoir été invité et bafouer ainsi toutes les règles de la bienséance ? Considérant qu'il avait été finalement convié à pénétrer dans la maison dans la lettre fort peu polie qu'il avait reçu en début de semaine, il se décida finalement pour la seconde solution. Pour faire bonne mesure, il s'annonça de trois coups portés à l'aide du heurtoir, ce qui, il l'espérait, contenterait le dieu de la politesse avant de pousser le vantail de la porte, une main sur la mortaise et une sur la poignée qui céda immédiatement sous la pression de sa paume.

La maison était calme. Potter était évidemment seul, il avait dû s'arranger pour éviter toute rencontre fortuite entre son équipe de sauveurs de l'humanité et la détestable personne qu'il avait invitée à venir sous son toit. Et il avait bien fait car Draco n'avait pas encore terminé de désinfecter son bras suite à l'altercation qu'il avait eu avec la belette mâle. Levant les yeux au ciel en repensant à cette malheureuse entrevue, le blond avança dans le couloir sombre et poussiéreux qui semblait desservir en étoile le rez-de-chaussée. Il passa devant le portrait d'une vieille femme à l'air acariâtre qui lui accorda un demi-sourire presque carnassier le faisant frissonner. Enfin se distingua devant ses yeux gris malmenés par l'obscurité un nez de marche usé par les pas d'un escalier en chêne foncé. Laissant glisser ses doigts sur la main courante, il gravit à nouveau les quelques marches qui le séparaient du second étage, notant pour lui-même que Potter aurait eu meilleure affaire de prendre un elfe de maison que de faire le ménage seul dans cette immense bâtisse. Arrivé à l'étage indiqué, Draco obliqua vers la seule porte du pallier entr'ouverte. Un fin rayon de lumière se glissait entre le battant et le mur, dans l'encoignure du seuil. Et toujours aucun bruit ne venait troubler la tranquillité de l'antique demeure Black. Draco s'était comme accommodé de l'ambiance du lieu, presque intime et avançait à tâtons comme s'il voulait préserver le sommeil d'un enfant récalcitrant fraîchement endormi.

« Malfoy ? » murmura une voix depuis la pièce. « C'est toi ? »

« Ouais Potter, j'arrive. J'essaie de me diriger dans ta foutue maison : franchement, si tu avais ouvert les volets ça m'aurait facilité la tâch... » Répondit l'intéressé avec sarcasme avant de se taire.

Devant lui, le grand Harry Potter était allongé dans un lit. Il lui souriait faiblement, comme heureux d'être l'objet des habituelles remarques du Serpentard. La pièce était plongée dans la pénombre, seule une lampe de chevet projetait une faible lumière sur le jeune homme.

« Ne fais pas cette tête », le repris le brun agacé, « je t'ai contacté pour que tu me soignes, pas pour que tu me fasses la scène de l'ami éploré, puisque tu n'es ni un ami, ni un éploré. »

Draco peinait à reprendre ses esprits. Il ne savait pas pourquoi la vision de cet abruti de Potter dans un lit l'avait tellement surpris. Il s'y était préparé pourtant car personne ne vous demande de lui rendre visite chez lui sans proposer de vous ouvrir sa porte par lui-même hormis si ladite personne n'est pas capable de se lever. Mais se retrouver devant le fait accompli était différent. Harry le regardait sans honte, parfaitement conscient et à l'aise de son état, ou alors il était un excellent acteur. Le blond s'avança dans la pièce avec précaution, se dirigeant vers le pied du lit du malade. Sur sa table de chevet étaient entreposées diverses potions dont certaines avaient d'étranges couleurs. Quelques flacons étaient renversés sur le côté, comme si quelqu'un avait fouillé dans l'ensemble sans prendre garde, peut-être sous l'emprise de la douleur. Harry se redressa péniblement de son séant, s'appuyant avec lenteur sur les coussins et grimaçant de douleur :

« Comme tu peux le voir, je ne suis pas au meilleur de ma forme… » Ironisa Potter.

« J'allais dire 'dans un état déplorable' mais tu peux utiliser une détermination positive si tu veux. » railla à son tour le Serpentard.

Le brun sourit faiblement.

« De toute façon tu te doutes bien que si j'ai fait appel à toi ce n'était pas par plaisir mais par obligation. » conclut celui-ci d'un air las cette fois.

Draco rompit la distance qui le séparait du lit et se dirigea vers les fioles, dont il saisit quelques-unes d'entre elles de ses longs doigts. Il passa quelques instants à en étudier les étiquettes, fronçant parfois les sourcils d'un air circonspect. Il faisait lentement rouler certaines flasques dans ses paumes, parfois, il en ouvrait certaines et humait son contenu.

« Tu as réellement des mauvais potionistes à ton service. » conclut soudain le fils Malfoy. « Ma potion n'est même pas au quart de sa capacité préparée ainsi. On dirait qu'elle a été faite par une première année maladroite. Quant au reste… tu es drogué comme un cheval et d'une drôle de façon. La plupart des substances que tu as ici rentrent en concurrence, voire en altercation entre elles. C'est pathétique. »

« Tu connais mon niveau en potions Malfoy, on pourrait me faire avaler de l'urine de gobelin que je répondrais présent, surtout en ce moment. » soupira Harry.

« Mmmh. Le problème c'est que je ne peux pas simplement te donner une nouvelle potion comme la dernière fois. Premièrement parce que tu étais debout quand tu es venu au manoir et que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ensuite parce que je pense que ton mal nécessite plus de réflexion. Je pense que tu devrais contacter un magicomage compétent. »

« Je ne veux plus avoir affaire à eux. » grogna Harry, maintenant renfoncé dans son fauteuil.

Il y eut un blanc. Draco savait très bien pourquoi Potter l'avait contacté. Mais il voulait l'entendre dire, l'écouter lui demander, voire le supplier :

« Qu'est-ce que tu attends de moi dans ce cas ? »

« De l'aide » répondit le brun d'un air accablé, renonçant à mentir.

« Il a répondu à mon attente. S'il eût été naturellement idiot, mon plaisir serait moitié moindre. Mais il n'est pas idiot ; et je peux sympathiser avec tous ses sentiments, les ayant éprouvés moi-même. Je sais très exactement ce qu'il souffre en ce moment, par exemple ; ce n'est d'ailleurs qu'un simple avant-goût de ce qu'il souffrira. Il ne sera jamais capable de sortir de son abîme de grossièreté et d'ignorance. Je le tiens mieux que ne me tenait son coquin de père, et je l'ai fait descendre plus bas, car il s'enorgueillit de son abrutissement. Je lui ai appris à mépriser comme une sottise et une faiblesse tout ce qui n'est pas purement animal. Ne croyez-vous pas que Hindley serait fier de son fils, s'il pouvait le voir ? Presque aussi fier que je le suis du mien. Mais il y a une différence : l'un est de l'or employé comme pierre de pavage, l'autre du fer-blanc poli pour jouer un service en argent. Le mien n'a aucune valeur en soi ; pourtant j'aurai le mérite de le pousser aussi loin qu'un si pauvre hère peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, elles sont perdues ; je les ai rendues plus qu'inutiles, funestes. Moi, je n'ai rien à regretter ; lui, il aurait à regretter plus que qui que ce soit. »

E. Brontë, Wuthering Heights