Sorcière.
Il est minuit. Dark vient tout juste de se glisser dans le salon d'une très belle maison et sur l'un des murs de cette dernière est accroché un tableau plutôt étrange. En effet, le fond de cette œuvre est entièrement noire tandis qu'une horrible bonne femme est dessinée dessus. Enfin, au centre du cadre, en bas, sur une plaque dorée est inscrit le nom de la création : la sorcière. Avec un sourire sur les lèvres, le criminel y va de son petit commentaire.
« Tu m'étonnes qu'elle se retrouve nommée ainsi mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi je dois la voler.
- Tu peux la laisser ici si tu le désires. »
Au son de cette voix familière, Dark se fige le cours d'un instant. Ensuite, lorsqu'il envisage de se retourner pour faire face à son interlocuteur, celui-ci lui adresse quelques mots.
« Si tu fais le moindre mouvement, je te fais la promesse que tu devras sérieusement en découdre.
- Explique-moi comment je ne suis guère étonné par de tels propos ? » Ironise le voleur.
De son côté, son interlocuteur s'énerve rapidement suite à ce qu'il vient d'entendre mais parvient à garder son calme après quelques secondes de réflexion. Après tout, Dark se plaît à le taquiner pour le faire sortir de ses gonds mais jusqu'à maintenant, chacune de ses tentatives s'est soldée par un échec. Pourquoi est-ce que cela devrait changer aujourd'hui ?
« Depuis le temps que je rêve de te mettre la main dessus, explique celui qui se tient dans son dos. Voilà que ce fameux jour est arrivé et j'ai bien peur que cette demeure soit le spectacle de ta correction.
- Parce que tu penses que je vais me laisser faire sans doute ?
- Bien sûr que non car si c'était le cas, je serais fortement déçu. »
Depuis quand un voleur se laisse attraper aussi facilement ? Même si Dark sait se montrer plutôt doué pour se sortir de situations épineuses, l'être qui se tient à quelques centimètres de lui fait preuve également d'une habileté déconcertante.
« Cette œuvre était un piège, n'est-ce pas ? Demande l'homme vêtu de noir.
- C'est exact.
- Je me disais aussi… Il faut vraiment avoir des goûts de merde pour oser se procurer un tel tableau. »
Etant sûr du petit effet qu'aura ces mots, Dark se retourne et fait enfin face à celui qui a décidé de lui tenir compagnie. Comme il s'y attendait, Krad lui fait face et l'homme a la chevelure claire tente une nouvelle fois de se retenir. Devant cette attitude, celui qui réside dans le corps de Daisuke décide d'enfoncer le clou.
« Pourquoi as-tu du mal à me faire face ? Est-ce que je te ferais peur ? S'amuse le voleur.
- Bien sûr que non.
- Dans ce cas, explique-moi car je commence à me poser des questions. Serais-tu un lâche ? »
Sans crier gare, Krad bondit sur Dark afin de lui donner une bonne leçon. Sans trop s'inquiéter, le criminel ne bouge pas et attend le dernier moment pour se mouvoir enfin. Lorsque le poing de l'être à l'apparence angélique est sur le point de s'abattre sur l'une de ses joues, Dark sourit et se réfugie en bondissant dans les airs. Ensuite, ses ailes se mettent rapidement à battre et quelques secondes plus tard, le voleur donne un sérieux coup de pied sur l'arrière de la tête de Krad. Résultat, celui-ci s'écrase au pied du mur sur lequel repose le tableau tandis que son ennemi va se poser plus loin.
Lorsque Krad se relève, celui-ci s'empresse d'essuyer le sang qui coule de sa bouche.
« J'aime lorsque mes proies ne se laissent pas faire, dit-il.
- Tes proies ? S'étonne Dark.
- Exactement. Lorsque je me montre à la vue de quelques criminels de bas étage, j'aime lire dans leurs yeux, l'effroi que je peux provoquer chez eux. Parfois, certains tentent de se défendre mais comme tu dois t'en douter, ils se retrouvent très vite les menottes aux poignets. Avec toi, c'est totalement différent. En réalité, si toutes mes petites souris étaient comme toi, ma vie n'en serait que plus passionnante. »
Rapidement, Dark ne tarde pas à voir de la perversité dans le regard de son adversaire et sa présence l'inquiète aussitôt. En fait, Krad n'est pas l'être aussi irréprochable que ce dernier se plaît à dire et s'il n'y veille pas, le criminel risque d'avoir de très gros souci et il en est désormais convaincu. Toutefois, comment faire pour lui échapper sans pour autant l'avoir dans les pattes ? Alors que les doutes assaillent son esprit, une question se manifeste.
« Quelle est l'histoire de cette œuvre ? » Demande le criminel.
Sans le quitter des yeux, Krad lui répond tout en se montrant le plus honnête possible.
« Ce tableau a été réalisé par l'un de mes ancêtres aux alentours du quatorzième siècle.
- Quoi ? Cette sorcière est aussi vieille ?
- Oui mais ce n'est pas ce dessin qui est la cause de sa valeur car l'apparition d'une telle créature a été vu comme prophétique lorsque les premières atrocités de ce genre ont vu le jour sur notre planète.
- Toutes les sorcières ne sont pas des atrocités, défend Dark.
- Vraiment ? Est-ce moi ou serais-tu en contact avec quelques-unes d'entre elles ?
- Ne dit pas de conneries et si c'était le cas, que ferais-tu ? Me mettre hors d'état de nuire ? C'est ce que tu avais prévu de faire depuis le premier jour où nous nous sommes rencontrés mais à l'heure d'aujourd'hui, je suis toujours libre. Faut croire que tu n'es pas très doué mon petit Krad.
- Cesse d'être aussi familier envers ma personne.
- Tu peux toujours rêver. »
Alors que Krad allait répliquer, l'une des fenêtres de la pièce vole en éclat. Alors que le projectile responsable de ce vacarme tombe lourdement sur le plancher du salon, Dark en profite pour filer puisque son adversaire est occupé à observer la scène concernant les dégâts, ce qui ne lui ressemble pas.
