Bon sang c'que ça fait plaisir d'être de retour !
Je suis sincèrement désolée d'avoir été absente aussi longtemps, ça m'a aussi énormément manqué ! Mais me voici avec un nouveau chapitre et un suivant devrait bientôt suivre :)
Enjoy !
Trois jours plus tard, à bord du Normandy.
Le docteur Karin Chakwas savourait avec un plaisir non dissimulé la sensation étourdissante de l'ascention dans l'atmosphère. Après trois mois, le Normandy SR-2 reprenait enfin ses droits dans l'espace en prenant son envol pour quitter cette planète si acceuillante.
À sa place habituelle, Joker énuméra chaque paramètrage tout haut pour s'assurer que tout était en ordre. Ce qui était bien sur le cas, sauf qu'à la place d'IDA, c'était Kaidan qui lui répondait à l'affirmative. À chaque fois qu'il avait le malheur de poser les yeux sur sa droite, là où aurait dû se trouver l'I.A. qui était depuis longtemps devenue un membre d'équipage à part entière, son coeur se fendait de trouver le major à la place. Ce n'était pas contre Kaidan, bien entendu, lui-même lui avait demandé de le seconder durant les phases critiques de vol; mais quand bien même, ça lui rappellait à chaque fois que sa présence à elle se résumait depuis trois mois à un nom sur le mémorial.
- Nous venons de quitter l'atmosphère ! lanca le timonier sur un air de triomphe. Qui c'est le meilleur, hein ?!
- Oui, Joker, nous te devons tous notre salut ! Alleluia ! répliqua James à ses côtés, amusé. Bon c'est pas tout mais je crève la dalle, moi ! fit-il en tournant les talons.
- Merci du coup de main, Kaidan, je pense que ça va aller maintenant. J'vous appellerai au besoin !
- Vous avez une idée du temps de vol ? s'enquit le major en se levant.
- D'après mes scans, nous sommes assez proche d'Hélios, au pire ça devrait prendre deux jours. J'espère pas plus parce que sinon ça va être la panne sèche ! Vous imaginez, nous errants comme des âmes perdue au milieu de l'enfer ? Vous pensez qu'ils nous retrouveront avant qu'on ne devienne des squelettes ? Et puis sans parler de notre fabuleuse légende qui s'en tiendra à cette conclusion cataclysmique…
- J'espère ! Sinon nous allons finir en plusieurs morceaux dans des petites boîtes en attendant d'avoir identifier tous les ossements ! s'exclafa-t-il en se prenant, pour la première fois depuis longtemps, au jeu du timonier.
Laissant Joker seul avec ses dénouements tragiques, Kaidan se rendit dans « sa » baie d'observation au pont deux. Une jolie pile de Datapads peuplait l'un des canapés et un certain désordre régnait dans la pièce spacieuse. Il enjamba une caisse dont il avait oublié le contenu et alla s'installer dans le siège où il avait l'habitude de se reposer, sur sa droite. Sitôt installé, il n'eut même pas le temps de se rendre compte qu'il sombrait dans un profond sommeil.
Le léger chuitement de la porte lui fit ouvrir les paupières derechef. Malgré la fatigue, il ne perdait pas ses habitudes militaires… Ou peut-être que si, finalement, parce que l'ouverture de la porte se produisait apparement pour la seconde fois, puisque celui ou celle qui l'avait enclenchée sortait en fait de la pièce. Il se redressa précipitament et se lança à la suite de l'intru, désireux de connaître la raison de la venue. Le visiteur se révéla en fait être Garrus, qui était en train de s'éclipser à nouveau vers sa chère batterie de canons.
- Garrus ! Vous êtes venu dans ma cabine ? demanda inutilement le major.
- Oui, je- Je n'ai pas voulu vous réveiller, excusez-moi, Kaidan.
- Pas de problème. Il y a quelque chose que je devrais savoir ?
- Eh bien, Tali a réussi à réinitialiser les systèmes de communication à courte portée du Normandy, elle m'a demandé de vous prévenir. Je pense qu'elle avait la flemme de monter, en fait.
- Ah, voilà une bonne nouvelle ! fit Kaidan avec soulagement. Joker est au courant ?
- Oui, elle l'a contacté elle-même. Maintenant que nous avons les moyens de les prévenir, je suis certain qu'ils nous réserveront un acceuil en grandes pompes ! se mit à rire le Turien.
Il leur fallu effectivement deux jours avant d'appercevoir avec soulagement le relais cosmodésique - ou du moins ce qu'il en restait - du système Hélios. Au fur et à mesure que le Normandy se rapprochait de la Terre, il croisa quelques vaisseaux mais, comme Joker s'était amusé à brancher les systèmes furtifs, aucun ne vint à sa rencontre même lorsqu'il fut à portée de la Terre, moins d'une heure plus tard. La sillouette de la Citadelle se profila peu à peu à quelques centaines de kilomètres mais ils la délaissèrent rapidement. Elle était pour chacun d'eux le symbole du sacrifice de leur commandant, à présent.
Avec l'aide de Tali qui l'avait rejoint peu avant, Joker initialisa leur radio courte portée et parvint à se connecter au quartier général de Vancouvert. Derrière eux, Kaidan, Garrus, James, Liara et Javik trépignaient en silence.
- Ici le SSV Normandy, est-ce que quelqu'un me reçoit ?
Un silence fébrile de plusieures secondes suivit l'annonce du timonier. La jeune quarienne esquissa un geste vers son OmniTech pour vérifier qu'elle n'avait rien homis dans les paramètres mais fut interrompue par de légers grésillements.
- J'ai bien entendu ? Le SSV Normandy ?! s'exclama une voix à l'autre bout de la ligne, oubliant momentanément le protocole.
- C'est bien ça. Est-ce bien le QG ? Avons-nous autorisation d'accoster ?
- Bien sûr Normandy ! Bon sang, c'est inespéré ! Un court silence suivit ces paroles. Le Quai B02 est accessible, bon retour parmis nous, Normandy !
- Merci bien; Normandy, terminé. Ahhhhh ! enfin à la maison ! soupira Joker en faisant pivoter son siège. Au fait, merci Tali. (Il se pencha légèrement de façon à voir au delà de sa cabine et aperçu l'ensemble de l'équipage qui jouait des coudes sur la passerelle) Dites, Kaidan, va falloir les obliger à se mettre en rang !
Ce dernier pouffa et jeta un coup d'oeil derrière lui.
- Ne vous en faites pas, Joker, vous aurez une place d'honneur en sortant !
- Ah mais je ne le disait absolument pas pour moi ! Ce serait simplement dommage qu'une émeute éclate pour savoir qui va sortir en premier, c'est tout ! Bon, c'est pas que j'ai un amarrage à faire, mais j'vous laisse ! En plus le B02, ils savaient pas m'en mettre un plus chiant encore, non ?
Dès que la communication fut coupée, le lieutenant ayant répondu à l'appel retira et posa son casque devant lui; faisant mine de ne pas remarquer les visages perplexes de ses voisins, il se retourna sur son siège et se redressa doucement, affichant une mine indifférente. Il traversa la salle de communication d'un pas décidé et se rendit dans le bureau de l'amiral Hackett. En vérité, s'il agissait ainsi, c'était uniquement parce qu'il avait trop peur de se mettre à hurler la bonne nouvelle. Et Dieu seul savait si l'amiral aurait été d'accord.
- Amiral, fit-il en pénétrant dans la pièce, accordant un rapide salut militaire à l'homme.
- Oui, qu'y a-t-il ?
- Amiral, eh bien… je viens de recevoir un appel du- Du Normandy.
- Vous êtes sûr ? s'exclama Hackett en se relevant d'un bond.
- Sur et certain, Amiral. Le Lieutenant Jeff Moreau lui-même m'a demandé l'autorisation d'accoster, ils sont en train d'approcher du Quai B02, Amiral.
- Bon sang, en voilà une nouvelle !
Comme il ne disait plus rien et se contentait de rassembler machinalement quelques DataPads sur son bureau avant de filer, le lieutenant osa poser une question avant de resortir.
- Amiral ? Les autres, est-ce que- Est-ce qu'ils peuvent être au courant ?
- Mais oui ! Tout le monde, tout le monde !
- Merci Amiral.
Sans oublier de saluer son supérieur avant, il se précipita à nouveau dans la salle de communication et hurla à plein poumons, pour être certain que tous dans la grande pièce l'entendent:
- Le Normandy est de retour ! Faites passez le mot ! Quai B02 !
Aussitôt après cette annonce, une effervescence toute autre anima la foule de soldats présents au Quartier Général de l'Alliance Interstellaire de Vancouvert.
Une heure plus tard, lorsque Kaidan ordonna enfin l'ouverture des portes du sas, une petit foule amassée le long des barrières du quai les attendait, l'Amiral Steven Hackett en tête de file.
Aussi émerveillés qu'étonnés, les équipiers de Shepard restèrent figés quelques instants. Joker fut le premier à s'avancer sur la passerelle métallique reliant la plate-forme sur laquelle le vaisseau reposait à la cours du bâtiment. Liara le rejoignit bien vite, esquissant un geste protecteur envers le timonier à la démarche hésitante.
- On va dire que ça se rapproche d'une haie d'honneur, hein ? tenta de plaisanter Joker.
En vérité, il était sûrement celui qui était le plus ému de cet acceuil.
Kaidan, quand à lui, s'était inconsciement mis à rechercher le visage familier dans la foule dense, ressentant son fol espoir renaître. Derrière lui, James le bouscula gentiment pour l'inciter à avancer. C'était lui le plus haut gradé, après tout. Ils s'avancèrent dans cette foule joyeuse et pleine de visages inconnus pour eux, Steven Hackett les attendant un peu en retrait, un fin sourire aux lèvres. Il alla à leur rencontre et parla à tout le groupe, mais Kaidan n'écoutait qu'à moitié.
- Major Alenko ?
Son nom le fit tressauter.
- Oui, amiral ?
- Venez, j'aimerais vous parler seul-à-seul, dit-il en l'entraînant un peu plus loin.
Cette phrase sonna étrangement comme un coup de massue aux oreilles de Kaidan. Alors il avait espéré pour rien ?
- Major, ce que j'ai à vous dire n'est pas facile, mais Shepard est…
- Oui ? le pressa Kaidan, incapable de laisser le temps à son supérieur.
- Il s'en est sortit.
- Je vous demande pardon, amiral ?
- Il n'est pas mort Major, mais il n'est pas tout à fait parmis nous non plus. Je tenais à vous prévenir, vous risquez d'être ébranlé en le voyant. De même que personne, à part le personnel médical, moi et à présent vous sommes au courant. Je tiens à ce que cela reste ainsi. Vous êtes le plus haut gradé de l'équipage, c'est pour cela que j'ai tenu à ce que vous le sachiez.
- Merci infiniment Amiral. Mais les autres, au moins ses plus proches amis… ils doivent être au courant. Ces trois mois ont été très éprouvant pour nous et…
Il laissa volontairement sa phrase en suspend. Hackett soupira et jeta à coup d'oeil en direction du petit groupe, dont certains regardaient anxieusement dans leur direction.
- Bien, dites-le leur, mais vous devez vous porter garant de leur discrétion ! De même que je demande à ce que personne ne quitte le QG pour le moment. Il se trouve au troisième étage de l'aile est, chambre 456. Voilà un pass qui vous permettra d'y entrer.
- À vos ordres, Amiral. Merci.
Steven Hackett se retira d'un pas pressé après un léger signe de tête. Aussitôt après qu'il eut disparu de la place, Liara, Tali, Garrus et James s'approchèrent de lui. Le major leur retourna un immense sourire, le premier depuis bien longtemps.
- Bon, apparement c'est classé secret défense pour le moment mais… il est vivant !
Jetant au placard sa réserve habituelle, Liara se jeta dans ses bras.
- Oh, Kaidan ! Je suis si heureuse !
- Par contre, avec cette bonne nouvelle j'ai aussi reçu l'ordre qu'aucun de nous ne pouvait quitter le QG pour le moment.
- À peine revenu que ces pendejos nous chopent en laisse !
- Bah, James, c'est pas si mal, pensez à toutes ces belles employées qui vont sûrement vous interrogez, ou à toutes ces infirmières qui vont sûrement vous faire un check-up complet, lanca Garrus en lui donnant une tape dans le dos.
- Mmouais, j'espère, parce que sinon je sens que je vais trouver le temps long !
Tout à leurs gentilles moqueries, aucun d'eux ne vit Kaidan s'éclipser discrètement.
Miranda Lawson se massait la nuque en attendant que son café soit prêt. Trois jours qu'elle dormait à l'hôpital, avec pour seul luxe une petite sièste où elle le pouvait quand elle en avait le temps. Certes, c'était son choix à elle, elle avait bien trop peur de laisser Shepard aux mains de ces personnes qui se croyaient compétentes ! Mais force était de constater que son corps n'était pas des plus d'accord de subir ce traitement.
Depuis qu'ils s'étaient rendus compte que son cerveau pouvait se maintenir en état de veille, elle avait connecté l'amplificateur et ne cessait de le régler depuis.
Fichu équipement de merde !
Elle songea à toute cette technologie de pointe qu'elle aurait pu avoir si c'était Cerberus qui la fournissait, et non l'Alliance; elle l'aurait déjà sortit du coma et il serait à nouveau sur pied ! Oh, bien entendu, l'Alliance se vantait d'être l'une des organisations militaires les plus avancées en matière de technologie mais, encore une fois, ils n'avaient pas eu assez d'informations concernant Cerberus. Et c'était peut-être mieux ainsi, parce que ç'aurait été digne d'en faire tomber certains en dépression.
Sa tasse à la main, en mélangeant distraitement le contenu, elle marcha lentement le long du couloir désert à l'exception des deux infirmières sous ses ordres qui bavardaient un peu plus loin. Le chuitement des portes la fit sursauter, elle n'attendait aucune visite et ce n'était pas encore la relève des gardes. Le liquide brûlant coula sur sa main lorsqu'elle se retourna vivement, mais elle n'y fit pas attention. Elle activa ses pas et pria pour que ce soit une personne autorisée, parce qu'elle n'avait pas le courage de jeter un visiteur impromptu dehors. Elle fut stupéfiée en reconnaissant le-dit visiteur.
- Major Alenko ?
- Heuu, bonjour, répondit-il en arrivant à sa hauteur. Et vous êtes ?
Devant le silence méfiant de la jeune femme, il s'empressa d'expliquer:
- Le Normandy vient d'arriver et Hackett m'a donné ce pass pour que je puisse venir voir Shepard.
- Ah, excusez moi de cet acceuil, je suis un peu trop sur le qui-vive en ce moment. Miranda Lawson, je suis chargée de la protection ainsi que des soins de Shepard, fit-elle en serrant la main tendue. J'imagine que vous souhaitez le voir ?
Kaidan acquiesça, tout à coup un peu anxieux quand à ce qu'il allait voir. Miranda confirma sans le savoir ses craintes.
- Je dois vous prévenir, il n'est pas très très beau à voir. (Elle l'invita à la suivre plus loin dans le couloir) Néanmoins, il est conscient et nous entend et comprend parfaitement. Faites simplement attention à bien vous annoncer, il est encore sur ses gardes. (Elle sembla hésiter un instant) Et je voulais aussi vous dire, bien que cela ne me regarde pas, je suis heureuse que vous soyez celui qui le rend lui-même heureux. Après Horizon j'ai compris qu'il tenait à vous bien plus qu'il ne le comprenait lui-même. L'intuition féminine, vous savez, fit-elle en esquissant un geste vague de la main.
Lorsqu'elle ouvrit la porte de la chambre 456, Kaidan cru que ses jambes cotoneuses allaient le lâcher définitivement. Dans le seul lit de la pièce, un corps couturé de cicatrices pâles ou orangées et de bandages était étendu, immobile. Un nombre incalculable de tuyaux le reliait à toutes sortes de moniteurs et poches pleines de liquides différents, certains à l'aspect douteux.
Miranda lui fit signe de ne pas faire de bruit et s'approcha doucement d'un écran. Elle acquiesça pour elle-même et posa une main sur celle, plus ou moins indemne, du commandant. Elle lui chuchota quelques paroles et revint près de Kaidan. Ils sortirent dans le couloir.
- Il est bien consicent, je ne lui ai pas encore annoncé votre visite pour ne pas lui gâcher la surprise, sourit-elle, émue bien malgré elle. Prenez garde à bien signaler votre présence lorsque vous serez auprès de lui pour lui éviter toute frayeur inutile. La seule réponse que vous obtiendrez se trouve sur ce moniteur qui signale si ses implants entrent en action.
- Il est- Il est encore dans le coma ?
- Oui, mais je vous expliquerai tout en détail plus tard. Allez le voir !
La remerciant d'un signe de tête, il entra à nouveau dans la chambre et approcha du lit. Refoulant comme il le pouvait le sentiment d'horreur que la vision du corps mutilé lui procurait, il attrapa un siège au passage et serra doucement la main libre de Shepard dans la sienne en un geste tremblant.
.
Le commandant Shepard était en train de sombrer dans le sommeil lorsque Miranda avait posé la main sur la sienne en lui demandant d'une voix rassurante de ne pas s'endormir tout de suite. Curieux, il l'avait entendue quitter la pièce avec une autre personne dont il ne reconnaissait pas la démarche -il avait appris à reconnaître presque toutes celles des autres habitués de sa chambre- et avait fini par entendre la porte s'ouvrir à nouveau.
Il perçu un pas hésitant suivi du raclement d'une chaise. Il en était encore à se demander qui ce pouvait être lorsqu'une grande main pressa la sienne.
Ce n'est quand même pas … ?
- Hey, Shepard…
Kaidan !
Au delà de la douleur diffuse qui ne le quittait jamais, il ressentit des frissons de bonheur parcourir tout son corps et son coeur s'emballer. Qu'est-ce qu'il aurait voulu pouvoir le serrer dans ses bras ! Il tenta furieusement de faire bouger au moins sa main. Ce fut en vain, évidement.
Sa main fut très légèrement soulevée -non sans lui causer une douleur fulgurante dans jusqu'à l'épaule- et les lèvres d'Alenko se pressèrent contre sa peau à moitié cicatrisée. Bien plus que durant les cinq derniers jours, Shepard maudit son état pitoyable. Il voulait tellement ouvrir les yeux ! Le revoir, être certain qu'il ne rêvait pas…
La voix enrouée du major le tira de ses pensées; presque par réflexe, il se mis à lui raconter en détail ce qu'il était arrivé après l'évacuation, comment ils avaient atterri sur une planète acceuillante et à la végétation luxuriante. Il décrivit la liesse qui avait envahi l'équipage à l'évocation de la victoire, leur baisse de moral lorsque chacun avait réalisé que leur commandant s'était sacrifié pour eux; leur reconnaissance et leur fierté, aussi.
Peu à peu, il se laissa gagner par la bonne humeur de son compagnon fatigué et eu même envie de rire des quelques moments insolites qui lui furent contés.
Lorsque Kaidan acheva son long compte-rendu, Shepard était en train de lutter contre une légère somnolence et compris qu'il en était de même pour le major, qui avait la voix sèche.
- Il est tard à présent, je pense que je ferais mieux d'aller voir ce que sont devenus les autres, même si je n'en ai pas vraiment envie… Je reviendrai demain dès que je pourrai, je pense que Hackett ne me dira pas non, je peux toujours écrire la fin de mon rapport ici. (Lorsqu'il lui lâcha la main, Shepard eut l'impression qu'un froid glacial vint l'envellopper) Revenez-moi vite, chuchota-t-il.
Il sentit la main de Kaidan carresser doucement son front des quelques mèches qui avaient eu le temps de pousser en trois mois et les lèvres chaudes se posèrent une dernière fois sur sa peau. Avec regret, il entendit les pas s'éloigner avant de disparaître derrière les portes.
Pour la première fois depuis qu'il avait repris conscience, le cauchemar encore férocement lacunaire de ses derniers instants ne vint pas s'imicer dans son sommeil.
.
Lorsqu'il referma les portes derrière lui, Kaidan eut l'impression d'être dans un état second où la fatigue, la joie et la peur se mêlaient. Savoir Shepard vivant l'avait littéralement ramené à la vie, mais lorsqu'il l'avait vu, une peur vicérale s'était installée en lui et ne l'avait quitté que le peu de temps où il avait été totalement absorbé par son récit. Et si, malgré tout, il ne s'en sortait pas ?
- Major Alenko, vous m'avez l'air épuisé.
Miranda Lawson était couchée dans le seul canapé qui meublait le couloir; instalé non loin de la chambre, elle l'avait à l'évidence fait exprès pour toujours garder un oeil sur les lieux tout en grapillant des heures de repos.
- Vous ne partez jamais ? demanda-t-il en la regardant se redresser.
- Pas depuis qu'il a repris conscience. Je ne fais pas vraiment confiance aux autres médecins et Shepard n'en connait aucun d'eux. Ses derniers instants ont dû être traumatisant et je tiens à ce qu'il se sache bien entouré.
- Bientôt, ma dette envers vous sera tellement énorme que je n'aurai plus assez avec le reste de ma vie pour l'honorer.
- Oh mais vous l'honorez déjà en étant là, vous n'avez pas à vous en faire !
Kaidan ne su pas vraiment pourquoi il eut cette pensée, mais il fut tout à coup certain que l'ancien bras droit de l'Homme Trouble avait été -et était peut-être même encore- amoureuse de Shepard.
- Dites, j'ai un peu du mal à saisir comment il peut nous entendre, réagir à ce que nous disons sans pour autant bouger d'un pouce, avança Kaidan.
- Oui, j'avais l'intention de vous expliquer tout cela. Lorsqu'il a été opéré à son arrivée, le neurochirurgien qui s'est occupé de lui a découvert plusieurs oeudèmes situés à des endroits très critiques; notament à la base du cerveau. D'après ce que j'en sais, une grande partie des nerfs moteurs a été comprimée et je suppose qu'ils sont encore trop endomagés pour que Shepard puisse bouger. Mais c'est en voie d'amélioration, puisqu'il n'a plus besoin de respirateur depuis une semaine et que ses organes reprennent peu à peu leur autonomie.
- Vous pensez que ça pourrait encore prendre combien de temps ?
- Je table sur deux semaines, mais cela pourrait prendre plus de temps.
Kaidan resta un moment silencieux. Finalement, les choses n'allaient pas si mal, c'était simplement une question de temps.
- Je reviendrai demain dès que je pourrai, dit-il dans un soupir éreinté. Merci infiniment pour ce que vous faites pour lui, Miranda.
Elle le remercia à son tour d'un signe de tête et le laissa regagner l'ascenseur. Il jeta un coup d'oeil à l'horloge de la cabine pour se rendre compte qu'il était près de 23h. Bon Dieu, je suis resté presque six heures !
En consultant son OmniTech, il trouva un message de l'amiral Hackett informant toute l'équipe du Normandy que des chambres leurs avaient été attribuées dans le centre de détention -seule partie intacte pourvue de chambres- et que tout le monde était invité à se présenter dès le lendemain matin au nouveau centre des opérations pour un debriefing complet et individuel. Soupirant à l'idée de devoir redire ce qu'il avait écrit dans un rapport qui faisait tout de même une dizaine de pages, Kaidan se dirigea vers le centre de détention.
En chemin, il tomba sur Tali et Liara, qui semblaient parties dans une discussion animée, elles se turent à l'arrivé du Spectre.
- Oh, je dérange, peut-être ? s'enquit Kaidan.
- Non, non. Pas du tout ! s'empressa de dire Tali. Nous voulons juste savoir comment va Shepard.
- Vous avez pu lui parler ? demanda Liara.
- Il est dans le coma… je crois. J'ai pu lui parler et il m'entendait, mais seul un moniteur relié à ses implants m'en informe, c'est très étrange.
- Mais… il va se réveiller ?
- Miranda Lawson est chargée de ses soins et elle semble très optimiste. J'en suis moins sûr, mais en même temps ce n'est pas moi qui l'ait recontruit alors qu'il était mort. Il n'y a plus qu'a attendre et espérer, Tali.
- Lorsque je suis parvenue à récupérer son corps il y a trois ans, il était dans un tel état ! C'est une bonne chose que Miranda soit là, si elle a réussi à le ramener à la vie une fois, elle arrivera à le garder en vie cette fois-ci.
- Je ne peux pas arrêter de croire en lui de toute façon, sourit tristement Kaidan.
- Comme nous tous, Kaidan. Tali, vous pensez vraiment qu'il est possible pour vous de faire quelque chose ?
- Que se passe-t-il ? s'enquit Kaidan.
- Eh bien, comme toutes les I.V. se sont déconnectées, j'ai perdu Glyphe. Hors j'ai besoin de lui pour m'aider dans ma tâche. Et puis, il était devenu un vrai compagnon, au fil du temps.
Kaidan pensa alors à Joker, qui avait perdu IDA. Quelque chose de fort s'était installé entre eux, au fur et à mesure que l'I.A gagnait en humanité. La victoire avait un goût sacrément amère.
- Je ne peux rien promettre, mais je vais tout tenter. Vous savez où sont nos chambres, Kaidan ?
- J'ai reçu un message disant que nous étions dans le centre de détention, mais je n'en sais pas plus.
- Nous avons été gâtés, vous allez voir ! rit Liara.
Ils rejoignirent le reste de l'équipe dans ce qu'il restait du centre de détention, temporairement utilisé pour abriter bon nombre de soldats légèrement blessés. Bien qu'il y ait eu trop de monde pour dire de tous les installer confortablement, les employés s'étaient tout de même arrangés pour que toute l'équipe de Shepard puisse profiter d'un repos bien mérité dans un endroit calme. Ainsi, les quatre plus grandes chambres avaient été réquisitionnées à leur attention.
- Je n'ai pas encore osé dire que nous avions déjà bien profité du repos durant ces trois derniers mois. Nous aurions dû, vous pensez ? fit Tali d'un ton moqueur.
- Ah ! La guerre est finie, un jour ou deux en plus dans un bon lit ne nous feront pas de mal, dit Kaidan.
- Traynor et Joker ont voulu rester dans le Normandy, Hackett leur en a donné l'autorisation, informa Liara.
- Ils ne le lâcheront pas, hein ?
- Je pense qu'ils auront du mal, en effet, rit l'Asari.
Le reste de l'équipe était encore debout, malgré l'heure tardive, attendant le retour de Kaidan. Tous furent plus qu'heureux de savoir Shepard en bonne voie de guérison, leur enthousiasme parvint même à rassurer Kaidan, qui s'endormit ce soir là sur ses deux oreilles.
