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Chapitre 7 - En mission pour l'Ordre du Phénix

Confortablement installée devant la cheminée, Alifair cousait une doublure rouge à la nouvelle cape de Rob. L'après-midi était particulièrement froide et pluvieuse, vue à-travers les fenêtres embuées ; par contraste, le salon n'en paraissait que plus chaleureux. Le moral de la Moldue était remonté en flèche depuis qu'elle était devenue autre chose qu'un poids mort pour ses hôtes. De la cuisine lui parvenait l'arôme prometteur des biscuits maison que Dialo avait mis à cuire, mêlé aux senteurs d'amande et de pain d'épice qu'exhalaient les potions bouillonnant à l'étage.

Quatre heures sonnèrent à la pendulette placée à côté du vase en cristal que Tonks avait brisé quelques jours plus tôt. Alifair s'étira, fit quelques mouvements pour assouplir sa nuque et ses épaules, puis reprit son aiguille. Elle aurait été plus rapide avec une machine, mais la sienne avait certainement brûlé. Du reste, travailler à la main ne lui déplaisait pas. Baignant dans la chaleur du feu et les parfums sucrés qui embaumaient la maison, elle trouvait le mouvement de l'aiguille apaisant, presque hypnotique...

Un léger bruit lui fit soudain lever la tête. Elle regarda autour d'elle sans rien remarquer, puis ses yeux se posèrent sur les flammes qui crépitaient en face d'elle. Elle eut alors un sursaut qui la décolla de son fauteuil.

« -Bordel, qu'est-ce que c'est que ça ?! s'écria-t-elle. Oh, merde! », ajouta-t-elle en portant à sa bouche le doigt dans lequel s'était plantée son aiguille.

La tête d'un homme était apparue dans les flammes. Il portait des lunettes et des cheveux roux parsemaient encore son crâne dégarni.

« -Bonjour, dit-il d'une voix cordiale. J'espère que je ne dérange pas ?

-Cha ch'est trop fort, marmonna Alifair en suçotant son doigt. Un feu qui parle !

-Je m'appelle Arthur Weasley, se présenta la tête. Vous devez être un ami de Dialo ? C'est merveilleux de continuer à vous rendre visite, à votre âge. »

Le sourcil droit d'Alifair se haussa jusqu'à la racine de ses cheveux.

« De quoi ? s'insurgea-t-elle. Faut nettoyer vos verres, mon p'tit vieux ! »

Arthur Weasley lui adressa un sourire aimable, hochant la tête comme s'il était satisfait de cette réponse.

« -C'est un réel plaisir de vous rencontrer, assura-t-il. Pourrais-je parler à l'un ou l'autre Reynes, s'il vous plaît ? »

Alifair pinça les lèvres. Elle avait bien envie d'envoyer ce grossier esprit du feu se faire voir ailleurs, mais elle était aussi curieuse d'en savoir plus. Elle inspira fortement, ouvrit la bouche et cria :

« -DIALOOO ! »

Le vieil homme accourut aussitôt, baguette brandie. Lorsqu'il vit Alifair assise devant la tête du sorcier nommé Weasley, il abaissa son instrument et se précipita pour s'agenouiller devant le feu, un large sourire aux lèvres.

« -Arthur ! Quelle bonne surprise ! Comment allez-vous ? Laissez-moi vous présenter notre invitée, Miss Alifair Blake.

-Votre vieil ami, oui, nous avons déjà fait connaissance », acquiesça jovialement Arthur Weasley.

Il était toujours souriant et détendu, mais Alifair le vit rouler de gros yeux derrière ses lunettes. Dialo eut un instant d'hésitation, jeta un bref coup d'œil à la Moldue, puis se reprit et approuva :

« -Beau réflexe, Arthur. Si on nous interroge, il s'agit d'Alfred Preston. Il ne niera pas, il perd complètement la boule. »

Alifair recula dans son fauteuil et se tint coite. Apparemment, dans le monde des sorciers, les cheminées aussi pouvaient avoir des oreilles.

« -Quel bon vent vous amène, Arthur ? reprit Dialo sur le ton de la conversation.

-Oh, pas un très bon vent, hélas, soupira Arthur Weasley. Pour tout vous dire, je suis un peu démoralisé, et Molly commence à se lasser de m'entendre me plaindre...

-Un problème au travail, donc, décoda le vieil homme. Ma petite, dit-il en se tournant vers Alifair, pourriez-vous nous laisser quelques minutes ?

-Non, je vous en prie ! intervint Arthur. Alfred peut rester, si le récit de mes malheurs ne l'ennuie pas. Tout ça n'a rien de confidentiel. »

Nouveaux roulements d'yeux. Alifair consulta Dialo du regard ; le vieil homme lui fit signe de ne pas bouger.

« -Eh bien, nous vous écoutons, déclara-t-il à l'adresse du sorcier dans le feu.

-Oh, c'est toujours la même chose, en fin de compte, soupira derechef ce dernier. La proportion d'objets ensorcelés en circulation est devenue effarante. Bien sûr, ce n'est pas du ressort du Bureau de détection et de confiscation des faux sortilèges de défense et objets de protection, je ne suis donc pas concerné, mais que voulez-vous ? On ne change pas facilement les vieilles habitudes.

-Et personne au ministère ne s'occupe de régler le problème ? s'enquit Dialo.

-Vous plaisantez, grimaça Arthur. La protection des Moldus ne fait plus partie des priorités. Oh, dans la majorité des cas, il ne s'agit que de... farces innocentes – il dut se forcer pour prononcer ces mots, comme s'ils lui écorchaient la langue. Mais j'ai eu vent d'un cas des plus sérieux...

-Un cas qui nécessite une intervention urgente », devina Dialo.

La tête dans la cheminée acquiesça gravement.

« -Ce ne sont que des bruits de couloir au sujet d'un soi-disant artefact appartenant à un proche ami du Ministre, qu'il aurait... égaré, mais ne souhaiterait pas récupérer... Rien de précis... Cela ne me concernerait pas même si j'étais encore au Service des détournements de l'artisanat moldu, convint-il avec un sourire forcé. Mais tout de même, cela pèse sur ma conscience, acheva-t-il d'un air contrit qui ne trompa personne.

-Dites-moi tout, Arthur, enjoignit Dialo, énergique.

-Oui, un objet de grande valeur, poursuivit la tête comme en réponse à une question. Une boucle de ceinture très ancienne, façonnée par les gobelins, un travail magnifique à ce qu'on m'a dit. Ensorcelée contre le vol, paraît-il : si quiconque d'autre que son propriétaire légitime s'avise de la boucler autour de sa taille, la ceinture se resserre jusqu'à l'asphyxier.

-Charmant, grimaça Dialo. Où est-elle, à présent ?

-La ceinture aurait été trouvée on ne sait comment par un Moldu. Sa femme est morte peu après et on dit qu'il a été accusé de l'avoir tuée. Même si quelqu'un avait l'autorisation d'enquêter, il serait sans doute incapable de retrouver la ceinture avant qu'elle fasse une autre victime. Elle semble avoir disparu. Il faudrait être Moldu pour savoir où la chercher... »

Son regard glissa vers Alifair.

« -On s'en occupe, Arthur, ne vous inquiétez pas, assura Dialo.

-Merci, répondit la tête dans le feu. Ça me soulage énormément d'avoir pu en parler à quelqu'un. Bien sûr, ça ne réglera pas le problème, mais... Enfin, nous n'y pouvons rien, n'est-ce pas ? sourit-il d'un ton léger. Bon, je ne vais pas m'attarder, vous devez avoir encore des tas de choses à vous raconter, Albert – heu, Alfred et vous. »

La tête leur souhaita une bonne fin de journée et disparut soudain avec un léger « pop ». Alifair se gratta le crâne et lança à Dialo un regard perplexe.

« -Sans déconner, c'était censé tromper l'espion, tout ce baratin ?

-Si espion il y avait, il aura noté qu'Arthur ne m'a donné ni nom ni adresse, répliqua Dialo avec malice. Que pourrait-on bien lui reprocher ? »

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Les informations manquantes leur furent délivrées pendant le dîner. Après leur avoir rapporté les événements de l'après-midi, Alifair et Dialo écoutaient Rob et Martha raconter leur journée quand, soudain, une forme argentée traversa la fenêtre pour venir se poser sur la table, juste à côté de la marmite de ragoût. L'apparition avait l'apparence d'une belette qui se mit à parler avec la voix d'Arthur Weasley.

« -Andrew Dermin, 18 rue des Saules, Miller Hamlet. »

Puis la belette se volatilisa.

« -Que quelqu'un note vite tout ça, ordonna fébrilement Dialo.

-Je m'en occupe, répondit Martha en attirant à elle une plume et un morceau de parchemin.

-C'était un Patronus, indiqua Rob en réponse à la mine perplexe d'Alifair. Vous trouverez ça dans un livre de sortilèges.

-Bien sûr, ça va de soi, répliqua-t-elle d'un ton neutre. Ça ne risque pas de lui retomber dessus, à ce Mr Wizzle, si quelqu'un de chez nous retrouve sa ceinture alors que personne n'est censé la chercher ?

-Il y a peu de chance pour que celui qui l'a mise en circulation s'en aperçoive, expliqua Rob. Le fait de savoir qu'ils feront forcément des victimes suffit à ceux qui fournissent aux Moldus des objets ensorcelés, ils se fichent d'en connaître le parcours en détail. Les précautions qu'Arthur a prises pour nous exposer l'affaire devraient suffire à le protéger, même si quelqu'un surveillait sa cheminée.

-En fait, un espion ne pouvait entendre que ce qu'il disait, mais pas ce qu'on lui répondait, c'est ça ? demanda Alifair.

-On ne peut surveiller que ce qui est dans le feu, confirma Rob. Les paroles prononcées sont parfois difficiles à saisir au milieu du crépitement des flammes mais, dans le doute, nous évitons de transmettre par ce biais les informations cruciales.

-OK, j'essaierai de m'en souvenir la prochaine fois que je voudrai joindre un ami, ironisa Alifair.

-À présent, les enfants, il faut élaborer un plan de bataille ! décréta le vieux Dialo, tout excité. Même sans Mangemort dans les parages, on ne peut pas simplement aller sonner chez les Moldus pour leur demander où ils ont mis la ceinture.

-Par « on », tu n'entends pas toi, j'espère ? s'inquiéta Rob. Parce que, si tu étais trop vieux pour la guerre la dernière fois, ce n'est pas pour t'y mettre maintenant.

-La guerre, elle est bien bonne ! s'esclaffa Dialo. Cette mission, c'est une promenade de santé ! Je l'ai faite, moi, la guerre, je sais de quoi je parle ! Et si une Moldue peut y aller, pourquoi pas moi ?

-Justement, dit précipitamment Rob, je ne crois pas que ce soit une bonne idée qu'Alifair...

-Et moi, je crois que nous reparlerons de tout ça plus tard, intervint Martha d'un ton sans réplique. Le dîner va refroidir, alors taisez-vous et mangez ! »

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Il leur fallut trois jours pour arrêter les détails du plan, principalement parce que Dialo voulait à tout prix en être. Il ne cessait de répéter qu'il avait besoin de se dérouiller les articulations et qu'il était grand temps qu'un Reynes prenne une part active aux événements – allusion à peine voilée au fait que ni son fils ni sa belle-fille ne désirait participer à la mission. Il se laissa finalement convaincre de n'intervenir que lors de la phase finale, après qu'Alifair lui eut fait remarquer qu'aucun Moldu au monde ne serait assez stupide pour avaler leur histoire avec la tête de Dialo sous le nez.

« -Dites tout de suite que je suis un vieux débris, ronchonna-t-il.

-Pas besoin puisque vous venez de le faire », sourit Alifair, perfide.

Les déguisements leur donnèrent également du fil à retordre. Procurer des vêtements moldus à Jim Frankland, qui avait accepté de se joindre à l'opération, fut chose facile. Modifier l'apparence d'Alifair afin qu'aucun Moldu n'identifie la disparue de Saint-Barnaby s'avéra plus compliqué ; pourtant, même Rob reconnaissait que leur stratégie n'avait aucune chance de réussir sans elle. Ils avaient tout de suite pensé au Polynectar, mais la potion nécessitait un mois de préparation. Après plusieurs essais de sortilèges dont l'effet était assez peu convaincant, ils s'accordèrent sur un allongement du nez et des dents associé à une bonne couche d'auto-bronzant, des lunettes aux verres neutres et des cheveux teints en blond par magie.

« -C'est dingue, je ne me reconnais pas moi-même, s'émerveilla Alifair en contemplant le résultat dans un miroir. Vous êtes sûrs de pouvoir me rendre ma tête normale ?

-Absolument, ma chère », assura Martha qui avait effectué l'essentiel de la transformation.

Alifair eut l'occasion de tester son déguisement la veille du jour J, lorsqu'elle se rendit à la bibliothèque pour rassembler les informations qui leur manquaient encore. Elle consulta les journaux retraçant l'avancée de l'enquête sur la mort de la malheureuse Mrs Dermin, mais ne trouva rien sur un autre aspect essentiel de leur camouflage. Tant pis, il faudrait faire sans. Point positif de sa visite, son aspect n'attira l'attention de personne. Alifair en fut assez troublée : elle n'avait pas l'habitude de passer inaperçue.

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Le vendredi matin, peu après huit heures, deux personnes sortirent de la maison des Reynes : un homme brun en costume sombre et une femme blonde d'allure stricte avec son chignon serré, ses lunettes et son manteau droit sur un tailleur gris. Ils traversèrent la rue, descendirent une avenue avant de bifurquer vers une ruelle où ils se dissimulèrent derrière des poubelles. Un instant plus tard, ils avaient disparu.

Ils réapparurent à plusieurs centaines de kilomètres de là, dans une ville du nom de Sheddleton, pas très loin de Miller Hamlet, au beau milieu d'un terrain vague. Un vent froid faisait voleter les sacs en plastique et les papiers qui jonchaient le sol.

« -Super, dit la femme en regardant autour d'elle. Maintenant, il faut qu'on trouve des panneaux. »

Suivie de l'homme dont la manche droite descendaient curieusement bas sur la main, elle traversa le terrain vague en direction de la rue, des bouts de verre craquant sous ses souliers à talons plats.

Il leur fallut quelques minutes pour trouver la bonne direction ; ils demandèrent leur chemin à deux personnes et finirent par tomber sur un panneau indiquant le commissariat de police. Ils l'atteignirent en moins d'un quart d'heure.

« -Si on veut se dégonfler, c'est maintenant ou jamais », marmonna Alifair en contemplant le bâtiment gris qui se découpait à peine sur le ciel gris de novembre.

Jim et elle échangèrent un regard. Maintenant qu'elle y était, ce plan lui paraissait plus hasardeux de minute en minute. Pour ne pas dire complètement insensé.

« -On y va ? demanda Jim, la baguette prête dans sa manche trop longue.

-On y va », répondit Alifair.

Ils traversèrent le parking et pénétrèrent dans le bâtiment.

Le commissariat était presque vide à cette heure. L'agent d'accueil les regarda s'avancer en réprimant un bâillement. Il avait la mine de celui qui s'attend à une longue et fastidieuse journée.

« -Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il d'une voix lasse, fatigué d'avance par ce que ce couple de petits bourgeois coincés allait lui répondre – ils voulaient déposer plainte contre un voisin trop bruyant ou le SDF du coin de la rue, sans doute.

-Institut médico-légal. On veut voir l'inspecteur Boswell », dit la femme d'une voix assurée.

Le préposé à l'accueil se redressa aussitôt sur son siège.

« -Hein ? Institut médico-légal ? Personne n'a appelé », s'affola-t-il.

La femme eut un soupir agacé.

« -William m'a pourtant assuré qu'il l'avait fait. On ne peut vraiment compter sur personne. Boswell est là ? C'est au sujet de l'affaire Dermin.

-Le type qui a tué sa femme en lui broyant la taille avec une ceinture ? C'est pas banal, comme mode opératoire, fit l'agent, intéressé.

-À qui le dites-vous, répliqua la femme. Il y a quelque chose qui ne colle pas. Nous devons jeter un coup d'œil à cette ceinture.

-Je croyais qu'elle avait déjà été examinée ? s'étonna l'agent.

-Naturellement, mais de nouveaux éléments sont apparus et il faut qu'on vérifie quelque chose, expliqua la femme avec impatience. Si Boswell n'est pas là, peut-être que quelqu'un d'autre peut nous ouvrir la salle des scellés ? »

-Non, non, il est arrivé. Je vous l'appelle », répondit l'agent en tendant la main vers le téléphone.

Ses doigts s'arrêtèrent à quelques centimètres du combiné. Il leva les yeux vers les visiteurs ; une ride de soupçon était apparue sur son visage.

« -Au fait, dit-il lentement, vous avez un document d'identité professionnelle ? »

Derrière son masque de sévérité, Alifair retint une grimace. L'heure de vérité avait sonné. Elle fouilla dans la poche de son manteau et en sortit un badge au nom d'Elisabeth Morgan, médecin légiste, agrémenté d'une photographie sorcière adroitement stupéfixée. Le badge que Jim présenta portait le nom de Samuel Stevens. Les sourcils de l'agent se froncèrent tandis qu'il les examinait.

« -Qu'est-ce que c'est que ça ? Ce format n'est plus réglementaire, marmonna-t-il en retournant les badges dans ses mains. Et ce n'est pas la bonne couleur d'encre. Et... »

Et merde, pensa Alifair. La baguette de Jim pointa au bout de sa manche et Alifair l'entendit murmurer une formule magique. Aussitôt, le front de l'agent redevint lisse de tout souci et ses yeux se firent étrangement vides.

« -C'est un nouveau modèle, assura Samuel-Jim d'un ton léger en montrant les badges. Est-ce que ça vous suffit ?

-Heu... oui..., répondit l'agent d'un air absent.

-Vous voulez bien appeler l'inspecteur Boswell, maintenant ? suggéra Elisabeth-Alifair.

-D'accord... », accepta l'agent en décrochant son téléphone.

Trois minutes plus tard, l'inspecteur Boswell les retrouva dans le hall ; il avait d'abord proposé que les visiteurs le rejoignent dans son bureau, mais l'évanescence des propos de l'agent d'accueil l'avait convaincu qu'il serait incapable de leur en indiquer la direction.

« -Qu'est-ce qui vous arrive, Stu ? maugréa le massif inspecteur en fusillant le préposé du regard. Vous avez fumé le calumet de la paix ? »

L'intéressé ne comprit même pas que la question lui était adressée. Il était perdu dans les nuages.

« -Ça va passer, assura Samuel Stevens qui savait de quoi il parlait.

-Humpf, grogna Boswell, dubitatif. Pas le temps pour ça, de toute façon. L'a de la chance. Et vous, qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il en tournant vers eux son ventre proéminent. Stu m'a parlé d'une ceinture, enfin, c'est ce que j'ai plus ou moins compris...

-La ceinture de l'affaire Dermin, confirma Elisabeth Morgan. Nous voulons la voir.

-C'est drôle, fit l'inspecteur en tortillant sa moustache, je travaille ici depuis vingt-cinq ans, alors, les gars de la médecine légale, je les connais. Deux nouveaux d'un coup, c'est rare, surtout pour examiner un seul objet.

-J'ai été mutée ici il y a deux semaines, répondit Elisabeth Morgan du tac au tac. Simon est stagiaire, il m'accompagne pour apprendre le métier.

-Il est grand, pour un stagiaire, observa le perspicace Boswell en tournant autour de Stevens.

-C'est un ancien croque-mort. Il s'est reconverti, expliqua le docteur Morgan.

-Et vous, vous voulez jeter un œil à l'arme du crime alors que vous n'avez pas réalisé l'autopsie ?

-J'ai lu le compte-rendu. Le médecin qui l'a faite est indisposé, mais cette observation ne peut pas attendre.

-Le médecin qui a autopsié Mrs Dermin, dit rêveusement Boswell. Comment s'appelle-t-il, déjà ? »

Morgan eut un sourire froid.

« -Malheureusement, j'ai une très mauvaise mémoire des noms, dit-elle, je n'ai pas encore retenu le sien.

-C'est vrai que Smith, c'est difficile à retenir », murmura Boswell d'une voix douce, le regard triomphant.

Morgan soupira et se tourna vers son acolyte.

Quelques minutes plus tard, après un ou deux détours – le sortilège de confusion affectait aussi le sens de l'orientation du sujet – Jim et Alifair pénétrèrent dans la salle des pièces à conviction. Saisi d'un brusque trou de mémoire, Boswell avait dû prier un de ses collègues d'en taper le code d'accès mais, heureusement, ce policier-là n'avait pas posé de questions. Jim aurait certes pu déverrouiller lui-même la porte, mais il ne tenait pas à faire usage de magie devant l'inspecteur : le pauvre était bien assez confus comme ça.

« -Heu, Boboss, vous vous souvenez de l'endroit où est rangée la ceinture ? », tenta Alifair sans grand espoir devant les rangées d'étagères surchargées d'objets emballés dans du plastique transparent.

L'inspecteur ne répondit pas. Émerveillé, il tournait sur lui-même en détaillant la pièce comme s'il n'y était jamais entré.

« -À moi de jouer ! sourit Jim. Pourquoi ne pas nous attendre dehors, inspecteur ? Nous n'en avons que pour un instant.

-Hein ? fit Boswell, un vague sourire aux lèvres. C'est que... il fait froid dehors...

-Dans le couloir, il veut dire, précisa Alifair. D'ailleurs, vous pouvez aussi bien retourner dans votre bureau, on retrouvera le chemin tous seuls.

-Ah... D'accord... »

Dès qu'il fut sorti, Jim dégaina sa baguette.

« -Personne à proximité ? », souffla-t-il.

Alifair alla jeter un coup d'œil dans le couloir.

« -Boswell est à la fenêtre, il admire le paysage, ricana-t-elle. Sinon, rien à signaler.

-Parfait. »

Jim avança jusqu'au milieu de la pièce, leva sa baguette et prononça :

« -Accio ceinture ensorcelée ! »

Il y eut un frémissement parmi les étagères. Un sachet de plastique s'éleva dans les airs et flotta jusqu'au sorcier qui l'attrapa au vol. À l'intérieur était lovée une ceinture de cuir dont la boucle de bronze incrustée d'émeraudes avait la forme d'une tête de serpent.

« -Qui l'eût cru ? marmonna Jim.

-Chapeau pointu », ajouta Alifair pour la rime.

Le sorcier haussa les sourcil d'un air interrogateur.

« -Rien, fit la Moldue. Tout compte fait, vous vous seriez facilement passé de moi.

-Oh, non. Le sortilège de confusion embrouille l'esprit mais il ne rend pas complètement idiot. Il nous fallait conserver un minimum de crédibilité et j'aurais été incapable de m'en sortir seul, assura Jim. Je ne sais même pas ce qu'est un mai de saint Légiste.

-Si vous le dites », sourit Alifair.