Surprise, un nouveau chapitre moins de six mois après le précédent ! Bon prenez pas trop l'habitude par contre, c'est rare que je sois inspirée comme ça.
Fut un temps où cette fic était juste un petit machin sans conséquence censé rajouter deux/trois scènes au film. Et puis un plot clandestin s'est incrusté et je crois qu'il refuse de partir. Aidez-moi.
J'ai explosé un nombre conséquent de records personnels avec ce chapitre, que ce soit en terme de mots (ahah, terme, mot, vous l'avez), de rapidité d'écriture, de nombre de PoV et de plot twists. C'était très chouette à écrire, même si vu que j'ai la tête dedans depuis trois jours non stop, il est possible que ça n'ait aucun sens pour le commun des mortels. J'espère en tout cas qu'il vous plaira.
Yora s'autorisa un soupir qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir avant de refermer la porte sur les deux pirates.
Elle espérait sincèrement que le sacrifice de ces informations serait rentable. Dans l'urgence de la situation, elle n'avait pas trouvé de moyen plus sûr pour les garder occupés et acquérir leur confiance pour s'assurer qu'ils restent là où elle le voulait. Après tout, rien ne sonnait plus vrai que la vérité. Si ses hommes parvenaient à les capturer – et à dix contre deux dans une pièce fermée, c'était plus que probable – ces informations ne reviendraient jamais aux oreilles de Harlock. C'était un pari acceptable.
Son cœur tambourinait à ses tympans malgré le temps écoulé depuis leur course effrénée. Elle essuya ses mains moites contre le tissu de son pantalon et prit une profonde inspiration pour calmer ses nerfs. Malgré cela, un lent sourire se forma sur ses lèvres. Elle était la pièce centrale de toute cette affaire. C'était entre ses mains que se trouvaient toutes les cartes. Tous ces imbéciles – son commandant inepte, Harlock et ses sbires naïfs – la sous-estimaient, elle et le peuple de cette planète, et ils allaient bientôt en payer le prix.
Elle se précipita dans la cage d'escalier et remonta à la surface en courant à toute allure. Elle hésita un moment avant de décider de passer à nouveau par les toits.
Yora traversa d'un pas vif le « quartier de la Reine », plongé dans l'obscurité comme à son habitude. L'alimentation électrique sautait régulièrement suite aux fréquentes échauffourées qui éclataient entre les deux camps qui se disputaient la cité. Au fil des années, les militaires de Gaïa avaient fini par ne plus pouvoir mettre un pied dans la zone sans être systématiquement attaqués, grâce aux sentinelles postées un peu partout. Exotica maintenait une pression constante sur eux et disposait de tout le soutien, passif ou actif, de la population locale. Ici, loin du centre névralgique de la Coalition, l'emprise de cette dernière pesait bien peu face à la misère quotidienne, aussi bien celle de la population désillusionnée que des soldats amers. Autant de partisans potentiels qui, dans le plus grand secret, venaient gonfler ses rangs.
La situation du commandant de la garnison n'aurait pas été si impossible s'il disposait encore du soutien de ses supérieurs. Mais les renforts n'arrivaient jamais et pour cause : la Reine avait infiltré les officiers assignés à la communication depuis bien longtemps. Dans ces conditions, s'approvisionner en ressources ne posait plus aucun problème. De son côté, la Coalition était déjà trop dispersée pour avoir conscience de ce qui se tramait. Exotica arrivait à développer son petit empire au nez et à la barbe de la toute puissante Coalition, ce qui possédait une forme d'ironie qui l'amusait énormément.
Yora n'avait jamais su si c'était son intelligence, sa témérité ou son humour décapant qui l'avait attirée en premier lieu chez celle qui se faisait appeler Exotica.
Debout devant la porte de sa chambre, la jeune femme remit nerveusement sa tenue en place avant de frapper à la porte.
Exotica leva le nez du document qu'elle étudiait à son bureau quand elle entendit Yora entrer. Elle la laissa la saluer et avancer jusqu'à elle avec un petit sourire qui n'était pas sans rappeler celui d'un prédateur. Yora se retint avec quelque difficulté de tomber dans le panneau et leva une main pour couper son élan.
"J'ai des nouvelles concernant les pirates d'Harlock", lança-t-elle sans préambule.
L'annonce eut l'effet escompté. La posture d'Exotica se raidit et le regard de la Reine se plissa alors que toute lascivité quittait son regard émeraude. Ce fut sur un ton calmement impérieux qu'elle lui demanda :
« Dis-moi. »
Yora inclina la tête avec déférence avant de commencer son rapport. Le sourire satisfait qui se formait lentement sur les lèvres de sa Reine valait tous les risques encourus.
« Tu les as cachés dans un endroit où nous n'avons plus qu'à aller les cueillir quand tu as vu que les gardes de Satô allait nous les ravir… Tu m'impressionnes, Yora », déclara-t-elle quand la jeune femme eût terminé.
Celle-ci tenta de hocher la tête avec humilité mais la chaleur sur ses joues vint ruiner ses efforts. Le sourire d'Exotica s'élargit.
« Pourquoi leur avoir dit qu'il s'agissait de mes hommes cela dit ?
– Je voulais voir leur réaction pour m'assurer qu'Harlock n'avait pas connaissance de toi, ma Reine, répondit Yora sans parvenir à maîtriser le tremblement d'excitation dans sa voix. Et c'est bien le cas.
– Heureusement que tu étais là pour les intercepter, je pensais qu'ils arriveraient beaucoup plus tard... Enfin. Allons récolter les fruits de ton dur labeur. »
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Plusieurs années passées aux côtés de ses hommes avaient donné à Harlock une sorte de sixième sens à leur sujet. Il pouvait deviner à la façon dont les cheveux de Kei étaient arrangés si elle avait bien dormi. Il savait associer un ensemble de plis sur le visage de Yuri au fait qu'il ne tarderait pas à venir lui soumettre un problème. Miimé échappait à toute lecture de langage corporel standard, mais même l'effleurement de son esprit contre celui du pirate pouvait présenter des nuances discernables en fonction de son humeur. De plus, il avait constaté avec satisfaction que tous les membres de la passerelle, nouveaux et anciens, avaient eux aussi acquis cette synergie qui leur permettait d'anticiper les demandes de leurs camarades et de se comprendre à demi-mot.
C'était bien le seul avantage qu'Harlock voyait à leurs soirées de beuveries excessives.
Par conséquent, il repéra bien vite les regards nerveux que s'échangeaient Yattaran et Dai – son chef communication – sous l'immense baie vitrée.
Yattaran anticipa sa question alors qu'il prenait sa respiration pour la poser.
"On a reçu un message, Capitaine."
Harlock leva un sourcil. L'Arcadia tendait à recevoir plus de tirs que de messages, amis ou ennemis, ce qui rendait cet événement intriguant en soi. Sitôt que Yattaran le délaissa pour remonter au niveau du Capitaine, Dai se retrouva assailli par les questions des autres. Pour toute réponse, le Capitaine le vit hausser les épaules avec un air incertain.
« La reine Exotica, ça vous parle ? » s'enquit l'ingénieur avec un calme trompeur.
Yattaran affichait une réticence qui ne lui était pas coutumière et parlait sur un ton plus bas qu'à son habitude. Harlock n'aimait pas ça du tout.
« Qui est-ce ?
– Eh bien apparemment, il s'agit de la cheffe d'un gang local quelconque sur la planète où on a envoyé Kei et le gamin. Il semblerait qu'elle les ait trouvés. »
Harlock réprima de justesse une réaction réflexe qui consistait à grogner et enfouir son visage dans ses paumes par lassitude. Laquelle de ses deux têtes brûlées était responsable de ce nouveau coup d'éclat ?
« Que veut-elle ? s'enquit-il sans réussir à s'empêcher de soupirer.
– Vous… comptez accéder à ses demandes Capitaine ?
– Bien sûr que non. Néanmoins il me paraît pertinent de juger de la détermination de notre ennemi si nous voulons tenter une quelconque mission de sauvetage », expliqua patiemment Harlock.
L'ingénieur se gratta l'arrière de la tête avec un embarras évident.
« Hem, oui, évidemment. »
Il baissa le nez sur le rapport que lui avait fourni Dai. Entre-temps, celui-ci avait eu le temps de relater son contenu à ses camarades curieux. Harlock perçut le silence qui était tombé sur la passerelle en même temps qu'il vit le visage de Yattaran se décomposer. Les mots du surdoué vinrent confirmer le sérieux de la situation.
« Elle… ne demande rien. Elle considère que les espions qu'on a envoyés constituent une déclaration de guerre. Ils seront exécutés dans deux jours. »
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Ce fut le plus petit bruissement de tissu à l'extérieur de la porte qui alerta Kei de la présence d'une présence inamicale. Ses doigts se refermèrent autour de la crosse de son arme avant même qu'elle ait ouvert les yeux. Elle se glissa hors du canapé en souplesse pour se précipiter sur Yama. Son jeune camarade prit un temps qui lui sembla infini pour se réveiller à son tour sous ses secousses. Il se crispa sous son étreinte mais eut heureusement la présence d'esprit de ne pas émettre le moindre son.
"Yama, murmura-t-elle dans son oreille, les gardes nous ont trouvé, ils vont entrer, à couvert !"
Il se redressa promptement et sans un bruit, à son grand soulagement. Ils enjambèrent en vitesse le dossier du canapé pour s'accroupir derrière, épaule contre épaule, dans une attente tendue.
Elle lui donna un coup de coude quand elle se rappela soudainement que Yama n'avait pas l'habitude d'être assailli par les soldats de la Coalition.
"Bouche-toi les oreilles ! Et dégaine ton arme", intima-t-elle, même si elle avait bon espoir qu'il y aurait pensé tout seul.
Un grognement exaspéré lui répondit. Elle sourit.
Une seconde plus tard, la porte explosa dans un vacarme assourdissant. Manifestement, ils avaient misé sur l'effet de surprise plutôt que sur une approche discrète et elle devait bien leur accorder que ça avait failli marcher. Un flash de lumière éblouissant explosa dans la pièce, accompagné d'un coup de tonnerre qui les aurait sonnés s'ils n'avaient pas anticipé l'assaut. Même avec leurs doigts isolant du mieux possible leurs fragiles tympans, ils grimacèrent sous le choc.
Sans perdre un instant, ils se redressèrent pour ouvrir le feu les premiers. Ils ne prirent pas le temps de réfléchir au fait qu'ils étaient désespérément en sous-nombre et que la seule issue était pour le moment occupée par une horde de soldats.
Très vite, la scène sombra dans la plus totale confusion. Kei s'était mise à hurler, aussitôt imitée par Yama, et les échanges de tirs en prime achevèrent de produire un boucan du diable. Leurs adversaires, ne s'attendant peut-être pas à les trouver alertes, ne comprenant peut-être pas ce qui se passait dans la pièce à cause des fumigènes qu'ils avaient eux-mêmes lancé, s'étaient mis à leur tour à pousser des cris.
Toutefois, leur position n'était pas défendable. Le moment de surprise passé, une voix tonitruante s'éleva pour ramener l'ordre.
« Arrêtez vos conneries ! Vous êtes cernés alors rendez-vous avant qu'on vous canarde ! »
Yama regarda Kei et ils partagèrent un soupir.
« D'accord, on va se rendre. Tirez pas », grommela la jeune femme.
Les deux pirates clignèrent des yeux quand la luminosité pourtant faible des lumières du couloir leur parvint. Yama et elles étaient chacun flanqués de deux hommes armés qui les dépassait facilement d'une tête. Kei attendit quelques secondes que ses yeux s'habituent à la luminosité avant de pouvoir jauger leurs chances. Son jeune camarade suivait le mouvement devant elle avec les épaules affaissés dans une posture abattue, pourtant elle savait qu'il était un peu plus malin que ce qu'il en avait l'air. Sans moyen de communiquer avec lui, elle allait devoir compter sur sa réactivité.
Alors qu'ils atteignaient la porte menant aux escaliers, elle donna un violent coup de coude dans le nez de l'homme à sa droite et se jeta aussitôt après sur celui à sa gauche. Un instant plus tard, le crâne de ce dernier percuta le mur dans un craquement sinistre. Attrapant sa victime par le col, elle le fit pivoter pour s'en servir comme d'un bouclier face aux trois autres derrières, à qui le choc de porter le coup final à leur camarade fit perdre quelques précieux instants. Tout en brandissant l'arme de son bouclier humain, elle vit du coin de l'œil Yama qui se démenait avec l'agilité qu'elle lui connaissait pour venir à bout de ses propres adversaires. Un sourire satisfait étira les lèvres de la jeune femme.
Les tirs recommencèrent à résonner dans le petit couloir, et avant de réussir à abattre les trois qui fermaient la marche, elle récolta la morsure d'un laser dans son flanc droit. La douleur faillit lui arracher un cri de souffrance et de colère mêlées mais elle se contint. Elle pivota juste à temps pour voir un de leurs adversaires lever son arme vers Yama. Celui-ci, encore aux prises avec un autre, n'avait rien vu. Le garde s'écroula avant d'avoir pu tirer sur le jeune homme. Dans la seconde qui suivit, celui-ci acheva sa besogne. Il sembla réaliser au moment où le corps de son assaillant s'affaissa ce que ses très bons réflexes l'avaient poussé à faire. Ses yeux s'écarquillèrent mais son corps se figea, refusant de bouger.
Kei posa une main ferme sur son épaule.
« Plus tard, le cas de conscience, lui dit-elle doucement. Y en a sûrement d'autres dehors à nous attendre. Faut pas traîner, on monte sur le toit et on repart d'où on est venus. »
Elle donna une impulsion à son épaule pour qu'enfin il arrache son regard de l'homme qui agonisait sur le sol et acquiesce d'un hochement de tête hagard. Son expression retrouva une ombre de détermination la seconde d'après. Kei n'émit pas le grognement qui la démangeait, elle avait oublié comment étaient les nouveaux pendant leurs premières sorties. Il faudrait bien que ça suffise.
Ils remontèrent les escaliers quatre à quatre jusqu'au toit. Il fallut peu de temps aux hommes et aux femmes postés dehors pour comprendre que les choses n'avaient pas tourné comme prévu. Leurs pas se mirent à résonner derrière eux alors qu'ils atteignaient le bord du toit. La course poursuite reprit, plus haletante que précédemment, mais Kei n'en était pas à son coup d'essai et Yama était loin d'être aussi inutile qu'elle avait voulu le croire pendant ses premiers jours sur le vaisseau. Ils se suivaient sans avoir besoin de communiquer verbalement et réussirent à garder leurs distances avec leurs poursuivants. Quand ils arrivèrent en vue d'un fossé si large entre leur immeuble et le suivant qu'il fallait un pont de fortune pour le traverser, Kei crut qu'ils allaient réussir à s'en sortir facilement. Mais tandis qu'elle s'affairait à détruire le pont qui leur aurait permis de les suivre, elle capta du coin de l'œil un de leur poursuivant qui, malgré la distance qui les séparait, avait orienté le canon de son arme vers eux. Tous les muscles du corps de Kei se tendirent par réflexe pour esquiver un tir qui ne vint pas.
Derrière elle, Yama poussa un glapissement de surprise et s'effondra.
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L'escouade progressait rapidement au sein du quartier général de la garnison. A leur décharge, les trouffions assignés sur ce caillou stérile l'étaient généralement parce qu'ils approchaient de la fin de leur carrière ou en guise de punition, de sorte que leur motivation et leur réactivité laissaient à désirer. Dans de telles conditions, Exotica n'avait pas besoin d'offrir grand-chose pour les rallier à sa cause. La facilité avec laquelle ils avaient changé de camp – plutôt que de le faire par réelle conviction comme Yora – faisait grincer la jeune femme des dents mais sa Reine possédait une âme plus généreuse que la sienne et acceptait toute reddition sans discuter.
Etonnamment, même face à leurs propres camarades et sans aucune raison de rester fidèles à Gaïa, Yora fut contrainte d'en abattre certains qui s'entêtaient encore à refuser l'évidence.
L'escouade fut prompte à enfoncer la double porte qui menait à la salle principale. Les hommes et les femmes d'Exotica, dans leurs uniformes rapiécés, se mirent en joue d'un même mouvement, la pointe de leurs armes braquée sur le Colonel Satô dans une posture sans équivoque. Celui-ci se tourna vers la troupe qui l'entourait mais l'ordre qu'il se préparait à aboyer resta coincé dans sa gorge quand il constata que personne ne semblait opposer de résistance. Tous se contentaient de le regarder sans un mot, attendant…
« Bonsoir, Satô. »
Gardant leur ancien commandant dans leur ligne de mire, les premiers rangs armés s'écartèrent pour laisser passer leur Reine. Et Yora put ainsi voir le moment précis où son ancien commandant compris qu'il n'avait jamais eu aucune chance contre eux. Il inspecta tour à tour les visages de ceux qui avaient passé de frustrantes années sous ses ordres et qui lui renvoyaient aujourd'hui une froide défiance. Son regard déterminé marquait son refus d'abandonner mais ses épaules affaissées trahissaient son désespoir.
Satô fut exécuté sur le champ, après avoir refusé sans hésiter la proposition pourtant généreuse de devenir un officier dans l'armée de la Reine. Son corps fut évacué séance tenante pour faire place au briefing en urgence dédié à la préparation de l'arrivée d'Harlock.
C'était cette promesse qui en avaient convaincu beaucoup. Tous rêvaient de la puissance de feu inégalée de l'Arcadia, unique lueur d'espoir face à Gaïa. Yora voyaient dans leurs postures et sur leurs visages l'anticipation fébrile qu'elle ressentait depuis des jours. Tous sentaient, sans avoir besoin de le dire, que leur révolte mineure allait prendre un jour nouveau grâce à leur Reine.
Celle-ci se tenait au bout de la table, seule, imposante, superbe. Elle promenait sur ses hommes et ses femmes un regard aiguisé avec un sourire qui exprimait sa fierté.
"Vous avez été parfaits. Et si l'arrivée d'Harlock n'était pas imminente, je pourrais prendre un moment pour flatter votre ego mais nous n'avons pas encore ce luxe. Cependant, j'aimerais prendre un instant pour remercier particulièrement Yora, dont le triple jeu crucial, mené d'une main de maître, va nous permettre de récupérer sans effort un bien qui échappe même à Gaïa."
Le cœur de l'interpelée rata un battement quand elle entendit son nom tomber des lèvres de sa Reine. Autour d'elle, un murmure d'appréciation parcourut la troupe dont l'attention se trouva soudain braquée sur elle. Quelques uns de ses camarades lui tapèrent dans le dos avec un grand sourire.
Exotica attendit patiemment que les effusions se calment avant de reprendre.
« Je veux qu'on active l'arme dès à présent. Gaïa a eu sa chance avec elle et n'a manifestement pas su la mettre à profit, c'est notre tour à présent. Elle doit être chargée quand l'Arcadia arrivera mais ne pas être utilisée sauf en dernier recours. Je vous rappelle que contrairement à la Coalition, nous ne voulons pas détruire ce vaisseau. Harlock n'attaquera pas dès sa sortie d'hyperespace, puisque ses agents sont sur notre territoire, et cela devrait nous laisser assez de temps pour lui expliquer sa situation. »
Yora échangea un bref regard avec le général de l'armée d'Exotica, qui lui rendit un petit sourire empli de fierté. Peu importait, au fond, qu'ils n'aient pas encore réussi à capturer Kei et son acolyte et que tout ceci ne reposait que sur un coup de bluff de plus. Il n'aurait pu en être autrement avec Exotica à la tête des opérations. Son règne s'était bâti sur ce genre de coups de poker suicidaires, c'étaient ses succès improbables qui avaient forcé le respect de ses troupes.
La Reine gratifia l'assemblée d'un sourire conquérant.
« Mesdames, messieurs, préparez-vous à sabrer vos meilleures bouteilles. Bientôt, l'Arcadia sera entre nos mains. »
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« Gaïa a anticipé notre arrivée ?
– Non Capitaine, le contredit Yattaran en fronçant les sourcils sur sa console. Il n'y a que trois cuirassés et ils sont loin d'être les derniers modèles disponibles. Je dirais que c'est le semblant de flotte dont dispose ce caillou perdu.
– Ils nous hèlent, Capitaine », annonça Dai depuis l'étage inférieur.
Harlock signifia son accord par un simple hochement de tête.
La jeune femme qui apparut sur leur écran principal de communication affichait une expression pleine d'assurance qui faisait briller ses yeux émeraude. Son regard trouva directement celui d'Harlock avec une avidité qui n'était pas sans rappeler celle d'un prédateur.
"Bonsoir, Arcadia. Soyez suffisamment aimables pour rester précisément où vous êtes et de ne pas ouvrir le feu sur nos vaisseaux ou notre installation, sans quoi nos échanges vont rapidement tourner au vinaigre."
La déclaration, prononcée sur un ton allègre et un sourire enjoué, ne manqua pas de provoquer quelques remous dans l'assistance. Seul, comme à son habitude, Harlock ne montra aucune réaction.
Son silence ne sembla pas perturber Exotica le moins du monde, qui enchaîna sans hésiter.
"Je doute que l'arme que je braque actuellement sur vous te soit familière, malgré ton réseau étendu d'informateurs. J'ai en ma possession un dispositif capable de faire exploser ton réacteur de matière noire, et je pense que même toi, tu ne survivrais pas. Sans parler de ton précieux équipage."
Tous les regards convergèrent simultanément vers le Capitaine, qui leva un sourcil dubitatif.
"Je suis tenté de dire que tu bluffes.
– Ne serait-pas rassurant ? s'esclaffa-t-elle. Comme je suis de bonne humeur, je vais te faire la grâce de te prouver ce que j'avance. Demande à ta Nibelung si elle est au courant de la faille dans le circuit d'admission de la matière noire."
Visiblement malgré lui, l'œil unique du pirate glissa vers sa compagne de toujours. Celle-ci semblait incapable de quitter la Reine de ses yeux devenus immenses, jusqu'à ce que l'attention que le Capitaine porta sur elle lui fasse baisser la tête vers le sol.
Harlock prit une discrète inspiration.
« Il semblerait que tu sois en position d'infériorité, Harlock, pour une fois, constata la Reine avec un petit rire.
– Je suis simplement venu récupérer mes agents. Contrairement à ce que tu crois, nous ne cherchons pas le conflit avec toi.
– C'est bien dommage parce que c'est précisément ce que moi je recherche ! Enfin, je cherche plutôt à m'emparer de ton vaisseau, mais je ne dis jamais non à un combat quand il se présente de lui-même à ma porte. Amorce la moindre manœuvre offensive et ton vaisseau explosera en plein vide spatial.
– Qu'en est-il de Kei et Yama ?
– Eh bien... Je crois qu'ils sont encore en vie, du moins pour l'instant. On m'a rapporté que le gamin avait vaillamment résisté à sa capture, il est dans un sale état. Plus longtemps tu traîneras et plus tu risqueras la vie de ton officier. »
Harlock eut soudain la douloureuse impression que ses entrailles s'étaient transformées en plomb. Il dut se faire violence pour respirer normalement et ne pas perdre son sang-froid.
« J'aurais besoin de temps pour discuter de tout cela avec les miens. Permets au moins à Yama de monter à bord pour recevoir des soins.
– Ah oui, l'univers serait un endroit beaucoup plus sympathique si nous obtenions tous ce dont nous avons besoin sur simple demande, n'est-ce pas ? répondit-elle sur un ton aimable. Malheureusement, en ce qui me concerne, je suis très peu encline à te laisser le temps d'établir un plan d'action. N'abuse pas de ma patience, Harlock. Je peux abréger les souffrances de ton homme si c'est ce qu'il te faut pour te décider.
– Il n'y a aucune raison d'exécuter mon équipage pour arriver à tes fins. Procédons à un échange. Je peux descendre te voir pour négocier et tu peux renvoyer Yama à ma place. »
Exotica plissa les yeux, comme si elle essayait de deviner ce qu'il avait en tête.
« L'Arcadia est bien plus utile en un seul morceau, tu ne penses pas ? » soupira le pirate avec résignation.
Le murmure consterné qui parcourut le pare-terre de pirates fut particulièrement douloureux mais il l'ignora néanmoins. L'expression d'Exotica se modifia l'espace d'un instant pour afficher un air victorieux, très vite effacé pour afficher à nouveau sa fausse amabilité.
Le silence s'étira pendant quelques instants d'agonie avant que la Reine ne fasse son choix.
« Ta coopération est grandement appréciée. Je t'envoie les coordonnées. Yama sera expédié par retour de navette. Ne me fais pas attendre. »
Sitôt que la communication se coupa, la passerelle explosa en bruyantes protestations des pirates présents. Les plus jeunes hurlaient leur indignation et leur envie d'en découdre tandis que les anciens tentaient de couvrir le vacarme pour connaître le plan du capitaine. Il devait certainement avoir un plan, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas envisager de rendre l'Arcadia sans combattre ?
Un calme relatif revint quand il leva une main pour prendre la parole mais ses mots ne firent rien pour les rassurer.
« Messieurs, du calme, nous n'avons pas le temps de perdre la tête. Yattaran, accompagne-moi à la baie, j'ai à te parler. »
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Quelques poignées de minutes plus tard, la navette d'Harlock se posa en douceur dans la baie d'atterrissage du quartier général de la garde.
Exotica envoya Yora et une paire de sa garde personnelle pour aller l'accueillir. Sans surprise, Harlock avait amené deux membres de son équipage avec lui, ce qui poussa la Reine à s'interroger sur leur intérêt. Toutefois, ils n'étaient pas armés, elle n'émit donc pas d'objection à leur présence. Quoi qu'il arrive, ils se trouvaient toujours en sous-nombre. Tandis qu'ils gagnaient l'intérieur du bâtiment, un groupe de soldats amena un pod médicalisé à la navette, qui se hâta de redécoller avec son chargement.
Ils s'installèrent tous dans la salle de débriefing. Le reste de sa garde personnelle se trouvait à ses côtés, leurs fusils prêts mais baissés, dans une posture nonchalamment dominante. Pourtant, le champion dans ce domaine restait le capitaine de l'Arcadia. Aussitôt qu'il pénétra dans la pièce, l'atmosphère sembla se modifier légèrement. Elle devait admettre qu'il possédait un magnétisme naturel indéniable. Il dégageait une autorité naturelle qu'elle se surprit à envier légèrement quand il posa les yeux sur elle avec un calme parfait.
Cependant, elle ne se laissa pas démonter, observant son opposant avec un intérêt distant. Combien d'autres avaient tenté de saper son autorité, marcher sur ses plates-bandes, s'imaginant qu'elle les laisserait faire parce qu'ils montraient les dents et qu'elle ne perdait pas son sourire ? Au final, elle se montrait toujours plus féroce qu'eux. Ils avaient tous fini par comprendre que ce sourire ne cachait aucune gentillesse. Et Harlock ne ferait pas exception, pas maintenant qu'elle détenait le moyen de lui retirer son unique avantage.
« Je te souhaiterais bien la bienvenue, lança-t-elle avec un charmant sourire, mais tu n'auras pas le temps de profiter des lieux assez longtemps pour que ça en vaille la peine.
– Je dois admettre que ta prise de pouvoir est impressionnante, dit Harlock en hochant la tête comme s'il était d'accord avec elle. J'espère simplement que Gaïa n'aura pas vent de ta petite révolution, je doute qu'ils apprécient. »
À cela, elle jeta un regard en arrière vers ses hommes, qui affichaient la même expression moqueuse qu'elle. Il allait sans dire que prendre le contrôle des communications avait été sa première préoccupation. Dès qu'il était devenu clair que Gaïa ne se souciait absolument pas de ce qui se passait ici, il avait été facile de les maintenir dans l'ignorance. Toutefois, elle ne ressentait aucun besoin de se justifier face à lui, elle choisit donc de recadrer la discussion sur le sujet qui l'intéressait.
« La Coalition n'a jamais semblé t'inquiéter outre mesure malgré leur nombre et je parie que je peux accomplir les mêmes prouesses grâce au vaisseau que tu m'as si gentiment apporté. »
Elle laissa patiemment le pirate composer sa réponse, se délectant de chaque phase de son plan qu'elle déroulait devant lui.
Elle salua mentalement son sourire ironique qui ne faiblissait jamais.
« Je me dois de te mettre en garde, ce n'est pas de tout repos, même avec l'Arcadia. »
A cela, elle se redressa dans son siège, le visage complètement fermé. Le temps des plaisanteries avait assez duré, d'autant qu'elle ne comptait pas vraiment sur son accord. Elle accrocha son regard avec le sien, penchée en avant sur la table qu'elle frappa du plat de la main dans un geste calculé. Chacun de ses mots était soigneusement haché.
« Voici ce qui va se passer Harlock, puisque tu sembles entretenir la douce illusion selon laquelle tu as encore ton mot à dire. Tu vas me donner le commandement de ton vaisseau sans condition et si je suis d'humeur clémente, je laisserai ton équipage partir en vie. En revanche, tu me vois navrée de t'annoncer que tu ne fais pas partie de ceux qui en réchapperont. Tu comprends, j'espère », conclut-elle sur un ton doucereux.
Les deux pirates qui accompagnaient leur capitaine se raidirent visiblement, vainement prêts à défendre leur capitaine malgré le fait qu'ils étaient désarmés. Impassible, Harlock leva un sourcil intrigué.
« Pourquoi m'avoir proposé de négocier si tu n'en as ni l'intention ni le besoin ? s'enquit-il d'une voix calme.
– Ce n'est pas ta présence ici qui est importante, Harlock, susurra-t-elle en laissant son amusement transparaître. Mais celle de mes agents que j'ai envoyé sur l'Arcadia en lieu et place de ton Yama. Sans toi à bord, la résistance de l'Arcadia disparaît. »
Des rires s'élevèrent autour d'eux. Elle-même resta de marbre, guettant la réaction du pirate. Ils arrivaient au point culminant de toute son opération. Elle avait abattu ses cartes et c'était maintenant que tout se jouait. Enfin il comprenait qu'il n'avait jamais eu la moindre maîtrise sur la situation. Il avait espéré venir secourir ses camarades, au lieu de quoi ils l'avaient piégé comme un rat. Ils allaient éliminer toute résistance et s'emparer en douceur de son précieux vaisseau sans qu'il ne puisse rien y faire.
Harlock la regarda pendant un instant avec l'impassibilité qui faisait sa réputation, puis une expression qu'elle ne s'attendait pas à trouver là habilla lentement ses traits.
Plutôt que de rester figé par l'effroi au vu de sa situation catastrophique, son sourire devint triomphant. Cependant, la chaleur de son expression n'atteint pas son regard.
« Dans ce cas je te suggère de considérer une chose avant de t'en prendre à moi ou à mon vaisseau.
– Pourquoi devrais-je t'écouter ? l'interrompit Exotica.
– Tu as bien quelques minutes à m'accorder, non ? De plus je pense pouvoir encaisser une première salve de vos tirs sans problème et c'est à peu près le temps qu'il faudra à ta maigre flotte pour s'apercevoir qu'ils sont en position de faiblesse. »
Quelque chose dans le regard sereinement moqueur du Capitaine de l'Arcadia commandait l'attention. Il laissait entrevoir qu'il savait quelque chose dont Exotica n'avait pas connaissance. Et cela doucha l'assurance de ses hommes. Inconsciemment, ils commencèrent tous à sentir la situation leur glisser des doigts.
« Vois-tu, je sais exactement où tu as obtenu cette information, poursuivit-il. Je te suis reconnaissant de me l'avoir confirmé, j'avais peur que la rumeur n'ait pas circulé.
– Quelle rumeur ? demanda-t-elle malgré elle.
– Tu n'es pas sans savoir que la désinformation est une arme indispensable quand tu es en sous-nombre. Tu en as certainement usé de ton côté pour en arriver là où tu es. Tu as cru avoir trouvé la poule aux œufs d'or quand tu as fini par récupérer suffisamment d'informations sur cette fameuse faille que tu mentionnais plus tôt pour les confier à tes ingénieurs. Mais tu ignorais que cette faille avait été soigneusement comblée depuis longtemps. Crois-tu que Gaïa n'aurait pas saisi cette chance si elle avait véritablement une arme contre moi à sa disposition ? »
Une sensation glacée à laquelle elle n'était pas familière commença à se répandre dans son abdomen. Le doute. Elle qui réussissait toujours ses paris pour récolter la mise, elle sentait pour la première fois son assurance s'ébranler. Et si...
Mais c'était impossible ! Elle avait eu les plans officiels sous les yeux, elle avait parlé avec des informateurs qui savaient ce qu'ils disaient… Elle avait soigneusement tout étudié !
Profitant de son silence, Harlock se leva et fit quelques pas nonchalants dans sa direction. Mal à l'aise, Exotica se leva à son tour. Toutefois, elle ne bougea pas de là où elle était et l'écouta continuer malgré elle.
« C'est quand tu as parlé du circuit d'admission de la matière noire que j'ai compris. Tu l'as dit toi-même, notre réseau d'informateurs est étendu. Nous avions soigneusement distillé cette désinformation il y a un moment déjà. Mais il faut reconnaître que ça avait peu de chances de réussir et nous nous sommes vite rendu compte que Gaïa ne mordrait pas à l'hameçon. Néanmoins, la légende semble avoir persisté parmi les moins bien informés qui refuse encore de croire à mon infaillibilité et nous nous retrouvons ainsi dans la situation où nous sommes actuellement. »
Les deux pirates derrière lui se redressèrent, quittant leur apathie, se mettant même à sourire à leur tour. À leur inverse, le visage d'Harlock se ferma et son regard dur se planta impitoyablement dans celui de la Reine. Il fit encore un pas vers elle et elle recula instinctivement. Un frisson parcourut l'échine d'Exotica.
Elle commençait enfin à comprendre ce qui effrayait tant les hommes et les femmes qui avaient affronté Harlock.
Quand il parla à nouveau, sa voix n'était plus qu'un murmure menaçant qu'instinctivement, tous se penchèrent en avant pour écouter.
« Alors je suggère qu'avant de t'en prendre encore à mon navire et à mon équipage, tu réfléchisses à la position dans laquelle tu t'es mise. L'Arcadia se trouve en orbite autour de ta planète, directement au-dessus de nous et possède la puissance de feu nécessaire pour éradiquer tes trois cuirassés sans se fatiguer. Quand ce sera fait, elle sera en mesure de pilonner ta base et avec la force de frappe dont tu disposes, tu auras de la chance si tu arrives à abîmer mon pavillon. Tu vas maintenant m'indiquer où je peux trouver mes deux agents et si je suis d'humeur clémente, je repartirai sans vous exterminer jusqu'au dernier. Quant aux hommes que tu as introduits dans mon vaisseau, tu peux les considérer comme perdus. »
Un silence de mort s'abattit sur la scène. L'œil unique d'Harlock envoyait des éclairs, et malgré leur faible différence de taille, il la dominait complètement. Même noyée sous la panique qui commençait à l'envahir alors qu'elle essayait de calculer si ce qu'il disait tenait la route, Exotica devait reconnaître sa capacité à imposer sa volonté sur une audience.
« Tu as perdu, conclut Harlock dans un grondement. J'espère pour toi que mon second et son camarade me reviendront en un seul morceau. »
Aucun de ses hommes ne pipa mot, ce qui était tout à leur honneur. Ce fut la Reine elle-même qui abandonna, avec une maîtrise d'elle-même qui se délitait à vue d'œil.
« Nous ne les avons pas. Ils nous ont échappé pendant la capture », balbutia-t-elle.
C'était une sensation vertigineuse de se trouver sous ce regard scrutateur et insondable. Elle sentait ses émotions passer sur son propre visage sans pouvoir les empêcher de la trahir. Le pirate émit un grondement en s'approchant encore.
« C-c'est vrai, je le jure ! Tu peux fouiller tout le bâtiment, tu ne les trouveras pas. »
Dans un flash, le visage sans vie de Satô lui souleva l'estomac en passant brièvement devant ses yeux. Elle eut peur pendant un instant qu'Harlock l'exécute comme elle s'était débarrassée du militaire mais il finit par se détourner et s'adresser directement à son vaisseau, relâchant son regard pendant un instant.
« Yattaran. Tout va bien ? … Très bien, joli travail. En revanche, Kei et Yama ne sont pas ici, on va aller les chercher. Envoie-moi le personnel médical dont tu pourras te séparer, je te prie. »
Il hocha à nouveau la tête en réaction à la réponse de son lieutenant et ajouta, toujours à l'intention du dénommé Yattaran, plantant à nouveau son regard dans celui de la Reine :
« Je veux que tu ouvres le feu à pleine puissance sur leurs vaisseaux si tu détectes la moindre menace ou si tu perds le contact avec qui que ce soit. Ne t'arrête pas de tirer tant que leur flotte ne sera pas réduite en miettes. »
Les pirates quittèrent la pièce au pas de charge. Figée sur place, Exotica réalisa enfin qu'elle avait perdu.
o-o-o-o-o-o-o-o
Kei se maudit, pour la énième fois, de n'avoir pas écouté son instinct.
Elle avait pourtant senti que cette Yora n'était pas claire. Soit, elle les avait sauvés et elle connaissait la phrase clef attendue, mais malgré cela, quelque chose dans l'attitude de la jeune femme l'avait alertée.
Et parce qu'elle ne s'était pas écoutée, ils avaient bien failli se faire capturer.
Et Yama allait y passer.
Le temps s'était presque arrêté quand elle s'était retournée pour voir Yama au sol, une tache de sang grandissant à vue d'œil sous les mains qu'il tenait plaquées sur sa cuisse. Une profusion de jurons s'échappait de sa bouche sous le coup de la douleur mais contrairement à elle, il n'avait pas encore réalisé la gravité de sa blessure.
Leurs poursuivants avaient eu suffisamment de retard sur eux pour qu'elle puisse attraper le jeune homme à bras le corps et le traîner avec elle jusqu'à la rue. Malgré la souffrance inscrite sur ses traits, le jeune homme avait réussi à courir à côté d'elle, propulsé par l'adrénaline qui courait dans ses veines. Aidés par l'obscurité ambiante, ils avaient trouvé refuge dans une gare désaffectée à quelques pâtés de maison de là.
Elle avait fait ce qu'elle avait pu pour endiguer l'hémorragie mais son entraînement médical était plus que rudimentaire. La blessure avait laissé échapper un volume de sang alarmant à cause de l'effort que leur course lui avait infligé. Un rideau épais arraché à une fenêtre recouvrait vainement son corps tremblant, de sorte que seul son visage au teint cireux était visible. Il avait sombré dans un coma léger une demi-heure auparavant, malgré ses efforts pour le faire parler. L'angoissante vérité était qu'il n'y avait rien de plus à faire que l'installer confortablement et la frustration lui donnait envie de casser tout ce qui se trouvait dans la pièce.
Elle renversa la tête en arrière pour la reposer sur le mur contre lequel était assise. La respiration de Yama était devenue presque inaudible dans le silence pourtant total. Son pouls faiblissait sous ses doigts. La fatigue se faisait cruellement sentir dans les muscles surmenés de la jeune femme. La douleur dans son flanc n'était plus qu'un battement sourd qui tapait au rythme de son cœur.
« Allez, marmonna-t-elle en essuyant ses larmes d'un geste rageur. C'est pas le moment de se laisser abattre. Il f… »
Elle se redressa d'un bond quand son communicateur crachota dans son oreille et son cœur fit un bond presque douloureux dans sa poitrine. Le vacarme contre ses tympans était tel qu'elle faillit ne pas reconnaître la voix d'Harlock.
