7 – la présence des deux prisonniers ne semblait alarmer personne, les habitants de la demeure continuaient de vaquer à leurs occupations et à se préparer, en effet depuis une heure environ, des véhicules arrivaient sur le domaine transportant à leur bord les personnes jugées dangereuses pour l'opération en cours ou celles reconnues coupables de trahison.
Afin de ne pas gêner Charles et Allan avaient été installés dans une pièce dont les lambris faisaient penser qu'ils se trouvaient dans une salle de bal, pourtant le matériel entreposé laissait penser à un autre usage.
Ils furent attachés au mur grâce à des anneaux, l'un les ceignait à la taille et le second leur maintenait les poignets. Ils étaient carrément scotchés au mur.
Après plusieurs tentatives les deux hommes durent convenir qu'ils ne pouvaient s'enfuir sans aide extérieure.
Bientôt ils se mirent à arriver, des hommes, des femmes de tout âge. Certains étaient sévèrement blessés tandis que d'autres étaient indemnes, tous connurent le même sort ils se retrouvèrent scotchés au mur démunis.
Le claquement sec des menottes finit par s'interrompre et le silence ne fut plus brisé que par quelques sanglots et gémissements de douleur.
Plusieurs regards furent échangés entre Charles Arden et les nouveaux arrivants mais aussi entre les arrivants. Ils se reconnaissaient entre eux. Agents de la CIA, FBI, DEA. La crème des agents de ces agences se trouvait dans cette pièce.
La porte s'ouvrit et laissa entrer John et Connors Valence ainsi que Takeshi Takamiya. Plusieurs agents ne purent réprimer un hoquet de surprise en voyant les deux chefs mafieux se tenir côte à côte car plusieurs agents étaient infiltrés afin d'en faire la preuve.
L'un des otages malmenés n'était autre que Maxwell Latham meilleur ami de Connors Valence depuis le lycée. Lorsque celui-ci avait été appelé pour prendre la tête de Valence Industrie afin d'en faire une véritable entité commerciale apte à générer des bénéfices il avait proposé à son meilleur ami de faire partie de l'aventure, ils avaient plongé sans crainte et dix ans plus tard les premiers grands succès se dessinaient à l'horizon, mais pour Connors ils avaient un goût amer.
- « Connors qu'est ce qui se passe ? »
- « tu as le culot de me le demander Max. t'es vraiment un beau salaud. »
- « je te jure que je ne sais pas de quoi tu me parles. »
- « et Katerina ? C'est par hasard si elle se trouvait dans la remise au fond du jardin. »
- « Connors bon sang tu me connais….
- « je n'en suis plus si sûr, d'ailleurs ne te fatigue pas j'ai des enregistrements. Donc….
- « écoute j'ai des enfants moi aussi…..
- « ne perds pas ton temps. Tes enfants sont entre mes mains et ta femme sera bientôt là. »
- « non, pas eux je dirai tout ce que vous voulez mais laissez les. »
- « trop tard, tu n'aurais pas dû trahir la famille. »
Au même instant la porte s'ouvrit pour laisser passer la femme de Max.
- « Cheryl, est ce que tout va bien. »
Cheryl hocha vaguement la tête, tout son corps la faisait souffrir et son visage était tout tuméfié.
- « qu'est ce que vous lui avez fait.»
- « rien que vous n'ayez déjà fait subir à Joy Arden. »
- « tout ça pour cette femme. Mais elle n'en vaut pas la peine, à l'heure qu'il est elle doit être morte ou pas loin.»
Une autre voix s'éleva pour se mêler à la discussion. La voix ne pouvait réprimer sa jubilation.
- « à l'heure qu'il est les héritiers doivent être entre nos mains eux aussi, et Joy Arden pliera…..
L'homme ne put finir sa phrase, un coup de feu résonna dans l'immense salle de bal. En se retournant ils découvrirent Kerenski.
- « cet homme parle trop et certains secrets doivent le demeurer. »
- « en effet, Kerenski je vous les laisse, les enfants sont en danger. Qu'est ce qu'on va faire, leur adresse m'est inconnue. »
Kerenski demeura imperturbable, s'emparant du talkie-Walkie il débita une série d'ordres d'une voix ferme et sans appel. Quelques minutes plus tard, on entendit dans le silence de la nuit le chuintement des hélices d'un hélicoptère qui s'élevait, à son bord le pilote et un tireur. L'appareil pouvait contenir trois personnes en plus du pilote et son copilote.
L'hélicoptère s'éleva dans la nuit et disparut. Pendant ce temps, Connors prévenait Sullivan et Cardignac des avancées.
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Malgré l'heure tardive Helen était toujours réveillée, une vive inquiétude la submergeait depuis l'annonce faite dans le journal du soir. Joy Arden avait été enlevée en compagnie de Largo Winch.
Helen avait travaillé pendant un temps au sein de la branche londonienne de la CIA au sein de l'ambassade, elle y avait croisé Joy à plusieurs reprises. Lors de l'une des visites de la jeune femme, elles avaient discuté et dans le cours de la discussion Helen avait fait part de son désir de regagner les USA malheureusement elle ne pourrait conserver son travail une fois de retour. Joy n'avait pas cherché à savoir pourquoi, elle lui en fut reconnaissante.
Avant de rejoindre le bureau d l'ambassadeur Joy lui avait tendu une carte de visite. La jeune femme avait une vingtaine d'années à ce moment là en jetant un œil sur la carte de visite, elle avait haussé un sourcil mais ne l'avait pas jetée.
Elle quitta le bureau et partit pour les USA om l'attendait une nouvelle mission. La jeune femme était un élément brillant et elle revint souvent durant les années qui suivirent avant de claquer la porte de l'agence violemment à l'âge de vingt deux ans. Ce fut à ce moment qu'Helen choisit de repartir elle aussi pour les USA. A tout hasard elle contacta Joy, celle-ci lui offrit un poste au sein d'Arès avec un seul ordre une fidélité sans borne à elle seule. Elle sera son seul et unique chef.
Elle accepta et commença à travailler, le travail l'intéressa et la captiva même. On la forma comme tout le personnel de l'agence aux techniques de la garde rapprochée.
Pendant deux années elle n'eut pratiquement aucun contact avec Joy jusqu'à ce qu'elle revienne reprendre la direction de la branche sécurité du groupe des deux côtés de l'atlantique.
Elle croisa Joy de temps à autre et fit la connaissance de sa fille. Depuis le départ de la jeune femme du groupe, celle-ci fut la proie de plusieurs attentat elle mais aussi sa jeune enfant, si bien qu'il devint évident qu'une garde rapprochée était nécessaire.
Helen avait atteint l'âge de la retraite, Joy lui fit alors cette curieuse proposition assurer la garde de sa fille. Elle accepta avec joie cette offre car elle ne se faisait pas d'illusion sa retraite ne lui suffirait jamais pour vivre.
Dans cette tâche elle était secondée par André, un homme surgi le matin qui suivit leur fuite éperdue après l'attaque du château de Rambouillet.
Elle avait vécu avec Nathalie entre Paris et Londres pendant deux ans, permettant ainsi à Joy de voir grandir sa fille.
A l'annonce de la nouvelle, elle s'était empressée de contacter Michel Cardignac afin de prendre des mesures. Mais ce n'est qu'en raccrochant qu'elle se rendit compte qu'elle avait appelé directement sans passer par les stations relais.
Inquiète, elle demanda au personnel de demeurer sur ses gardes. Le personnel se composait en grande partie d'anciens repris de justice qui n'avaient pas pu changer de vie à cause de leur casier judiciaire ou des membres de corps d'armées qui avaient eu du mal à se réinsérer dans la vie civile.
Ici, ils avaient pu se reconstruire, le domaine était vaste alors sur une partie de celui-ci s'élevait une école de formation de vigiles et de garde du corps, les hommes qui venaient s'y former appartenaient à la police, ou à des agences gouvernementales.
La discipline qui régnait en ces lieux était sans pitié et transgresser les règlements vous exposait à des représailles sévères.
Helen était la directrice de l'établissement et son salaire était versé par Arès, dont c'était l'un des principaux centres de formation sur la côte est du continent américain.
Elle était assise à son bureau, devant elle se trouvait un dossier, dont elle s'était désintéressée depuis un moment déjà. Son regard scrutait les écrans des caméras de surveillance afin de surprendre d'éventuels agresseurs, au dehors des gardes patrouillaient armés jusqu'aux dents. Soudain les écrans s'obscurcirent et un bruit étouffé se fit entendre, sans hésiter elle activa les alarmes silencieuses afin de prévenir tout le personnel.
Un grésillement se fit entendre puis une voix l'informant froidement qu'un assaut en règle avait été entrepris.
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Daniel ne dormait pas encore, il se posait des questions au sujet de ce rappel à New York depuis un an maintenant qu'ils vivaient aux USA, leur mère avait toujours pris grand soin de ne jamais être vue en leur compagnie et voilà que tout à coup elle voulait les voir.
Il ne vit pas l'alarme silencieuse se déclencher car il lui tournait le dos, de la même manière qu'il ne vit pas l'ombre qui s'était faufilée silencieusement dans la chambre.
Mains sous son oreiller, il pouvait sentir sous ses doigts le métal froid et lisse d'un Beretta, il l'avait reçu le lendemain de son départ, un coursier s'était présenté un paquet à la main. Dedans cette arme et un mot de ses deux parents.
Cher Dietrich,
Je sais que tu as fait peu cas de ce que je t'ai dit et que tu t'entraînes en compagnie des autres agents. J'espère seulement que tu seras prudent et que tu comprends à quoi tu t'engages réellement.
Ton grand père et moi le savions lorsque nous nous sommes engagés sur cette voie. Il a renoncé à vous, j'ai renoncé à Natalia et à tout espoir de pouvoir vivre libre de toute menace.
Tu possèdes à présent la maturité nécessaire et je vois que tu as fait un choix définitif. Qu'il en soit ainsi voici un Beretta, sur ce chemin il sera ton ami le plus fidèle. Traite le bien, il te servira fidèlement.
Joy.
Dietrich
Tu as choisi alors assume tes choix, la commission ou autre, la voie des armes est sans pitié. S'engager dessus signifie renoncer à toute vie. Ta vie dorénavant ne t'appartient plus.
Elle appartient à tes ennemis et comme le dit Joy ton arme devient dorénavant ta meilleure amie et alliée, tu en deviens esclave aussi.
Georgi.
En lisant ses mots, il n'avait pu réprimer un sourire, ses parents étaient vraiment incapable de gérer des émotions ou des mots.
Pourtant malgré cela il pouvait sentir ce qui existait entre ces deux êtres qui étaient devenus leur parents. Par un geste ou un regard ils parvenaient à se faire comprendre.
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Malgré son âge, Helen était en bonne condition physique mais elle se fit violence, elle envoya deux hommes récupérer les deux petites filles et réveiller Daniel. Elle-même devait demeurer à son poste afin de rétablir le système informatique et de centraliser les informations.
Le silence fut bientôt brisé par le bruit d'une détonation. L'un des deux gardes montés à l'étage récupérer les trois enfants se précipita en direction de la chambre. C'était celle de Daniel, il poussa violemment la porte et à la clarté lunaire il put voir l'arme entre les mains du jeune adolescent, il tremblait et était livide.
Précautionneusement il s'approcha du jeune garçon et lui enleva l'arme des mains.
- « i….i…..il a vvvv……voulu me tuer mais j'ai fait comme à l'entraînement. »
Au fur et à mesure qu'il parlait sa voix s'affermissait et cessait de trembler, pourtant il eut besoin de l'aide du garde pour s'extraire du lit, en le quittant il prit soin de faire un grand détour pour accéder à l'armoire et y prendre un sac de sport préparé longtemps à l'avance et des basket dont il se chaussa.
Dans le couloir, il vit ses deux jeunes sœurs, Nathalie continuait de dormir entre les bras d'un garde tandis que Azmaria se tenait debout au côté du garde en se frottant les yeux. Elle aussi portait un sac identique à celui de son frère. A la vue de son frère, elle alla à sa rencontre.
Au dehors le commando rencontrait quelques difficultés à venir à bout des gardes en effet ces derniers s'étaient retranchés et les assaillants se faisaient abattre comme des lapins, car la mission avait été ordonnée il y avait moins de deux heures de cela. Ils s'étaient donc aventurés en terrain inconnu et sans aucune information.
Au même moment une violente lumière en provenance d'en haut les éclaira les rendant encore plus vulnérable, n'ayant d'autre alternative, le reste du groupe se résolut à battre retraite.
L'hélicoptère finit de se poser, devant les portes de la maison qui s'ouvrirent presque immédiatement. Helen en sortit en compagnie des deux gardes et des trois enfants.
Il s'empressèrent en direction de l'appareil, le copilote prit Nathalie en premier des bars d'Helen et lui mit sa ceinture ce fut au tour de l'aîné de la fratrie et enfin Azmaria.
Une fois cela fait, les trois adultes s'écartèrent de l'appareil qui aussitôt s'éleva dans les airs soulevant des masses de neiges.
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Edouard avait dû rebrousser chemin, les routes étant toutes coupées, et son portable qui ne passait pas non plus. Pas moyen de savoir comment se présentait la suite des événements.
Dans sa chambre, il tirait des plans sur la comète comme disait son père ironiquement. C'était étrange sa mère qui quelques heures auparavant criait haut et fort que ce qui arrivait à Joy ne la concernait en rien était apparue dans sa chambre quelques minutes auparavant pour lui demander si elle était réellement en danger ?
Il n'avait su que répondre et cyniquement lui avait fait remarquer que durant vingt sept ans elle ne s'était pas préoccupée d'elle et qu'à présent c'était un peu tard. Dés qu'elle fut partie Edouard se replongea dans ses réflexions. Il savait que sa sœur avait eu une fille et qu'elle avait pris des dispositions, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait rédigé un nouveau testament en sa faveur et avait besoin d'elle pour le signer avant de l'éliminer et de redevenir l'unique héritier de la famille.
A la réflexion que faisait les gens lorsqu'ils apprenaient qu'ils étaient frère et sœur il répondait inlassablement ils n'avaient pas été élevé comme tels mais comme de vagues connaissances que rien ne liait. Les liens du sang ne voulaient rien dire pour lui.
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Adachi était réellement doué et son aide fut d'un grand secours pour Kerenski. Habituellement dans ce genre de situation Joy l'aidait ainsi que Largo et Simon quand ils se sentaient assez réveillés à eux quatre ils faisaient vite.
A partir des deux noms les choses allèrent beaucoup plus vite et Kerenski put reconstituer le fil des événements qui conduisit à l'attaque massive d'aujourd'hui.
Durant les deux heures qui s'écoulèrent les espions à la solde de la commission furent questionnés et torturés s'il le fallait malheureusement ils ne purent rien tirer d'eux de plus que cette information, la découverte de l'endroit où étaient cachés les enfants.
L'interrogatoire fini, des hommes des deux camps virent emporter les hommes, chacun savait ce qui l'attendait. La famille, le clan quel que soit l'appellation ne pardonnait pas la trahison.
