Maria fut tirée de sa béatitude par le bruit de la sonnette. D'abord bien décidée à ne pas réagir à cette intrusion non désirée, elle finit malgré tout, vu l'insistance dont faisait preuve son visiteur, par se diriger vers la porte d'entrée afin de voir qui pouvait être aussi acharné à la déranger. Lorsqu'elle jeta un coup d'oeil dans l'oeilleton, elle ne put réprimer un gémissement et se laissa lourdement tombée contre la paroi.

Michael : Maria, ouvres moi.

Maria : Non.

Michael : Mon ange, il faut qu'on parles ...

Maria : Je t'interdis de m'appeler comme cela et je n'ai rien à te dire ni à entendre venant de toi. Va t'en !!

Michael : Tu sais bien que j'entrerais quoiqu'il arrives.

Il était incroyable ... Elle le détestait quand il la mettait ainsi au pied du mur.

Michael : Maria, je vais entrer.

Maria : Ok, laisses tes trucs là où ils sont, puisque je n'ai pas le choix ...

En prononçant ces derniers mots, elle déverrouilla la porte qu'elle ouvrit, mais sans le regarder, elle retourna s'installer sur le canapé et reprit son verre.

Michael pénétra dans l'appartement. Un coup d'oeil circulaire lui suffit pour constater qu'elle avait une existence plus qu'aisée. Cet endroit était digne d'un magasine de décoration : grande pièce disposant d'une cuisine ouverte, tout était d'un blanc éclatant, depuis les murs jusqu'aux deux canapés qui trônaient au milieu du salon. C'était tellement design et ... tellement peu sa Maria, se dit il intérieurement. Où se trouvait cette joie de vivre, cette excentricité à la limite de l'hystérie qui l'avait tant séduit lorsqu'ils étaient ensemble ? Son regard se reposa finalement sur la jeune fille qui n'avait toujours pas desserrer les dents et lui tournait obstinément le dos.

Michael : Je ne pouvais pas te laisser partir à nouveau ...

Aucune réaction.

Michael : Si tu savais le choc que j'ai eu quand je t'ai vu ce matin au commissariat ...

Toujours rien.

Michael : Je pensais pourtant t'avoir oublier ...

Il vit soudain ses épaules animées de petits soubresauts, et comprit alors : elle pleurait. Il lui faisait encore du mal, après toutes ses années, il ne savait donc que lui apporter la douleur. Mais qu'est ce qui lui avait pris de venir jusqu'ici ?

Michael : Je ne veux plus te faire souffrir, Maria ... Il vaut mieux que je m'en aille.

Mais alors qu'il se préparait à repartir, il entendit tel un murmure.

Maria : Pourquoi ?

Il se retourna précipitamment et s'approcha du canapé. Enfin, elle le regardait, ses grands yeux inondés de larmes, et cette interrogation.

Maria : Pourquoi ?

Michael : Qu'est ce que tu veux savoir, mon ange ?

Maria : Pourquoi faut il toujours que tu me fasses cela ?

Michael : ...

Maria : Que tu réapparaisses, que tu bouleverses ma vie ?

Mais que pouvait il répondre à cela ? Qu'il crevait à petit feu depuis des années, que son absence était comme un morceau de lui qu'on lui avait arraché ? Que depuis qu'il l'avait revu, il ne rêvait plus que de la serrer de nouveau dans ses bras ?

Michael : Viens ...

Il la prit délicatement contre lui, et elle se laissa aller complètement contre sa poitrine. Elle sanglotait toujours, doucement et silencieusement. Et lui ne savait plus comment réagir. Il se mit à caresser délicatement ses cheveux, la berçant pour la calmer.

Maria sentait sortir d'elle tout la souffrance qu'elle avait accumulé depuis des années. Elle aurait voulu lui tenir tête, lui asséner ses quatre vérités, mais tous les mots cruels qu'elle avait rêvé de lui dire depuis qu'il était parti sans elle étaient restés dans sa gorge. Au lieu de cela, c'était un torrent de sanglots qui l'avait submergé, elle se retrouvait maintenant blottie contre lui, respirant son odeur si particulière, ce parfum épicé. Les souvenirs refluaient par vagues successives, Marathon, le CrashDown, leur premier baiser, leur première nuit d'amour, leurs disputes continuelles, ses exigences, ses excuses ... Elle releva alors timidement son visage vers lui, et lut dans ses yeux tant de douleur qu'elle en fut bouleversée. Alors, lui aussi, il avait mal depuis tout ce temps, lui aussi il connaissait cette force de l'absence qui pouvait vous entraîner en un instant dans les pires abîmes. Irrésistiblement, son envie de lui parler devint plus forte, le besoin de l'entendre plus pressent.

Maria : Tu te souviens de Marathon ?

Il sourit, se replongeant dans les beaux jours de sa vie, à cette période où il croyait être vraiment malheureux. Que ne donnerait il pas aujourd'hui pour y retourner ?

Michael : Ton enlèvement, notre première dispute, notre première discussion ... là où j'ai senti qu'il se passait quelque chose quand tu étais près de moi.

Maria : Je me souviens, tu me l'avais dit dans la voiture lors du voyage retour. Moi aussi, j'ai su ce jour là que ma vie prenait un nouveau départ. J'ai rêvé de toi alors, la nuit qui a suivi, puis toutes les autres ...

Michael : Ces souvenirs hantent aussi mes songes depuis des années.

Elle ne s'y attendait pas, une confession si intime venant de sa part était une chose si rare, même à l'époque où il était si proche.

Michael : J'ai été surpris de te découvrir avocate, j'ai toujours pensé que tu finirais par faire carrière dans la chanson, tu as une voix si parfaite, et j'ai toujours aimé t'entendre interpréter tes morceaux. Est ce que tu écris encore ?

Maria : J'ai du malheureusement revenir à une réalité beaucoup plus concrète, car on ne peut pas toujours vivre dans l'espoir, le rêve et le passé.

Elle le regarda intensément. Il savait qu'elle ne parlait pas seulement de musique ici, mais aussi du reste de son existence. Avait elle longtemps espérer son retour ? Comment avait elle vécu les jours, les semaines qui avaient suivi son départ ? Avait elle autant souffert que lui du manque, de l'absence ? Il fallait qu'il sache, et qu'elle découvre ce qu'il avait alors ressenti .C'est pourquoi il lui saisit les mains et lui ouvrit son coeur.