Bonsoir tout le monde !
Je poste un peu tard, mais je viens tout juste de terminer ce chapitre 6, qui est quand même assez long, du moins plus long que les chapitres précédents.
Je pense que la deuxième scène risque de vous choquer un peu... Si c'est le cas, ce sera à vous de me le dire ! Je ne passe pas l'histoire en M, car il n'y a rien de graphique dans ce que j'ai écris, du moins je l'espère. Vous serez certainement un peu dégoutté mais j'espère rien de plus.
Donc, il me faut vos avis ! Mais avant toute chose, lisez !
Chapitre 6
Les jours qui suivirent la promenade à Meryton virent les occupants de Longbourn ainsi que leurs voisins de Netherfield restreints dans leurs déplacements par la forte pluie qui s'abattit sur le comté du Hertfordshire. Après trois jours de pluie incessante, l'humeur des habitants des deux domaines commençait à tourner. L'étroite proximité entre certains en devenait intenable pour les autres.
À Longbourn, tous souffraient de la présence de M. Collins. Mme Bennet déplorait ce temps qui n'autorisait personne à sortir et l'empêcher ainsi de bouter leur nouvelle relation hors de la maison. Elle ne supportait pas sa présence plus de dix minutes consécutives et le renvoyait systématiquement vers son mari, ou dernièrement, ses appartements. M. Bennet, qui aimait d'ordinaire profiter du calme et de la solitude qu'il trouvait dans sa bibliothèque, devait étouffer un soupir à chaque fois qu'il voyait son cousin pénétrer dans son antre, et finit par demander à sa femme de ne plus lui envoyer leur invité. Les jeunes filles n'étaient pas en reste. Les cadettes regrettaient de ne pouvoir aller à Meryton visiter leurs amis et les commerçants, mais la vue de M. Collins leur rappelait, pour leur plus grands fous-rires , la dispute qui avait éclaté entre leur mère et leur cousin à son arrivée à Longbourn. Enfin, Jane et Elizabeth, que la présence de leur cousin rendait indifférentes, étaient plus contrariées par la pluie que par leur cousin. Comme les sols étaient abondamment trempés, les déplacement étaient réduits au strict minimum. Il était hors de question pour un membre de la famille de mettre un pied dehors. Et pour Elizabeth, ceci signifiait également qu'elle devait mettre un trait, jusqu'à ce que la pluie cesse, sur ses promenades quotidiennes, et ainsi donc son rendez-vous secret avec le gentilhomme du Derbyshire. Jane, d'apparence plus calme et dont on pourrait penser que rien ne puisse contrarier, était désolée de ne pouvoir recevoir leurs amis, et en particulier le gentilhomme locataire de Netherfield.
À Netherfield d'ailleurs, l'humeur générale n'était guère meilleure. M. Hurst, que les préoccupations principales étaient de manger et de dormir, fut cependant un peu chagriné de constater que la pluie ne lui permettait pas de s'adonner au sport qu'il était venu pratiquer en Hertfordshire, à savoir la chasse mais ne manifesta son mécontentement qu'avec une rapide et grossière lamentation avant de s'étendre de tout son long sur les confortables canapés du salon pour une sieste pas vraiment méritée. Sa femme, Louisa, était un peu indifférente à ce que le ciel offrait en dehors du manoir. Son esprit était plus centré sur les problèmes de sa sœur, notamment son obsession à vouloir devenir la future Mme Darcy. Depuis que Caroline et elle avaient rencontré M. Darcy, Caroline s'était mis en tête qu'elle serait -par tous les moyens- la future Maîtresse de Pemberley. Son discours à ce sujet était devenu de plus en plus présent si bien qu'une journée ne passait pas sans que Louisa soit rappelée du fait que sa sœur ferait un excellent mariage. Louisa avait également remarqué que depuis qu'ils avaient rencontré les Bennet, Caroline tenait des discours plus cinglant sur ses vis-à-vis, critiquant et rabaissant chaque femme qui passait sous les yeux de celui qu'elle s'entêtait à croire son promis. D'ailleurs, ce dernier, fatigué de devoir supporter la présence de cette odieuse femme qu'est Mlle Bingley, s'était résigné à se cacher dans sa chambre -et à fermer la porte à clé- pour s'extirper des griffes de cette harpie, car même la bibliothèque, lieu où Mlle Bingley ne s'aventurait pourtant jamais, avait fini par être souillé par la présence de la diablesse. Mais ce qu'il regrettait le plus, c'était de ne pouvoir voir le beau et malicieux visage de Mlle Elizabeth Bennet. Il regardait à la fenêtre plusieurs fois par jour, étouffant un grognement quand la pluie redoublait en intensité et l'éloignait plus encore de sa promenade avec la belle qui occupait ses pensées, dans les moments de répit où il avait réussi à semer sa peste d'hôtesse. Et M. Bingley n'était d'aucune aide. Celui-ci était comme absent, déconnecté de la réalité de Netherfield et du désarroi de son ami, plongé dans ses rêves et ses souvenirs de la belle Mlle Bennet, qu'il imaginait partageant plusieurs moments forts de sa vie future. Le Colonel Fitzwilliam ne fut pas d'une grande aide non plus. Il n'était resté qu'un jour à Netherfield avant de repartir pour Londres afin de rejoindre ses troupes. Il avait lancé un « Courage ! » à son cousin M. Darcy avant de monter sur son cheval en riant et de galoper vers la capitale.
Toutefois, la pluie, bien qu'incommodant la vie sociale des habitants de Meryton et de ses alentours, n'empêchait pourtant pas les préparatifs pour le bal de Netherfield de se dérouler. Mlle Bingley devait stopper sa chasse au Darcy quelques heures par jour pour se consacrer aux préparatifs du bal que son frère avait eu l'idée saugrenue de donner en l'honneur des gens de Meryton mais Caroline était bien déterminée à montrer à ces sauvages de Hertfordshire ce qu'était un bal digne des plus hauts cercles de la société, les bals qu'on ne trouve qu'à Londres. Ainsi, elle s'affaira à créer un bal dont la somptuosité resterait gravée dans les mémoires des citoyens de la bourgade pour des années à venir.
Finalement, la pluie cessa, seulement quatre jours avant le bal, pour le plus grand bonheur de tous. Mme Bennet avait réussi à dégoter des robes pour ses filles mais la pluie l'avait empêché de visiter la couturière pour faire les retouches nécessaires aux toilettes. Au premier rayon de soleil, elle appela la voiture et dans les instants qui suivirent, elle était en route pour Meryton, ses filles regroupées, parfois de force, avec elle. Elizabeth, en particulier, était particulièrement fâchée que sa mère l'ait soustraite à sa promenade. Peut-être, se disait-elle, allais-je enfin pouvoir voir M. Darcy ? Cette pensée l'a fit soupirer, ce qui attira l'œil de Jane, qui lui adressa un sourire compréhensif.
En arrivant chez la couturière, Elizabeth manœuvra afin d'être la première à passer sous les mains expertes de la bonne femme et ainsi à être la première libre de cette corvée d'essayage et de retouches. Prévenant une de ses sœurs qu'elle rentrait à pied et qu'elle comptait faire sa promenade, Elizabeth prit le sentier qui menait vers Longbourn et Netherfield puis prit le chemin à travers bois qui menait jusqu'à Oakham Mount. À chaque pas, elle revoyait le visage qu'elle connaissait désormais si bien de M. Darcy. Lorsque après une bonne heure de marche elle arriva enfin au sommet de la douce montagne, elle rencontra le modèle -bien vivant- qui l'avait visité dans ses rêves jours et nuits depuis leur rencontre. Ses souvenirs ne lui avaient pas rendu justice. Elle le trouva encore plus beau qu'avant. Peut-être est-ce la séparation qui me l'a rendu plus cher, se demanda-t-elle, rougissant en admettant que M. Darcy prenait une place toujours plus importante dans son cœur.
M. Darcy attendait patiemment que sa belle arrive. Lorsqu'il s'était réveillé ce matin, le bruit familier du clapotis des gouttes d'eau s'écrasant contre les fenêtres avait disparu. À sa place, un soleil rayonnant s'élevait dans le ciel, annonciateur d'une belle journée. Sans attendre d'avantage, M. Darcy sonna son valet afin qu'un bain lui soit préparé et demanda que son cheval soit attelé. Enfin, se dit-il, aujourd'hui je vais pouvoir la revoir. Ses préparations terminées, M. Darcy fila aux cuisines pour prendre une légère collation et quelques fruits. Il poussa son cheval au galop, les deux ayant besoin d'exercice après avoir été confiné l'un dans le manoir et l'autre dans les écuries. Il arriva rapidement au sommet d'Oakham Mount et constata qu'il était seul. Attachant son cheval à un arbre, il s'assit sur un banc en pierre. Aurais-je manqué à Mlle Elizabeth durant ces quelques jours ? J'espère que oui. Elle est tellement différente de toutes ces femmes que j'ai connu à Londres. Je me demande ce que Père pensera d'elle. J'espère de tout cœur qu'il l'approuvera. Cette pensée le fit s'arrêter. Approuver ?! Comme si je voulais sa bénédiction ? Sa bénédiction pour un mariage ?! L'idée d'être marié à Mlle Elizabeth Bennet ne gêna pourtant pas M. Darcy, qui au contraire, réflexion faite, serait bien heureux de faire de la belle jeune femme la nouvelle Mme Darcy. Je crois que je vais vite en besogne. Mais c'est vrai que je suis toujours à l'aise en sa compagnie. Je suis sûr que Georgiana l'adorera, mais Père ? Il pourra citer l'obstacle de la fortune, pensa-t-il en se levant, observant les domaines voisins de Longbourn et de Netherfield. Les Bennet sont aisés certes, mais ils n'ont pas une grande fortune. Mais cela n'a pas d'importance pour moi. J'espère que Père verra que je suis heureux quand Mlle Elizabeth est là. Père ne s'opposerait pas à un mariage d'amour, pas après son propre mariage avec Mère. Mais est-ce que j'aime Mlle Elizabeth ? Je ne sais pas, mais si cela n'est pas déjà le cas, je crois que je suis en bonne voie. Mais elle, a-t-elle des sentiments pour moi ? Je pense qu'elle m'est partiale, mais comment savoir ce qu'elle éprouve ? Un soupir échappa M. Darcy. Que dois-je faire ? Lui demander de la courtiser ? Avant de demander à Père ? Toutes ces questions le tourmentaient. Il se retourna pour aller s'asseoir au banc et attendre patiemment l'arrivée de la demoiselle quand la vue de celle-ci l'arrêta dans sa progression.
« Mlle Bennet, la salua-t-il avec un large sourire et une révérence.
- M. Darcy, répondit-elle avec son plus beau sourire. »
Les deux jeunes gens se tenaient là, face à face, ne sachant pas quoi se dire après cette séparation de quelques jours. Elizabeth avait perdu sa verve habituelle et une fois remise de sa contemplation du beau jeune homme, tenta d'ouvrir le dialogue. C'était sans compter sur la même tentative de M. Darcy à son égard.
« Comment-
- Vous- dirent-ils en même temps. M. Darcy, en parfait gentilhomme, laissa la parole à la demoiselle.
- Comment vous portez-vous M. Darcy ?, demanda-t-elle avec un sourire timide.
- Bien, je vous remercie. La pluie cependant commençait à rendre mon humeur maussade. D'une part elle délayait notre rencontre, et d'autre part elle me contraignait à rester en compagnie de Mlle Bingley, finit-il avec une petite grimace. Et vous-même, vous portez-vous bien ?, s'enquit-il en invitant la demoiselle à s'asseoir.
- Je vais mieux maintenant, lui dit-elle en s'asseyant et se tournant vers lui. Prenant un ton légèrement moqueur, elle demanda : La compagnie de Mlle Bingley n'est-elle pourtant pas charmante ? Qu'en est-il du reste de la famille Bingley ? Certainement M. Bingley ne vous aura pas laissé seul ?
- Détrompez-vous, Mlle Elizabeth. Bingley était bien avec nous, physiquement du moins, mais mentalement, je dirais qu'il était à environ trois miles de Netherfield, rétorqua M. Darcy. Et en ce qui concerne la compagnie de Mlle Bingley, je peux vous dire avec certitude qu'elle n'a pas abandonné son projet, loin de là. Elle y met chaque jour plus d'entrain, mais en vain. Heureusement que les préparatifs du bal la tiennent occupée pendant de longues heures, sinon je crois que j'aurais dû quitter Netherfield.
- Et où seriez-vous donc allé M. Darcy ?, questionna Elizabeth avec malice.
- Peut-être à Longbourn ? Je sais que Mme Bennet est une excellente hôtesse et ne mettrait pas un ami de la famille dehors. De plus, je pense que M. Bennet aurait été ravi d'avoir un changement de compagnie. Et il va bien sûr sans dire que la compagnie aurait été bien plus à mon goût à Longbourn.
- Vous n'ignorez pas Monsieur, reprit Elizabeth une fois ses joues moins rouges, que nous avons déjà de la compagnie à Longbourn et que nous aurions été, à regret, incapables de vous accueillir. Mais votre venue aurait été un soulagement pour nous tous. L'ambiance qu'il régnait à Longbourn jusqu'à ce matin était extrêmement pesante. Ma Mère ne tolère guère la présence de notre cousin M. Collins à Longbourn et compte les jours jusqu'à son départ. M. Collins, quant à lui, évite le plus possible ma mère et se joint soit à mon père soit à mes sœurs et moi-même, ce que Mère voit d'un mauvais œil et essaye d'empêcher en envoyant M. Collins dans ses appartements, conclut Elizabeth en soupirant légèrement.
- C'est une bénédiction que le soleil ait fait son apparition alors, rajouta M. Darcy.
- Oui, en effet, fit-elle en souriant. Mais nous nous égarons je crois. Revenons à la raison de notre rencontre aujourd'hui. Dans votre billet, vous disiez vouloir me rencontrer seule pour me parler.
- Oui, en effet, Mlle Elizabeth. Je voulais... Je... Reprenant ses esprits, M. Darcy prit les mains d'Elizabeth dans les siennes et recommença. Mlle Elizabeth, vous êtes la seule femme, en dehors de ma sœur -qui n'est encore qu'une très jeune fille- avec qui je me sente totalement à l'aise. Avec vous, je n'ai pas besoin de porter un masque pour me préserver, comme j'ai pu le faire à Londres. Vous ne ressemblez à aucune des femmes de la bonne société. Vous êtes vraie alors qu'elles débordent de superficialité. Aucune d'elles ne vous arrive à la cheville. Tout ce qui les intéresse ce sont la richesse, le pouvoir et les potins. Rien de cela ne vous préoccupe, seulement la personne qui est en face de vous, et non tout ce qu'elle possède. Vous m'avez intrigué dès l'instant où j'ai posé mes yeux sur vous. Vous m'avez enchanté dès que vous m'avez souri et j'étais perdu dès que vous avez ouvert la bouche. Vous êtes une des femmes les plus intelligentes que je connaisse. Votre bonté et votre bienveillance sont sans égales. Si je ne suis pas déjà amoureux de vous, je suis en bonne voie pour le devenir. Mlle Bennet, accepteriez-vous que je vous fasse la cour ? »
Elizabeth glissa ses mains hors de celles de M. Darcy et les porta à sa bouche. Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues.
Inquiet, M. Darcy l'interpella.
« Oh M. Darcy ! Oui, oui ! J'accepte ! Depuis que nous nous sommes rencontrés, je n'ai cessé de penser à vous. À chaque rencontre, vous prenez une place plus importante dans mon cœur. Alors oui, M. Darcy, j'accepte avec bonheur de recevoir vos attentions, réussit-elle à articuler après avoir calmé ses pleurs, offrant au jeune homme un sourire radieux.
- Mlle Elizabeth, dit-il en lui reprenant une main et en la baisant.
- Appelez-moi Elizabeth ou Lizzie, lorsque nous serons seuls je vous prie M. Darcy, lui dit-elle avec les yeux encore embués tout en lui caressant le visage.
- Alors Elizabeth, vous devez m'appeler Fitzwilliam ou William, selon votre désir, lui répondit-il en embrassant la paume de la main qui se trouvait sur sa joue. Il faut avertir votre père de notre accord, ne pensez-vous pas très chère ?
- Oui, mais s'il-vous-plaît, attendons après le bal de M. Bingley pour faire part de notre décision à tous.
- Nous ferons selon vos désirs, ma charmante Elizabeth.
- Oh M. Dar- pardonnez-moi, Fitzwilliam. Ma mère a trouvé cette lettre, commença-t-elle en extirpant une lettre cachetée de sa robe. Elle pense que c'est la lettre dont parlait M. Collins quand il est arrivé à Longbourn. D'après ce qu'elle m'a dit, il voulait et devait vous la remettre en main propre. Mais ma mère préféreriez que vous ne traitiez pas ou le moins possible avec M. Collins. À vrai dire, elle se méfie de lui, finit-elle en lui tendant la lettre.
- Que peut bien me vouloir M. Collins ?, demanda M. Darcy en saisissant la lettre et en observant l'écriture. Ce n'est pas l'écriture d'un homme, dit-il en fronçant les sourcils. »
Elizabeth observa alors l'homme à côté d'elle pendant qu'il lisait sa lettre. Elle vit ce visage qu'elle aimait tant se tordre dans différentes expressions, ce qui commença à l'inquiéter. Elle posa une main sur l'avant-bras de M. Darcy et celui-ci tourna vers des yeux noirs de colère. Sans prendre peur, Elizabeth pressa sa main et s'enquit :
« Fitzwilliam, que se passe-t-il ?
- Pardonnez-moi Elizabeth, dit-il en adoucissant son expression et en caressant la main posée sur son avant-bras. Cette lettre, commença-t-il en regardant l'objet se trouvant dans sa main, a été écrite non pas par M. Collins, mais par ma tante, Lady Catherine de Bourgh.
- La patronne de M. Collins ?!, demanda Elizabeth en plissant elle aussi les sourcils.
- Celle-là même. Je n'en reviens pas de son audace, grogna-t-il.
- Que dit-elle ?
- Une source l'a informé de ma localisation et du danger que je courrais. Selon elle et sa source vraisemblablement, une femme de petite condition essaierait de, je cite, « me prendre dans ses filets ». Ma tante me dit ensuite que je me dois de faire honneur à l'engagement qui me lie à ma cousine Anne, sa fille, et m'invite à me rendre à Rosings afin de préparer notre mariage. Balivernes !, conclut-il d'un ton colérique.
- Qui peut bien lui avoir révéler votre présence à Netherfield ?
- Je ne vois qu'une seule responsable, une seule personne capable de commettre de telles bassesses : Caroline Bingley.
- Mais pour quelles raisons irait-elle écrire à votre tante ? Ne sait-elle pas que vous êtes en mauvais termes ?
- Non Elizabeth, elle ne le sait pas. Je ne confierais rien de mes affaires personnelles à cette femme. Je n'ai confié cela qu'à vous, dit-il en la regardant dans les yeux. Tout ce que veut Caroline Bingley, c'est accéder aux plus hauts cercles de la société londonienne, et pour cela, il faut faire partie d'une famille riche, puissante et ancienne.
- Une famille comme la vôtre en somme.
- Oui, admit-il en soupirant. Mais je ne vois pas pourquoi Lady Catherine s'entête au sujet de ce mariage. Mon père lui a clairement fait comprendre qu'il n'autoriserait pas un mariage entre ma cousine et moi, pas que je le souhaite d'ailleurs. Mais si jamais j'étais poussé à épouser Anne, Pemberley et toute la fortune des Darcy seraient transmis au fils aîné de Georgiana.
- Il serait sans doute opportun de prévenir votre père, ne pensez-vous pas ?
- Vous avez raison très chère. Je vais vous raccompagner à Longbourn puis je rentrerais à Netherfield pour écrire une missive à mon père.
- Comptez-vous l'informer de notre accord ?, demanda-t-elle en se levant.
- Tant que votre père n'est pas au courant, je ne vois pas d'utilité à informer le mien. En vérité, je préférerais que vous rencontriez mon père et ma sœur.
- Vraiment ?, demanda Elizabeth, étonnée.
- Oui, vraiment, répondit M. Darcy avec un sourire. Mais avant tout cela, n'oublions pas que nous avons le bal de Netherfield à honorer. Me réservez-vous toujours la première danse ainsi que celle du souper ?
- Bien sûr Fitzwilliam !, répliqua Elizabeth, les yeux pétillants d'impatience à l'idée de danser avec le jeune homme.
- Une dernière chose, Elizabeth. Il attendit d'avoir toute son attention avant de continuer. Puis-je vous embrasser ? »
Sans répondre, Elizabeth s'approcha jusqu'à être quasiment collée à M. Darcy qui, tout doucement, inclina sa tête jusqu'à atteindre les lèvres de la demoiselle. Ils échangèrent alors leur premier baiser, un baiser chaste, qui dura quelques instants avant que M. Darcy ne se sépare d'Elizabeth en lui souriant tendrement. La jeune femme, loin d'être rassasiée et voulant à nouveau goûter à ce puits de douceur, se rapprocha à nouveau de M. Darcy et en se hissant quelque peu, parvint à coller ses lèvres contre celles du jeune homme. Ils s'embrassèrent plus longtemps cette fois, de sorte que seul le manque d'air les contraigne à se séparer. Ils avaient alors tous les deux les lèvres rouges et respiraient par saccades. Sans dire un mot, M. Darcy alla détacher son cheval et revint auprès d'Elizabeth en lui proposant son bras. Le trajet de retour se passa sans encombres, si ce n'est une lenteur extrême provoquée par les nombreux arrêts du couple qui s'embrassait.
Lady Catherine était assise à sa coiffeuse, dans sa chambre aux proportions palatiales, méditant sur les moyens possibles d'obtenir ce qu'elle convoitait depuis sa présentation à la cour, quand elle entendit des bruits étranges s'échapper de la chambre à côté de la sienne, celle de sa fille. Regardant le mur mitoyen à leurs chambres avec étonnement, elle se leva et y colla son oreille, espérant entendre avec plus de clarté les sons étranges qui provenaient de la pièce voisine.
Les halètements et soupirs qu'elle entendit, suivis de petits gémissements et accompagnés du frottement du lit sur le sol lui firent comprendre l'activité à laquelle s'adonnait sa fille. Sans perdre une seconde de plus, Lady Catherine revêtit sa robe de chambre et se retrouva quelques secondes plus tard devant la porte de la chambre de sa fille. Écoutant à nouveau les bruits qui avaient augmenté en volume, elle ouvrit la lourde porte d'un seul mouvement, découvrant nus sur le lit sa fille et nul autre que leur invité, George Wickham.
Alors qu'Anne se recouvrit tout aussi maladroitement que rapidement avec le drap, Wickham, lui, n'avait aucune pudeur à se montrer en habit d'Adam devant son hôte, et se permit même de rire de la couleur rouge cramoisie que le visage de cette dernière avait adopté.
« Ma chère Catherine, seriez-vous jalouse de votre propre fille ?, commença-t-il avec un sourire moqueur. Avez-vous oublié que vous aussi par le passé avez profité de mes talents ?, continua-t-il tout en constatant la haine monter chez son interlocutrice. Après tout, reprit-il, le temps vous a épargné, vos traits sont restés les mêmes que lorsque je vous ai connu, lui dit-il tout en se levant du lit et se dirigeant vers elle. »
Anne regardait le spectacle qui se jouait devant elle médusée. George, qui était devenu son amant depuis la visite qu'il leur avait faite il y a un peu plus d'un an, avait connu charnellement sa mère ?! Comment était-ce possible ? Sous le choc de cette révélation, elle s'enfonça sous ses couvertures et sanglota de longs moments, sans que les deux autres personnes présentes dans la pièce ne s'en aperçoivent.
« Comment osez-vous toucher à ma fille ! Depuis quand forniquez-vous avec elle ?, demanda impérieusement et hargneusement la Lady.
- Oui Cathy, tu sais que j'aime quand tu te mets en colère comme ça, viens par là, je vais te rappeler de bons souvenirs !, lui dit-il en continuant de s'avancer vers elle, lui montrant distinctement que la perversité de ses paroles était égale à son excitation.
- Vaurien ! Comment osez-vous me tutoyer ! Voyant le jeune se rapprocher d'elle, Lady Catherine recula jusqu'à se retrouver coincée contre le mur. N'avancez pas ou je hurle !, lui somma-t-elle.
- Oh oui tu vas crier, tu vas crier de plaisir ma chère Cathy, comme avant, lui susurra Wickham à l'oreille, tout en lui arrachant ses vêtements et en lui embrassant la poitrine qu'il venait de dénuder.
- Non, arrêtez ! Vous n'avez pas le droit de- fit Lady Catherine, s'interrompant dans ses protestations en sentant le jeune homme prendre possession de son corps. »
Sous les draps, Anne redoublait de sanglots. Sa mère et leur amant commun étaient en train de s'unir à quelques mètres d'elle, sans aucune gêne. Quand au bout d'un moment elle n'entendit rien d'autre que ses pleurs, Anne eut le courage de sortir la tête hors des draps. Elle découvrit le corps de son amant maintenant celui de sa mère contre le mur, leur position inchangée après leur accouplement. Sa mère semblait ne plus pouvoir tenir debout seule et Anne pensa que si Wickham ne la soutenait pas, elle serait sans doute tombée par terre.
Humiliée d'avoir été spectatrice ou du moins auditrice des ébats de sa mère et de leur amant, Anne se rhabilla à la hâte et sortit en trombe de sa chambre. Cette fois c'en est trop !, pensa-t-elle en se dirigeant vers le bureau de sa mère. Je ne la laisserais pas gâcher ma vie plus qu'elle ne l'a déjà fait. Et je ne vais pas la laisser gâcher celle des autres impunément. Une fois installée au bureau de sa mère, Anne sortit sa plume, l'encrier et une feuille de papier de leur tiroir et composa une lettre qui, elle en était certaine, ralentirait les plans de sa mère.
Le jour du bal de Netherfield arriva enfin. Mme Bennet avait planifié le déroulement des préparations la veille et ainsi, la famille Bennet arriva parmi les premiers à la soirée. Elle avait contrôlée jusqu'au moindre détail concernant l'apparence de sa famille. La garde-robe, les coiffures, les bijoux, tout y passait. Les robes que ses filles portaient ce soir-là étaient encore plus belles que celles du bal de Meryton. Il faut dire que Mme Bennet se servait beaucoup chez son frère M. Gardiner, qui importait de magnifiques tissus et étoffes. De fait, les demoiselles Bennet étaient toutes les cinq vêtues de riches étoffes d'une soie blanche immaculée des fleurs avaient été recueillies et disposées dans les coiffures des benjamines, tandis que des pierres précieuses et des perles ornaient les coiffures sophistiquées des deux aînées.
M. Bennet, en voyant ses filles descendre l'escalier pour attendre dans le vestibule, versa une petite larme qu'il s'efforça d'essuyer rapidement. Il était très fier de ses filles, bien qu'il aimait les taquiner souvent, mais ce soir-là, il avait devant lui un groupe de jeunes filles aussi gracieuses et enchanteresses que des nymphes. Mais sa surprise ne s'arrêta pas là. Mme Bennet descendit à son tour les escaliers, et son mari stoppa net son avancée en reconnaissant la robe que sa dame portait.
« Mme Bennet, est-ce bien la robe que je crois ?, demanda-t-il en s'approchant d'elle et en prenant ses mains dans les siennes.
- Oui M. Bennet, répondit l'intéressée en baissant les yeux. C'est bien ma robe de mariée. Voyez-vous, j'ai du faire quelques retouches car je n'ai plus ma ligne de jeune fille mais- »
M. Bennet interrompit le radotage de sa femme en l'embrassant. Une fois remise, Mme Bennet regarda son mari, qui lui souriait tendrement avant de lui proposer son bras et de la guider vers leur voiture qui attendait devant l'entrée pour les amener à Netherfield.
Leurs filles déjà installées, M. Bennet faisait monter son épouse en voiture quand ils entendirent un cri provenant de la maison.
« Cousins ! Attendez-moi !, cria M. Collins en dévalant les escaliers. Arrivant à leur hauteur, il sortit un mouchoir de sa poche et s'essuya consciencieusement le front avant de rajouter : J'ai bien cru... que vous alliez... partir... sans moi, réussit-il à articuler tout en reprenant sa respiration. »
M. Bennet lança un sourire amusé à sa femme, qui roula les yeux avant de soupirer d'exaspération.
« N'ayez crainte, M. Collins, nous ne serions pas partis sans vous. Vous êtes, après tout, un membre indispensable à notre partie, répliqua M. Bennet avec un sourire sarcastique. »
À ces mots, les cadettes pouffèrent de rire avant de recevoir une tape de leur sœur Mary, qui elle-même avait du mal à contenir son sourire.
Une fois que M. Bennet et, malheureusement M. Collins, furent embarqués, le cabriolet familial se mit en route pour Netherfield.
À Netherfield, autour du billard de la salle de jeu, trois gentilshommes attendaient que les invités du bal arrivent. Le Colonel Fitzwilliam, revenu de Londres pour assister au bal, observait avec attention ses deux compagnons. Il détecta chez eux une certaine nervosité mêlée à de l'excitation. Décidant de s'amuser un peu à leurs dépends, il attendit que M. Bingley se cabre sur le billard et prépare son tir avant de demander d'une voix désintéressée :
« Comment se porte la délicieuse et charmante Mlle Bennet, Bingley ? »
Et ce qui devait arriver arriva. M. Bingley manqua son tir, se dressa comme un pic et lança au Colonel un regard noir, ce qui eut pour seul effet de faire rire le bon Colonel.
« Fitzwilliam, commença Darcy avec un petit sourire, ne taquinez pas trop Bingley, il est déjà très nerveux à propos de ce soir. Vous n'avez pas à le rendre jaloux en prime, réprimanda-t-il gentiment.
- Oh mon cher Darcy, mais ne croyez pas que je vous ai oublié !, lança le Colonel sans se départir de son sourire satisfait. »
M. Darcy lança alors un regard interrogatif à son cousin, mais ne fit pas de cas à ses dernières paroles. Il se positionna pour tirer, observant à la fois sa queue et son cousin, guettant la malice dans l'expression de celui-ci. Le coup partit sans aucune interruption du Colonel. La partie continua un long moment. Ce fut bientôt au tour de M. Darcy. Il se replaça et se préparait à tirer quand le Colonel prit la parole à nouveau.
« J'avais cru remarquer que le révérend de Lady Catherine, monsieur- comment s'appelle-t-il déjà ?
- Collins, compléta Bingley, appuyé sur sa queue, se demandant où le Colonel voulait en venir.
- Exact, merci Bingley. J'avais cru remarquer donc que M. Collins s'intéressait particulièrement à Mlle Elizabeth Bennet. Ses attentions sont-elles retournées ?, demanda-t-il en se préparant à tirer, jetant un léger coup d'œil vers M. Darcy. »
Ce dernier lança un regard noir de colère en direction de son cousin et allait sans aucun doute prononcer une formule cinglante quand une servante frappa à la porte et annonça à M. Bingley que les premiers invités commençaient à arriver. Le maître de Netherfield remercia son employée et se retourna pour trouver M. Darcy lui tendant sa queue tout en foudroyant du regard le Colonel Fitzwilliam.
« Venez Bingley, allons accueillir vos invités, fit M. Darcy avant de continuer avec un sourire satisfait, nous ne saurions faire attendre nos chères amies de Longbourn. Fitzwilliam, vous pouvez rester ici, après tout, vous n'avez personne à saluer. »
Les deux jeunes hommes quittèrent la salle de jeu et descendirent les escaliers, se souriant lorsqu'ils entendirent le rire du Colonel raisonner dans la pièce qu'ils venaient de quitter.
Quelques minutes après avoir quitté le Colonel Fitzwilliam, M. Bingley et M. Darcy rejoignirent le hall d'entrée, où Mlle Bingley avait décrété qu'elle recevrait les invités du bal. Voyant que les invités annoncés par la servante avaient peine à arriver, M. Darcy se posta à une des fenêtres et attendit patiemment de voir arriver la voiture des Bennet.
« Caroline, commença M. Bingley, où sont donc les Hurst ? Je croyais qu'ils devaient accueillir les invités avec nous.
- Je ne sais pas Charles, dans leurs appartements sans doute. J'ai des choses bien plus importantes à m'occuper, répondit-elle en jetant un coup d'œil vers M. Darcy, que de savoir où se trouvent les Hurst.
- Nous sommes là Caroline, rétorqua Mme Hurst en descendant les escaliers au bras de son époux.
- Bien, fit M. Bingley, dépêchons-nous, les invités vont bientôt arriver.
- M. Darcy, venez donc près de moi, lança la voix nasillarde de Mlle Bingley.
- Caroline, commença M. Bingley avant même que M. Darcy ait eu le temps de répondre, vous savez bien que Darcy est un invité lui-même, il ne peut donc pas accueillir nos invités de ce soir avec nous. Tout comme le Colonel Fitzwilliam ne le peut. Je pensais que vous le saviez, étant donné le nombre de bals auxquels vous avez assisté.
- Charles, Caroline, calmez-vous. Nous ne voudrions pas donner une mauvaise impression de nous à nos invités. Maintenant, comportez-vous civilement pour l'amour du ciel, sermonna Mme Hurst en voyant descendre le Colonel Fitzwilliam. »
Le premier groupe à entrer fut la famille Lucas. Les politesses d'usage furent échangées, ainsi que les banalités comme la santé de chacun et le temps désastreux des derniers jours. Heureusement, un second groupe ne tarda pas à arriver, puis un troisième, de sorte que le hall d'entrée commençait à être saturé et Mme Hurst dût indiqué aux premiers arrivants de se diriger vers la salle de bal.
Enfin, M. Darcy, qui avait constamment gardé un œil sur les arrivées des invités tout en discutant avec ceux qui étaient déjà dans le manoir, vit la voiture des Bennet s'arrêter. Il observa alors à loisirs M. Bennet faire débarquer sa famille, et dût même étouffer un grognement en voyant M. Collins descendre, les paroles de son cousin lui revenant en tête. Avant même qu'il pût voir les aînées des demoiselles Bennet descendre, une voix le tira de sa contemplation.
« M. Darcy, salua la jeune femme en effectuant une révérence une fois que le jeune fut tourné vers elle. Pardonnez-moi de vous déranger M. Darcy. Je m'adresse à vous car je sais que vous êtes ami avec Elizabeth, et qu'elle vous fait confiance. Ainsi, je vous ferais également confiance.
- En quoi puis-je vous être utile Mlle Lucas ?, demanda M. Darcy, fronçant les sourcils face aux paroles de la jeune femme, et soucieux de ce qu'elle allait lui réclamer. Apaisant son expression, il ajouta : Vous avez toute mon attention.
- Je sais qu'il est inhabituel pour une femme de faire une telle requête, M. Darcy, mais j'ose espérer qu'avec vos relations en ville, je veux dire Londres bien évidemment, vous pourriez m'aider. En vérité, je voudrais passer une annonce pour devenir dame de compagnie. J'ai déjà envoyé une annonce au Times* mais je n'ai jamais eu de réponse. Si vous connaissait une famille qui pourrait avoir besoin d'une dame de compagnie rapidement, je vous serais très reconnaissante de me recommander.
- Sûrement Mlle Lucas, vous n'avez pas renoncé à vous marier ? Vous êtes encore jeune, affirma M. Darcy, étonné par la nature de la requête de la jeune femme.
- Je vous remercie M. Darcy, mais j'ai bientôt l'âge d'être sur le banc comme l'on dit. Mes chances de mariage ont toujours été très minces, admit-elle en baissant la tête. Mes parents ne veulent rien montrer, mais je sais que je suis un poids énorme pour eux, avec encore mes jeunes frères et sœurs à élever. Alors j'ai décidé de trouver un emploi, et si possible de les aider un peu.
- Très bien Mlle Lucas, je ferais selon vos désirs, répondit M. Darcy, impressionné par le courage de la demoiselle.
- Je vous suis redevable M. Darcy, fit-elle avec un sourire. Tenez, voici Lizzie qui approche. Je vous laisse. Au plaisir M. Darcy, lança-t-elle en esquissant une révérence puis elle s'arrêta faire une bise à Elizabeth. »
Le regard de M. Darcy se posa pour la première fois de la soirée sur Elizabeth. Elle était tout simplement une vision. Sa robe de soie blanche était légèrement transparente et laisser paraître ses courbes, des perles scintillaient dans ses cheveux bouclés regroupés en une coiffure haute et stylisée dont quelques mèches rebelles s'échappaient. Comme M. Darcy voulait capturer ces mèches entre ses doigts, toucher leur douceur. Mais c'était ses yeux, ses yeux sombres, pétillants et malicieux qui l'attiraient irrémédiablement. Il était envoûté, tout simplement envoûté, comme s'il était le cobra royal qu'un charmeur de serpent attiré au son de sa flûte. Et tout comme le reptile envoûté, il s'approcha lentement de la demoiselle jusqu'à n'être séparés que par l'espace que l'étiquette exige. Doucement, il attrapa une main d'Elizabeth et la porta à ses lèvres pour un baiser chaste.
« Mlle Elizabeth, la salua-t-il avec un sourire.
- M. Darcy, répondit-elle avec un sourire tout aussi éclatant. »
Mme Bennet, qui discutait non loin de là avec sa voisine et amie Mme Lucas, avait une vue d'ensemble sur M. et Mlle Bingley, Jane, Elizabeth et M. Darcy. Voyant le regard de son hôtesse se durcir en observant M. Darcy saluer Elizabeth, elle se résolut à mettre sa tactique à exécution. Elle n'avait pas oublié la promesse qu'elle s'était faite de tout mettre en œuvre pour que sa fille Elizabeth et M. Darcy puissent avoir un avenir. S'excusant auprès de Mme Lucas, Mme Bennet se dirigea vers Mlle Bingley et lui dit :
« Ce que vous avez fait là est somptueux Mlle Bingley, commença-t-elle en levant les yeux sur les décorations ornant la salle de bal.
- Merci Mme Bennet, répondit Caroline Bingley avec un sourire hypocrite. Je doute que vous ayez eu de nombreuses occasions d'admirer un tel raffinement. Je crois me souvenir que Longbourn n'a pas de salle de bal ?, demanda-t-elle d'un ton moqueur et supérieur.
- En effet Mlle Bingley, vous avez raison. Et je déplore que les ancêtres de mon époux n'ait pas songé à doter le manoir d'une salle de bal. Monsieur Bennet ?, interpella-t-elle son mari qui discutait à quelques mètres de là avec Sir William Lucas. Pouvez-vous me rappeler de quel époque date notre cher Longbourn ? Mlle Bingley s'interrogeait sur le fait que nous n'ayons pas de salle de bal.
- Et bien ma chère, fit M. Bennet en rejoignant son épouse et leur hôtesse pour la soirée, avez-vous oublié que mes ancêtres ont bâti Longbourn sous le règne de la grande reine Elizabeth ? Il me semblait pourtant que vous ayez suffisamment répété cette histoire à nos filles pour vous en souvenir vous-même, très chère, finit-il avec un sourire complice en direction de sa femme.
- Un oubli passager sans doute, mon ami, lui répondit Mme Bennet, les yeux pleins de malice, semblables à ceux de leur seconde aînée. Mais puisque vous êtes-là, expliquez donc à Mlle Bingley pourquoi n'y-a-t-il pas de salle de bal à Longbourn.
- Eh bien tout simplement par le fait que mes ancêtres étaient plus souvent à la cour, à Londres, qu'à Longbourn, et quand ils y demeuraient, ce n'était jamais pour un séjour assez long pour tenir un bal. Cependant, la maison de Londres possède une salle de bal, n'est-ce pas Mme Bennet ?, questionna-t-il son épouse en se tournant vers elle et en haussant un sourcil.
- La maison de Londres ?, répéta Mlle Bingley incrédule.
- Oui c'est exact, répondit Mme Bennet à son mari, sans un regard vers son hôtesse. Mais il y a fort longtemps que nous n'y sommes allés, M. Bennet. Cela aurait été une telle aubaine pour nos filles de pouvoir passer une saison à Londres, continua-t-elle avec un léger soupir. Mais voyez-vous, nous louons l'hôtel particulier de Londres. M. Bennet n'aime pas beaucoup la vie à la capitale et préfère de loin la campagne et son Longbourn natal. Et puis, si d'aventure nous devons séjourner à Londres, mon frère et ma sœur nous accueilleront avec plaisir, tout comme ils ont accueillis les filles, affirma-t-elle avec un sourire. Et vous, Mlle Bingley, où séjournez-vous à Londres ? Peut-être que la prochaine fois que je me rendrais à la capitale, je vous rendrez visite.
- Mon frère a pris possession d'un charmant hôtel particulier sur Grosvenor Square, lança Mlle Bingley d'un ton hautain, certaine que la localisation de sa demeure serait nettement meilleure que celle des Bennet.
- Quelle formidable coïncidence ! Notre maison se situe dans la même rue ! À quel numéro êtes-vous ?, interrogea Mme Bennet, ignorant l'expression furibonde qui se dessinait sur le visage de Mlle Bingley.
- Au 15, répondit cette dernière sèchement.
- Ça par exemple ! M. Bennet !, s'exclama la matrone en se tournant vers son époux. M. Bingley est notre locataire à Londres. Sir Heartcliff s'est bien gardé de nous informer du nom de notre tenancier !
- C'est impossible Mme Bennet, mon frère a acheté notre demeure, répliqua Caroline Bingley d'un ton féroce.
- Pourtant, Mlle Bingley, débuta M. Bennet en haussant les sourcils, comment expliquez-vous le fait que nous en soyons toujours propriétaires, Mme Bennet et moi-même ?, s'enquit-il, impatient de voir son hôtesse perdre son sang froid.
- Il doit y avoir une erreur, affirma Mlle Bingley en serrant les dents. Je suis certaine que mon frère a acquit l'hôtel. Je vais lui demander de ce pas !, dit-elle en se tournant, se préparant à confronter son frère.
- N'aller pas déranger M. Bingley pour de pareilles broutilles, Mlle Bingley, lança M. Bennet. Ne vous inquiétez pas, si jamais nous devons nous rendre à Londres, nous nous installerons chez nos parents. Il serait inutile de vous mettre dehors et de vous voir renoncer avec chagrin à notre si belle salle de bal, conclut-il avec un sourire moqueur.
- Oh, je vois que d'autres invités vous réclament, s'exclama Mme Bennet. Bonne soirée Mlle Bingley, dit-elle en saisissant le bras que son époux lui tendait et les deux se dirigèrent vers les Lucas, laissant derrière eux une Mlle Bingley rougit par l'exaspération et l'amertume.
Se positionnant sur le pas de la porte de la salle de bal, M. Bingley, accompagné de Jane, fit signe à un des valets de sonner la clochette avant d'annoncer de son ton habituellement enjoué :
« Que le bal commence ! »
* Le quotidien britannique The Times a été créé en 1785 par John Walter, son premier nom était London Daily Universal Register ou The Daily Universal Register. En 1788, le journal a finalement pris le nom qu'on lui connaît aujourd'hui.
Alors, qu'en dîtes-vous ?
Je sais, ce n'est pas exactement le bal de Netherfield, du moins, ce n'était que le début ! Mais c'est tout de même le chapitre le plus long jusqu'à présent.
J'attends vos impressions avec impatience !
A bientôt
Libra10
