Chapitre 7 : Heat
SauleFelicis est (enfin !) de retour avec le chapitre 7 !
Je tiens à vous dire que vos reviews me sont d'une aide précieuse et que c'est un vrai bonheur de vous lire ! Merci à tous/toutes.
Ce chapitre est plus long que les autres et un petit peu technique sur certains points ! J'espère cependant qu'il vous plaira =) Si vous me suivez sur Twitter SauleFelicis vous savez qu'il est écrit depuis un moment. J'attendais cependant l'avis de mes bêta qui ont fait un véritable travail de fourmis. Merci à elles !
Bonne lecture !
La scène se déroula dans un silence abyssal, comme si son cerveau avait déconnecté ses tympans pour qu'il ne s'entende pas hurler. Une puissante vague d'énergie le propulsa dans les airs et il retomba aussi pantelant que s'il avait reçu un coup de maillet dans l'estomac. Il avait le souffle coupé et s'efforçait de garder les yeux ouverts.
En contre jour Malefoy n'avait pas bougé, la baguette toujours tendue dans sa direction. La rage montait en lui et l'atmosphère devenait électrique autour de lui. Harry essaya d'atteindre sa baguette dans la poche de son jean lentement mais au moment où ses doigts allaient la saisir il reçut en pleine tête une série de chocs brûlant dans une salve d'étincelles violettes. Et les sévices ne faisaient que commencer.
Cela lui parut une éternité, tellement la douleur était intense. Chaque cellule en lui était en feu. Il s'élevait dans les airs pour retomber quelques mètres plus loin percutant au passage les pupitres, déchiquetant les nombreuses piles de livres et détruisant une bonne partie du matériel présent.
A chaque impact il se sentait un peu plus fractionné. Le pire sans doute était ce silence cuisant il ne lui venait même plus à l'idée de hurler de douleur. De temps en temps à la lueur d'un éclair il apercevait la silhouette de Malefoy qui lui, semblait hurler de tout son soûl. A la faveur d'un coin de meuble sa peau se déchirait, ses muscles tiraient dangereusement sur leurs attaches. Il n'était que douleur, souffrance et sang. Pire que tout, le monde autour de lui s'évanouissait dans les ombres. Il continuait à frapper de plus en plus fort les moindres recoins de la salle. Sous son poids les vitres et encriers éclataient et lui lézardaient les poings, le visage, le dos. En fines aiguilles de verres, les éclats se fichaient partout, en pleines lacérations et faisaient couler le sang.
Il se sentait se fragmenter lentement au rythme auquel les ligaments de ses articulations cédaient le laissant aussi désarticulé qu'une vielle marionnette. Une dernière impulsions le bloqua dans un angle et le souleva le long du mur. Il retomba lourdement assis les bras ballants. Sa jambe droite formait un angle inquiétant. Il sentait le long de sa peau courir de minces lames de sang. Les mêmes que celles qui lui lacéraient la gorge.
Malefoy était à présent tout proche de lui. A quelques centimètres de son visage il devinait que ce dernier était accroupi face à lui. Un cours répit s'offrit à lui avant que Malefoy ne l'empoigne par les épaules et ne commence à le secouer. Toujours dans un silence abominable et l'esprit embrumé Harry se demandait ce qui pouvait bien se passer à présent. Dans un sursaut il toussa ce qui devait être du sang. Il comprit qu'il avait éclaboussé Malefoy quand se dernier le repoussa de rage et que sa tête vint heurter le mur.
La douleur cessa subitement. Il vivait toujours la scène dans son mouvement. Il tanguait sous les nouveaux assauts magiques mais plus rien ne se passait entre son corps et son esprit. Il ne vivait que ses nombreux déplacements, comme bercé par un langoureux roulis. Les yeux dans le vague bientôt la tête dans les étoiles il n'y avait plus rien.
oOoOoOoOoOo
Harry avait l'habitude de se réveiller sans trop savoir où il était. En général c'était dû à une attaque de cognard fou, après avoir manqué de voir son âme aspirée par des détraqueurs ou suite à des visions apocalyptiques du seigneur des ténèbres en train de décimer des moldus innocents. Mais jamais il n'aurait pensé se retrouver à l'infirmerie parce qu'il a confondu un rencard avec un règlement de compte. Son cerveau embrumé lui dit qu'on le l'y reprendra pas.
Sans trop chercher à bouger, il commence à regarder autour de lui. Deux grands paravents avaient été installés de part et d'autre de son lit et sur l'adaptable sur le côté étaient disposées toute une rangée de petites fioles multicolores et un étrange récipient qui ressemblait à une petit carafe à décanter, posée sur un trépied en métal argenté. D'habitude sur cette table Harry trouvait plutôt des montagnes de friandises de la part de ses camarades et un petit mot d'Hermione lui rappelant qu'il finira par se faire broyer les os à force de jouer au héro. Mais ce n'était pas le cas aujourd'hui. Peut être venait-il juste d'être emmené ?
La couleur orangée diffusant par les larges fenêtres vint lui affirmer le contraire.
Il se sentait étrangement bien pour une fois. Pourtant dans cette infirmerie il faisait souvent assez frais et le confort était vraiment sommaire. Il n'était couvert par les draps blanc que jusqu'au nombril et portait les affreuses blouses fournies par Pomfresh. Il comprit pourquoi quand il vit que ses bras reposaient chacun sur deux oreillers rectangulaires, les mains ouvertes vers le ciel. Sa peau était tout à fait normale. « Merci » pensa-t-il. Il n'y avait plus aucune trace de coupures, griffures ou déchirures, les veines qui couraient le longs de ses muscles étaient à leurs places et bien saillantes. Il fit jouer ses doigts qui plièrent de bonne grâce. Mais la sensation était étrange. Il manipulait ses doigts mais en retour il n'y avait rien. Il ne savait pas comment l'expliquer. « Quand on bouge, pensa-t-il, on le sent non ? ». Il ferma les yeux et fit jouer son pouce. Il pouvait dire dans quelle position ce dernier se trouvait mais il ne sentait rien lors du mouvement. Ni le mouvement, ni le froissement de la peau. Pis quand il rouvrit les yeux et croisa son index et son majeur il voyait ! Il voyait qu'ils étaient croisés mais rien ne le lui indiquait. Il ne sentait pas le contact réciproque.
Un vent de panique se déversa en lui et il leva la main dans l'intention de toucher son visage. Mais il ne réussit qu'à se mettre une « gifle ». Ce n'en était pas une car il n'eu pas mal. Mais la vitesse à laquelle il posa lourdement sa main en travers de son portait lui sembla peu adaptée. Il ne sentait absolument rien. Il voyait qu'il avait ses doigts juste devant ses yeux. Il pouvait dire en les fermant que sa main était levée vers lui, que son coude était en angle. Mais rien, vraiment rien ne le lui confirmait. Il laissa mollement retomber son bras car il cru que son cœur allait éclater lorsqu'il remarqua que son bras droit, lui, toujours sur ses oreillers refusait catégoriquement de bouger.
Sa respiration devint rapide et saccadée tandis que des images terribles lui vinrent à l'esprit. Toutes ces transformations qu'il venait à peine de découvrir s'étaient évanouies en l'espace d'une nuit. Son corps, son espace de vie venait de se fermer à lui. Il avait passé des heures à en connaitre chaque nouveau détail, appréhender chaque muscle, chaque veine, à ressentir chaque mouvement, chaque contact qu'il avait eu.
Ses yeux se remplirent alors de larmes acides. Les sensations extrêmes qu'il a vécu lors de sa rencontre furtive dans la salle-sur-demande ne resteraient alors qu'un mince souvenir. Là où une aventure de frissons lui était promise ! Ressentirait-il encore la moindre chose s'il venait à nouveau à embrasser quelqu'un ? à toucher un être aimé ? Pis que tout, il en avait eu la certitude, il ne pourrait plus faire quoi que ce soit lui-même. Un bras refusant de se mouvoir, l'autre ne pouvant ni saisir ni appréhender correctement le moindre objet, Harry se voyait déjà seul entouré pourtant de personnes chères, mais réduites à devoir le nourrir, prendre soin de lui.
Dans un sanglot l'image du Serpentard lui ordonnant de l'affronter et le traitant de lâche lui revint. Larmes et rage se mêlèrent si bien qu'il aurait pu hurler à s'en déchirer les tympans, se jeter au sol et détruite la pièce entière et surtout et c'était la première fois qu'il ressentait pareille émotion tuer Drago Malefoy après lui avoir fait subir touts les maux possibles. Juste pour son propre plaisir de vengeance.
— Vous ne m'épargnerez vraiment rien monsieur Potter…
Madame Pomfresh venait de surgir de derrière un paravent, la mine soucieuse sous sa cornette. Harry ravala rapidement la bile qui s'écoulait en lui en espérant qu'elle ne remarque pas son état. Mais c'était peine perdu, madame Pomfresh pouvait sentir un virus magique à des kilomètres à la ronde. Alors des larmes…
— Nous sommes samedi après-midi et vous avez dormi au moins seize heures depuis que vous êtes ici. Continua-t-elle comme si elle avait deviné sa pensée. Vous êtes arrivé vraiment dans un sal état. Je me suis même demandé si un transfert à l'hôpital Sainte-Mangouste n'était pas judicieux. Mais après réflexion je n'étais pas sûre qu'ils aient un service adapté pour votre cas.
— JE NE SENS PLUS RIEN ! sa voix se brisa lamentablement tandis qu'elle résonna faiblement en écho
— Pas exactement. Quand vous êtes arrivés vous n'étiez pas conscient et vous n'aviez plus aucune sensibilité intéroceptive, proprioceptive ou extéroceptive. J'ai du faire appel à mon amie Miriam Strout ex-guérisseuse en chef d'un service de Sainte-Mangouste.
— Qu… Quoi ?
— Sans elle je ne suis pas sûre que vous auriez pu survivre. Voyez-vous la sensibilité intéroceptive permet à votre cerveau de se renseigner sur ce qu'il se passe dans vos organes internes, vos viscères. Et lorsque vous êtes arrivés, aucune information ne semblait circuler. Or si votre cerveau ne peut plus commander vos organes internes vous courrez droit à la catastrophe. Heureusement j'ai réussi à rétablir tout cela tant bien que mal. Là où Madame Strout nous a donné un sérieux coup de pouce c'est pour votre proprioception c'est-à-dire la sensibilité qui vous renseigne sur la position de votre corps dans l'espace et qui permet de réguler le tonus de votre squelette et vos muscles.
— Je ne comprends rien... Admit-il
— Vous avez été victime d'un maléfice qui vous a privé de toute sensibilité Potter ! s'anima-t-elle, et j'essaye de vous expliquer les soins qui vous ont été gracieusement prodigués. Je disais donc que Madame Strout et moi-même avons fait un petit miracle magique. Vos nerfs et votre moelle étaient sérieusement touchés. J'ai été en mesure de faire une partie seulement du travail. Et même une guérisseuse avisée a eu du fil à retordre… Tout ça pour dire que pour le moment toute sensibilité tactile est abolie chez vous. Ce qui est très handicapant dans la vie quotidienne car non seulement vous ne sentez plus rien, mais vous êtes également incapable de vous déplacer seul, ni même de saisir le moindre objet. Pis, vous êtes insensible à la moindre douleur.
Harry dont les yeux étaient plus rouges que jamais osa une remarque
— Mais c'est bien de ne pas avoir mal non ?
— C'est probablement la pire des choses qui puisse être Potter. La douleur est un signal d'alarme ! Elle vous indique que quelque chose ne va pas et vous pousse à réagir. Imaginez que vous puissiez plonger votre main dans de la lave en fusion sans que votre cerveau ne vous ordonne de la retirer. Vous n'aurez pas mal certes. Mais je ne donne pas cher de l'état de votre main. Ah oui ! vous êtes aussi insensible aux variations de chaleurs aussi je veillerai à ce que vous soyez toujours bien couvert.
Elle s'arrêta un moment le temps qu'Harry digère toutes ces informations. Il ne laissa passer cependant qu'une poignée de seconde avant de difficilement articuler :
— Mon bras droit ne bouge plus du tout…
Pomfresh se pencha et dégagea lentement l'épaule d'Harry en la soulevant d'un geste harmonieux et souple.
— Vous étiez juste couché dessus… Harry rougit de ne pas y avoir pensé. C'est très étonnant par ailleurs que seuls vos nerfs sensitifs tactiles aient été affectés. Mais de toute manière tout mouvement vous est proscrit pour le moment… En espérant que vous récupériez. Seul le temps nous le dira… mais je reste confiante ! Votre état s'est déjà amélioré. Vous m'êtes arrivés presque en kit monsieur Potter ! Qui donc a bien pu vous malmener à ce point ?
Le regard de Pomfresh s'alluma grandement en disant cette dernière phrase. Harry savait qu'elle aurait bien transformé l'auteur de cette agression en veracrasse.
— Ma… Je… Je ne m'en souviens pas… mentit-il. J'ai juste reçu un parchemin me disant de me rendre en salle de sortilège.
Il vit bien qu'elle ne le croyait pas. Mais heureusement Madame Pomfresh était très discrète et se gardait bien souvent de poser plus de question.
— Si vous n'êtes pas contre je vous propose un bon décrassage ! J'ai préféré ne pas vous réveiller et attendre un peu.
Harry pensait effectivement qu'il en avait bien besoin. Du moins envie. Il acquiesça et se releva d'un bon prêt à sauter du lit pour se diriger vers le cabinet de toilette. Mais ses pieds ne touchèrent pas le sol du moins il ne le ressentit pas et avait l'impression de rester suspendu dans le vide. Pomfresh mit fin à ses ardeurs en le plaquant sur son lit.
– M… Mais !
– Il est hors de question que vous vous leviez Potter ! De toute manière vous ne pourriez pas marcher ni vous lavez seul ! Non, je vais faire votre toilette au lit… Et à l'ancienne !
Harry s'empourpra plus vite que jamais et sentit son cœur s'emballer au même rythme. Pomfresh entrain de le décrasser lui ! Presque un adulte. Comme un bébé à qui on n'a pas encore appris l'hygiène ! Il y pensa d'ailleurs. Comment faire pour aller aux toilettes ?!
— Et vous n'avez pas un sortilège plutôt ?!
— Si. Mais ceux que vous avez déjà reçu, plus le traitement magique – Harry se rappela alors des fioles multicolores – je pense qu'il serait préférable de se passer de magie un peu.
Elle avait dit ça en disposant un troisième paravent fermant ainsi le box d'Harry. Pris au piège et voyant qu'elle avait fait apparaître ce qui ressemblait à de l'eau savonneuse dans la bassine près de son lit, il ne put se résoudre qu'à acquiescer faiblement de la tête.
Même si il savait qu'elle était une professionnelle, qu'elle en avait sûrement vu d'autres. L'idée que quelqu'un d'autre puisse le toucher, du moins entrer intimement en contact avec lui le mettait extrêmement mal à l'aise. Une petite voix dans sa tête lui persiffla qu'il ne disait pas vraiment la même chose 48 heures de cela dans une certaine salle…
Mais il n'avait pas le choix. Il priait pour que son insensibilité l'aide à dépasser sa pudeur. Mais ce qu'il redoutait plus que tout c'était de se retrouver entièrement nu, vulnérable et offert et ce à qui que ce soit à ce moment là.
Elle commença par lui passait un gant enduit de savon sur le visage. Harry dut se crisper en une grimace avant même que le gant ne le touche (et quand bien même il ne l'aurait pas sentit sur sa peau). Il détestait se laver le visage au savon. En général il remplissait l'évier d'eau chaude et s'asperger doucement avec avant de masser avec ses doigts en insistant dans le coin interne des yeux.
Elle eut comme un arrêt étonné avant de regarder son gant et de paraitre en colère contre elle-même. Elle catapulta le gant dans la bassine en disant
— Désolé Potter, je n'ai même pas pensé à vous demandez comment vous préfériez que je m'y prenne.
Harry eut un sourire aimable et lui demanda juste d'éviter le savon, au moins pour le visage.
Elle avait les gestes sûres et rapides. Du moins c'est ce qui lui semblait puisqu'il ne sentait absolument pas le contact. L'eau aurait pu être glacée et le gant tranchant comme du verre qu'il n'aurait rien discerné. Elle le sécha délicatement puis elle entreprit de lui retirer sa blouse. Il était alors juste couvert sous le nombril par ses draps. Et son souffle déjà court se raréfia quand il vit qu'il était couvert de plaques rouges de la pointe du sternum jusqu'à (il le devinait) la base de son cou – stress – Il détourna le visage en sentant les larmes déborder sur ses joues. Il ferma les yeux et entendit vaguement madame Pomfresh lui dire de se décrisper. Mais il ne sentait rien alors se décrisper…
Son oreiller épongeait lamentablement ses larmes tandis que madame Pomfresh faisait son office. Il s'en rendait compte à la position de ses bras.
Elle faisait son travail admirablement bien et rapidement mais Harry s'en fichait. Il devait se mordre l'intérieur des joues jusqu'au sang car il pouvait le goûter alors qu'il suintait sur sa langue.
Derrière ses paupières crispées et humides se diffusaient des images horribles. Il voyait madame Pomfresh lui attacher le bras au niveau des poignets avec des lanières de cuir au rebord du lit. Sur l'adaptable elle cassait les nombreuses fioles d'un coup de baguette pour en faire de fines aiguilles de verre. Après quoi elle les lui enfonçait sous la peau une à une et d'un coup de baguette il les voyait remonter lentement en déformant et scarifiant tout sur leur passage.
Elle le ramena à la raison et fit disparaître ses fantômes en déposant dépliée la nouvelle blouse propre sur lui, le recouvrant comme un drap. Il écarquilla ses yeux rougis et bouffis, elle déposait la serviette et passait alors une paire de gants élastiques. Elle fit disparaitre l'eau de sa bassine avant de la remplir à nouveau.
— Je vais commencer par la petite toilette monsieur Potter. Comme ça nous serons débarrassés. Ce n'est pas toujours très agréable… psychologiquement non plus. Rajouta-t-elle en hochant la tête
Il ne voyait pas de quoi elle lui parlait. Mais elle retroussa le drap avec légèreté et Harry eut un haut-le-cœur et tout s'enchaina plus rapidement que jamais dans sa tête.
Un cri peu être ? Non un hurlement déchirant mais pas un hurlement de douleur. Une plainte étranglée et emplie de terreur. Il l'entendait résonner dans sa tête mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il ne pouvait s'empêcher de fixer son bas ventre offert lamentablement au bon vouloir de la dextérité de madame Pomfresh.
Elle savonnait lentement ses plis de l'aine, consciencieusement mais dans un silence de plomb.
Harry serra toujours plus le moignon de chaire sanguinolent qu'était l'intérieur de ses joues mais il ne put la laisser faire jusqu'au bout. Sa pudeur le lui interdisait.
— Arrêtez… S'il-vous-plait arrêtez…
Lorsque Madame Pomfresh lui amena son repas, il lui fut reconnaissant de ne pas aborder l'incident. Elle ne s'en était pas offusquée outre mesure.
Un autre supplice l'attendait : la becquée. Il lui importait peu que la nourriture n'ait plus vraiment d'intérêt autre que son goût mais devoir se faire nourrir comme un gosse de 18 mois… Il n'avait toute fois pas vraiment le choix le moindre geste étant aussi gracieux qu'un ballet de goule.
— Avez-vous besoin de quelque-chose monsieur Potter ? lui demanda-t-elle après avoir débarrassé son plateau.
« De compagnie » songea-t-il. D'habitude à peine était-il réveillé qu'il voyait ses amis autour de lui. Là personne ne n'était venu de toute l'après-midi. Son cœur se serra un petit peu.
— Comment je me suis retrouvé ici ?
— Je vous demande pardon ? Dit-elle les yeux écarquillés
— Je veux dire qui m'a trouvé, qui m'a amené ?
— C'est votre camarade Miss Granger. Elle patrouillait dans les couloirs en compagnie du préfet de Poufsouffle. Ils vous ont trainés jusqu'ici sans avoir idée d'utiliser la magie. Monsieur Macmillan avait tellement de sang sur les mains qu'il a tourné de l'œil une fois arrivé ici.
— Et où sont-ils ?!
— Miss Granger était retournée inspecter les alentours en compagnie de Rusard et Macmillan était retourné dans son dortoir…
Harry eut un autre pincement au cœur mais il n'aurait su dire s'il était dû à l'absence de ses amis ou au fait que bien malgré lui, l'idée qu'Hermione patrouille avec Ernie Macmillan le révoltait fortement.
— Si vous n'avez plus besoin de rien, je vais préparer votre traitement et vous l'administrer. Ensuite je vous donnerai quelques exercices de coordination à faire.
Harry acquiesça et la regarda faire.
Elle créa une petite flamme bleue sous le trépied soutenant le drôle de verre et versa des doses très précises et chaque fiole au fond. Elle paraissait très concentrée. Elle alternait les différentes couleurs de liquides et mesurait chaque goutte qui tombait dans le mélange. Elle s'arrêta et poussa légèrement la flamme. Une fumée claire s'élevait à présent du col du récipient. Elle lui présenta alors un étrange liquide opalescent dans un petit verre : un extrait de sa préparation.
— Cul sec ! Lui dit-elle amusée en lui apposant le verre contre les lèvres.
Il s'exécuta avec réticence mais au final le mélange avait bon goût, il sentait la réglisse et la menthe.
— C'est meilleur que le Poussos ! Dit-il en souriant
Une déflagration de chaleur déferla en un instant du sommet de son crâne jusqu'à la pointe de ses orteils. Il sursauta énergiquement
— Je vois que ça fonctionne ! Déclara une voix suave derrière le paravent.
Une grande sorcière se glissa rapidement au pied de son lit.
— Bonsoir Monsieur Potter… Miriam Strout ex-guérisseuse en chef du service de pathologie des sortilèges de l'hôpital sainte-mangouste.
Un air de supériorité et de suffisance émanait de cette dernière. Elle était assez effrayante quoique majestueuse. La première chose qu'Harry remarqua était ses grands yeux d'un vert électrique perçant. La pupille était si petite qu'il se demanda si elle n'était pas vampire sur les bords. Elle avait un visage fin et un manton pointu sur ses lèvres d'un rouge violacé se lisait une moue hautaine. Elle n'avait que de très fin sourcils anguleux et très haut sur son front renforçant l'inquiétante force de son regard sous tendue par une épaisse couche d'ombre à paupière violette.
Elle portait une robe d'un noir abyssal avec un col très haut qui s'ouvrait au ras de son interminable cou sur une étoffe violette également. A en juger par sa complexité, Harry jugea qu'elle avait dû la fabriquer elle-même. Elle était très resserrée au niveau du col mais extraordinairement ample à la base. Elle devait même avoir une traîne. Sous le tissu émergeaient ses mains comme perdues sous une découpe acérée de pointes violettes. Comme des flammes émergeant de ses manches chauves-souris.
Elle avait les mains posées sur le cadre en fer blanc de son lit. De longues mains désarticulées terminées par de très longs ongles taillés en pointe d'un rouge profond. Mais le plus étrange était sans doute sa chevelure qui semblait s'élever sur son crâne en formant de longues lames acérées mais qui lui galbait le contour du crâne également. Elle ressemblait à s'y méprendre à un dragon en colère.
— Je suis également la seule animagus dragon du royaume magique. Dit-elle en découvrant ses dents pointues en un sourire carnassier.
« Elle lit dans mes pensées ? » s'interrogea-t-il un moment. Elle se glissa dans un souffle à ses côtés et attrapa son poignet entre ses doigts.
— C'est moi qui suis venue en aide à votre dévouée infirmière. Je dois dire que votre cas est très intéressant…
Elle faisait circuler la pointe de son ongle au creux de son poignet en suivant le trajet des veines transparentes
— J… Je !...
— NE ME REMERCIEZ PAS ! hurla-t-elle
Harry n'en crut pas ses yeux quand il vit l'étoffe se mouvoir comme soulevée par un courant d'air. Elle continua mystérieusement dans le calme comme si de rien n'était.
— Je n'ai pas bien fait mon travail… Je devrais vous soigner sans même y penser si j'étais une bonne guérisseuse
Harry préféra se taire et la regarda commencer à toucher ses membres anesthésiés.
— Vous devez être une personne abominable pour que l'on vous ait fait subir un tel supplice
De sa main libre elle écarta une mèche du front d'Harry et fit courir une de ses griffes le long de sa cicatrice.
— Oui… Murmura-t-elle dans un souffle. Une personne abominable…
Harry s'empourpra de colère et s'apprêtait à riposter mais elle continua
— Pour la magie noire vous êtes insupportable. Mais pourtant vous êtes inestimable…
Il se radoucit pendant une fraction de seconde puis une douleur fulgurante lui transperça le poignet. Elle venait d'y enfoncer la pointe de son index crochu, directement dans une veine saillante. Il poussa un petit cri et tourna son regard terrifié vers madame Pomfresh qui ne semblait pas plus offusquée que cela.
— Vous avez mal Potter ? BIEN ! VOUS POURREZ SORTIR DEMAIN EN FIN D'APRÈS MIDI ! Tonitrua-t-elle avant de continuer très rapidement dans un murmure. Si bien entendu vous suivez les conseils de notre chère Pomfresh et que vous faites votre exercice impeccablement d'ici la fin de la soirée et à condition que les fourmis ne vous tracassent pas trop…
Elle retira rapidement son ongle et Harry eut l'étonnement de voir le sang qui avait coulé de la plaie regagner son vaisseau avant que la lésion ne se referme instantanément sans laisser la moindre trace du traumatisme.
Il leva les yeux et la vit disparaître dans un froissement d'étoffes noires et violettes derrière le paravent. Il en resta béat de confusion.
Doucement, madame Pomfresh lui expliqua combien madame Strout était une sorcière experte et une guérisseuse hors pair. Elle lui venta ses mérites de duelliste magique et sa soif de connaissance. Ainsi elle était restée 96 heures à veiller sur un patient qui semblait avoir contracté une psychose magique suite à un simple sortilège de lévitation. Il s'était cependant avéré que ce dernier avait omis de mentionner les nombreux chocs qu'il avait reçus à la tête ces trente dernières années durant lesquelles il essayait chaque jour de franchir le gouffre de trois kilomètres séparant le sommet du Ben Nevis de celui de l'Aonach Beag grâce à des maléfices explosifs cataclysmiques.
Elle lui donna une petite balle, sa baguette et une chainette circulaire avec pour consigne de réussir à prendre la petite balle au creux de sa main, puis de tenir sa baguette du bout des doigts, avant de se passer la chaine autour du poignet.
Au premier abord cela semblait simple. Mais après avoir envoyé la balle rouler à travers l'infirmerie une bonne quinzaine de fois, Pomfresh l'ensorcela de manière à ce qu'elle lui revienne automatiquement. Il se trouvait maladroit et gauche et pour ne rien arranger, il était effectivement plein de fourmillement. Cela avait commencé au niveau de ses extrémités pour finir par gagner son corps tout entier. Il changeait de position sans cesse pour essayer de rétablir un semblant de confort en vain. Il se concentra alors sur ses exercices.
La balle n'était plus un problème après une autre quinzaine d'essais. Bien que ses gestes soient plus semblables à ceux d'un nourrisson. La baguette représentait un autre challenge. Ses gestes devaient être plus fins.
Vers 20h et alors qu'il arrivait enfin à la faire décoller de l'adaptable Hermione entra comme une furie en faisant fi des vociférations de madame Pomfresh sur les horaires de visite.
— HARRY JAMES POTTER !
Elle s'approchait en brandissant un parchemin froissé qu'il reconnut aussitôt.
— Si je ne te connaissais pas je dirais de toi que tu es un crétin ! Pour me faire face ?! Tu t'attendais à tomber sur qui exactement !? En tout cas je n'ai pas réussi à mettre la main sur ce petit Serpentard. Mais si vous continuez vos gamineries je ferrais en sorte que l'un de vous deux finisse empaillé dans la salle des trophées !
Harry la regarda avec des yeux ronds, visiblement elle avait fouillé son dortoir et s'était efforcée de comprendre le pourquoi de ses agissements. Elle semblait prête à le gifler mais se laissa finalement tomber assise sur son lit.
— D'habitude je me fais du souci parce que le seigneur des ténèbres essaye de te tuer, parce que tu te fais attaquer par toutes sortes de créatures abominables, et parce que tu ne suis les cours que par intermittence. Mais te voir jouer la jouvencelle enamourée, ça franchement je ne l'avais pas prévu. Même avec l'épisode Cho Chang.
Il eu un petit pincement au cœur. Elle avait raison. Mais lui rappeler que son premier amour c'était soldé par un échec cuisant et une scène de jalousie morbide singulièrement déplacée. De là à faire de lui une jouvencelle il n'y avait qu'un pas.
— Je donnerais tout pour être quelqu'un d'autre vois-tu.
— Oh Harry !
Elle se jeta à son cou et le serra fort contre elle. Il remercia mentalement Strout et Pomfresh pour leurs bons soins. En effet il n'était pas encore exactement au point au niveau de ses sensations mais il savait ce qu'il se passait.
— Excuse moi j'étais en colère. Contre toi, contre l'autre, contre moi.
— Contre toi-même.
— Oui parce qu'à 5 minutes près je l'attrapais.
Madame Pomfresh les regardaient d'un œil inquisiteur en cherchant à comprendre de qui ils parlaient et ce qu'ils faisaient si proches l'un de l'autre
— Ron ne pourra pas passer ce soir. Il termine sa retenue avec McGonagall vers 21h. Hier elle lui a fait récurer à la brosse à dent toute une collection d'animaux en cristal. J'aurais aimé voir ça. J'espère vraiment que ce soir il transforme vraiment des trolls en pince à sucre !
A vrai dire il s'en moquait un peu de Ron et du fait qu'elle semble si fascinée par la métamorphose des trolls.
— Personne n'est venu me voir avant toi ?
Hermione entortilla malicieusement une de ses mèches bouclées du bout de son doigt comme l'aurait fait une gamine fière de sa bêtise, un sourire insolent sur les lèvres
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— Madame Pomfresh me l'a dit…
« Madame Pomfresh ne t'a rien dit du tout idiot » se ravisa-t-il
— Ben d'habitude j'ai toujours des choses de votre part qui m'attendent à mon réveil…
— OH ! Mais ce cher Harry ce serait-il habitué à être dorloté et couvert de présents ? Dit-elle d'un air faussement outré.
— Il ne s'y serait surement pas habitué si vous ne l'y aviez pas habitué !
— Il est vrai qu'en général on préfère laisser les convalescents seuls et en proie à la faim et la douleur de la solitude.
« De qui se moque-t-elle ?! Elle joue dans un mélodrame ou quoi ?! »
— Tu te moques de moi !
— QUI ?! Moi ?! Jamais au grand jamais.
Elle arborait un sourire tellement large qu'un troupeau d'elfes de maison aurait pu y faire leur nid. Ce qu'elle aurait détesté par ailleurs. Même si les chasser de leur habitat aurait pu lui faire perdre quelques cheveux d'angoisse. Il se demanda rapidement si les affreux badges S.A.L.E étaient toujours quelque part au fond de sa valise et se jura d'y jeter un œil.
— Mais qui donc aurait OUBLIE de passer voir Harry à l'infirmerie, et surtout ne lui aurait rien donné…
— Moque-toi de moi… Dit-il boudeur en lui jetant la balle ensorcelée.
Ses réflexes semblaient revenir assez vite finalement… à l'éclair qui passa subrepticement dans les yeux de son amie elle l'avait remarqué également.
— Et si… Merlin nous garde… quelqu'un était passé et avait laissé quelque chose à Harry Potter mais qu'il ne l'avait tout simplement pas remarqué… Quelque chose qui n'a pas de traces… du moins visible.
— Tu sais quelque chose ! Tempêta-t-il
— Oh ce que je sais pourrait remplir une bibliothèque entière !
Elle se rapprocha de lui et planta un regard appuyé et plein de malice dans le sien, leurs nez à quelques millimètres l'un de l'autre.
— Quel est le plus beau cadeau que l'on puisse donner sans qu'il ne laisse de trace… et je ne parle pas d'un balai volant qui efface les traces derrière lui…
— Je…hmmm… heu…
« Elle fait quoi là ? »
Elle se détourna de ses yeux et avança son visage vers son oreille. Son ouïe était parfaitement réactive et sa peau encore plus. Quand elle souffla doucement sur cette dernière.
Hop la suite est en cours d'écriture =)
Spoiler : je suis en travail sur une autre fiction : un sequel ! Si vous avez des idées, des question : une seule adresse - Twitter SauleFelicis
J'attends vos reviews, vos remarques =)
A bientôt !
