Bonjour, bonjour ! On est enfin à la moitié des Moissons, yay ! \o/ Les deux tributs de ce district sont un peu... spéciaux, disons. XD Du coup, j'espère qu'ils ne seront pas trop difficiles à comprendre et que malgré leur bizarrerie, ils vous sembleront quand même réalistes. Le tribut masculin m'a été créé par Eve et Zod'a, qui m'a permis de l'utiliser dans cette fic, donc un grand merci pour ce personnage ! :3

Guest-1 : Parfait pour ton pseudo, comme ça je te reconnaîtrai ! :D Et merci de ta review ! En effet, ces deux-là ne sont pas très chanceux côté famille. En même temps, c'est malheureusement le coup de beaucoup des tributs de ces Jeux, car c'est ce qui leur a forgé un talent spécial à plusieurs d'entre eux. Pour une vingtaine de chapitres par jour... Quand je serai milliardaire et que j'aurai rien d'autre à faire de ma vie, c'est promis, j'augmenterai la cadence ! :D

Chapitre enfin corrigé par la merveilleuse Ezechia !

Enjoy !


LE COMBAT DES ÉLITES


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LA FOLLE ET LE DROGUÉ

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Calico Ballantynn, 17 ans, District 6

Le sol est humide, un peu froid. Un rayon de soleil me réchauffe les orteils, seules parties de mon corps qu'il peut atteindre. J'ouvre lentement les yeux, les paupières encore lourdes de sommeil. Un frisson me parcourt et je me recroqueville un peu plus sur moi-même. Mes cheveux sont presque mouillés à cause de la brume matinale.

Mon regard s'arrête sur le mur de pierre couvert de graffitis qui me fait face. Tant bien que mal, je m'assieds en tailleur. Mes dents claquent les unes contre les autres dans un vacarme infernal. Je renifle et essuie ma morve sur la manche de mon chandail. Je me frotte les bras, essayant de faire circuler le sang.

La Moisson est aujourd'hui. Enfin.

Je me lève lentement, les membres courbaturés. Tous mes lieux habituels étaient déjà pris quand je me suis enfin sentie prête à dormir, hier. Du coup, j'ai hérité de la ruelle du seizième. Pas la plus confortable. Les courants d'air y sont horribles.

Mais c'est toujours mieux que de dormir chez moi, sous les regards plein de pitié de mes grands-parents. Ils ne comprennent rien. La maison… elle est trop petite, trop restreinte. Je m'y sens comme emprisonnée. La nuit, les murs se referment sur moi, le plafond m'écrase, même le plancher monte lentement jusqu'à m'étouffer.

Mais je n'arrive pas à leur expliquer cela.

J'époussette mes vêtements, sautillant d'un pied à l'autre pour me réchauffer. Je refais mon chignon, m'assurant qu'aucune mèche rousse n'en sort, puis je me frotte le visage vigoureusement pour faire disparaître les dernières traces de sommeil. Je suis fin prête à affronter le monde extérieur.

–Bien dormi, la folle ? se moque un jeune quand j'émerge de ma ruelle.

Je hoche la tête. Pas si mal, en réalité.

–Elle me répond, en plus ! s'esclaffe-t-il.

–Tu devrais te laver, ma vieille, intervient une petite brune. Tu pues, genre… trop.

–Ça fait quelques jours… dis-je dans un murmure.

–Ew !

Un autre garçon me crache soudain dessus sous les éclats de rire de ses amis.

–Pour te motiver un peu ! explique-t-il, presque plié en deux.

Je reste immobile, les observant en silence. Ils se croient méchants. Ils pensent me faire souffrir. Mais ils ne comprennent pas. C'est eux qui souffrent. Ils ne réalisent même pas que le monde va à sa perte, que tout se détruit progressivement. Que vivre n'équivaut plus qu'à souffrir. On ne naît que pour mourir. J'ai lu ça dans un livre, une fois. Que la vie est une maladie mortelle. Si les humains étaient assez intelligents, ils cesseraient de se reproduire. Ils arrêteraient de mettre au monde des enfants afin de ne plus être seuls à supporter leur douleur quotidienne. Ils mettraient fin à leur égoïsme et épargneraient les générations futures.

Alors je ne leur en veux pas. Ces enfants sont pris dans un cercle vicieux, ils ne reproduisent que ce qu'ils ont appris. Qu'il faut faire souffrir car c'est trop dur de rester seul dans sa souffrance. Ils n'ont pas compris. Mais moi, je sais. Et si j'étais plus forte, si je n'étais pas moi-même prise au piège dans ce cercle vicieux, j'aurais le courage de mettre fin à leur vie, de les libérer enfin de cette existence sans queue ni tête.

C'est pour ça que je vais être choisie à la moisson, pour ça que je m'entraîne depuis douze mois. Je pourrai enfin sauver les pauvres enfants qui ne méritent pas cette horrible maladie qu'est la vie. Et peut-être… peut-être même que je serai sauvée moi-même. Les Hunger Games me donneront le courage qu'il me manque.

–Pas vrai, papa ?

Je souris sous l'acquiescement de mon père. C'est lui qui m'a tout expliqué, qui m'a fait réaliser la vérité. Qui m'a montré à quel point la mort est une rédemption, une libération, une joie immense.

–J'ai si hâte que tu me rejoignes, me murmure-t-il à l'oreille avec une tendre caresse sur ma joue.

–Moi aussi. Bientôt, papa. Bientôt.

–La folle se parle à elle-même, quelle surprise, ricane le premier garçon, me rappelant leur présence. Allez, on se barre.

La petite bande s'éloigne après m'avoir lancée quelques commentaires de plus. Je souris, leur disant au revoir d'un signe de la main, puis me dirige d'un pas presque guilleret chez mes grands-parents.

Ceux-ci dorment encore. Je me glisse silencieusement dans ma chambre et prépare une bassine afin de me nettoyer. Je dois être au meilleur de ma forme pour la Moisson. C'est le début de la fin, après tout. Quand je serai choisie, cette maladie mortelle qu'est la vie arrivera à son point critique. Pour moi comme pour les autres tributs. Ce n'est pas un évènement qui arrive tous les jours.

Une fois lavée et habillée, je me place dans l'encadrement de la chambre de mes grands-parents. En silence, je les observe dans leur sommeil paisible. Je pourrais abréger leurs souffrances maintenant. Mais je suis égoïste. J'aimerais être seule avec mes parents un moment avant qu'ils ne nous rejoignent. Ils sont vieux, de toute façon. Ça ne saurait pas tarder.

Je suis sûre qu'ils comprendront. Une fois qu'ils seront morts, ils comprendront tout. Ce n'est pas leur faute s'ils se sont accrochés au cercle vicieux. Moi j'ai eu l'aide de papa pour m'en sortir, après tout. Sinon, je serais toujours aussi ignorante, à l'heure qu'il est.

Heureusement que mon père est mort, il y a cinq ans. Heureusement qu'il a détruit l'illusion de la vie pour que j'en sois vite libérée.

Et heureusement que les Hunger Games existent.

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–Joyeux Hunger Games ! Et puisse le sort vous être favorable ! s'exclame Chani Dunavan en sautillant presque sur place.

Un morne silence lui répond, mais cela ne la décourage aucunement. Il est vrai que les Jeux ne sont pas bien populaires dans notre district. Nous n'avons que très rarement des gagnants, et ceux-ci finissent toujours en drogués incapable d'aider leurs tributs une fois mentors. De plus, la maire ne cesse de déplorer que de plus en plus de jeunes se mettent à la drogue, ayant grandi sous la tutelle de parents eux-mêmes drogués. Ça entraîne de la pauvre production, donc le mécontentement du Capitole, donc plus de pauvreté, donc de faibles tributs, donc aucune récompense, donc une population misérable qui se tourne vers les drogues pour oublier, donc…

Le cercle vicieux de la vie. Ça revient toujours à lui. Mais peu importe. Plus tout ira mal, plus l'humanité se rendra compte qu'il n'y a aucun intérêt à vivre. Ça ne fait que soutenir ma cause.

–Il est maintenant temps de commencer officiellement la Moisson, annonce l'hôtesse en replaçant son chapeau jaune canari qui était légèrement de travers. Et comme le veut la tradition, je commencerai avec les filles !

Je mâchouille une mèche de cheveux nerveusement, le cœur battant la chamade. Puisque je me suis entraînée toute l'année, j'ai de bien plus grandes chances d'être choisie que les autres jeunes du district. Mais si ce n'était pas le cas… Enfin, il y a toujours l'année prochaine, après tout. Je ne peux pas perdre espoir si près du but.

–L'heureuse élue qui sera la tribut du district Six est… commence l'hôtesse en sortant le papier blanc de l'enveloppe, Calico Ballantynn !

Un large sourire étire mes lèvres. C'est un signe du destin ! J'ai été choisie, je suis la tribut ! Sans une once d'hésitation, je traverse la marée des filles de dix-sept ans pour rejoindre l'allée centrale menant à l'estrade. Je tente de prendre une expression neutre sans trop de réussite.

–En voilà une qui est heureuse ! taquine Chani en m'accueillant sur scène. C'est ce qu'il faut ! Une main d'applaudissement pour notre courageuse tribut du district Six !

La réaction de la foule est minime, mais je m'en fous. Tout ce qui compte, c'est que j'ai été choisie. L'univers me donne raison dans ma mission. Il me donne les outils pour me permettre d'aider mes compatriotes, de les sauver. De me sauver.

Je crois que je n'ai jamais été aussi heureuse de ma vie.

–Au tour des garçons, continue l'hôtesse d'un ton guilleret. Et j'ai nommé… Allen Verhaeven !

Il y a un long silence, puis un cri suraigu suivi de sanglots terrorisé. Tous se tournent vers la section des seize ans où les Pacificateurs se fraient un chemin pour récupérer le tribut. Un garçon est vite tiré à bout de bras, sanglotant et criant au meurtre, et déposé sans ménagement à mes côtés. Il porte de drôles de lunettes protectrices en cuir et ses dreads vertes sont attachées en une haute queue de cheval.

Il paraît pitoyable. La morve au nez, maigre, le nez de travers – comme cassé trop de fois –, lèvres desséchées et arborant des bleus un peu partout. Au premier coup d'œil, on peut voir que c'est un drogué.

Mon cœur se réchauffe à sa vue. La vie semble avoir été si difficile pour lui. Je vais tout faire pour l'aider, pour lui accorder sa rédemption. Il mérite d'être enfin en paix, libéré de toutes envies, de toutes douleurs. Et je vais l'aider.

C'est décidé. Je ferai d'Allen ma première victime dans l'arène. Étant mon partenaire de district, il le mérite amplement.

J'offre ma main au garçon avec un sourire bienveillant afin de l'aider à se relever. Ça lui prend un moment avant de s'en rendre compte, mais finalement, il s'en empare et se met sur pied avec un reniflement. Il soulève légèrement ses lunettes pour essuyer ses joues, le regard vide de toute émotion. Ses mains sont encore tremblantes, mais il semble un peu remis de ses émotions.

–Une main d'applaudissement pour les tributs du district Six, Calico Ballantynn et Allen Verhaeven ! s'écrie l'hôtesse d'un ton joyeux.

Mon sourire s'agrandit encore.

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Allen Verhaeven, 16 ans, District 6

–DEBOUT, DEBOUT, DEBOUT ! hurle une voix aigu directement dans mon oreille.

Je me lève d'un bond, manquant de tomber du lit. Livie éclate de rire jusqu'à s'en tenir les côtes, pliée en deux. Je cligne des yeux plusieurs fois, la bouche pâteuse et la vue encore embrouillée. Je m'empare immédiatement de mes lunettes protectrices et les enfile pour soulager la brûlure qui commence déjà au contact de la lumière. Mes yeux se posent sur mon horrible petite sœur et je me mets sur pieds, m'avançant vers elle d'un pas menaçant.

–Dégage ou je t'étrangle pour de bon cette fois, je murmure d'une voix rauque.

Mes mains me démangent, comme pour me supplier de passer à l'action. Elle se tait immédiatement et déguerpit de ma chambre avec un couinement indigné. Au moins les menaces fonctionnent avec elle, elle se souvient que je suis sérieux. Cléandra était trop jeune quand j'ai tenté de l'étouffer avec un oreiller, du coup elle ne me prend jamais au sérieux, la garce. Un de ces jours… Faut juste que je m'assure qu'aucun des parents ne soit là.

Il y a un gloussement à ma droite et je me retourne à toute vitesse, me retrouvant nombril à nez avec Lennor. Elle m'adresse un large sourire. Je me contente de grogner, me laissant retomber sur mon lit.

–Faut pas être en colère, maman est en bas, dit-elle en s'asseyant à côté de moi. Elle aide Abigail et Cléandra à s'habiller pour la Moisson.

–Faut pas me chercher.

Je me frotte les yeux et bâille longuement. Comme d'habitude, j'ai à peine dormi. Sous les yeux attentifs de ma sœur préférée, j'attrape la drogue à peine cachée sous mon oreiller. Je fais mes préparations de gestes sûrs, appuyant enfin l'aiguille à l'intérieur de mon coude. J'injecte la substance dans mes veines avec un soupir et m'adosse au mur en fermant les yeux.

J'avais besoin de ça.

–Dis, je pourrai l'essayer quand, ta drogue ? me demande Lennor d'un ton excité.

–Jamais, si j'ai mon mot à dire. Ça ruine des vies, cette merde. Livie par contre, elle va y goûter et bientôt ! j'ajoute, souriant à l'idée.

–Mais t'es toujours de bonne humeur quand t'en prends ! Moi aussi je veux être de bonne humeur !

–La ferme, t'en auras pas.

–Ma-a-a-ais !

–Commence pas, tu sais qu'il faut pas m'énerver.

Après de longues minutes où je ne fais que profiter du moment sous les jacassements de ma petite sœur, je me lève enfin pour m'habiller et me préparer à sortir. Ébouriffant les cheveux de Lennor, j'empoche la maigre quantité de drogue qu'il me reste et sors de ma chambre. Je tombe nez à nez avec ma mère.

–Allen, me salue-t-elle faiblement. Pourrais-tu surveiller les filles le temps que…

–Désolé, choses à faire, vie à vivre, bla, bla ! À toute !

–Allen !

J'envoie un salut de la main par-dessus mon épaule et quitte la maison en sifflotant. Sans même avoir à y réfléchir, mes pas me mènent à l'appartement de Sha, quelques rues plus loin. Je cogne doucement à la porte, le sourire aux lèvres. J'entends des pas de l'autre côté qui s'arrêtent à l'entrée, puis qui repartent après quelques secondes. Je serre les poings. Elle ne peut pas me traiter comme ça, elle n'a pas le droit !

–SHA ! je cris de toutes mes forces. SHA, OUVRE, C'EST MOI. OUVRE, MERDE !

Je tambourine contre la porte, continuant d'hurler. Il n'y a toujours pas de réponse. Mes poings sont rougis et douloureux. Les larmes me brouillent la vue et je me laisse glisser au sol, à genoux. La main à plat sur le bois, je m'y cogne la tête plusieurs fois avec des gémissements.

–Sha ! Sha, j't'en supplie, ouvre ! C'est peut-être la dernière fois qu'on se verra ! Tu vas le regretter si je suis choisi à la Moisson. Sha !

J'essuie mes joues mouillées et renifle plusieurs fois, continuant de cogner faiblement à la porte de mes poings meurtris. Soudain, celle-ci s'ouvre en grand, me faisant basculer sur le dos. Sha m'observe de haut, les bras croisés et ses magnifiques cheveux blancs attachés en un lâche chignon.

–Toi, choisi à la Moisson ? commence-t-elle en retroussant le nez. Me fais pas rire, Allen.

–SHA !

Je me remets sur pieds, un large sourire aux lèvres. Mais celui-ci disparait aussi vite qu'il est arrivé quand j'aperçois le garçon qui se tient derrière elle. Je le pointe du doigt, essayant de contrôler la rage qui s'empare de moi.

–C'est qui ce connard ? Et qu'est-ce qu'il fait chez toi ?!

–Qu'est-ce que tu crois, Allen. C'est mon nouveau copain, répond-elle d'un ton désinvolte. C'est fini entre nous deux, tu m'entends ? Ça fait déjà cinq mois que c'est fini ! Passe à autre chose à la fin, arrête de me suivre partout !

–Ça sera jamais fini, Sha ! T'es à moi et à personne d'autre !

–Ok, j'en ai assez entendu, déclare le type en poussant Sha derrière elle. Laisse-la tranquille, elle a dit qu'elle veut pas de toi.

–Alors quoi, tu vas me tabasser ? ESSAIE, CONNARD ! je hurle en lui sautant dessus.

Il me repousse à deux mains et me martèle le torse jusqu'à ce que je rebondisse sur le mur de la maison d'en face. Le souffle coupé, je reste immobile quelques secondes et il en profite pour m'asséner un coup de poing au menton. Je me mords la langue sous l'impact et me plie en deux avec un gémissement.

–Tu fais plus autant le malin maintenant, hein minable ? rigole-t-il. Et c'est quoi ces lunettes, t'as l'air d'un aviateur ! Je peux te les piquer ?

–N-non !

–J'ai bien entendu oui ?

–Attends, ne… s'écrie Sha en accourant.

Il m'arrache les lunettes sans plus attendre et s'esclaffe bruyamment. Le soleil m'aveugle et je ferme les yeux. Prenant une grande inspiration, je serre les poings. Je soulève à peine mes paupières, juste de quoi distinguer sa silhouette. Avec un cri de rage, je me relève et l'attrape par les cheveux d'un seul mouvement. Avant qu'il ne puisse réagir, je cogne brutalement sa tête contre le mur de brique. À répétition.

Il s'effondre au sol, inconscient. Je me baisse et récupère mes lunettes, les enfilant à nouveau, puis me tourne vers Sha. Elle a un hoquet de peur, les mains plaquées sur sa bouche, les yeux écarquillés. Elle devrait savoir, pourtant. Ce que je suis prêt à faire pour l'avoir à mes côtés.

–T'aurais dû être gentil avec moi, je geins en m'avançant vers elle. Je voulais juste te voir une dernière fois, au cas où. Je voulais pas faire ça ! Mais t'inquiète, même si je suis choisi, je reviendrai juste pour toi. Je t'aime, Sha. Tu le sais ça, hein ?

Elle hoche la tête, silencieuse. Je hoche la tête aussi et lui caresse la joue, ignorant son mouvement de recul.

–On va se revoir bientôt, hein ? Bonne chance pour la Moisson. On devrait tous les deux être sains et saufs, je crois. Les drogués peuvent pas faire partie de l'élite, pas vrai ?

Je ris et dépose un rapide baiser sur ses lèvres avant de m'éloigner d'un pas guilleret.

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La fille semble heureuse d'avoir été choisie. Une vraie folle, ma parole. Je cherche Sha des yeux durant les applaudissements. Au moins, elle est saine et sauve. À mon tour maintenant. Je me ronge les ongles nerveusement. J'ai fait le fier devant Sha, mais nous savions tous les deux qu'il n'y a aucune chance que je sois choisi. Et heureusement. Les Hunger Games m'ont toujours terrorisé.

–Au tour des garçons ! Et j'ai nommé…

Pas moi, pas moi, pas moi…

−Allen Verhaeven !

Pas… moi ? Non, c'est impossible. Je blaguais, avec Sha. Je ne pensais pas… c'est impossible… Je ne peux pas être le…

NON !

Je hurle à plein poumons, apercevant les Pacificateurs qui s'approchent lentement mais sûrement. Non, non, non ! Je recule d'un pas, puis de deux. Finalement, je pousse les garçons autour de moi, essayant vainement de m'enfuir. J'ai à peine fait cinq mètres que des mains gantées se posent sur mes épaules pour me ramener vers l'avant.

Je me débats tant bien que mal, hurlant au meurtre, la vue embrouillée par les larmes. Mais rien à faire. Je suis impuissant. Et je vais mourir aux Hunger Games, comme tous les autres drogués de notre district les années d'avant. Sha va se trouver un autre copain et m'oublier à jamais. Livie fera probablement une fête pour célébrer ma mort. Mes parents seront enfin soulagés de mon poids.

Je… je sais que je ne vaux pas grand-chose mais je… je ne veux pas mourir. Pas dans les Hunger Games, pas comme ça…

Je reste effondré là où les Pacificateurs me déposent, tout esprit combattif envolé. Mon regard croise alors celui de Sha, comme par magie, à travers la foule des filles de dix-sept ans. Elle pleure ouvertement, les bras croisés, mais ses yeux sont fixés sur moi sans hésitation.

Du coin de l'œil, j'aperçois la main de ma partenaire de district tendue en ma direction. Je tourne la tête, observant son expression bienveillante, son sourire un peu trop grand, un peu trop menaçant. J'accepte enfin son geste et me mets sur pieds. Je m'essuie les yeux sous mes lunettes et ignorant la maniaque au regard de prédateur à peine masqué, reporte mon attention sur Sha.

Je savais qu'elle m'aimait encore. Mais il est trop tard maintenant. Je vais mourir.

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–Bien fait pour toi ! s'esclaffe Livie, la première à rentrer dans la pièce.

–Ne dis pas ça ! s'écrie ma mère, le teint livide. Oh, Allen…

Elle se précipite vers moi immédiatement et me prends dans ses bras. Je m'accroche à elle désespérément, comme si elle était ma bouée de sauvetage. Mais elle ne l'est pas, et personne ne peut me sauver. Lennor accourt à son tour et se glisse entre nous deux, me serrant la taille de toutes ses forces. Du coin de l'œil, je peux voir Cleandra et Abigail collées à notre père. Ce dernier renifle et s'essuie discrètement les yeux.

Quelle réunion de famille.

–Je n'arrive pas à croire… murmure ma mère d'une voix tremblante. Tu… tu peux peut-être survivre, n'est-ce pas ? Ce n'est pas…

Elle prend une longue inspiration, se détachant légèrement de nous. Me regardant droit dans les yeux, elle pose ses deux mains sur mes joues pour être certaine d'avoir mon attention.

–Ce n'est pas la dernière fois que nous nous voyons, Allen. Tu m'entends ?

Lennor sanglote à cela, me serrant encore plus fort si c'est possible. Je pose une main distraite sur sa tête. Je tente de calmer ma respiration saccadée. Comment peut-elle être si optimiste ? Il y a dû y avoir une erreur, après tout. Je n'ai rien… je ne peux rien faire de spécial… je ne suis qu'un minable drogué, je n'ai que la peau sur les os, je suis illettré et je… j'ai…

Je ne pourrai jamais gagner les Hunger Games !

–Allen ! Tu m'entends ? Tu vas nous revenir ! Tu vas tout faire en ton pouvoir et tu vas nous revenir !

Je sursaute, tournant mon regard vers celui de ma mère. Avec un gémissement, je tente de me détacher de son emprise sans réussite.

–Pourquoi… pourquoi vous voudriez que je revienne, toute façon ? Je fais jamais ce que vous demandez, je ramène pas d'argent, je maltraite mes sœurs et je vous engueule tout le temps… Je sais que vous êtes déçus ! Quand j'ai quitté l'école, j'étais supposé travailler à l'usine et finalement je suis tombé dans les drogues et je vous ai jamais aidé ! Vous devez tout le temps rembourser mes dettes et nettoyer après moi… Vous vous en sortiriez pas mieux sans moi ?!

Ma mère baisse les bras, les yeux écarquillés, et j'en profite pour m'éloigner de quelques pas, entraînant Lennor. Celle-ci gémit, se cramponnant toujours à moi.

–Comment peux-tu dire… enfin, tu es… bafouille ma mère, les larmes aux yeux.

–Tu es notre fils, Allen, l'interrompt mon père en s'avançant. Alors fais tout pour revenir. Tu es notre fils et c'est tout ce que nous voulons. Ne pas perdre notre fils.