DISCLAIMER

Hanae Ryôjuu, Tania Oswald, Ariane Rücken, Yuki Yuugirino, Raphaella Denovea, Saisei, Fumiko, Seishi, la petite lunetteuse, l'égyptien, Hone, Sakoto Amekusa, Ameli Jie Huang, Kim O'Wellan et la conscience de Hana m'appartiennent ainsi que Gin, le reste, je le laisse dans ma grande mansuétude à Tite Kubo, mon vieux pote de toujours et en fait j'avais carrément la flemme de taper ce disclaimer donc j'me suis pas foulée.

EDIT : Cette semaine, il n'y aura pas de chapitre, j'ai pas mal de papiers administratifs à faire et je sèche pour la fin du chapitre 7bis (mais je vous rassure, après j'aurais un peu de marge, j'ai presque fini le 10).


Un fou rire me prit soudainement, provoquant davantage encore le courroux des deux jeunes femmes, qui se mirent à me crier dessus d'un bel ensemble, puis, en désaccord même sur ça, recommencèrent à s'agonir d'insultes. Quant à moi, j'étais toujours pliée en deux, les côtes douloureuses, des hoquets de rire perçant encore dans ma gorge serrée.

Il fallait avouer qu'imaginer la blonde frigide et pondérée qu'était Ariane mettre en avant ses attributs féminins inexistants et papillonner des paupières sur des yeux enamourés, tout ça pour Zaraki Kenpachi, la brute épaisse au sens de l'humour plus que douteux et qui semblait aussi chaste qu'un moine, le côté 'J'aime croquer des enfants de coeur au petit déjeuner' en moins... Bah, c'était carrément trippant. Cette vision hilarante m'évoquait certains délires créés par un abus de divers substances prohibées au niveau mondial.

...Bon, il était plus que temps de séparer les deux belligérantes enragées.

« Hep, les filles... ai-je tenté. On se calme, s'il vous plaît... »

Le vent soufflait très fort, ce jour-là... Un vent frais à en décorner les boeufs. Hum, et en plus il faisait carrément frisquet, bien que des flammes semblaient danser derrière mes amies. Tiens, j'ai une stalactite au bout du nez !...

Arrête la drogue, c'est mauvais pour ma santé mentale.

Oh, c'est bon, je n'ai rien imaginé d'horrible, j'ai juste eu un délire visuel et sensitif causé par l'extrème solitude dans laquelle leur absence de réaction m'a plongé.

J'ai réessayé de les interpeller, hésitante, toujours avec les mêmes mots. Une fois. Deux fois. Trois fois. Cinq fois. Chaque vent devenant plus énervant encore que le précédent. Hé oui, encore une fois, j'allais péter un câble aujourd'hui.

« Hé, les deux pétasses, là, ai-je grondé en dégainant mes poignards. On. Se. Calme. »

J'avais martelé ces mots d'un ton froid et plein d'une violence contenue loin d'être simulée, et elles se sont tournées vers moi, ont réprimé un frisson, se sont reculées, heurtées...et ont recommencé à s'insulter. Putain mais je rêve !

Vas-y, frappe-les pour moi.

Je me suis approchée d'elles, ai saisi leurs têtes et dans un mouvement rapide les ai cogné l'une contre l'autre. Ah, qu'est-ce que ça pouvait faire du bien ! Autant qu'une bonne nuit de débauche.

Tu as eu un seul vrai partenaire de toute ta courte vie, et tu parles de débauche ?

Ouais, c'est vrai, mais j'ai bien l'intention de remédier à cette situation. Maintenant que j'y ai goûté, pas envie de m'en priver. Mais laissons ces délicieuses pensées grivoises de côté. J'ai regardé de haut les deux créatures tombées à terre.

« Qu'est-ce que c'est que cette putain de blague, les guenons ? ai-je interrogé d'un ton terrible, les carbonisant du regard avec le maximum de conviction possible.

‒ 'On m'a dit que le SIDA pouvait s'attraper sur la cuvette des toilettes, est-ce vrai ?' demande un jeune homme innocent. Et l'homme de science de répondre : 'Oh, vous savez, vous faites ça où vous voulez, ça ne me regarde pas !' » chantonna Tania.

Je l'ai fixée, interloquée. C'est quoi son délire ? Au bout de quelques minutes de silence ébahi et quelque peu outré – merci de me casser mes effets, hein, pétasse va – elle a semblé réagir à la pression que je devais faire peser sur elle et a tenté de se justifier avec un grand sourire béat.

« Bah quoi, tu as parlé de blague, alors j'ai tenté de détendre l'atmosphère... C'est pas bien ? »

J'ai profondément soupiré, et ai lourdement laissé tomber mon front à la surface troublée par la lassitude dans ma main rendue tremblante par le désespoir. Cette parenthèse de tragédie grecque fermée, disons juste que j'en avais ras-le-cul. Pourquoi devais-je m'occuper d'un putain de Shinigami au mental digne de celui d'une enfant de trois ans ? Et c'est à ce moment là que le comble survint, que les combles s'écroulèrent sur moi, que le ciel tomba sur mon auguste tête ; l'Autrichienne se mit à glousser/ricaner/s'esclaffer de manière discrète mais indéniablement psychotique ce qui est normal vu sa personnalité/la réponse D/l'âge du Capitaine/42/Obi-Wan Kenobi/quantifiez dans une dissertation d'une trentaine de pages les changements que la théorie de mécanique quantique du chat de Schrödinger aurait pu apporter à notre société si elle avait été réalisée, et évitez les blagues du chat recherché mort et vif, c'est du réchauffé, et non, Jennifer, le chat de Schrödinger n'est pas Salem, le chat de Sabrina la sorcière, mais que faites-vous dans cette classe enfin aaaaargh/rayez les mentions inutiles (mais quel bordel dans ma tête).

Elle se mit à glousser, donc (nota personnelle ; limiter le sake), et échangea avec Tania un regard lumineux de compréhension mutuelle et de psychodélire sado-maso de base. Puis elles se mirent à faire les pintades en coeur.

Pourquoi devais-je m'occuper de deux putains de Shinigamis au mental équivalant celui de deux enfants de trois ans ? Oui, parce que là, plus aucun doute n'était permis ; elles étaient toutes deux folles à lier.

« Vous pouvez m'expliquer ce que c'est que ce bordel ? Il y a deux secondes, on aurait dit deux charretiers réglant un accident de la route, et là, vous bêtifiez les yeux dans les yeux, dégoulinantes d'amour vache. Vous êtes encore en maternelle, ai-je repris, à embêter la fille que vous aimez ? »

La brunette a rougi, puis s'est levée, le corps tendu, roide, contrôlé à l'extrême. Son visage était fermé, ses yeux, baissés, pleins d'une honte enfantine. Sa blonde chérie, elle, s'est nonchalamment adossée au mur en laissant échapper un ricanement nerveux. Elle souriait de toutes ses dents, d'un rictus plein de défi. Un soupir supplémentaire m'a échappé. Vraiment le contraire l'une de l'autre. L'amouuuuuuur est une chose imprévisible.

« C'est quoi ces conneries ? Tania, tu imagines Ariane faire la cour à cette brute qu'est Zaraki – ou même faire la cour, d'ailleurs ? Surtout que le bonbon rose et Iceberg l'auraient massacré... »

La jeune fille a baissé la tête, plissant ses lèvres dans une moue contrite de gamine qui a renversé le vase de maman (celui super laid qui vaut bien cher).

« Et toi, Ariane ? Tu crois que la timide – en temps normal – et surtout lesbienne Tania pourrait draguer son Capitaine ? Surtout que j'suis sûre qu'il est lui aussi homosexuel » ai-je balancé avec un sourire carnassier.

La pâle nordique, elle, détourna les yeux, affectant un air blasé parfaitement démenti par les légères rougeurs de ses joues, alors que son amie pouffait discrètement.

« J'vois pas en quoi tu peux affirmer pour autant qu'on s'plaît, marmonna-t-elle dans son inexistante barbe.

‒ Eh bien, pourquoi vous vous faites une crise de jalousie ? ai-je objecté avec une grande logique hyper classieuse.

‒ Ça t'regarde pas, merde ! a opposé inefficacement l'Autrichienne en regardant le mur.

‒ Tu-tu-tu. Laissez-moi faire. »

Exhibant bien mes poignards et mes grandes dents (ô mère-grand, pourquoi...), je les ai rapproché, puis ai positionné leurs visages sans qu'elles ne protestent, la menace étant toujours efficace peu importe sur qui. L'un penché sur la gauche, l'autre aussi d'ailleurs, les bouches au même niveau... Puis j'ai scellé mon oeuvre, et leurs lèvres, en les propulsant l'une contre l'autre. Héhéhé...je suis un génie.

Évidemment, elles s'empressèrent de se séparer, pour me hurler dessus (mais, ayant dans ma sublime intelligence machiavélique tout prévu, mes doigts se trouvaient déjà dans mes oreilles depuis belle lurette, c'est à dire depuis deux secondes). Occupées à tester sur mon imagination visuelle leurs insultes et menaces les plus raffinées, je crois qu'elles ne s'aperçurent pas immédiatement de ce qu'il s'était passé. Puis le flot diminua et se coupa de lui-même, et elles se retrouvèrent à se regarder en rougissant. Deux éclats de rire simultanés retentirent, et alors que je m'autorisais un sourire de triomphe modeste, elles entrèrent prestement dans l'appartement et fermèrent la porte. Le claquement du verrou retentit dans le couloir vidé par leur précédente colère.

Pff, jouez les entremetteuses et voilà comment on vous remercie.


...Et la fin de ce stage-là arriva. Je n'avais pas beaucoup revu mes deux amies, trop occupées qu'elles étaient à compter respectivement leurs grains de beauté et à glousser comme des poules. Je déteste l'amour, en fait, ça rend con, ridicule, et très très très vraiment ridicule aussi, et con accessoirement. Et ça fait mal. Quant à Jambe de bois...nos entraînements s'étaient espacés, ayant 'approfondi' le Kido avec Tresse. Ce qui ne servait pas à grand chose, puisque je réussissais à rater les sorts les plus simples. Mais qui sait, après tout, j'avais presque réussi à faire fluctuer mon énergie spirituelle...alors peut-être qu'un jour, dans deux cent ans, je réussirais à atteindre le niveau d'un éudiant de fin de première année.

Tresse m'avait convié dans son bureau, ce dernier jour, et j'eus la surprise de découvrir la moitié de la Division casée dans l'exiguité de la pièce. Quelques bouteilles d'alcool léger, une cuve de cocktail et des pichets de jus de fruit posés sur le bureau, recouvert pour une fois d'une longue nappe bleue, me convainquirent que je ne rêvais pas ; Tresse avait bien organisé une réception de départ ! J'étais presque émue. Presque (soulignez ce mot). Parce que la part de Shinigamis de la 4e présents ici n'étaient sûrement venus que par loyauté ou terreur envers leur Capitaine. Cependant c'était plutôt agréable, et tout compte fait, je ne regrettais pas vraiment d'avoir passé un mois ici, même si à part Jambe de bois pour me tabasser, et Tresse pour réparer les dégâts, je n'avais pas réellement vu grand monde ici. Et puis, même si elle me faisait peur, Tresse s'était chargée de moi personnellement, plutôt que ne me refiler à son Vice-Capitaine. C'était plutôt sympa, non ?

...Bon, pas la peine de me mentir, elle me faisait toujours flipper à mort. En même temps, une femme capable de terrifier à ce point le plus récalcitrant aux soins des guerriers de la 11e avec quelques mots glissés dans l'oreille... Et elle avait plus de deux mille ans, quand même ! Je fus tirée de mes pensées en voyant la rousse amputée s'approcher de moi. Vite, je pris un verre, histoire de me donner une contenance et de me concentrer sur autre chose que son irritante puissance, car je ne suis pas sûre que Tresse aurait toujours été aussi indulgente à mon égard si je saccageais son bureau et sa réception en sautant sur Jambe de bois...

« Ryôjuu-san.

‒ Jambe de bois-san, ai-je salué pour être polie.

‒ J'espère que tu reviendras vite. Je suis pressée de me battre à nouveau contre toi, et de te sentir progresser en plein combat. »

Puis elle se tut. Quant à moi, eh bien...j'étais bouche bée. Je ne l'avais jamais entendue parler autant en même temps. Et pour dire de ces trucs ! À croire qu'elle m'aimait bien. J'ai refermé la bouche et ai repris le contrôle de moi-même en entendant la Vice-Capitaine se moquer doucement de Raphaella en plaisantant sur le fait que cette dernière me considérait comme sa disciple. J'aurais vraiment tout entendu ! Finalement, c'était une mauvaise idée, cette fiesta.

« Mais n'importe quoi ! » n'ai-je pu m'empêcher de me défendre - l'idée avait quelque chose d'offensant pour moi.

Puis je me suis tournée vers Jambe de bois, le sourcil de la famille, transmis de génération en génération, froncé sur mes yeux courroucés.

« Quant à toi, va faire soigner tes yeux à la 12e Division, et rapidement. Je n'ai pas l'intention de me battre à nouveau contre une handicapée. Car si ta jambe en moins ne peut pas vraiment être considérée comme un handicap, le fait que tu te casses la gueule dès que quelque chose traîne par terre... Bah c'est pas cool, de gagner aussi facilement. »

Braaaavo pour ces paroles pleines de tact !

Oh, c'est bon, ta gueule. La flamboyante pétasse se rembrunit un peu, et je m'attendis à l'entendre lancer un de ses sempiternels 'Je ne suis pas myope !', mais elle se contenta d'incliner légèrement la tête avant de se fondre à nouveau dans la masse compact de Shinigamis, la flamme de ses cheveux permettant de la suivre à la trace. J'ai siroté mon verre, distraite. Je crois que même elle me manquera un peu... M'enfin, vu à quel point elle aimait se battre, je n'aurais pas de problème à la voir souvent. Oh Seigneur, je n'en reviens pas de ce que je viens de penser. Pitié, foudroyez-moi avant que je ne meurs de honte. Plongée dans mes pensées, je n'apportais qu'une attention réduite à la jeune femme qui me disait en riant que 'Raphaella n'arrête pas de se vanter d'avoir une élève si combattive et si pleine d'envie de progresser'. Mais mon Dieu, est-ce que tout le monde s'était ligué pour me dire à quel point Jambe de bois m'adorait/me vantait/me vantait comme inférieure à elle ? C'est bien la première fois que j'entends parler d'une relation Maître-Disciple établie pour tout le monde sauf pour le disciple. Et je n'arrivais pas à croire que cette fille racontait à tout le monde que j'était son 'élève douée et prometteuse'... Bientôt on allait m'obliger à l'appeler par son prénom, pff.

Puis ce fut Unohana qui se dirigea vers moi de son pas fluide et léger, alors que j'éclusais un deuxième verre d'un alcool qui ressemblait à du vin, un vin très doux, et très sucré, au goût de miel¹.

« Bonjour, Hanae-san !

‒ Bonjour, Tresse-sensei, et merci pour la petite fête.

‒ Mais de rien, répondit-elle avec son doux sourire habituel, ne s'offusquant nullement de son surnom imposé. Je voulais vous parler.

‒ Je m'en doutais un peu, puisque vous êtes venue me voir, ai-je insolemment répliqué. Que vouliez-vous me dire ?

‒ Eh bien, je voulais vous proposer de vous entraîner au Kido de temps en temps, après votre stage. Je le proposerais également à d'autres spécialistes de cette discipline si vous acceptez. Vous avez du mal, mais avec de la persévérance...

‒ Euh, je, pourrais-je réfléchir un peu, avant ? lui demandai-je, gênée par cette proposition incongrue.

‒ Bien sûr ! Mais n'attendez pas trop longtemps avant de me répondre... » répondit-elle, toujours souriante.

Puis elle s'éloigna, prenant le même chemin que son énervant 4e siège. Pfff, de toute façon, je savais que j'allais accepter, même si je considérais le combat perdu d'avance – j'étais vraiment une merde en Kido. Mais cette femme me faisait trop peur pour avoir l'audace de refuser.


Le début de ce mois d'octobre était exceptionnellement beau, et ce matin-là, je fus réveillée par une énorme raie de lumière chaude et veloutée en plein visage. J'ai ouvert les yeux, les ai refermé, ai abrité mon regard sous ma main, aveuglée par la luminosité. Les dernières brumes d'un nouveau cauchemar à nouveau oublié dès le réveil se dissipaient, et la lourdeur de mon coeur disparut entièrement devant un si beau soleil. J'ai sauté hors du futon pour filer sous la douche, puis j'ai enfilé une robe courte et me suis dépêchée de sortir. Raaah, ce qu'il fait beau...

J'ai parcouru les rues du Seireitei, ma robe bleue dansant autour de mes jambes nues au rythme de mon pas plein d'entrain. Il y avait tant encore de secteurs non visités par mon auguste personne... Aussi je me suis empressée d'aller me perdre dans les ruelles inexplorées, histoire de me faire attaquer et violer par n'importe qui, et accessoirement de m'égarer et de mettre deux jours à retrouver ma Division (j'avoue, ça m'est déjà arrivé). Je suis tombée dans une artère surchargée de Shinigamis à pied et de gens de la noblesse se promenant en litière, et un profil connu a retenu mon attention, que j'ai aussitôt assouvie en le suivant, zigzagant dans la foule, espérant, en suivant cette personne, découvrir un endroit merveilleux, ineffable, orgasmique, voire tout simplement découvrir un endroit (j'suis pas difficile). Au lieu de quoi, alors que je pensais l'avoir perdue de vue, je l'ai aperçue entrant dans un grand parc qui m'était complètement inconnu.

J'ai passé le haut portail de fer forgé, puis ai fait quelques pas dans une allée gravillonnée, détaillant les tombes parfaitement alignées à perte de vue. Ce n'était pas un parc, mais un cimetière... Et vu son emplacement, sûrement rempli principalement de Shinigamis tombés au combat. Il me rappelait ces cimetières militaires à la vaste étendue d'herbe recouverte de tombes blanches sous lesquelles reposaient d'inombrables soldats, que l'on voit dans les feuilletons policiers américains. J'ai fouillé du regard autour de moi. Quelques personnes déambulaient dans les rangées symétriques, mais nulle trace de la personne que j'avais suivi. J'ai lentement longé chaque ligne, lisant distraitement les noms et les dates sur chaque monument, parfois suivis de glorieuses épitaphes. J'ai ôté mes bottines pour sentir l'herbe fraîche entre mes orteils, et ai continué à avancer silencieusement, jetant des coups d'oeil furtifs autour de moi sans apercevoir ce visage connu. Le temps passa lentement, comme il passait toujours lentement, au travers d'un tamis bouché, lorsqu'on se promenait dans ce genre d'endroits. Le soleil tapait dans mon dos, un souffle de vent secouait par saccades les branches d'hauts ifs qui me protégeaient fugitivement de la chaleur quand je passais sous leur ombre profonde, et le peu de vie qui circulait dans cet endroit quand j'étais arrivée s'enfuyait progressivement pour retrouver un monde plus vivant, plus bruyant. Nous n'étions plus que deux aussi loin que je puisse voir lorsque je suis arrivée à la moitié du cimetière.

Reconnaissant Double plate dans cette mince silhouette s'inclinant sur une petite tombe décorée, j'ai accéléré mon pas pour parvenir à sa hauteur. Elle s'est relevée en m'apercevant.

« Vous êtes l'amie de Renji, n'est-ce pas ? m'a-t-elle demandé.

‒ Il aimerait bien. Et toi, t'es Rukia Kuchiki, c'est ça ?

‒ Oui. Que me voulez-vous, paysanne ?

‒ T'aurais pas vu passer une rouquine avec une jambe de bois, y a quelque chose comme une bonne demi-heure, trois quarts d'heure ? »

Elle acquiesca, l'air curieux.

« Je la vois souvent ici, elle va voir une tombe tout au fond du cimetière. Mais si vous vouliez l'y voir, c'est raté. Elle ne reste en général qu'un quart d'heure.

‒ Ah. Bah, tant pis, ai-je répondu.

‒ Pourquoi ?

‒ Pour rien, ai-je assuré. De la simple curiosité. »

Je me suis assise sur la tombe suivante, notant le nom inscrit sur celle sur laquelle la jeune fille se recueillait. Hisana Kuchiki... Une parente ? Elle contempla un instant la dalle de marbre avant de se tourner à nouveau vers moi. J'avais eu l'impression, de loin, qu'elle parlait à la trépassée, et je semblais la déranger dans sa tâche.

« Pourquoi ce 'Il aimerait bien', au sujet de votre relation avec Renji ? ne put-elle s'empêcher de demander.

‒ Il croit être amoureux de moi parce que je l'ai dépucelé, ai-je expliqué.

‒ Et pourquoi ce ne serait-il pas le cas ? Vous semblez vous entendre, de plus vous êtes plutôt jolie.

‒ Merci. Mais c'est pas crédible, le jour précédent tu étais son grand amour, il passait son temps à diriger vers toi de longs regards mélancoliques de chiot souffreteux, et le lendemain, pof, il est fou de moi, c'est ce qu'on appelle se chercher des excuses pour ne pas avoir honte d'avoir couché avec une simple pote.

‒ Renji ? Amoureux de moi ? Je ne sais où vous allez chercher cela, paysanne, mais si nous sommes de bons amis – et rien de plus – nous passons plus notre temps à nous disputer qu'à échanger constructivement.

‒ Pour 'échanger constructivement' avec une fille qu'il aime, il faudrait qu'il ait dépassé le stade affectif d'un gosse de maternel, ai-je rétorqué à la demoiselle en souriant.

‒ Hmm..., a-t-elle réfléchi. C'est une bonne analyse. Eh bien, sur cette conversation fort intéressante, je me dois de retourner à mes occupations. »

Elle partit en shunpo – ah, je déteste ça, j'ai pas les moyens de suivre, ni même de suivre du regard – me laissant seule au beau milieu du cimetière déserté. À un endroit que je ne connaissais pas. Donc ne sachant où aller pour revenir sur mes pas. Enfin bref, au bout d'une heure et demi de recherches fastidieuses, j'ai enfin réussi à sortir, épuisée et affamée. Heureusement, une gargote située non loin de l'entrée semblait placée là pour ce genre de situations, et je m'y précipitai pour me bourrer de beignets de calamar et autres saloperies, envoyant gracieusement la note à la 3e Division. Le patron m'offrit très gentiment, en plus d'une petite bouteille de Sake pour faire passer toute cette friture et d'un grand sourire, un grand plan presque incompréhensible tant il fourmillait de détails mais qui cependant m'aida grandement à retrouver mon chemin.

La veille, Kira m'avait invité à le retrouver au grand parc qui longeait notre Division. Je savais bien à présent qu'il n'était en aucun cas attiré par moi, et ces petits rendez-vous amicaux ne me provoquaient plus la moindre gêne, comme ce premier, qui d'ailleurs n'en était même pas un, ou plutôt un professionnel, puisqu'il consistait à m'emmener vadrouiller autour des autres Divisions. D'ailleurs, nous n'avions toujours pas visité les autres, mais puisque les stages étaient commencés, j'imagine que ce n'était plus d'actualité, et que je ferais connaissance avec les Capitaines restants au fur et à mesure des mois s'égrenant. De plus, j'en avais déjà rencontré deux...bien que dans des circonstances pas forcément réjouissantes pour l'un.

Mais si il y avait encore un Capitaine chez qui je ne voulais pas faire de stage, c'était bien Panda. Ce mec était un gros psychopathe, mais pas le genre qui me plaît. Et à chaque fois que je le croisais, il me fixait sans ciller avec un air gourmand qui semblait proclamer 'Je veux te disséqueeeeeer'. Sûrement à cause de mon Zampakuto... Non merci. Si il était un minimum sexy, j'dis pas, mais faudrait d'abord savoir à quoi il ressemble sous ces horreurs qu'il fout avant de savoir si il peut être qualifié de séduisant. Car je ne vois pas qui pourrait être attiré par lui avec ce grimage et ces vêtements grotesques qu'il porte en permanence. M'enfin, il y avait bien au moins une fêlée pour aimer Bourrin, et il avait déjà une fan en la personne de la toute nouvelle ex-célibataire Ariane alias Psychopathe. Alors pourquoi une autre fêlée ne serait-elle pas amoureuse de Panda ? En tout cas, ce ne serait certainement pas moi, même si il était réellement appétissant sous son attirail (cette rumeur-là venait du club des femmes Shinigamis qui, apparemment, envoyait des espionnes prendre des photos des plus intéressants spécimens mâles du Seireitei...et la petite Nemu en faisait partie, et avait, il paraît, ramené d'elle-même une photo de son maître. Oh. Je devrais peut-être les rejoindre, en fait. Qui sait, elles ont peut-être une photo de Gin, et même, j'veux bien mater les autres). Mais si c'était vrai, je ne dirais pas non à une partie de jambes en l'air, quoi qu'il devait être du genre dominant à défaut d'être sadique-anal, autrement dit pas trop mon genre. Et j'ai vu comment il traitait sa 'fille'. Pauvre petite si mignonne. J'aurais bien aimé la consoler, moi, mais des rumeurs circulaient sur le fait que quant à la consoler de cette manière, Panda s'en chargeait très bien tout seul. Faut pas oublier qu'elle est artificielle, et que pas conséquent on ne pouvait vraiment parler d'inceste. Eh... Est-ce qu'elle tient son physique des gênes de son cinglé de Capitaine-Créateur ? Si oui, alors je pense qu'en effet, je vais me glisser dans son lit un de ces quatre, moi, à ce dernier.

Ah oui, c'est vrai, je connaissais Pervers aussi... En même temps, comment voulez-vous considérer sérieusement quelqu'un comme Capitaine alors que vous vous bourriez la gueule avec lui presque tous les soirs et que vous aviez déjà eu à repousser ses avances empressées ? J'suis désolée, il n'était pas du tout convaincant dans un rôle d'autorité, heureusement qu'il avait une Vice-Capitaine si efficace. Mais bon, il était plutôt marrant et sympa, et mis à part le fait que je devrais éviter en permanence les assiduités dont il me poursuivrait, ce mois-là serait sûrement génial. Quant à ses tentatives de séduction, je demanderais de l'aide à sa garde-chiourme, elle avait l'air d'avoir de l'expérience dans le domaine, en ce qui concernait l'art et la manière de refroidir un homme trop empressé.

M'enfin, je pensais, je pensais, et avec tout ça j'avais mis une autre heure à atteindre le parc. J'ai marché calmement vers le banc rituel, marmonnant des Ôhm pour évacuer toutes ces pensées parasites de mon petit cerveau surchargé. Bah, j'étais presque pas en retard...

...De plus, Kira avait apparemment trouvé une compagnie salvatrice en la plantureuse personne des airbags. Airbags dont les yeux affûtés m'avaient manifestement repéré...

« Hana-chan ! Par iciiii ! »

Oh là là, dis donc, Rangiku, merci hein, sans toi je ne vous aurais jamais trouvé, surtout que je suis à deux mètres de vous, je ne risquais pas de vous voir. Bon, j'espère que je ne vais pas devoir me taper encore des remarques sur ce que j'ai bien pu dire à cette putain de soirée.

« Salut, Kira, Ran-chan. »

Après les avoir salué avec verve et émotion – comme il se doit - je me suis affalée sur le banc, entre eux deux, et ai allumé une clope tandis qu'ils reprenaient la discussion précédent mon arrivée et qui portait sur la nécessité de faire passer, chaque année, à tous les Capitaines, un test d'aptitudes professionnelles couplé d'un test de Q.I. et éventuellement d'un test sur les capacités à vivre en société normale. Apparemment, ils avaient une dent contre certains de leurs supérieurs... Panda en tête. Je les ai écouté déblatérer leurs raisons/récriminations pendant quelques minutes avant d'intervenir.

« Z'êtes au courant que si on faisait ça, Gin serait disqualifié d'office ? On ne peut pas vraiment dire qu'il soit 'apte à commander de façon humaine'. »

Deux regards inquisiteurs se tournèrent vers moi. Okaaay, prénom tabou prononcé, j'imagine ? Oh, moi et ma grande gueule... Je sens qu'on va me faire chier pendant un bon six mois avec ce que j'ai bien pu déblatérer comme conneries en étant bourrée. Rangiku et Kira échangèrent un deuxième regard entendu. Quoi, j'ai encore rougi ? C'est juste qu'il fait chaud. Ouais, c'est parce que j'ai trop chaud, quand il fait chaud j'ai des bouffées de chaleur, et ça me fait rougir, c'est juste pour ça (ton très crédible, très très crédible, et pas cher...bref, tout le monde me croit).

Il se tournèrent vers moi, toussotèrent de concert, semblèrent délibérer silencieusement un moment puis se décidèrent ; c'est Rangiku qui me passerait sous le fil de son hâchoir.

« Hum, Hanae... En parlant de ça... Tu es sûre que tu ne serais pas amoureuse de Gin ?

‒ ...Écoutez, tous les deux, je ne sais pas ce que j'ai pu dire en étant bourrée...

‒ C'est surtout ce que t'as dit en dormant, en fait, fus-je interrompue par la blonde.

‒ ...Mais au cas où vous ne seriez pas au courant, je fantasme sur la moitié du Seireitei, toi y compris, Rangiku, finis-je comme si elle n'avait rien dit. Ça devait être la nuit Ichimaru, un point c'est tout.

‒ Aha, donc il te plaît ? ricana la blonde, satisfaite de m'avoir prise dans un piège dont je me foutais complètement. Mais bon, si ça lui faisait plaisir.

‒ Il est super bandant, tu n'es pas d'accord ? ai-je sournoisement demandé. Cependant, c'est pas le premier sur ma liste, je te rassure, Ran-chan. Je n'ai pas l'intention de te le piquer.

‒ Saute-lui dessus si tu veux, Hana-chan, m'assura-t-elle. De mon côté, il n'y a pas de problèmes, si c'est quelqu'un de très important pour moi, je ne l'aime que comme un frère, et certainement pas de cette manière. »

Héhé, cool. Hé... Depuis quand j'avais l'intention de lui sauter dessus ! Non, pas bien, vilaine Hanae, on ne saute pas sur le grand méchant sexy loup.

C'pas beau de se mentir.

J'écoute paaas ! D'ailleurs, profitons-en pour mettre les choses au point avec les deux hurluberlus qui me servaient de proches.

« Bon, j'en ai marre qu'on me parle de Gin, je le supporte déjà bien assez quand il me refile sa putain de paperasse mes rares jours de congé. Et puis franchement, si on pouvait arrêter de me saouler avec ce que je peux bien dire en soirée, hein, ce serait sympa. »

...Et c'est ainsi que la conversation embraya sur la charge de travail prépondérante au rôle de sous-fifre. Mais en somme, et malgré des sujets de discussion particulièrement déprimants, ce fut une bonne après-midi. Aussi, pour fêter cette bonne journée, ai-je décidé de m'achever en me perdant encore une fois... Enfin, en retournant au petit restaurant de rue où je m'étais régalée le midi même. Et, une fois n'est pas coutume, l'exception confirme la règle, les miracles arrivent quand on s'y attend le moins, je ne me suis pas perdue sur la route !

J'aurais peut-être dû. Eh oui, car comme j'ai tout pour moi, entre autres une beauté éclatante, une intelligence fulgurante et un super sens de l'orientation, figurez-vous que je possède également une chance incroyable ! Oui, vous avez gagné (mes félicitations uniquement, j'suis fauchée), quelqu'un m'avait précédé à la gargote, et ce quelqu'un ? Encore gagné, c'était mon cher (ton sensuel bien que très énervé) Capitaine. Je suis donc restée comme deux ronds de flan à l'angle de la rue, hésitant à partir en courant ou à continuer mon chemin comme si de rien n'était et comme si je n'avais pas du tout eu l'intention de venir manger ici.

Bah, il paraît qu'il faut saisir le taureau par les couilles, un truc comme ça, en gros ça veut dire qu'il faut prendre les devants pour gagner, encore une expression espagnole à coup sûr (j'aime bien les clichés, genre la corrida c'est que espagnol, et les combats de chien c'est que dans Pokemon), donc autant y aller. Ah ouais mais pourquoi déjà ? Non, parce que prendre les parties d'un taureau dans ta menotte, ça sert à que dalle si il menace pas de te tuer là en fait, et j'ai rien à gagner à prendre les devants... Remarque, si je rebrousse chemin, je serais carrément ridicule.

Ouais, c'est une bonne raison.

« Qu'est-ce que tu fous là ? ai-je attaqué en guise de préambule.

‒ Je suis moi aussi ravi de te revoir, ma petite Hana-chan, a-t-il répondu tout en souriant. Pour répondre à ta question fort pertinente, j'ai reçu sur mon bureau, tout à l'heure, une curieuse facture et il m'a semblé de bon ton d'aller m'enquérir de l'identité de celui qui s'offrait des repas gratuits aux frais de la Division. Ce cher monsieur allait me décrire la jeune femme qui est venue ici ce midi lorsque tu nous as interrompu, bien que je n'aie que rarement connu auparavant d'interruption moins dérangeante. Oh, tiens ? Tu rougis, Hana-chan. »

Hinhin, oui, tiens, tu rougis, Hana-chan. Est-ce parce que manifestement il sait que c'est toi et se fout de ta gueule, ou est-ce pour ce chaaaarmant compliment à peine dissimulé ? ricana ma conscience, ajoutant à mon trouble.

Ah, oui, en effet, sa présence ici s'explique bien, là. Je n'aurais jamais pensé que la facture arriverait si vite !

Mais quel cauchemar que ces deux-là réunis ensemble. J'ai retenu une pique acerbe contre mon cancer mental, car en général je les dis à haute voix sans vraiment m'en rendre compte (ah, je crois que je comprends certains regards narquois en y repensant).

« C'est bon, joue pas au con, tu sais très bien que c'est moi la jeune femme en question, au moins depuis que je suis arrivée. J'vois pas qui serait assez suicidaire pour faire ça à part moi. J'dois faire quoi pour me faire pardonner ? Remplir tes dossiers ? J'le fais déjà. »

J'ai mentalement fermé les yeux en attendant la douleur tranchante qui ne tarderait pas à séparer un membre quelconque de sa place naturelle. Mais rien n'arriva, à part un surplus de sourire carnassier guère étonnant.

« Fais-moi juste le plaisir de dîner avec moi, me répondit-il finalement.

‒ Et c'est moi qui paie ou c'est la 3e Division ? ne pus-je m'empêcher de rétorquer.

‒ Oh, c'est une réunion de travail, donc disons qu'on enverra la note à Genryusai Yamamoto ? »

J'ai ricané. Mais quelle bonne idée ! Puis les effluves alléchants des beignets finirent de me convaincre et je m'assis à côté de lui.

« Alors, mmh, ton prochain stage est sous les ordres du Capitaine Aizen ?

‒ Mmmoui, ai-je acquiescé en avalant une grosse bouchée. Mais ça devrait bien se passer, j'l'aime bien Aizen, même si il est trop gentil pour être honnête. De toute façon, il sait que je sais qu'il est bizarre, donc il est un peu protecteur avec moi – une réaction très logique pour quelqu'un d'autre que moi, j'imagine. Perso je ne comprend pas trop pourquoi, au lieu de jouer au grand frère, il ne me bute pas et ne cache pas mon corps en lambeaux quelque part, mais j'vais pas m'en plaindre. »

Mon Capitaine m'a lancé un regard étrange avant de retourner prestement à son repas, pour faire mine de rien j'imagine, 'Non non, je n'ai juste pas du tout paru suspect là, qu'est-ce que tu racontes Hana-chan', bref, de quoi être encore plus suspect.

« J'espère juste qu'il attendra que je crève avant de tuer tout le monde en riant machiavéliquement. De toute manière, vu que je n'arrive pas à enfiler une culotte sans me casser la gueule, mon premier Hollow me butera sûrement. D'ailleurs, ai-je rajouté après une seconde de réflexion, je n'aurais pas déjà dû partir en mission dans le monde réel ? Ils attendent quoi ? Mon Shikai ?

‒ Les Instances Supérieures doivent juger qu'il faudra bien ça pour contrebalancer ta maîtrise inexistante du Kido, m'informa l'homme d'un ton amusé.

‒ C'pas d'ma faute si quand je lance un sort, il décide de m'attaquer moi plutôt que mon adversaire ! » m'énervai-je. »

Je me suis enfermée dans un silence boudeur. Je m'attendais à une remarque sarcastique de ma conscience, à défaut d'une de Gin, mais rien ne vint troubler mon accès de gaminerie. Je m'adoucis toute seule au bout d'un moment, amollie par la bouffe et la présence chaude à côté de moi. La soirée passa tout aussi vite que la journée, sans plus d'incidents notable, la conversation restant superficielle et légère.

Le ciel était noir quand nous partîmes. J'amorçai un mouvement pour suivre mon compagnon puis me ravisai et revins en arrière. Une description rapide fut glissée à l'oreille du cuisinier au cas où Vieux viendrait demander qui donc avait envoyé cette aberrante facture à son bureau. Puis j'ai trottiné pour rejoindre l'homme qui m'attendait, grande tache noire et blanche dans la pénombre de la nuit.

« Je lui ai donné une description à donner à Yamamoto au cas où il enverrait quelqu'un, ai-je devancé la question qu'il avait au bout des lèvres.

‒ Qui ?

‒ Oh, personne en particulier, juste un mec habillé un peu comme toi, avec une tête de coincé et une déco moche dans les cheveux. »

J'ai ricané toute seule puis suis partie rejoindre mon studio et surtout mon bon matelas bienfaisant, parce que j'avais un peu mal au cul quand même.

J'ai rapidement plongé dans le sommeil, priant pour ne pas rêver de Gin, et pour ne pas faire de cauchemar. Ces deux voeux ne furent exaucés ni l'un ni l'autre.

C'était l'heure de la pause déjeuner, et alors que tous les Shinigamis présents étaient allés se régaler, je restais à mon bureau pour finir de remplir les papiers que mon cher Capitaine m'avait refilé, comme à son habitude (vous croyez quoi ? Que les papiers dont je suis toujours surchargée étaient uniquement ceux qui m'étaient dévolus via mon poste ? Non, il refile tous ses papiers à ses subordonnés). D'ailleurs, ledit Capitaine paresseux pointa le bout de son nez de son bureau privé et parut surpris de se voir en si bonne compagnie.

« Hana-chan ? Tu es encore là ?

La faute à qui ? ai-je grommelé.

Bah, laisse ça pour l'instant, je les refilerais à quelqu'un d'autre, viens manger avec moi plutôt, j'ai pris trop de choses, Ran-chan devait me rejoindre mais elle s'est désistée.

Qu'est-ce que t'as ?

Hmm... a-t-il réfléchi. Deux bentôs surchargés de sushis et de makis avec une tonne de gingembre et de wasabi, des brochettes et en dessert... De la glace au citron vert. »

Miam ! Mes yeux se sont écarquillés et j'ai couru dans son bureau pour m'attabler avant qu'il ne change d'avis, un grand sourire extatique et gourmand de gamine suspendu à mes lèvres. Il avait fait exprès de prendre mes trucs préférés ? À moins qu'il n'ait des goûts aussi simples que les miens. Mais peu de personnes partageaient à la fois mon amour pour le gingembre mariné, le wasabi et la glace au citron vert. Mais si c'était la première solution, comment aurait-il pu savoir mes goûts ? Pour la glace, peut-être m'avait-il entendu parler de ma mort, car j'avais sûrement dû, comme à mon habitude, mentionner les détails inutiles genre ce que je mangeais à ce moment-là, mais pour le reste ? M'aurait-il espionné, le bougre ?

Je réfléchissais, perdue dans les circonvolutions de mes cheminements. Cependant, toutes ces pensées disparurent aussitôt, refoulées dans mon subconscient, lorsqu'il déballa l'exquis repas et que l'odeur des brochettes chaudes me monta au nez. Avant même d'avoir eu le temps de réfléchir, l'une d'elles, au boeuf et au fromage, était déjà à moitié engouffrée dans ma bouche.

« Eeeeeuhm..., ai-je marmonné, pivoine. Désolée... »

Un grand éclat de rire m'a interrompu, me donnant envie de descendre six pieds sous terre, et cette fois définitivement. J'ai fini d'avaler la viande tendre et chaude, avant de reposer la baguette de bois parfaitement propre, puis, alors que je baissais les yeux, ne savant trop où me mettre et comment réagir, il a tendu sa main pour essuyer un peu de sauce au coin de mes lèvres – ou plutôt sur toute la partie inférieure de mon visage. J'ai rougi encore un peu plus, puis ai souri alors qu'il agitait un sushi sous mes yeux comme un enfant agiterait un sachet de cacahuètes devant l'enclos des singes. Je l'ai happé d'un coup, léchant ses doigts au passage, puis ai mâché la pièce, le riz gonflant mes joues (et voilà une nouvelle découverte sur mon incroyable vie ; j'aime bouffer comme un hamster). Autrement dit, je fais un truc super sexy, puis je bousille tout en me goinfrant comme une gosse affamée.

J'ai saisi un bâtonnet surchargé de poulet avant de le lui tendre en piquetant ses lèvres avec le bout pointu. Il a posé ses doigts sur mon poignet pour m'empêcher de bouger puis a commencé à arracher des morceaux de viande avec ses crocs, longeant le côté jusqu'à arriver à ma main dont il a mordillé chaque doigt pour les nettoyer de la graisse qui s'y était déposée. J'ai saisi une deuxième brochette pour occuper mes mains qui fourmillaient soudain, alors qu'il finissait la sienne, puis il a passé la pulpe de son pouce sur mes lèvres maculées avant de la porter à sa bouche. J'ai fixé cette dernière, hypnotisée, avant de retenir un léger rire ; il avait, lui aussi, laissé déborder la sauce abondante sur sa joue. Ça donnait à son sourire carnassier un côté gamin proprement adorable. Je me suis penchée et ai pointé ma langue pour le débarbouiller à ma façon, me montrant plus audacieuse que je ne l'avais jamais été en étant sobre. Je l''ai glissée sur ses lèvres, immisçant cette dernière entre elles, les caressant des miennes. Gin a placé ses doigts dans mes cheveux pour me retenir contre lui, effleurant ma peau découverte de son autre main, approfondissant le baiser que j'avais initié. Le repas fut rapidement oublié, mis à part quand il le jeta par terre pour m'allonger sur le bois dur de son bureau, se pressant contre moi et nous déshabillant lentement, ponctuant chaque vêtement ôté de caresses lentes et sensuelles. Je ne retenais plus mes gémissements d'extase depuis un moment quand il me pénétra enfin, et je ne tardai pas à m'arc-bouter de plaisir contre lui. Il m'emporta à des faîts de félicité comme je n'en avais jamais connu, puis les vagues s'apaisèrent et nous nous reposâmes, nus et transpirants, dans les bras l'un de l'autre.

Puis une main frappa à la porte. Sans que nous ayions eu le temps d'entreprendre un seul geste pour nous recouvrir, elle s'entrouvrit, laissant passer le visage d'un homme que je connaissais bien. Le visage dur et calculateur, aux yeux gris et froids, encadrés de cheveux brun-roux maintenus en arrière à renfort de laque, d'un homme que je haïssais.

« Eh bien, eh bien, Hanae Sakurabana, je vois qu'on baise avec n'importe quoi, petite pute ? Mais pour moi, tu ne veux pas écarter les jambes ? Allez, sois gentille. »

Je me suis tournée vers Gin. Il m'a souri tristement, puis s'est lentement dissous dans l'air de mon cauchemar. L'homme s'est approché de moi, et j'ai sauté derrière le bureau, illusoire rempart contre mes terreurs enfantines. J'étais à nouveau une enfançonne de cinq ans, aux yeux terrifiés dissimulés derrière de longues mèches noires, au visage blafard de peur, aux lèvres tremblantes et au ventre noué. Il m'a attrapé par les cheveux et m'a tiré hors de ma cachette, me traînant sur le sol, puis a déboutonné son pantalon avec un grand rictus pervers.

« T'oublieras pas de rapporter à ta salope de soeur, petite conne, histoire qu'elle sache ce qui t'attend si elle se refuse à obéir à son père, a-t-il craché avant de m'écarter les jambes de force.

Seishi ! cria une voix horrifiée. Mais qu'est-ce que tu fais !

Tiens, Fumiko, a ricané l'homme. Ma chère soeur. Moi qui commençait justement à te trouver gênante. »

Il s'est dirigé, un flingue à la main, vers la belle femme rousse qui restait dans l'entrée, le visage empreint d'une horreur incommensurable. Le regard bleu foncé de ma tante devint vague, comme sous l'emprise de la drogue, lorsqu'il inséra le canon dans sa bouche et plaça ses doigts sur la détente, relevant la sécurité de ses mains gantées. Puis une assourdissante détonation retentit, comme un pétard qui explose, et le corps mort s'écroula à terre, laissant derrière lui une traînée rouge et rose, avant de disparaître comme mon Capitaine l'avait fait quelques instants auparavant.

J'étais tétanisée, incapable de bouger lorsqu'il se retourna vers moi. Je recouvrai l'usage de mon corps uniquement lorsqu'il se coucha sur moi, pédalant de toute la force de mes petites jambes pour me reculer et échapper à son poids oppressant. Une main agile se glissa entre mes cuisses alors que l'autre serrait mon cou.

J'ai fermé les yeux très fort en espérant me réveiller, et un bruit mouillé parvint à mes oreilles bourdonnantes, répété une bonne dizaine de fois, comme des baisers moites. Un gargouillement sortit de la gorge de l'homme alors que sa poigne se relâchait et que son corps pesait sur moi de tout son poids. Il a roulé sur le côté en essayant d'attraper quelque chose dans son dos. J'ai levé les yeux vers ma soeur, qui tenait dans sa main un poignard à la lame rouge, et qui me regardait fixement, les yeux hallucinés et le teint blême. Puis ce fut mon corps qui disparut lentement, et j'ai fermé les yeux sur le visage mort de mon géniteur, une odeur de brochettes chaudes et de fromage persistant encore autour de moi.

J'ai ouvert les yeux sur le plafond immaculé, sentant encore cette délicieuse odeur, seul souvenir tangible de mon rêve où s'embrouillaient de vagues impressions, bien que très fortes, de violence, de sexe et de meurtre, et où je sentais encore la présence de Gin. Comme d'habitude, à peine le cauchemar finissait qu'il s'enfouissait à nouveau au plus profond de mon inconscient. Mais l'odeur si appétissante de la nourriture rôdait toujours autour de moi, si forte que j'avais l'impression que ce fumet délicieux provenait de réelles brochettes qui auraient atterri on ne sait comment dans mon studio.

J'ai humé l'air appétissant en souhaitant rester encore un peu dans ces entre-deux-eaux délicieusement parfumées. Mais un bruit, un raclement, emplit soudain la pièce, me dérangeant dans ma rêverie gourmande. J'ai rouvert les yeux, agacée, puis décontenancée et enfin curieuse en constatant que l'odeur ne s'évanouissait pas. Le raclement s'est répété. J'ai tourné la tête afin de discerner l'origine du bruit. Et j'ai sursauté en apercevant Hone, installée au beau milieu de la pièce, en train de préparer un monceau de brochettes sur une machine à grillades portative. Et... Oui ! Ce n'était pas le seul élément nutritif de mon rêve que je voyais là ! Ah, Hone chérie, que ferais-je sans toi.

J'ai bâillé bruyamment avant de m'asseoir d'un mouvement de hanches pour regarder d'un oeil fort intéressé le bon miam-miam que ma super copine la pétasse aux yeux roses (beurk caca) me préparait.

T'es au courant que les gens normaux ne mangent pas ça au petit déjeuner ?

Et alors ? L'essentiel, c'est d'avoir le ventre plein ! Hone m'a salué d'un geste du majeur et d'un grand rictus amical alors que je rampais péniblement sur le sol pour rejoindre la bouffe, le corps perclu de courbatures (allez donc comprendre), sans doute provoquées par ce cauchemar insaisissable. Je me suis douloureusement redressée à nouveau, avec beaucoup moins de classe que précédemment, les douleurs ne m'étant pas encore parvenues au cerveau à ce moment. J'ai tendu une main vers le monceau de victuailles appétissantes pour me voir rabrouée d'une bonne tape sèche... Okay, il faut attendre qu'elle ait fini de tout cuire en plus ? Elle est au courant qu'il y en a qui vont refroidir (moi y compris) ? Pétasse, va.

« C'est qui, ce grand blondinet avec qui tu étais hier soir ?

‒ Gin ? En l'occurence, ce serait plutôt un grand blancinet, ai-je remarqué distraitement, mon attention toute entière attirée par la manne odorante qui cuisait. C'est mon Capitaine. Pourquoi ?

Je l'ai déjà vu. Il était là lorsque je t'ai purifié. Je t'avais suivi pour vérifier que tout se passait bien et je l'ai aperçu avant de décamper.

‒ Oui, lui aussi t'a déjà vu, mais il ne semble pas vouloir nous dénoncer, ai-je clarifié. Ne t'en fais pas. »

Elle m'a observé un moment, a semblé retenir une question – pitié, j'en ai soupé des insinuations calomnieuses – puis est retournée à ses brochettes. J'en ai profité pour en chaparder une tandis qu'elle semblait réfléchir, sourcils froncés sur ses grands yeux en amande. Mmh, dé-li-cieux. Ah, je me régalais. Curieusement, lorsque j'en repris une deuxième, puis une troisième, une dixième, etc., elle ne se contenta plus que d'un léger regard réprobateur.

Et c'est dans un état béat de pourlèchements de babines et de ventre surrempli par la quantité effarante de nourriture que je m'étais enfilée que je suis sortie rejoindre la 3e Division, habillée d'un kimono qui curieusement me semblait un poil serré au niveau du bide... Quoi que ce n'était pas si curieux que ça, en fait.

Ma joie de vivre dégringola toutefois subitement à des profondeurs abyssales lorsque j'aperçus mon bureau disparaissant sous une montagne de dossiers. C'est en poussant des soupirs à fendre l'âme que je me suis assise et ai saisi mon pinceau pour barbouiller les feuilles de mes gribouillis infâmes de fille habituée au stylo bic.

Un frottement sur mon épaule me fit abandonner mon travail. J'ai tourné la tête pour apercevoir un Gin sauvage assis sur la table derrière moi, en train de tirailler pensivement sur la bretelle de soutien-gorge que mon kimono un peu trop lâche laissait apercevoir. Un très léger contorsionnement supplémentaire me permit de constater la couleur de ladite bretelle, un très joli rose saumon brillant (Gin sauvage utilise Soutif de la Honte ! C'est très efficace ! Cela rend Hanae confus !). Pourquoi fallait-il qu'il remarque mes sous-vêtements uniquement quand ils étaient immondes ? Sûrement parce que quand ils étaient noirs, ça ne servait à rien de jouer avec, alors que là ça me foutait la honte – et me faisait rougir comme une pivoine (Hanae est confus ! Sa folie lui inflige des dégâts !). Puis il releva les yeux, les riva dans les miens et me tendit un grand sourire chaleureux, histoire de me plonger encore plus dans des abîmes d'idées suicidaires et me faire mouiller ma petite culotte (Gin sauvage utilise Sourire Ravageur ! Hanae est amoureux !).

« Hum, c'est bon, lâche ça, s'te plaît. »

Seule réaction du Gin sauvage : tirer plus fort en montrant toutes ses dents pointues en un grand sourire flippant, les yeux à nouveau fixés sur la traîtresse bretelle (Hanae est amoureux de Gin sauvage ! L'amour empêche Hanae d'attaquer ! Gin sauvage utilise Intimidation ! C'est très efficace ! Hanae est K.O. ! Utiliser un autre Pokemon ?). J'ai reporté mon regard sur mes dossiers, ai saisi le pinceau que j'avais posé un instant, puis ai recommencé à tracer d'une main tremblante les caractères compliqués, mine de rien. Je n'arrivais même plus à le regarder. Restes de mes rêves étranges de cette nuit, j'imagine... J'avais la chair de poule et bien trop chaud à la fois. Des images légèrement osées (voire carrément pornos) s'amusaient à galoper derrière mes yeux et des zizis géants devaient clignoter dans mes pupilles. De l'autre côté, je me sentais franchement mal à l'aise et le nom de personnes à qui je n'avais pas repensé depuis pas loin de dix ans effleurait mon esprit. Comme celui de mon père, par exemple... Je ne me souvenais pas de grand chose le concernant, ma mémoire était floue durant mes sept ou huit premières années. Mais je me souvenais très bien qu'il avait fait du mal à ma mère et à ma soeur aînée, et je le détestais. Allez donc comprendre comment, dans mon esprit tordu, l'adorable psychopathe assis derrière moi et mon cancrelat puant de géniteur s'étaient retrouvés liés de manière aussi curieuse. Et moi qui pensait que rien ne pourrait être pire que d'avoir le slip dégoulinant dès qu'il était à moins de dix mètres...

Bref, j'étais mal barrée.


LE MOT DE LA FIN

¹Les bretons auront reconnu le chouchen, les autres reconnaîtront plutôt l'hydromel, mais en fait c'est exactement la même chose.

Waouh, eh, ça va bien faire six mois que Hanae est arrivée à la Soul Society !

Vieux : Yamamoto.

Iceberg : Yuki (OC).

Soi Plate/Plate Fon : Soi Fon.

Tresse : Unohana.

Jambe de bois : Raphaella (OC).

Banquise : Byakuya.

Pervers : Kyoraku.

Glaçonnet : Hitsugaya.

Bourrin : Kenpachi.

Panda : Mayuri.

Double plate : Rukia.