Merci aux reviews, si vous êtes bien sages, Fleur signera peut-être des autographes… Alors, heureux ?
1er Septembre.
Ah ! Beauxbâtons, enfin ! Quel bonheur de se retrouver enfin dans un lieu digne de la prestance, de ma carrure, de mon potentiel, de ma… Bref, digne de moi, quoi. Et cet uniforme met tellement bien en valeur ma silhouette de rêve. J'en suis toute émoustillée et je pirouette actuellement dans le Grand Hall de notre chère, chère école, si je n'étais pas moi, je tomberais amoureusement de moi. Je l'avoue sans honte car comme résister au charme si charmant de Fleur Delacour ?
Il faudra tout de même que je pense à surveiller Gabrielle, cette petite menace de devenir aussi belle que moi. Cette idée m'insupporte. Il ne peut y avoir qu'une Vénus et, ne l'occurrence, c'est mon humble personne qui a obtenu le rôle. Toutefois, dans mon indulgence extrême, je suis prête à la laisser jouer Hélène de Troie. Quoique… Hélène, elle n'avait pas été élue reine de beauté, à tout hasard ? Si tel est le cas, ma petite Gabrielle ne peut pas prendre son nom. Comprenez-moi bien, non pas que je sois jalouse d'elle (comment osez-vous seulement l'imaginer ? Honte sur vous, Vilain, vilain lecteur qui n'existe logiquement pas puisque ceci est un journal intime), mais c'est tellement de pression d'être belle… Je ne veux pas qu'elle porte ce poids sur ses frêles épaules. Moi, ça va, je suis forte, mais elle, si fragile, si jeune, si ignorante des choses de la vie… J'en pleurerai si je ne risquais pas de me transformer en raton laveur pour cause de mascara non waterproof.
Oups, je devrais arrêter de pirouetter maintenant, ou alors, je vais être malade… Pardon professeur, je ne vous avais pas vu… Non, non, je vous jure que je n'ai rien bu d'autre que du jus de grenouille… Euh… Citrouille pardon… Oui, c'est ça, je vais aller me passer de l'eau froide sur le visage… Hein ? Ah ! Oui, exact, les toilettes sont de l'autre côté, merci bien.
Ah ! Les toilettes de Beauxbâtons, douce harmonie de senteurs, joyeux bruit de robinets fuyants, sympathique « glouglou » des chasses d'eau déglinguées. Comment ai-je pu survivre loin de cette glorieuse atmosphère pendant deux mois ? Le mystère est total. Heureusement, Hercule Poirot est là pour le régler… Euh non, en fait, c'est un anglais… Belge… Bref, il sympathise avec l'ennemi peuple de sa gracieuse majesté alors non ! Oups… Je vais être en retard au dîner, je m'en voudrais de laisser mes chères camarades seules. Elles ne peuvent rien faire sans moi, vous comprenez ? Et ceci est dit en toute modestie, bien entendu.
Bien entendu aussi le discours de Madame Maxime. Un peu trop bien, d'ailleurs. Il faut dire que j'ai une Ouïe exceptionnelle. Tout comme le reste de ma personne. Mais revenons au discours. Comment ose-t-elle ? Je dirais même plus How dare she ? (Aouh daiiiire chi ?) . Rien que d'y repenser, j'en ai la migraine.
Flash-back«Chères élèves, bienvenue à Beauxbâtons.»
Oui, bon, on va pas passer la nuit là dessus non plus, abrège ma grande, mon estomac a faim et on ne fait pas attendre Fleur Delacour.
« Après deux mois d'absence, deux mois durant lesquels, je dois l'avouer, les couloirs du château ont semblé bien silencieux, huhuhu…»
Tapote des doigts sur la table, tapote des doigts sur la table, tapote des doigts sur la table. Ne l'encourageons surtout pas ou alors elle est partie pour un siècle de bavardage intempestif. Madame Maxime, 50 points en moins.
«Toutefois, si l'immense majorité d'entre vous aura l'immense privilège de gambader à nouveau ou pour la première fois à travers l'école cette année, d'autres iront fouler un tout autre sol…»
Tapote des doigts sur la table, tapote des doigts sur la table, tapote des… Hein ? Pardon ? J'ai mal entendu sans doute (mais non, Fleur, voyons, tu sais bien que tu entends à merveille, c'est certainement elle qui a mal prononcé. Comment ça, un autre sol ? Mais qu'est ce qu'elle me baragouine, là ? Qui a fait fumer Madame Maxime ? Je veux des noms, ça n'est pas drôle du tout, La pauvre femme, elle qui se décarcasse jour et nuit pour notre bien être (quoiqu'elle n'ait toujours pas fait réparer les toilettes du second étage, c'est mal !). Ne me dites pas qu'ils ont décidé de renvoyer des élèves avant même le début de l'année ? En tant que sorcière la plus populaire de l'école, je m'insurge ! Dressons des barricades, les fantômes avec nous, convoquons la presse, le ministère, Merlin l'enchanteur, les…
«En effet, les élèves âgées de 17 ans cette année… »
Oh non ! Je suis dedans ! Pitié ! Je suis l'innocence incarnée, douce comme une brebis et tutti quanti.
«… Auront le grand honneur de rejoindre l'Angleterre… »
Un exil ? C'est i-nad-mi-ssi-ble, vous m'entendez ? Un véritable scandale. Qu'ils osent seulement s'approcher de moi et je leur montrerai comment meure une française, par Toutatis ! France, patrie de mon enfance, France, seule terre potable en ce bas monde (et ce sans doute parce que ma présence rend la vie de ton peuple plus douce), jamais je ne te quitterai !
«… Pour participer au tournoi des trois sorciers…»
Jamais, ô grand jamais, je ne partirais, ma conviction est inébranlable et je… Pardon ? Le tournoi des trois sorciers ? Vous voulez dire celui qui s'est tenu pour la dernière fois il y a… Tout ce temps là au moins ? Celui qui apporte la gloire éternelle et tout le pataquès ? Que ne le disait-elle pas plus tôt ? Petite cachottière, va !
End flashback (tiens? Pourquoi en anglais ?).
Certes, participer au tournoi – car il semble évident que je la future championne de l'école n'est autre que mon humble moi – signifie retourner en Angleterre. Mais la gloire mérite quelques sacrifices. Non pas que le sois méconnue, malheureux qui osez le penser ! Mais ma notoriété ne s'est pas encore étendue au-delà des frontières françaises et il serait de bon ton, je pense, d'aller montrer à ces rustres de britanniques comment se comporte un être humain digne de ce nom et a fortiori, une Fleur Delacour, réincarnation de Vénus ou du moins, demi-vélane.
D'ailleurs, la coupe ferait tellement bien dans le bureau de Madame Maxime. Et j'ai bien besoin de mille gallions baguenauder du côté d'Athènes l'été prochain (Père prétend que je suis trop dépensière, le pauvre homme ne comprend pas que ma beauté a une réputation à tenir et que c'est le revers de la médaille quand on est adulé comme je le suis. Il faut aussi reconnaître que le malheureux, malgré tout l'amour que je lui porte, n'a qu'un goût esthétique limité. Toutefois, étant donné le peu de popularité dont il jouit, je ne crois pas que la situation le gêne particulièrement. Ceci étant, il pourrait faire un effort, ne serait-ce que pour se montrer digne de sa fille.
Donc, cette année, je vais gagner la coupe du tournoi des trois sorciers. Il faut que je commence à préparer les interviews que je donnerai une fois cet exploit – bien que pour moi il s'agisse de la routine, je suis tellement douée – accompli.
Ah ! Il va aussi falloir que je prévoie ce que je vais emporter en Angleterre. D'accord, nous ne partons que dans un mois et demi et nous allons devoir porter les uniformes de l'école la plupart du temps (notez, comme tout me va et qu'ils font ressortir mes magnifiques yeux bleus, je ne vois pas de quoi je me plains. Ce n'est pas comme si je m'appelais Josépha Rudvon, cette infortunée cinquième année qui n'a pas le nez droit), mais sait-on jamais ? Madame Maxime nous a d'ailleurs prévenue qu'il y aurait un bal… Oh Merlin ! Et je n'ai absolument rien à me mettre !
Lise Pleutore, qui occupe la lit à la gauche du mien (je trouve incroyable que la direction ait refusé, pour la énième fois, de m'accorder une chambre seule alors qu'un grand nombre des pièces du château sont libres. Au lieu de quoi, je me farcis le dortoir… Je pense que Madame Maxime croit que ma proximité va permettre aux autres de s'élever un minimum… Ce en quoi elle se trompe, la classe, on l'a de naissance. Enfin, si ça peut lui faire plaisir…), Lise, donc, marmonne qu'elle aimerait bien dormir. Silence, insolente ! Fleur Delacour réfléchit ! Ne voit-elle pas à quel point ce débat philosophique (la robe blanche ou la robe rose ?) est essentiel pour moi et pour le monde ? Il en va de l'honneur de l'école voire du pays, ma cocotte. Sans compter qu'il n'est que trois heures du matin, de quoi se plaint-elle ?
Et si je prends plus de 64 valises ? Et comment on va y aller, en Angleterre ? Et où est ma ceinture jaune, celle qui va avec la robe verte ? Comment est ma permanente ce soir ? Tiens, et si j'allais me coucher ? Oui, mais d'un autre côté, si je me couche maintenant, je ne pourrais pas…
Lise vient de me lancer son oreiller à la tête. Non mais elle est complètement inconsciente ! Elle aurait pu me froisser le nez ! Oui, même avec un basique oreiller de plumes. Et voilà qu'elle me menace de sa baguette… Quelle agressivité ! Devant tant de violence, l'indifférence s'impose… Ainsi qu'une stratégique retraite. Bonne nuit, très cher journal, gardien des peines de mon petit cœur si sensible et ami fidèle.
