DISCLAIMER : Tous les personnages sont issus des romans écrits par Sir Arthur Conan Doyle et de la série télévisée réalisée par Mark Gatiss et Steven Moffat. Je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Bonjour à tous et encore un grand merci à mes lecteurs et revieweurs ! J'espère que ma version alternative de l'histoire entre Sherlock et John vous plaît toujours autant. Bon, dans ce chapitre, on commence à parler un peu de johnlock et franchement il était temps ^^

Bonne lecture !


CHAPITRE 6

Sherlock se réveilla une fois en sursaut, son organisme au supplice alors qu'il luttait pour se débarrasser des substances toxiques. Il se précipita dans la salle de bain pour vomir. John sortit du lit à son tour pour l'assister comme il put en rafraichissant sa nuque avec une serviette humide. Quand Sherlock eut terminé, il lui essuya la bouche et l'aida à se recoucher. A moitié délirant, le détective prononça des paroles incongrues qui se terminèrent le plus souvent en gémissements. Il appela John et, dans son délire, il s'imagina que son ami s'allongeait près de lui et caressait ses cheveux pour le réconforter.

Sherlock finit par s'endormir pour de bon aux premières lueurs du jour. Il rêva de cet autre homme dans la discothèque. Il rêva qu'il se rapprochait de lui sur la piste de danse pour pouvoir l'enlacer et l'embrasser. Mais il n'en concevait plus aucun dégoût, c'était même tout le contraire. Sherlock se sentait bien, et cette sensation perdura quand il s'éveilla un peu plus tard. La douleur était toujours là mais, curieusement, inexplicablement, il ne se sentait plus stressé. Il émanait des effluves qui avaient quelque chose de réconfortant et les tourments qu'il avait infligés à son corps la veille semblaient s'apaiser à chaque inspiration. Il ouvrit les yeux sous l'impulsion de son cerveau qui voulait comprendre ce qui pouvait avoir un tel pouvoir sur lui.

Et il retint son souffle, frappé de stupeur.

Il était allongé sur le flanc et avait passé son bras autour de John, qui dormait encore et lui tournait le dos. Sherlock, dans son sommeil, s'était rapproché de lui au point de coller son torse à son dos et d'enfouir son visage dans ses cheveux.

Et ce qu'il respirait depuis un temps indéterminé, c'était l'odeur familière de John.

Sherlock baissa les yeux et constata que le tee-shirt de John avait légèrement glissé pendant la nuit et que le bout de ses doigts était en contact avec sa peau. Il se recula d'un bond et manqua de tomber de l'autre côté du lit.

— Quessispasse ? marmonna John. C'est quelle heure ?

— Rien, rien, répondit précipitamment Sherlock. Rendors-toi, il est tôt encore.

John ne se fit pas prier. Il poussa un soupir paresseux et se tourna sur l'autre flanc avant de sombrer à nouveau dans le sommeil.

Sherlock n'avait absolument aucune idée de l'heure qu'il était. Il fouilla dans les poches de sa veste pour trouver son téléphone portable et récupéra sa robe de chambre. Puis il sortit de la pièce à pas feutrés. Une fois dans le couloir, il estima qu'il pouvait se remettre à respirer. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de se rapprocher de John comme ça ? Pourquoi avait-il encore éprouvé un tel besoin de contact humain ? Déjà la veille, quand il s'était retrouvé dans les bras de cet homme dans la discothèque, son comportement n'avait eu aucun sens pour lui. Mais il pouvait encore se donner l'excuse qu'il était défoncé et que son corps n'en avait, pour ainsi dire, fait qu'à sa tête. Mais cette nuit, quand il avait fini par s'endormir, les effets de la drogue avaient déjà commencé à se dissiper. Alors comment expliquer ce besoin de rapprochement ?

Sherlock se sentait mal à l'aise à l'idée du temps qu'il avait dû passer dans cette position, son corps contigu à celui de John, et surtout parce qu'il avait la désagréable impression d'avoir trahi la confiance de son ami. Même si Sherlock n'avait fait que passer un bras autour de lui et effleurer la peau de son ventre, John aurait quand même jugé ce contact indécent entre deux hommes et surtout entre deux amis.

Sherlock se rendit dans la salle de bain pour prendre une aspirine dans la trousse à pharmacie. Le cachet ferait passer la migraine qui commençait à faire rage dans son crâne mais ne pourrait jamais rattraper les substances toxiques qu'il s'était injecté dans les veines. Maintenant, seul du temps et du repos l'aideraient à s'en remettre. En se regardant dans le miroir, il se fit la réflexion qu'il avait vraiment une tête de déterré. Inutile de se mentir, on ne frôlait pas l'overdose de la même façon à son âge qu'à vingt ans. Il faudrait peut-être qu'il songe un jour à faire des injections de Botox, surtout si c'était Mycroft qui payait. Instinctivement, il gratta à travers la soie de sa robe de chambre les croûtes qui commençaient à se former sur son avant-bras. Il se rappela la promesse qu'il avait faite à John et prit une profonde inspiration. Cette fois, il était bien décidé à la tenir.

Il se sentait toujours faible et, pour une fois, il se dit qu'il allait essayer de manger quelque chose. Il se passa un peu d'eau sur le visage puis se rendit dans la cuisine. Un coup d'œil à son téléphone lui apprit qu'il était à peine sept heures et qu'il n'avait pas dû passer plus de quatre heures au lit. Il y avait aussi un texto de Lestrade qui lui demandait s'il pouvait passer au poste dans la journée. Il avait certainement besoin de son aide pour une nouvelle enquête insoluble. A cette idée, Sherlock se sentit revigoré comme s'il avait dormi douze heures d'affilée. Il préféra reléguer dans un coin de son esprit le rapprochement inexplicable de son corps avec celui de John et décida qu'il allait s'occuper du petit-déjeuner. Il prépara du café pour John puis ouvrit tous les placards l'un après l'autre. Son enthousiasme céda la place à la frustration quand il se rendit compte qu'il n'y avait rien à manger.

— Mrs. Hudson ! hurla-t-il.

Un bruit à l'étage du dessous lui indiqua que sa logeuse l'avait entendu. En attendant qu'elle se décide à monter, Sherlock retourna dans sa chambre et secoua John pour le réveiller. Celui-ci grogna mais consentit à se redresser en étouffant un bâillement.

— Quelle heure il est ?

— Sept heures. Lève-toi, j'ai fait du café.

— Toi, tu as fait du café ?

Sherlock prit son air le plus hautain pour lui répondre que, oui, il avait fait du café, et que non, il ne voyait pas en quoi cela l'étonnait. Et rien que pour le plaisir, il appuya sur l'interrupteur pour allumer le plafonnier. John jura et mit la main devant ses yeux.

— Mrs. Hudson ! hurla à nouveau Sherlock après avoir regagné la cuisine.

Sa logeuse monta les escaliers d'un pas lourd et se présenta enfin, les yeux encore bouffis de sommeil.

— Qu'est-ce qui vous prend de crier comme ça de si bon matin, Sherlock ?

— Il me prend qu'il n'y a rien à manger dans cette cuisine et que John voudra sûrement prendre un petit-déjeuner quand il se lèvera.

Mrs. Hudson écarquilla les yeux puis battit des mains en souriant de toutes ses dents.

— Oh, John est ici, vraiment ? Ça y est, vous vous êtes enfin réconciliés tous les deux ? Alors maintenant tout va redevenir comme avant, c'est merveilleux !

— Oui, ça doit être vraiment merveilleux de vivre dans le monde des Bisounours, répliqua Sherlock en mettant dans le ton de sa voix tout le cynisme dont il était capable. Mais comme il n'y a rien à manger ici, est-ce que vous pourriez…

Mrs. Hudson jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et poussa un gloussement digne d'une dinde.

— Oh ! Sherlock chéri, je comprends mieux !

Les sourcils froncés, Sherlock se retourna et vit John qui sortait de sa chambre pour se rendre dans la pièce attenante, son pantalon et son pull à la main.

— Quoi, qu'est-ce que vous comprenez ? C'est John qui va dans la salle de bain, dit-il bêtement.

— Oh, ne me regardez pas comme ça, je ne suis pas née de la dernière pluie, vous savez. Vous faites bien ce que vous voulez, après tout, vous êtes chez vous ici. (Mrs. Hudson se pencha comme si elle s'apprêtait à lui faire une confidence.) Et puis tout à fait entre nous, il y avait si longtemps que j'attendais ça ! Sherlock chéri, il a fallu que vous nous quittiez pendant deux ans pour que ça arrive !

— Hein ?

Sherlock resta stupide quelques secondes, le temps de comprendre ce à quoi elle faisait allusion. Déstabilisé qu'elle puisse imaginer qu'il se passait quelque chose entre John et lui, il se trouva incapable de trouver une réplique qui aurait remis les pendules à l'heure.

— Oh, vous rougissez, c'est adorable ! Mais ne vous inquiétez pas, ça restera entre nous. Personne n'en saura rien. Allez, je vais préparer votre thé, d'accord ? Et puis, je vais vous ramener un peu de pain et de la marmelade. Vous devez être affamés !

Mrs. Hudson redescendit les escaliers d'un pas léger. C'était à peine si elle n'était pas repartie en chantonnant. Sherlock passa une main sur son visage et poussa un profond soupir. Il ne manquait plus que ça pour achever de le mettre mal à l'aise avec John.

Ce dernier sortit de la salle de bain, habillé et recoiffé, étouffant un nouveau bâillement dans sa main. Il avait grise mine à cause du manque de sommeil.

— J'ai entendu Mrs. Hudson, dit-il.

— Oui, je lui ai demandé de nous ramener quelque chose à manger pour le petit-déjeuner.

— Je ne peux pas rester, je vais être en retard pour aller au cabinet.

— Prends au moins un café, exigea Sherlock.

John jeta un coup d'œil à sa montre avant d'obtempérer. Il se servit une rasade de café tandis que Sherlock poussait ses ustensiles pour libérer un peu de place sur la table de la cuisine.

— Comment tu te sens ? demanda John.

— Mieux qu'hier. Merci encore d'avoir été là. Et… de ne pas m'avoir emmené à l'hôpital.

— Il faudrait quand même que tu fasses des analyses. J'insiste, Sherlock. Tu pourrais peut-être t'arranger avec Molly pour qu'elle fasse elle-même les prélèvements. Mycroft n'en saura jamais rien.

Sherlock hocha la tête de mauvaise grâce mais fut pris d'une inquiétude et jeta à John un regard en biais.

— Tu ne diras rien à Mycroft, n'est-ce pas ?

— Tu feras ces analyses ?

— Oui, si tu ne dis rien à Mycroft.

— Très bien, je ne lui dirai rien, mais toi, tu n'oublies pas de m'envoyer une copie des résultats. Et tu n'oublies pas non plus ce que tu m'as promis, d'accord ?

Mrs. Hudson entra dans la cuisine en poussant un « hou hou » particulièrement retentissant. John s'interrompit pour la saluer et l'aider à installer sur la table le pain, la marmelade et du cake aux fruits confits qu'elle avait retrouvé dans ses placards.

Ils s'attablèrent pour déjeuner. Mrs. Hudson servit du thé à Sherlock, remplit à nouveau de café la tasse de John et leur coupa des tranches de cake.

— C'est formidable de vous voir tous les deux ensemble ! roucoula Mrs. Hudson. Sherlock Holmes et John Watson enfin réunis ! C'est comme s'il ne s'était rien passé. Je suis si contente.

— Votre enthousiasme est adorable, Mrs. Hudson, commenta gentiment John.

— Quand comptez-vous revenir vous installer ici ?

John suspendit son geste, sa tasse à mi-chemin entre la table et ses lèvres.

— Pourquoi est-ce que je reviendrais m'installer ici ? Je vis avec Mary, je vous rappelle. Et nous allons nous marier au printemps.

Sherlock ferma les yeux un bref instant. Le mariage. Il avait presque oublié cette histoire d'absurde mariage. Il reposa la tartine qu'il était en train de manger. Un poids venait de lui tomber dans l'estomac.

— Comment ? Le mariage n'est pas annulé ? s'étonna Mrs. Hudson.

— Euh… Mais pourquoi est-ce que j'annulerais mon mariage ?

— N'écoute pas cette vieille chouette, grommela Sherlock en roulant des yeux. Elle a tendance à prendre ses fantasmes pour la réalité.

— Sherlock ! s'exclama Mrs. Hudson, outrée. Mais qu'est-ce qui vous prend d'être aussi mal élevé ?

— Quels fantasmes ? releva John.

— Vous n'aurez qu'à vous plaindre à ma mère, elle a réussi à rater l'éducation de ses deux enfants, un véritable exploit. En attendant, essayez de vous taire un peu, ça nous fera des vacances.

— Mais pourtant je croyais que John et vous…

— Rassurez-vous, je vous ferai un dessin tout à l'heure pour vous expliquer.

— Comment votre mère a-t-elle pu faire de vous quelqu'un d'aussi irrespectueux ! Vous devriez avoir honte !

Mrs. Hudson les planta là, furieuse, et redescendit les escaliers en vociférant son indignation.

— Mais ça va pas, Sherlock ? blâma John. Pourquoi est-ce que tu lui parles comme ça ?

— Pour rien, marmonna Sherlock.

— Et de quels fantasmes tu parlais, au juste ?

— Mais rien ! Oublie ça.

Sherlock abandonna John dans la cuisine. Il était en proie à une amertume qui le rendrait blessant s'il ouvrait encore la bouche. Alors il préféra se poster devant l'une des deux fenêtres du salon pour ne risquer de s'en prendre à John. Il s'empara de son violon et de son archet et se mit à jouer, tournant résolument le dos à son ami pour lui signifier qu'il n'était plus d'humeur à parler. Ce dernier n'essaya même pas de comprendre.

— Quand tu auras fini de bouder, fais-moi signe, lança-t-il avant de quitter l'appartement.

Quand Sherlock entendit la porte d'entrée claquer, il se figea quelques secondes, le temps de regarder John traverser la rue et monter dans sa voiture. Puis il se remit à jouer quand son ami disparut de son champ de vision.

Sherlock joua une sonate de Paganini avant qu'une chape de plomb lui tombe sur les épaules et l'oblige à arrêter. Ecrasé de fatigue, il s'effondra sur son fauteuil. Il n'avait pas beaucoup dormi et son corps subissait encore les conséquences de ses excès. Mais au lieu d'aller se reposer, il préféra boire une tasse de thé et allumer une cigarette. La voix de John résonna dans sa tête dès qu'il tira une première bouffée.

— Tu m'as promis, Sherlock !

— Tu n'as qu'à être là pour m'en empêcher, rétorqua Sherlock.

Il fuma néanmoins avec le sentiment d'être un enfant qui profite de l'absence de ses parents pour s'empiffrer de sucreries devant la télévision. Ce n'était pas de sa faute s'il avait besoin d'un peu de nicotine pour se calmer. Entre les allusions déplacées de Mrs. Hudson et John qui n'avait rien trouvé de mieux à faire que de lui rappeler qu'il comptait toujours se marier et aller vivre ailleurs, Sherlock était d'une humeur exécrable. Et maintenant qu'il n'avait même plus la possibilité de recourir aux stupéfiants pour penser à autre chose, il allait au moins lui falloir une enquête digne de ce nom. Il espérait que Lestrade, pour une fois, ne le décevrait pas.

Sherlock finit sa tasse de thé puis mit son manteau et envoya un texto à John.

J'ai besoin de toi pour une enquête. SH

John répondit à son message une dizaine de minutes plus tard. Il avait pu s'arranger avec ses collègues pour annuler ses rendez-vous et prendre sa journée. Sherlock en conclut qu'il n'était pas fâché contre lui et se promit de faire des efforts.

Ils se donnèrent rendez-vous à Scotland Yard, où Lestrade attendait le détective de pied ferme.

— Ah, bonjour, dit ce dernier au moment où Sherlock entrait dans son bureau. John, vous êtes là aussi ! Content de vous voir, mon vieux !

Sherlock fit la moue quand John et Lestrade se serrèrent chaleureusement la main.

— Si vous avez terminé, on pourrait peut-être se mettre à travailler ?

— Toujours aussi rabat-joie, commenta Lestrade. Mais vous avez raison, nous n'avons pas de temps à perdre.

— Une nouvelle enquête ? demanda John.

Lestrade hocha la tête.

— Je crois que ça va vous plaire, Sherlock. C'est un tueur en série comme vous les aimez.

Après avoir été mis au courant des éléments de l'affaire, Sherlock et John retournèrent à Baker Street et y passèrent la journée. John éplucha la copie du dossier gracieusement fourni par Lestrade tandis que Sherlock, toute fatigue envolée, tapait vigoureusement sur le clavier de son ordinateur portable pour recouper les informations sur le tueur en série qui sévissait à Londres. Le soir, John commanda à dîner et ils mangèrent sans prendre le temps de se mettre à table, en se contentant de piocher à la fourchette dans les barquettes en plastique fournies par le restaurant chinois qui les avait livrés. Un peu avant minuit, John indiqua à Sherlock qu'il devait rentrer chez lui, avec Mary. Mais il lui promit de revenir le lendemain après le travail. Le détective le laissa partir contre la promesse qu'il répondrait à ses messages. Le lendemain, John se présenta comme promis à Baker Street et passa la soirée avec Sherlock.

L'enquête sur le tueur en série leur permit de mettre en place une nouvelle forme de routine durant les semaines qui suivirent. John partageait son temps entre Mary et Sherlock, entre la préparation de son mariage et les enquêtes.

Sherlock était presque heureux. Son ami lui avait pardonné et passait du temps avec lui, comme autrefois. John l'encourageait à prendre des affaires qu'il qualifiait a priori d'ennuyeuses mais qui, selon son ami, valaient la peine de s'y consacrer. En général, John ne se trompait pas mais Sherlock se doutait qu'il le poussait à enquêter pour l'aider à ne pas céder à nouveau à l'appel de la drogue. Maintenant qu'il y avait succombé une fois, son corps en réclamait encore, et les cigarettes que Sherlock fumait en cachette ne parvenaient pas toujours à le distraire. Il n'y avait qu'avec John qu'il se sentait mieux. Quand ils enquêtaient ensemble, quand ils discutaient, quand il voulait frimer et que John se moquait de lui, Sherlock se sentait presque heureux.

Mais le mariage de son ami planait toujours comme une espèce d'épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. La date fatidique se rapprochait et John en parlait de plus en plus. Pour lui faire plaisir, Sherlock faisait des efforts et tâchait de s'y intéresser. Et puis, en toute honnêteté, plus il aidait John à préparer son mariage, plus il passait du temps avec lui. Et c'était bien tout ce qui comptait pour Sherlock. Mary les rejoignait de temps en temps à Baker Street. Sherlock découvrit qu'elle avait l'esprit vif et acéré. Dotée d'un caractère bien trempé et d'une lucidité stupéfiante, elle se révélait parfois d'une aide précieuse pour ses enquêtes. En outre, il n'oubliait pas qu'elle lui avait apporté son aide quand il cherchait à se réconcilier avec John. Même si cela lui coûtait de l'admettre, Sherlock ne pouvait pas nier qu'il l'appréciait et qu'elle méritait de devenir la femme de son ami.

Oui, Sherlock était presque heureux. Presque. Quelque chose le meurtrissait – il gardait une blessure secrète au fond de lui, comme une plaie qui se trouvait ravivée chaque fois qu'il voyait John en compagnie de Mary. Sherlock était conscient qu'il ne pouvait pas garder John pour lui tout seul, pourtant sa raison cédait parfois le pas sur le besoin irrationnel de sentir constamment le regard de John sur lui. Parfois, et il ne comprenait pas très bien pourquoi, il aurait voulu que John le regarde, lui, et non Mary. Un sentiment de jalousie qu'il jugeait absurde et déplacé le saisissait à ces moments-là et il se mettait à jouer du violon pour faire comprendre à John et à Mary qu'il préférait rester seul. Le couple s'éclipsait sans faire d'histoires et revenait dès que Sherlock leur fournissait un prétexte plus ou moins farfelu pour le faire.

Le printemps finit par chasser l'hiver et les derniers cristaux de givre accrochés aux branches des arbres. Londres perdit son manteau glacé pour se parer de lumière.

Un matin, John entra à Baker Street sans s'annoncer, comme il avait l'habitude de le faire. Sherlock était dans la cuisine et s'affairait à plier une serviette en suivant les explications douteuses d'une vidéo qu'il avait trouvée sur YouTube.

— Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna John en s'asseyant à côté de lui.

— J'essaie de plier une serviette en forme d'opéra de Sydney, expliqua Sherlock sans le moindre embarras, comme s'il s'agissait d'une activité tout à fait normale pour un détective consultant. Qu'est-ce que tu en penses ?

— Euh… C'est… prometteur ? hésita John.

Sherlock remarqua que son ami se retenait d'éclater de rire. Vexé, il froissa la serviette entre ses mains.

— Ça va, je fais de mon mieux !

— Mais oui, je le vois bien, se moqua gentiment John. Mais tu n'as pas besoin d'apprendre à plier des serviettes pour me prouver que tu t'investis dans la préparation de mon mariage.

— Je m'investis, maugréa Sherlock.

— Oui, je sais. Mais il y a autre chose que tu pourrais faire pour moi et qui me montrerait jusqu'à quel point tu es prêt à t'investir.

— Tout ce que tu voudras, John, répondit distraitement Sherlock.

Il cherchait déjà sur YouTube une autre manière de plier les serviettes.

— Bien. C'est quelque chose que je veux te demander depuis longtemps mais… je ne trouvais jamais le bon moment. Alors, je me lance. (John croisa les doigts, un peu nerveux, et prit une profonde inspiration.) Sherlock, est-ce que tu accepterais d'être mon témoin ?

Sherlock leva les yeux de l'écran de son ordinateur, pris de court. Est-ce que John lui avait vraiment demandé d'être son témoin ?

— Ne dis pas non, s'il-te-plait, supplia John alors que Sherlock restait muet.

Le détective échangea un regard avec son ami. Il n'était vraiment pas sûr d'avoir bien compris la question. Peut-être que John s'était trompé. Peut-être que John s'était adressé à la mauvaise personne sans le faire exprès.

— En fait, ce que tu me demandes… hésita-t-il. Tu veux dire que tu veux que ce soit moi ton témoin ? A ton mariage ?

— Oui, je veux que ce soit toi. A mon mariage.

— Mais… pourquoi ?

Surpris par la question, John haussa les sourcils et la peau sur son front se plissa.

— Parce que tu es mon meilleur ami.

— Ah bon ?

— Evidemment.

Sherlock cligna des yeux. Il se sentit plus ému qu'il ne voulait l'admettre et ne put réprimer un sourire. Mais il se reprit très vite. Il se racla la gorge et tourna vers John l'écran de son ordinateur pour faire diversion.

— Regarde, qu'est-ce que tu penses d'un cygne pour les serviettes ? Ça te plait ? Ou tu préfères l'opéra de Sydney ?

— Sherlock…

— Personnellement, il me semble que l'opéra serait plus adapté parce que le cygne pourrait paraitre trop féminin aux yeux de certains invités.

— Sherlock !

— D'accord, d'accord, les serviettes, ça ne t'intéresse pas, j'ai bien compris. Je demanderai à Mary, elle, au moins, elle a du goût et elle saura reconnaître mon talent.

— Oui, voilà, tu demanderas à Mary pour les serviettes. En attendant, moi j'aimerais savoir si tu veux bien être mon témoin.

Sherlock poussa un soupir démesuré comme si la requête de John lui semblait vraiment excessive – alors qu'au fond de lui, il était secrètement ravi.

— Bien sûr, puisqu'on ne peut pas faire autrement. Il te faut bien un témoin – je me demande bien d'ailleurs qui a décidé qu'il fallait un témoin pour les mariés.

— Sûrement une manière détournée de prouver à ses meilleurs amis qu'on ne les abandonne pas.

Sherlock échangea un regard complice avec John.

— Je croyais que j'étais le seul à te considérer comme mon meilleur ami, avoua le détective. Je veux dire… je ne savais pas que c'était réciproque, que tu me voyais aussi comme ton meilleur ami.

John tendit timidement le bras pour poser une main sur sa nuque, esquissant un geste maladroit mais plein d'affection.

— Tu comptes énormément pour moi, Sherlock. Je ne veux pas que tu en doutes. Jamais.

Sherlock acquiesça doucement. Il aurait voulu que John ne retire pas sa main mais ce dernier recula un peu sa chaise et croisa les bras derrière sa tête.

— Puisque je vois que je peux abuser, j'aimerais bien que tu portes une cravate à mon mariage. Tu sais, comme le soir où tu es venu au restaurant pour m'annoncer que tu n'étais pas mort.

— Ah, tu as remarqué que je portais une cravate ? s'exclama Sherlock avec un sourire ravi.

— Comment ne pas le remarquer, tu n'en portes jamais d'habitude. Je me demande bien pourquoi d'ailleurs, j'ai trouvé que ça t'allait plutôt bien.

— Parce que je ne sais pas faire les nœuds de cravate, avoua Sherlock sans la moindre gêne.

— Sérieusement ? Eh bien, il te reste encore un peu de temps pour t'entraîner. Tu n'as qu'à chercher une vidéo sur YouTube.

— Oui, eh bien, justement, tu m'excuseras mais j'ai autre chose à faire, j'ai des serviettes à plier, là !

— D'accord, d'accord, c'est bon, je vais te laisser tranquille. Mais avant ça, il y a autre chose de très important dont il faut qu'on parle. Mon enterrement de vie de garçon.