Helloo-o !

Je suis en retard mais c'était jour de conseil de classe, dernier jour de prépa, bref, tant d'excuses me direz-vous !

Sachez que me replonger dans vos reviews m'a fait tout oublier, c'est génial. =)

Des milliers de mercis à Karyanawel, Jaymaddict, leelou09, LAurore, paffi, Pasca, Sweetylove30 et Totallyfan. =)

Quelqu'un qui ne m'a point laissé son nom =) : Ton enthousiasme m'a ravie ! Surtout que tu as l'air d'avoir apprécié autant l'aspect joyeux des post-it que triste de leur conversation, alors je suis contente. ^^ Merci à toi !

FewTime: J'adore Maurice le poisson rouge ! ^^ Et quelle review tu as écrite, "wow" fut ma première réaction. =) Je suis heureuse que tu comprennes si bien leur situation, et que tu arrives à "l'apprécier" (malgré tout) dans ma façon de l'écrire. Lisbon qui explose et Jane qui agace, c'était un peu mon idée, et je semble avoir réussi, donc je suis heureuse. Et tu ne te fais guère de films sur le PS ! :) Pour ce qui est des photos, ce n'est pas vraiment une coïncidence, plus un fil conducteur. =) Enfin, l'enquête, je vais m'arranger pour faire des rappels réguliers de tous les éléments. :) Sur ce, je te remercie infiniment. =)

JulietS: Ne t'en fais pas, rien qu'une telle review me ravit. =) Je suis contente que ce "je t'aime" (que je ne voulais absolument pas mettre) t'ait plu. Et je dois avouer que je voyais bien Jane le dire le premier. Nous étions donc sur la même longueur d'ondes. ^^ Je suis également très contente de lire que tu as apprécié la conversation de Cho et Rigsby. ^^ En tout cas merci beaucoup, et je n'ai aucune raison de t'en vouloir, nul besoin de t'en faire. =)

Enjoy: Deal! Tu m'écris des reviews aussi passionnantes que les tiennes à vie et je continue à écrire. *j'ai honte de ce que je viens dire mais ce fut drôle à dire ^^'* J'ai été agréablement surprise de lire que tu as aimé la phrase "est-ce que je t'ai perdu?", je doutais de cette phrase presque autant que du PS de Teresa. =) Et si tu as envie de baffer Jane et qu'en même temps tu trouves ce qu'il fait/dit "beau", ça veut dire que je suis pas si nulle. lol Oh, et je suis ravie de lire que je ne suis point la seule à m'amuser avec des post-it ! ^^ Oh et ta deuxième review est tombée à point nommé pour me remonter le moral. C'est vrai que le texte a de quoi faire penser à cette histoire, et puis c'est bien dit. =) Merci pour tout, vraiment !


Chapitre 5 : Les Masques :

Une infirmière indiqua le chemin à Jane et il la remercia brièvement avant de se diriger vers la chambre d'hôpital de Keira Zeller. Lisbon allait sûrement le chercher et s'agacer qu'il soit venu sans son avis ou sans coéquipier, mais c'était une habitude à prendre.

La jeune femme était dans un meilleur état que la veille, constata-t-il en entrant. Elle avait les yeux légèrement rouges, preuve qu'elle avait encore des larmes à offrir à son cher mari défunt, mais elle semblait moins… folle. Un petit garçon était dans la pièce. Il devait avoir dix ans environ, les cheveux blonds, maigre, recroquevillé sur lui-même, il lisait un livre à une vitesse alarmante. Jane ne put s'empêcher de l'observer un moment, fasciné par la rapidité avec laquelle les pages tournaient.

-C'est un surdoué, l'informa la voix un peu rauque de Keira.

A ces mots ledit surdoué leva les yeux de son livre et dévisagea Jane, puis il tourna la tête vers Keira, comme s'il cherchait un signal.

-Dis bonjour à Monsieur Jane Tony, lui répondit doucement Keira.

-Patrick Jane, Juillet 1969, consultant pour le Bureau Californien d'Investigation, répondit Tony d'une voix monotone.

Jane fut instantanément fasciné. Comment un gamin pouvait avoir enregistré son nom et des informations sur lui alors même qu'ils ne se connaissaient pas ?

-Ignorez-le, soupira Keira. Vous l'intimidez alors il va sortir tout ce qu'il peut sur vous jusqu'à ce qu'il se sente en sécurité à nouveau.

Jane se racla la gorge, se forçant à détourner le regard vers Keira.

-Vous connaissez mon nom ? s'enquit-il.

-Je suis journaliste, répondit-elle en haussant les épaules. Je connais votre histoire.

Le visage de Jane s'assombrit légèrement mais il se reprit, jetant un coup d'œil discret au jeune Tony qui avait repris sa lecture.

-Il est à moitié autiste, du moins c'est ce que les meilleurs ont dit, l'informa Keira. Parfois il est là, parfois il n'a même pas conscience d'exister. Il est surdoué, pas besoin de retenir quoi que ce soit soi-même, il suffit de demander à Tony de l'apprendre. Il connaît l'annuaire de Sacramento par cœur.

-Vraiment ? sourit Jane, époustouflé.

Keira acquiesça dans un fantôme de sourire, encore incapable d'offrir plus que de la politesse.

-Tony ? appela soudain Jane.

Le petit garçon leva la tête, ses yeux évitaient les siens mais il lui faisait savoir qu'il écoutait.

-Teresa Lisbon ? suggéra Jane dans un sourire carnassier.

-Juin 1972, Agent Senior au Bureau Californien d'Investigation. Numéro 1139438274.

Jane émit un sifflement appréciateur et félicita l'enfant avec un sourire. Tony n'y prêta aucune attention et retourna à son livre.

-Il n'a que peu d'émotions, soupira Keira avec un regard navré pour l'enfant. La seule qu'il éprouve vraiment est la peur. Il est sujet à toute sorte de phobies. Autrement, il est aussi impassible qu'un mur… Quoi qu'un mur se fissure, ironisa-t-elle finalement.

-Qui est-il ? demanda Jane sans quitter le petit Tony des yeux.

-Le frère adoptif de Jared. Kati est sa mère biologique. Quand il a appris que son grand-frère était mort, il n'a pas réagi, comme toujours. Mais peu après il a piqué une crise et m'a réclamée. Kati l'a amené il y a quelques heures et depuis il n'a pas bougé.

-Vous êtes proche de lui ?

-Tony n'est pas un enfant comme les autres, répondit Keira en haussant les épaules. Les autres ne jouent pas avec lui, ils ne comprennent pas comment il fonctionne.

-Et vous arrivez à jouer avec lui ?

-Les bons jours, oui. Jared était plus doué que moi...

La voix de Keira se brisa et elle ferma les yeux, réprimant la vague de douleur pourtant inévitable. Jane eut une moue navrée et frôla sa main doucement.

-Est-ce que la douleur part un jour ? souffla-t-elle.

-Elle part chaque jour un peu plus, sourit-il faiblement.

Elle acquiesça et essuya la larme qui lui avait échappé. En l'entendant se moucher, Tony releva soudainement la tête et posa son livre. Il se leva pour venir s'appuyer contre le lit de Keira puis sans hésitation, il leva sa main pâle et maigre pour la poser sur la tête de la jeune femme. Il caressa ses cheveux maladroitement, sans rien dire. Keira lui sourit entre ses larmes, le remerciant doucement, et Tony retourna s'asseoir. Il reprit son livre, et redevint impassible.

-Il fait ça à chaque fois qu'il comprend que je suis triste, avoua Keira. Il est capable de beaucoup de compassion mais il ne sait pas l'exprimer. Je ne sais même pas s'il réalise que Jared…

Elle ne put prononcer les mots mais Jane acquiesça, lui faisant savoir qu'il comprenait.

-Je tenais à m'excuser pour hier, reprit Keira. Je me souviens vous avoir vu là-bas, lorsque cette femme tentait de me… Enfin, je suis désolée de vous avoir fait peur.

-Vous étiez désespérée, je connais ce sentiment. Je sais ce que vous avez vécu, la rassura-t-il en s'asseyant sur une chaise à côté du lit.

-J'ai toujours l'impression que Jared va apparaître à la porte de ma chambre, me dire que c'était une mauvaise blague, et nous ramener à la maison… Qu'est-ce que je vais dire au bébé ?

Pour la première fois de sa vie, Jane se trouva sans réponse, sans trait d'esprit, sans mot de réconfort. Il ne put qu'offrir un regard sincèrement désolé.

-Comment avez-vous fait monsieur Jane ? osa-t-elle finalement demander.

-Je ne suis pas le meilleur exemple, j'en ai bien peur, se contenta-t-il de répondre.

Elle acquiesça tristement et se mordit les lèvres avant de murmurer des excuses. Il les chassa d'un sourire rassurant, elle n'avait rien fait de mal.

-Est-ce que vous vous sentez prête à répondre à des questions ? demanda-t-il.

Elle fit immédiatement signe que non, l'air soudain paniqué.

-Je ne peux pas, pas maintenant, souffla-t-elle comme une supplique. Laissez-moi encore un peu de temps, je vous dirai tout ce que je peux me rappeler mais…

-Ne vous en faîtes, la coupa-t-il gentiment. Quand vous serez prête, demandez le numéro de mon amie Teresa Lisbon à Tony, et nous viendrons.

-Juin 1972, Agent Senior au Bureau Californien d'Investigation. Numéro 1139…

-Tony, pas la peine, le coupa Keira avec une légère pointe d'agacement.

Jane sourit en adressant un coup d'œil à l'enfant puis retourna à Keira.

-Elle est plus que votre amie, n'est-ce pas ? souffla Keira.

Jane acquiesça légèrement, conscient que Lisbon le tuerait si elle l'apprenait.

-Ne la laissez pas partir, déclara Keira comme si elle l'en suppliait. Les gens devraient moins penser à se dire au revoir et plus penser à profiter du temps qu'ils leur restent… La leçon est cruelle, je l'ai apprise à mes dépends.

-Je sais, acquiesça-t-il dans un sourire désolé. Mais les choses ne sont pas toujours aussi faciles qu'elles vont vous paraître pendant quelques temps.

-Je suis veuve à vingt-quatre ans, répondit-elle. Mon enfant ne connaîtra jamais son père. Je ne vois rien de facile dans cette situation.

-Mais vous voyez toutes les autres situations comme faciles, c'est une réaction normal au traumatisme.

-C'est ce que dit le psy de ce matin.

Jane eut un sourire ironique, il s'abaissait au niveau d'un psy maintenant ?

-Ne la laissez pas partir monsieur Jane. Je sais qui vous êtes, on m'a raconté votre histoire, votre quête… Vous avez quelque chose de précieux, et vous devriez plus vous soucier de ça que de l'homme qui vous hante. C'est ce que je faisais avec Jared, c'est ce que je comptais faire pour l'éternité… Avoir les mains vides est le pire sentiment du monde, et vous le savez, n'est-ce pas ?

Jane détourna le regard, crispant sa mâchoire. Il avait tendance à détester qu'on lui donne des leçons mais celle-ci était d'autant plus difficile à avaler qu'elle sonnait tristement vraie. Il savait que tôt ou tard Lisbon allait vouloir tout laisser tomber, et il ne savait pas encore s'il saurait la retenir. Il ne voulait pas la laisser partir, mais sa volonté irait un jour ou l'autre contre celle de Lisbon.

-Je reviendrai quand vous serez prête, marmotta-t-il. Ravi de t'avoir rencontré Tony, ajouta-t-il à l'intention de l'enfant qui ne sourcilla pas.

Il quitta la chambre rapidement après un salut à peine poli à Keira. Il avait besoin d'air, désespérément besoin de respirer. Il étouffait, suffoquait, se noyait…

Et la peur comprimait ses poumons chaque jour un peu plus.


Lisbon mit un point temporaire à ses notes et ferma le fichier informatique avant de laisser son visage s'enfouir dans ses mains, les coudes sur le bureau. Ils n'avaient rien qu'un semblant de connexion entre les victimes et Cho et Rigsby étaient revenus plus que bredouille. Elle sentait déjà que cette affaire allait lui porter sur les nerfs et elle n'en avait pas besoin en ce moment. Elle avait besoin d'avoir la tête claire, besoin de repenser ses choix, reconsidérer son avenir. Tout ce qu'une enquête pour double homicide ne lui offrirait pas.

Elle soupira et sortit la tête de ses mains, l'air abattu. Elle adressa un coup d'œil à son tiroir, ce même tiroir qui se rappelait douloureusement à elle dernièrement. Elle y pensait depuis qu'elle était revenue, depuis ses trois jours loin de Sacramento, loin de Jane pour la première fois en quatre mois.

Elle hésita, puis, pour la première fois depuis son retour, elle céda à la tentation d'ouvrir le tiroir.

Elle attrapa la boîte à bijoux comme si elle était susceptible de la brûler, du bout des doigts, dans une grimace d'appréhension. Elle renfermait l'alliance de Jane, elle n'en avait pas bougé depuis quatre mois.

Il restait une marque sur l'annulaire de Jane, tracé blanc, souvenir indélébile. Elle n'avait pas vraiment de problème avec cette marque, ni avec l'alliance, mais elle savait que ce blanc n'était pas que physique. Elle savait que ce blanc serait toujours là, un vide, une page blanche au cœur du livre.

Et elle savait aussi qu'un jour la page se remplirait de couleur rouge. Rouge sang.

Qui pensait-elle leurrer quand elle jurait de l'arrêter alors même qu'elle gardait dans sa sacoche le numéro de l'aéroport privé le plus proche au cas où elle arriverait trop tard ? Qui pensait-elle leurrer quand elle promettait qu'il n'arriverait jamais jusqu'à John LeRouge alors même qu'elle avait un accord avec son meilleur ami Chris pour qu'il cache Jane si l'occasion se présentait ?

Elle entendit la porte s'ouvrir et eut juste le temps de remettre le coffret dans son tiroir avant que Jane n'entre. Il la dévisagea, surpris par la profonde tristesse au fond de ses yeux.

-J'interromps quelque chose ? s'inquiéta-t-il.

Elle secoua la tête et lui offrit un léger sourire. Il vit qu'elle mentait, ils le savaient tous deux, mais il ne dit rien. Les masques leur collaient à la peau. Il s'était habitué à ne pas chercher à tout savoir, et elle savait qu'il y avait plus de peur que de désintérêt dans cette manœuvre.

-Tu es allé voir Keira, lança-t-elle en reprenant son rôle de supérieure.

-Meh, échec cuisant, avoua-t-il à regret.

-Tu connais cette merveilleuse invention qu'on appelle le téléphone ?

-Tu veux parler de ce truc ? sourit-il en tendant son cellulaire vers elle.

Elle rougit violemment en reconnaissant le fond d'écran, il l'avait encore prise en photo à son insu, alors qu'elle dormait.

-Patrick ! s'indigna-t-elle à mi-voix de peur d'être entendue. Je t'interdis ce fond d'écran ! Imagine si tu laisses traîner ton téléphone !

-Du calme, femme, sourit-il, fier de lui. Pour le déverrouiller il faut un code, et personne ne peut voir quoi que ce soit lorsqu'il est verrouillé. J'ai quand même le droit de t'avoir en fond d'écran non ?

-Non, certifia-t-elle. Est-ce que je t'ai en fond d'écran ?

-Non, c'est Bouh, répondit-il immédiatement avant de prendre un air songeur : je dois m'en offenser ?

Elle croisa son regard brillant de malice et leva les yeux au ciel.

-Avoue que tu meurs d'envie de sourire, s'amusa-t-il.

Ils se défièrent du regard un moment puis elle ne put retenir plus longtemps un léger rire. Elle secoua la tête en se levant.

-Tu es incorrigible, marmotta-t-elle. Allez viens, c'est l'heure de manger.

-A tes ordres, femme.

Elle roula des yeux alors qu'ils se dirigeaient vers l'ascenseur. Lorsque les portes se refermèrent, elle sentit Jane l'enlacer et enfouir sa tête dans son cou pour l'y chatouiller doucement. Elle rit, encore, et embrassa sa tempe en le gardant contre elle, encore un peu.

A cet instant, elle avait oublié l'alliance, oublié le reste, et lorsqu'il l'entraîna avec lui vers un restaurant plus noble –et plus cher– que la terrasse, elle s'étonna de trouver à quel point leurs mains tenaient encore si bien ensemble, combien leurs rires s'accordaient encore avec justesse.


Lisbon s'apprêtait à entrer dans le bâtiment du CBI lorsque Jane la laissa le distancer. Elle s'arrêta, étonnée, puis se tourna vers lui pour le dévisager, lui demandant muettement ce qui n'allait pas. Elle reconnut cette lueur apeurée si familière, sa peur de l'abandon, là, au fond de ses yeux, et ça lui brisa le cœur. Parce qu'elle savait qu'elle n'avait aucun remède.

-Tu vas partir, n'est-ce pas ? souffla-t-il.

Elle haussa les épaules. Il posait une question dont il connaissait –douloureusement– déjà la réponse.

-C'est dans chacun de tes gestes, expliqua-t-il tristement. Ton regard me dit que tu es déjà loin.

-Tu ne t'y attendais pas ?

-Si, avoua-t-il en contractant sa mâchoire, les yeux voilés. J'ai redouté ce jour pendant quatre mois, mais je pensais qu'on avait franchi la distance suffisante.

-Il n'y a pas de distance suffisante et tu le sais. Il n'y a aucun moment où deux personnes peuvent être assurées qu'elles tiendront ensemble, peu importe les années passées à deux, aimer ne veut pas dire rester. Et parfois, rester, c'est se condamner à ne plus aimer, se condamner à la douleur.

-Ça fait plus mal que je le pensais, souffla-t-il. Te l'entendre dire… Je suppose que rien ne nous prépare jamais à ça hein ?

Elle soupira et s'approcha de lui pour prendre son visage en coupe.

-Je ne suis pas encore partie Patrick, je n'ai pas encore décidé de partir, tu as encore du temps.

-Tu me donnes du temps quand je voudrais l'éternité, se plaignit-il, les yeux embués. Je sais que j'ai des problèmes, et des gros, et je sais que je ne te mérite pas, que je devrais mourir seul, que je suis égoïste… Mais j'y arrive pas Teresa, assez tristement, tu m'as emprisonné.

-Je te libèrerai alors.

-Et si je ne voulais pas ? Si je voulais que tu restes ?

Elle essuya du bout du pouce la larme qui s'était échappé des yeux de Jane et lui sourit doucement.

-Je ne suis pas encore partie, lui intima-t-elle doucement. Et puis, je ne partirai pas de ta vie entière. Ce sera juste… un changement de condition.

-J'aimerais te retenir, osa-t-il murmurer. J'aimerais ne pas te laisser partir.

Il reçut pour simple réponse le fantôme d'un baiser sur les lèvres, puis elle tourna les talons et entra dans le bâtiment du CBI. Elle le laissait avec un sursis, c'était la même certitude que la mort, songea-t-il. On sait qu'elle arrive, mais on ne sait pas quand. Lisbon partirait, c'était une question de temps.

Alors pourquoi avait-il déjà l'impression que ses mains étaient vides ?


Lisbon eut besoin de quelques minutes pour se reprendre. Elle n'aurait jamais songé avouer si vite à Jane qu'elle avait pris sa décision et que tôt ou tard, elle mettrait un terme à leur vie commune. Etrangement, l'idée la soulageait d'un poids immense, c'était comme si elle pouvait respirer à nouveau, comme si la mort avait retiré ses mains de sa gorge pour la rendre à la vie.

Elle s'en voulait de blesser Jane, mais elle avait au fond la sensation qu'elle avait pris la décision qu'il fallait, celle dont ils avaient besoin pour tous deux rester sains d'esprit. John LeRouge ne gagnerait pas. John LeRouge n'avait aucun pouvoir sur sa décision, et c'était ce qui la rendait plus vivante.

-Boss ? l'interrompit VanPelt en entrant.

Lisbon leva la tête de son bureau pour manifester toute son attention à sa collègue.

-Vous vous souvenez du père qui a dit que le téléphone de Keira a disparu le même jour que Jared ?

-Oui, approuva la brune, il avait l'air plus soucieux du téléphone que du bien-être de sa propre fille.

-Je me suis souvenue de ce que Cho m'a dit sur le relevé téléphonique de Jared avant sa mort. D'après ce qu'on sait, le vol a été commis aux alentours de midi. Mais Cho affirme qu'une demi-heure avant sa mort, Jared a reçu des sms de la part de Keira.

-Elle n'avait pourtant plus le téléphone, songea Lisbon à voix haute. Je déteste devoir dire ça, mais soumettez l'idée à Jane. S'il y a une théorie à forger, il le fera.

VanPelt sourit et quitta le bureau joyeusement. Elle s'approcha du divan où Jane était allongé, plongé dans ses pensées, le dossier de Vincent Blum posé sur le torse.

-Lisbon a besoin d'une de tes théories, annonça la rousse en s'asseyant sur la chaise à côté du divan.

-Ah ? s'enquit Jane, curieux.

La jeune femme lui expliqua ce qu'elle avait remarqué sur le téléphone de Keira tout en étudiant ses réactions –très peu visibles. Lorsqu'elle eut fini, Jane affichait un air songeur.

-Demande au père s'il a vu quelqu'un de sa connaissance à l'hôpital.

-Tu crois que c'est lié au meurtre ? s'enquit VanPelt.

-J'en suis sûr à 95%.

-Et les 5% ?

-C'est pour ma fierté si j'ai tort, répondit-il avec un sourire malicieux.

VanPelt sourit en secouant la tête et retourna à son bureau pour appeler le père de Keira, le charmant Valentin Gilder.

Jane retourna là où il avait laissé ses pensées, le regard perdu dans la contemplation aveugle du plafond. Il sentit la clef qu'il tenait dans la main se rappeler à lui et il soupira. Il l'avait retrouvée dans ses tiroirs quelques minutes plus tôt, par hasard, là où il avait souhaité l'oublier.

Un mois après la mort de Kelly Wallace, sa fausse petite amie, les parents de Kelly étaient venus le trouver avec le testament de la jeune femme. Il lui avait alors remis les clefs de l'appartement de Kelly, dernière close dudit testament. Il avait tenté de refuser mais les parents avaient insisté : leur fille l'aimait, et si c'était l'une de ses dernières volontés, Jane devait accepter.

Il avait cédé pour faire disparaître la clef dans un tiroir quelques minutes plus tard. Et il songeait en ce moment-même à quel point il était devenu doué pour effacer ce qui le dérangeait, ce qui entravait son chemin tout tracé vers la vengeance.

Kelly l'avait aimé, sincèrement, et un peu follement, et en enlevant Lisbon pour nourrir ses propres souhaits de vengeance, elle avait trouvé la mort. Lorsqu'elle avait enlevé Lisbon, il avait failli mourir de peur; lorsqu'il avait compris que seule Lisbon ressortirait vivante de la maison, il avait failli mourir de douleur.

Kelly avait été une amie, une grande amie, un réconfort sans faille contre le monde entier qui lui en voulait, une halte bienvenue dans sa course, un plan pas si désagréable pour chasser son Némésis… Et Kelly y avait laissé la vie, à cause de lui. Il ne méritait pas les clefs de cet appartement, c'était s'attacher à ses erreurs.

Alors il n'y était jamais allé, il n'avait jamais déverrouillé la porte. Il y avait enfermé tous ses fantômes, tous ses regrets, en espérant que Lisbon le sauverait du reste. Et elle avait réussi pendant si longtemps. Elle l'avait préservé de la douleur, des regrets et du trop plein… Mais aujourd'hui, cette clef dans les mains, il prenait conscience qu'il y avait une douleur qu'il n'enfermerait jamais dans cet appartement vide, et cette douleur était la plus puissante, créée par celle-là même qui avait pourtant su panser ses blessures.

Et cette douleur, c'était son départ.

Il ferma les yeux, pour échapper au monde encore quelques secondes, et soudain, pour la première fois depuis des mois, le visage de Kelly se dessina.

-Tu ferais quoi pour elle ?

-Question idiote, souffla-t-il en se réinstallant contre la tête de lit.

-Pourquoi idiote ? s'étonna Kelly en ramenant ses jambes contre elle, le dos contre la fenêtre.

-Lisbon est la seule amie que j'ai, c'est inutile de te dire ce que je ferai pour elle.

-Alors pourquoi j'ai l'impression que tu ne ferais pas la moitié pour ton équipe ou moi que tu n'en ferais pour elle ?

Il la dévisagea un moment puis soupira, cherchant ses mots. Il détestait quand Kelly le forçait à parler de Lisbon, il avait l'impression qu'elle en déduisait plus qu'il n'y avait à comprendre. Et l'idée le mettait mal à l'aise.

-C'est une vieille promesse, avoua-t-il finalement. Je n'y ai jamais failli et je ne compte jamais faillir.

-Quelle est cette promesse ?

-Je la protégerai quel qu'en soit le prix. Toujours.

-Tu tuerais pour elle ?

-Je l'ai déjà fait, répondit-il aussitôt.

Kelly afficha un air choqué puis se reprit :

-Qui ?

-Un ami de John LeRouge, il menaçait de la tuer. J'ai tiré plus vite.

-Tu as tué un ami de John LeRouge pour elle ? Wow, alors tu tiens vraiment à elle.

-Je te l'ai dit, s'exaspéra-t-il. Et puis ça te sert à quoi de savoir tout ça ?

-Ça passe le temps, s'amusa-t-elle dans un sourire. Tu as hésité ?

-Pas une seconde. Hésiter, c'était prendre le risque qu'il tire avant moi.

-J'envie Lisbon, sourit finalement Kelly.

Il se redressa pour la dévisager, étonné.

-Elle a un chevalier servant prêt à tout pour elle, toutes les filles en rêvent. Même moi.

-Pourtant elle ne supporte pas que je veuille la protéger, fit-il remarquer en s'exaspérant tout seul au souvenir de l'entêtement de la brunette.

-C'est sa fierté, répondit Kelly dans un sourire. Intérieurement, elle te trouve sûrement adorable.

-Je ne crois pas que le mot adorable ait jamais été associé à moi dans les pensées de Lisbon, plaisanta-t-il.

-Certes, reconnut-elle dans un sourire. Alors disons qu'elle a sûrement envie de te sauter dessus à chaque fois que tu lui sauves la mise.

Jane s'étouffa à moitié et Kelly éclata de rire en quittant la fenêtre pour monter sur le lit et s'allonger à côté de lui, le fixant d'un air moqueur.

-Tu ferais quoi pour elle ? souffla-t-elle.

-Mauvaise question, répondit-il lorsqu'il eut retrouvé sa respiration.

-Quelle est la bonne question alors ?

-Que ne ferais-je pas pour elle ?


Keira, Tony et Kelly... que de personnages découverts et retrouvés... Vos avis ? =) (si vous êtes toujours là ?)

Je tenterai de poster le chapitre 6 vendredi ou samedi, en attendant, je vous laisse un aperçu:

"-Tu as le vertige, murmura Lisbon.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? souffla Jane, perdu.

-Le vertige, c'est la peur du vide, lui expliqua-t-elle comme elle l'aurait fait avec un enfant.

-Et ?

-Et tu remplis, tu remplis, tu remplis, sans regarder en arrière, parce que tu as peur de découvrir en te retournant que ton sac était percé. Tu remplis, tu combles, et tu ne te retournes jamais… Parce que tu as irrémédiablement peur du vide."