Hello les Oncers!
Voici la suite avec cette fois, la rencontre physique entre Belle et Rumple. Le problème de la magie pour transformer la paille en or va aussi être évoqué.
Bonne lecture!


Chapitre 7 : Cette paille qui ne veut pas se changer en or

Les rayons du soleil pénétrèrent au travers de la pièce circulaire par la petite fenêtre restée entrouverte. Un petit oiseau se posa sur le rebord et se mit à pépier. Le son répétitif et strident tira la princesse de son sommeil. Cette dernière s'étira dans la paille et bailla. Elle se frotta les yeux et constata que ce qu'elle avait pris pour un mauvais rêve était bien réel. Le rouet l'attendait silencieusement au centre de la pièce, entouré de dizaines de bottes de paille.

Après avoir observer l'agitation au village derrière les douves, Belle se remit au rouet et fila une bonne partie de la journée sans parvenir à transformer le moindre bout de paille en or. A chaque fois que les larmes lui montaient aux yeux, elle se rappela pourquoi elle était enfermée dans cette tour. Pendant de longues minutes, elle fixa la dalle en pierre, espérant la voir se soulever et pouvoir discuter avec le mystérieux personnage qui veillait sur elle. Elle pria pour qu'il ne lui soit rien arrivé et que personne n'ait vu qu'il lui avait rendu visite.

Peu avant quinze heures, la porte s'ouvrit et elle se retourna d'un coup. Le roi Marcus se tenait droit dans l'entrebâillement de la porte. Son torse était bombé et son menton levé lui donnait un air hautain.

- Alors princesse, où est mon or ? demanda-t-il, les mains jointes dans le dos et en s'avança très lentement.

- Je… je dois être angoissée, justifia-t-elle. Je ne comprends pas pourquoi je n'y arrive pas.

- Pensez à la raison qui fait que vous êtes dans cette pièce. Pensez à votre peuple qui souffre, aux soldats qui ne font que d'enchaîner les défaites et aux ogres qui progressent. Pensez à l'impuissance de votre père face à cette situation. Il suffit que vous transformiez cette paille en or pour que ce cauchemar s'arrête.

Elle déglutit péniblement et sentit sa gorge se nouer. Ses mains devinrent froides et moites. Son cœur s'accéléra.

- Si vous réussissez, vous ne sauverez pas seulement votre peuple, vous deviendrez la reine de ce royaume. Tous vous aduleront. Mais si vous échouez, Hades se fera une joie de faire subir les pires supplices à votre âme pour l'éternité.

- S'il vous plaît, votre Majesté. J'ai besoin d'un peu plus de temps.

Il y avait quelque chose de glacial dans son regard. Le roi rêvait certes qu'elle réussisse afin de s'assurer une prospérité presque éternelle, mais il semblait également jouir de la voir trembler de peur. Il se dit que si le deuxième cas se produisait, il retirerait ses terres au seigneur Maurice et les donnerait à un allier bien plus puissant afin d'aller conquérir les terres vierges se trouvant de l'autre côté de la frontière. D'ailleurs, il était persuadé qu'elle n'avait aucun talent magique. Car sinon, pourquoi ce bougre de Maurice refusait-il de payer les taxes?

- Mon roi, dit-elle en faisant une petite révérence avant de lui demander un service. Je n'ai rien avalé depuis hier soir et mes mains tremblent. Il me faut de l'énergie pour travailler.

- Je ferai le nécessaire, promit-il.

Lorsqu'il partit, elle s'accrocha à la poignée de la porte et se laissa glisser jusque sur le sol froid. Son regard se perdit entre les bottes de paille.

Après avoir englouti son repas, Belle se remit au travail. Elle essaya de penser à son peuple, à son enfance heureuse, à la colère qu'elle avait ressentie l'autre soir quand Jones avait vendu ses prétendus talents au roi. Elle passa par toutes les émotions possibles et imaginables. Car elle savait que la magie réagissait aux émotions. Mais malgré ses efforts, aucun fil ne se transforma en or. De rage, elle donna un gros coup de pied dans une botte de paille et manqua de se briser un os en heurtant le mur !

Quand la nuit tomba, elle s'appuya à la fenêtre et scruta le ciel étoilé. Elle s'agenouilla et joignit ses mains, murmurant une petite prière à l'étoile bleue. D'après les légendes que lui avait racontées sa mère, cette étoile pouvait réaliser tous les rêves. Il suffisait d'y croire très fort.

Soudain, un tintement sourd la fit se retourner brusquement, ses cheveux volant par dessus son épaule. Une clé se trouvait sur le sol. Elle s'avança gentiment, se baissa et la saisit. C'était une clé lourde en fer. S'approchant de la porte, elle la plongea dans la serrure. Aucune résistance ne se fit sentir. Mais elle n'osa pas la tourner. Et si un garde se trouvait juste derrière ?

- Il n'y a personne, lui dit la petite voix sous les dalles.

- Merci pour le cadeau, répondit-elle en mettant la clé dans sa poche, mais comme je vous l'ai dit, fuir n'est pas la solution.

- Je ne veux pas qu'il vous tue.

- Pourquoi vous souciez-vous de moi ?demanda-t-elle en s'approchant de la dalle mobile.

- Parce que vous n'est pas venue ici pour devenir reine. Vous êtes venue pour sauver votre peuple. Vous êtes une vraie héroïne comme celles qui sont dans les livres. Vous avez été piégée et vous avez besoin d'aide.

- Vous aimez la lecture ? demanda-t-elle avec douceur.

- Beaucoup. Depuis tout petit, ma mère me lisait des histoires et je n'ai jamais arrêté.

Belle se demandait comment un domestique pouvait avoir accès à ce savoir. Elle imagina que le roi Marcus n'était pas du genre à laisser n'importe qui toucher ses précieux livres. Car elle savait que la bibliothèque de ce château recelait de véritables trésors.

- J'ai entendu tant d'histoires à propos de la bibliothèque de ce château, confia Belle. Ma mère me disait que quand Marius était le roi, tous les souverains du royaume ainsi que leurs familles, les nobles et les enchanteurs pouvaient venir consulter ces livres.

- Marcus n'est pas comme mon… notre ancien roi, se corrigea-t-il de justesse. Avez-vous réussi à transformer la paille en or?

- Non malheureusement, soupira-t-elle. J'ai pourtant essayé mais rien ne se passe.

Soudain la porte s'ouvrit, faisant sursauter Belle. Le roi fit son entrée en fronçant les sourcils.

- A qui parlez-vous ? demanda-t-il en balayant la pièce de son regard perçant. J'avais expressément demandé à mes gardes de ne laisser personne monter dans la tour.

- Personne n'est venu, répondit Belle en se relevant et en chassant les brins de paille de sa robe froissée.

- Alors avec qui conversez-vous ?

- Une souris ! Oui, une petite souris grise qui s'est enfuie. Vous lui avez fait peur.

Elle était nerveuse mais tentait de le dissimuler. Le poids du regard de Marcus s'intensifiait et elle avait l'impression qu'un pan de montagne était en train de lui tomber sur la tête. Il la fixa encore quelques longues secondes, puis avança dans la pièce à grands pas, dégainant son épée. Il donna de grands coups dans les bottes de paille ! Si quelqu'un s'était trouvé là, il aurait eu le corps transpercé.

Lorsqu'il revint à sa hauteur, il la saisit brutalement à la gorge. Par réflexe, Belle s'agrippa à sa main pour tenter de lui faire lâcher son étreinte. Ses doigts s'enfonçaient dans sa chair et l'air lui manquait. Elle avait les yeux écarquillés et la bouche ouverte tentant d'avaler de l'air.

Puis, il la lâcha d'un coup et elle tomba à genoux sur le sol, toussant et se tenant la gorge à deux mains.

- N'oubliez pas qu'ici j'ai le droit de vie et de mort sur tout le monde, rappela-t-il sèchement. Si vous mentez, le malheureux sera écartelé sous vos yeux. Puis, je m'occuperais de vous personnellement. Avez-vous déjà entendu parler de ma salle de torture ?

Elle acquiesça d'un timide mouvement de la tête.

- Bien. Alors ne vous moquez pas de moi.

- Jamais… jamais je ne me le permettrai votre Majesté, murmura-t-elle.

Lorsqu'il referma la porte, elle fondit en larmes, allongée sur le sol et empoignant sa robe comme un mouchoir. De son côté, Rumplestiltskin qui avait tout entendu de la conversation, nourrissait une colère non négligeable à l'encontre de son frère. Il rêvait de l'attacher dans la machine à écarteler et de tourner très lentement la roue en entendant ses tendons, puis ses articulations craquer alors qu'il lui confierait toutes ses frustrations, toute la colère qu'il avait engrangée depuis des années. Depuis qu'il avait été couronné roi, Marcus avait fait exécuter un nombre impressionnants de domestiques trop curieux, de nobles complotant contre lui, de paysans organisant des révoltes ou encore des femmes aux mœurs légères. Aucune de ces personnes n'avaient eu droit à un procès équitable, laissant planer le doute de leur culpabilité. Rumplestiltskin s'était souvent demandé comment son frère, avec qui il adorait attraper des papillons, avait pu devenir aussi cruel. Etait-ce le pouvoir qui lui était monté à la tête ?

Après quelques minutes de silence pesant une fois ses larmes séchées, Belle se rassit au rouet mais sans faire tourner la roue.

- J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à la bibliothèque, confia Rumplestiltskin, assis sous la dalle.

Belle se retourna et regarda en direction de la dalle mobile.

- Vous êtes revenu ? demanda-t-elle avec un mélange d'étonnement et d'enthousiasme.

- Oui, je… je ne pouvais pas vous abandonner, avoua-t-il. Alors, j'ai fait quelques recherches sur la magie.

- Avez-vous trouvé quelque chose d'intéressant ? demanda-t-elle avec une grande curiosité.

- Oui, dit-il. Regardez la fenêtre et ne vous retournez pas.

Il souleva lentement la dalle qui était assez lourde, faisant attention de ne pas se pincer les doigts, ni de la faire pivoter et de se la prendre sur la tête. La princesse ne put résister à l'envie de le voir. Elle jeta un bref coup d'œil en arrière et vit un livre sortir de sous le sol. C'était un très gros ouvrage qui avait l'air très ancien. Mais ce qui la frappa furent les mains écailleuses verdâtres qui le tenaient ! Ses ongles étaient cendrés et ses doigts légèrement tordus. Belle aurait dû avoir peur ou peut-être même du dégoût mais elle ne ressentit ni l'un ni l'autre. La curiosité était plus forte. Elle s'avança sur la pointe des pieds aussi discrètement qu'une souris.

La personne qui se cachait sous la dalle tentait d'une main de soulever la pierre et de l'autre de pousser l'ouvrage. Belle se baissa et mit sa main sur la couverture du livre frôlant la main écailleuse.

- Non, ne faites pas ça ! s'écria Rumplestiltskin qui lâcha la dalle sur le livre et manqua de pincer la main de la princesse. Je… je suis désolé ! Vous ai-je blessée ?

- Non, non pas du tout. Laissez-moi vous aider, proposa Belle avec douceur. Je vais tenir la dalle et vous allez pousser le livre.

Ce fut ce qu'ils firent au seul détail que Belle tomba sur son derrière et tira la pierre en arrière de plusieurs centimètres. Elle eut juste le temps de voir un petit être aux cheveux ondulés et au visage entièrement verdâtre disparaître comme un chat dans le corridor sombre sous ses pieds.

- N'ayez pas peur, tenta-t-elle de rassurer. Je ne vous jugerai pas.

- Je suis un monstre, dit-il d'une petite voix qui semblait déjà lointaine.

- Vous devez savoir que je ne suis pas comme ces personnes qui vous traitent de monstre. Non, moi je vois une personne au grand cœur. Venez.

Elle tendit sa main dans le trou et attendit. Rumplestiltskin s'était recroquevillé dans un coin et voyait cette main tendue. Elle était claire comme la lune et semblait si douce. Le contraste était saisissant avec l'obscurité qui régnait dans le couloir secret. Il avança lentement sa main. La distance se réduisit petit à petit. Ses phalanges touchèrent les siennes. Belle les referma sur les siennes. Elles étaient froides et étonnamment douces. La peur le gagna et il retira sa main. De son côté, Belle l'encouragea à recommencer. Il s'avança timidement puis laissa la princesse toucher sa main.

- Vous voyez, je ne vous veux aucun mal.

Dans le noir, il ne put retenir un petit sourire.

- Quel est votre nom ? demanda-t-elle avec douceur.

- Rumplestiltskin, lâcha-t-il finalement.

- Enchantée Rumplestiltskin. Je m'appelle Belle.

- Tout le plaisir est pour moi… Belle.

- Puis-je vous demander quelque chose ?

- Bien sûr, princesse.

- Belle, insista-t-elle. D'où vient votre nom ? Je ne l'ai jamais entendu auparavant.

- Il vient de… de mon apparence, expliqua-t-il. Regardez l'aspect de ma peau.

Il s'avança et la lumière éclaira sa main et son poignet. Belle découvrit une peau écailleuse, quelque peu froissée. Sous certains angles, on aurait pu croire qu'elle était ridée. En ne voyant que sa main, elle ne pouvait pas savoir quel âge il pouvait avoir. Des reflets verdâtres et dorés faisaient ressortir tous les détails. Belle trouvait ses mains très jolies. Elle y voyait des mains qui avaient beaucoup travaillé et qui étaient différentes des mains des personnes ordinaires. Ses ongles étaient mats et cendrés. L'extrémité de ses phalanges était également cendrée.

- Si vous préférez, vous pouvez m'appeler Rumple.

- Rumple, avez-vous toujours été ainsi ? demanda-t-elle avec douceur.

Belle ne pouvait concevoir que quelqu'un ait pu donner un nom pareil à un enfant. Elle supposa qu'on le lui avait donné à un certain moment pour se moquer de lui.

- Est-ce important ? demanda-t-il avec une pointe de nervosité dans la voix.

- Oui, car quelqu'un vous a donné ce nom pour effacer la personne que vous étiez.

Un silence s'installa. Elle avait donc raison. Rumplestiltskin n'avait pas toujours été ainsi. Sans le vouloir, elle avait probablement réveillé de douloureux souvenirs. Elle se mordit la lèvre, espérant qu'elle ne le ferait pas fuir.

- Une malédiction. C'est tout ce que je vous dirai.

- Quel était votre nom avant l'accident ?

- Ce n'était pas un accident ! s'emporta-t-il. J'ai été maudit à cause de ce que mon père avait fait à un ange !

Elle attendit quelques minutes. Depuis où elle se trouvait, elle l'entendait respirer bruyamment par la bouche. Une fois calmé, elle reposa sa question.

- Quel était votre nom avant la malédiction ?

- Mon nom d'avant n'a aucune importance, répondit-il un peu sèchement. Tout ce qui compte est ce que je suis aujourd'hui. Et je ne suis rien d'autre que Rumplestiltskin.

- Eh bien Rumple, je suis ravie de faire votre connaissance.

Le sujet était clos. Elle savait qu'elle se heurtait à un mur et que d'insister ne la mènerait nulle part.

- Venez à la lumière et consultons ce livre ensemble, proposa-t-elle après un long silence.

- Il y en a d'autres, confia-t-il nerveusement. Je vais retourner à la bibliothèque.

Belle l'entendit s'éloigner dans le couloir souterrain. Elle espérait qu'il n'avait pas eu peur. Néanmoins, imaginer ce qu'il avait pu entendre comme monstruosités sur son physique faisait naître de la rage au creux de son estomac. Elle referma la dalle et s'installa dans la paille avec le gros livre sur les genoux.

- Les principes fondamentaux de la magie, lut-elle en tournant la page de couverture.

La nuit était installée depuis déjà un long moment lorsque Rumplestiltskin revint. Il avait passé de nombreuses heures à la bibliothèque à la seule lueur de sa petite lanterne. Il avait sélectionné quelques livres qu'il attacha ensemble avec une ceinture en cuir. Il les porta sur son dos frêle à travers tout le château. Quand il arriva finalement en haut de la tour, il s'effondra au sol, en sueur et hors d'haleine.

Dans le silence de la nuit, Belle entendit un bruit sourd qui venait d'en dessous. Elle ferma le livre et le cacha dans la paille. Puis, se leva et colla son oreille contre la porte.

- Qui est là ? demanda-t-elle en haussant la voix.

N'entendant pas de réponse, elle alla coller son oreille contre la dalle.

- Etes-vous de retour ? murmura-t-elle.

Mais là encore, elle n'obtint aucune réponse. Après de longues minutes d'attente, elle retourna à sa lecture. Mais à peine installée, la dalle grinça et se déplaça.

- Pouvez-vous m'aider?

- Oui, bien sûre, dit-elle en se précipitant vers la dalle.

Il lui fit parvenir les ouvrages qu'il avait empruntés à la bibliothèque et disparut aussitôt. Belle n'eut pas le temps ni de le remercier, ni de savoir s'il avait découvert quelque chose. Quand Rumplestiltskin revint, il lança un sac sur le sol contenant des victuailles. Elle étala sur une petite couverture du fromage, de la viande séchée, du pain, du raisin, des petits gâteaux et même de l'ananas. Ce fruit étant très rare, il n'était servi qu'à la table du roi lors de grandes occasions. Belle apprécia beaucoup qu'il lui permette de goûter à ce fruit si mystérieux. La princesse était morte de faim. Elle prit le gros morceau de fromage et en coupa un bout avec le couteau. Mais avant de mordre dedans, elle invita son bienfaiteur à partager ce repas.

- Je… je ne suis pas autorisé à manger avec les nobles, avoua-t-il timidement, assis dans sa cachette.

- Ici, je ne suis pas une princesse. Juste une prisonnière. Venez. Sortez de votre trou.

- Vous allez avoir peur.

- Je vous promets que non, répondit-elle avec un sourire. Si vous voulez, je fermerai les yeux. J'aimerai beaucoup partager ce repas avec vous.

Il réfléchit quelques secondes puis accepta. Il sortit lentement sa tête du trou afin de s'assurer que ses yeux soient bien fermés. Puis, il se hissa dans la pièce en poussant sur ses bras et s'aidant de ses jambes.

- Merci de me tenir compagnie, dit Belle. Vous êtes certainement la dernière personne à qui je parlerai avant de mourir.

- Vous ne croyez pas aux miracles ?

- Bien sûr. Comme aux fées et à la magie, ajouta-t-elle avec un sourire crispé.

Elle tâta le sol avec sa main à la recherche du raisin rouge qu'elle avait vu quelques minutes plus tôt. Rumplestiltskin décrocha un grain et l'approcha de sa main. Leurs doigts se frôlèrent. Il retira la sienne brutalement et elle lui sourit.

- Pourquoi êtes-vous si timide ? demanda-t-elle avec curiosité.

- Je ne suis pas timide, rétorqua-t-il. C'est juste que vous… vous êtes une fille.

Cette explication la fit sourire et elle ne put retenir un petit rire.

- Vous avez peur des filles ?

- Non… bien sûr que non, répondit-il en découpant le morceau d'ananas avec précision.

Puis, il découpa le fromage et la viande séchée. Il fit même une tartine qu'il lui offrit.

- Pratiquez-vous la magie ? demanda-t-elle après quelques minutes de silence.

- Non, je sais juste comment préparer une pommade à base de plantes pour aider à cicatriser des plaies superficielles, avoua-t-il en prenant un morceau de fromage.

Cet aveu ne la rassura pas du tout. Elle sentait son angoisse grandir à nouveau. Pourquoi perdait-elle du temps avec lui alors qu'elle devrait être en train de filer ?

- C'est un bon début, répondit-elle nerveusement.

- Et vous ?

- Pas vraiment, admit-elle. Une fois, j'ai réussi à ce qu'une plante mourante reprenne vie. Mais je ne sais pas si on peut appeler cela de la magie.

Rumplestiltskin remplit deux gobelets d'eau et en tendit un à la princesse qui avait toujours les yeux fermés. Mais la malheureuse inclina le verre avant d'avoir touché ses lèvres et quelques gouttes de liquide tombèrent sur sa robe.

- Quelle maladroite ! pesta-t-elle contre elle même.

- Ce n'est que de l'eau. Votre robe va sécher. Attendez, je vais vous aider, proposa-t-il en prenant le gobelet.

Il s'approcha lentement et quand le bord en étain toucha ses lèvres, il l'inclina gentiment. Avec son autre main, il déplaça une mèche de ses cheveux bouclés qui cachait son visage. Belle sentit que son doigt effleurait sa joue. Une légère chair de poule se dessina progressivement sur son visage d'ange. Rumplestiltskin profita de sa proximité pour observer sa beauté. Jamais il n'avait vu une femme aussi belle et d'aussi près. Sans s'y attendre, Belle posa sa main sur sa cuisse. Mais Rumplestiltskin sursauta et s'éloigna brutalement, lâchant le verre parterre.

- Oh excusez-moi, dit-elle. Je ne voulais pas vous effrayer.

- Ce… ce n'est rien, princesse. Je suis allé beaucoup trop loin. Je vais vous laisser.

- Non, ne partez pas ! réclama-t-elle en ouvrant les yeux.

Rumplestiltskin fut pris de panique et se pétrifia ! Elle était juste devant lui et le voyait. Son cœur battait si fort qu'il crût bien qu'il allait exploser. Il sentait son regard doux glisser sur son corps chétif. Elle le voyait tout entier de la pointe de ses cheveux ondulés à ses bottes usées en passant par sa chemise trop large, raccommodée et tachée. Elle observait son visage maudit, comme intriguée. Pourquoi ne hurlait-elle pas ? Pourquoi lui souriait-elle ? Il gigota et tenta de se remettre le plus vite possible sur ses jambes et de sauter dans le trou mais elle le retint par le bras.

- Ne fuyez pas.

- Je suis un monstre… confia-t-il en baissant la tête, laissant ses mèche couvrir son visage maudit et se protégeant avec son bras libre.

- Vous n'êtes pas un monstre…. Vous vous voyez plus laid que vous ne l'êtes.

- Pourtant, c'est ce que je vois dans le miroir et ce que tout le monde me dit.

- Voyez au-delà du miroir, dit-elle avec douceur. Ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez. Vous êtes une bonne personne remplie d'empathie, d'amour et de compassion.

- Je ne peux pas rester, murmura-t-il très mal à l'aise.

- J'ai besoin de votre aide pour trouver la formule magique qui me permettra de transformer la paille en or. Que diriez-vous de prendre le livre sur les sorts primitifs?

Après une seconde d'hésitation, il accepta. Chacun s'assit dans un tas de paille. Ils passèrent la nuit à parcourir les nombreuses pages de ces épais grimoires dans un silence de cathédrale.


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