A/N: Me revoilà, bien qu'avec un peu de retard ! Je me vois donc dans l'obligation de mettre deux chapitres d'un coup ! Ah, que ne ferait-on pas par pure culpabilité... Enfin, j'avoue avoir été heureuse des quelques reviews que j'ai reçu ! =w= Un grand merci à Hanabi-sensei (bien que je puisse avoir ses commentaires en direct, mais passons~ ;) ), à Miss 'lodie et à Denki ! :3
"Tu t'énervais plus facilement, aussi.
-C'était d'ailleurs devenu un jeu : celui qui parvenait à te rendre furieuse en premier gagnait !
-Je crains que l'on n'ait jamais réussi à battre le Chapelier crétin…
-En même temps, se mettre autant de monde à dos, cela relève du don.
-Je sais bien qu'il est fou, mais tout de même…
-Il y a des limites à tout.
-Ou du moins, il y en avait…
-Jusqu'à ce que tu partes."
SWEET DREAMS
Chapitre 7: Allié...ou ennemi ?
Ils se turent un instant, et la question franchit ses lèvres avant qu'elle ne puisse s'en empêcher, sa curiosité naturelle faisant de nouveau surface.
« Que voulez-vous dire ?
-Quand tu es partie, tout le monde a été attristé par la nouvelle.
-Nous nous étions tous habitué à ta présence, et nous ne la questionnons même plus.
-Alors ton départ…
-Ça a été une claque pour nous tous.
-On a tous commencé à se remettre en question.
-S'accuser les uns les autres.
-Chercher des explications, des raisons qui expliqueraient pourquoi tu étais partie.
-Mais le plus pathétique de tous…
-C'était le Chapelier Fou.
-Il s'est complètement laissé aller; il ne préparait plus ses célèbres parties de thé.
-C'était à peine s'il se nourrissait.
-Sans le Lièvre de Mars, il serait sûrement mort dans un coin sans que personne ne le réalise. »
Leur ton calme traduisait toute l'indifférence qu'ils ressentiraient si un tel événement venait à se produire.
« Et puis, un beau jour, il s'est repris en main.
-Très franchement, personne ne sait ce qu'a bien pu lui dire le Lièvre de Mars…
-Mais le résultat était là.
-Il était reparti pour un tour !
-Enfin, à peu près. On a commencé à remarquer des choses étranges.
-Quelquefois, il parlait tout seul.
-Oh, ce n'était rien de nouveau ! Il le faisait déjà auparavant.
-Mais pas aussi souvent. Et à chaque fois…
-Le même prénom revenait. Je te laisse deviner lequel.
-Et puis ses yeux !
-Ils ont commencés à changer de couleur à la moindre émotion !
-Émotions qui sont devenues carrément instables, d'ailleurs.
-Je suppose que tu l'as remarqué !
-Il est difficile de passer outre…
-Il ne t'a rien fait, Alice ? »
Le ton était tranchant. Elle fut surprise de ce changement d'attitude.
« N-non, pas vraiment…
-Tu en es sûre ? »
Ils s'étaient maintenant arrêtés, et l'attention des jumeaux était fixée sur elle.
« Je vous assure qu'il ne m'a rien fait. »
La voix qu'elle avait voulue ferme lui parut étrangement faible.
« Tu mens, Alice.
-Toujours aussi mal, d'ailleurs.
-Ce n'est rien; il m'a juste un peu… effrayé.
-Jusqu'à quel point ?
-Il ne t'a quand même pas menacé ? »
Elle fut tentée de leur faire remarquer qu'ils l'avaient également menacé au début de leur rencontre.
« Il a juste clairement dit qu'il me forcerait à rester; c'est tout.
-Quel manque d'originalité !
-Il est assez traditionnel, finalement…
-J'aurais imaginé quelque chose de plus imaginatif de sa part !
-Il a peut-être perdu sa créativité avec le Temps ?
-Elle aurait bien été capable de lui voler ! Ils n'ont jamais pu se supporter, de toute façon !
-Peut-être pourrions-nous continuer notre chemin ?
-Tu as raison, Alice.
-Allons-y ! »
Elle posa finalement la question qui la perturbait depuis un certain temps.
« Le Temps est une personne ?
-Oui, et une sacrée personne avec cela !
-Elle est insupportable.
-Terriblement rancunière.
-Personne n'est jamais parvenu à gagner ses faveurs !
-A part toi, bien sûr.
-Je n'ai jamais compris comment tu avais pu charmer une telle personne…
-Pourtant, tu partais mal, avec ton amitié avec le Chapelier crétin !
-Au final, elle te l'a bien rendue.
-Tu as gardé des traits terriblement enfantins, pour ton âge !
-Je suppose que c'est sa manière de te manifester son amitié.
-Enfin, elle n'a pas pu t'empêcher de vieillir malgré tout.
-Elle ne peut pas briser les règles de l'autre monde, même pour tes jolis yeux.
-Ce n'est pas plus mal, au fond.
-Elle impose déjà sa tyrannie ici, alors si en plus elle avait l'autre monde à ses pieds…
-Où irions-nous ?
-Elle est si terrible que cela ?
-Toi, c'est sûr, tu ne le pensais pas le moins du monde.
-Ah, les petits favoris pensent toujours différemment du reste…
-Mais nous ne t'en avons jamais voulu pour cela !
-Par contre…
-Nous rendre visite plus souvent n'aurait pas été de trop.
-Nous étions obligés de venir te voir chez le Lièvre de Mars !
-Et supporter la présence du Chapelier crétin, bien sûr.
-Même ton ombre ne te suivait pas aussi fidèlement que lui !
-Si tu étais venue habiter chez nous, cela aurait été tellement plus simple…
-Je ne suis pas sûre que j'aurais supporté de vivre dans un environnement aussi…sombre.
-C'est ce que tu nous avais dit quand nous te l'avions proposé.
-Au contraire, c'est exactement ce que tu nous avais répondu. »
Un silence s'ensuivit, avant qu'un des Tweedle reprenne la parole.
« Ah, nous sommes…
-Arrivés. »
Devant eux se tenait une…maison ? Elle semblait en avoir tous les attributs : une porte, des fenêtres, un toit… Mais elle ressemblait étrangement à un champignon.
« C'est ici qu'habite la Chenille ?
-Oui ! Il a mauvais goût, n'est-ce pas ?
-Et encore, c'est un euphémisme !
-Non, c'est très… pittoresque ?
-Alice, même si ton monde est étrange, je suis certain qu'aucun peintre digne de ce nom n'aurait envie de représenter une chose pareille…
-Enfin, c'est bien ton genre d'essayer de rattraper—
-Vous comptez critiquer ma demeure encore longtemps ? »
Un homme était appuyé contre l'encadrement de ce qu'elle supposait être la porte d'entrée, les bras croisés sur son torse. Et, pour la première fois depuis qu'elle était arrivée ici, elle trouva une personne à l'apparence un tant soit peu normale. Il avait de longs cheveux blonds, attachés en arrière de manière très simple. Tous ses vêtements étaient tous d'une variation de bleu différente, mais il était habillé de manière tout à fait convenable. Il portait un monocle, et il tenait entre ses doigts fins un porte cigarette. Il dégageait dans l'ensemble un air noble, voire arrogant. Son regard se posa sur elle.
« Si ce n'est pas la stupide Alice… »
Sa voix était traînante, son ton méprisant. Elle fronça les sourcils, clairement vexée.
« Tu n'es vraiment pas sincère !
-Pourquoi tu ne lui dis pas à quel point tu es heureux de la revoir ?
-Je ne fais que dire la vérité; elle avait choisi l'autre monde, et voilà qu'elle se retrouve ici de nouveau. Ton indécision va finir par te coûter cher.
-Mon indécision ? J'ai été traîné ici par ce Chapelier crétin ! En quoi suis-je responsable de ce qui m'arrive ?
-Tu as toujours été trop naïve; je parie qu'il n'a eu qu'à venir à ta rencontre, la bouche en cœur, et tu l'as suivi sans te poser plus de question.
-Je ne l'ai pas suivi, il m'a traîné à travers le miroir ! Il y a une différence !
-Le résultat est exactement le même. »
Il tira une bouffée de sa cigarette.
« As-tu retrouvé la mémoire ?
-Non. »
Il n'élabora pas.
« Savez-vous quelque chose à ce propos ? »
Il la regarda hautainement.
« Bien sûr. Je suis celui qui l'a scellée, après tout.
-Comment ? Mais le Chat pensait que c'était dû au passage entre les deux mondes—
-Je n'ai pas envie d'entendre parler de ce Chat horripilant. Rien que son nom me dégoûte. »
Les raisons derrière son abandon étaient donc vraies !
« Si tu veux plus d'explications, tu n'as qu'à entrer. Nous serons plus à l'aise pour parler. »
Elle hocha la tête et s'avança. Les jumeaux s'apprêtèrent à la suivre, mais l'homme secoua légèrement la tête.
« Pas vous, les Tweedles. Je n'ai aucune envie de supporter vos simagrées, surtout après avoir entendu vos propos désobligeants. Vous n'aurez qu'à attendre dehors.
-Quoi ? Tu veux rester seul avec Alice ?
-Quel petit cachottier ! Toi aussi, tu— »
Le reste de sa phrase fut interrompue par le claquement sec de la porte.
« Maudits jumeaux… »
Il tourna son attention vers la jeune femme, qui se tenait dans l'entrée, visiblement mal à l'aise. Il la détailla d'un air critique.
« Je suis presque certain que dans ton monde, tes vêtements seraient considérés comme indécents.
-Au risque de me répéter, c'est la faute du Chapelier ! Il est venu me chercher en pleine nuit !
-Et je suppose que personne n'a songé à t'offrir d'autres habits. »
Elle hocha la tête. Il soupira, avant de lui indiquer d'un geste de la main de le suivre. Elle entendit son murmure alors qu'ils s'engageaient dans l'escalier.
« Cette bande d'imbéciles, pas un pour rattraper l'autre… »
Ils arrivèrent finalement dans une pièce, qu'elle supposa être une chambre, au vu du lit qui trônait fièrement dans celle-ci. Il se dirigea vers une immense armoire, dont il ouvrit les portes d'un coup sec.
« Tu trouveras tout ce dont tu as besoin ici. Je t'attends en bas. »
Et sans un mot de plus, il était parti, prenant le temps de clore la porte derrière lui. Il était clair que cet homme tenait des propos presque insultants, et qu'il avait une fierté particulièrement développée, mais la manière dont il remarquait ce que presque personne n'avait pris le temps de noter, pour ensuite lui proposer de résoudre son problème avec rapidité était pour le moins bienvenu. Elle tourna son attention vers l'armoire, et le nombre incalculable de tenues la surprit malgré elle. Bien sûr, aucune n'était féminine, ce qui lui confirma ce qu'elle avait déjà supposé. Cet homme vivait seul. Ce qui la transporta de joie fut le fait que absolument toute sa garde robe était composée de bleu. Le paradis existait donc réellement !
Elle s'empressa de choisir une tenue, ne désirant pas faire attendre son hôte qui avait sans nul doute une patience limitée. Elle enfila une chemise, dont elle roula les manches jusqu'aux coudes, qu'elle surmonta d'un veston. Elle mit un pantalon (expérience étrange pour elle qui était habituée aux robes depuis son enfance), et trouva même des brettelles assorties qui lui permirent de le maintenir en place. Quant aux chaussures, elle parvint à trouver une paire assez petite, qu'elle mit avec une certaine joie. Réaliser une grande partie de son périple pieds nus n'était pas l'expérience la plus plaisante qu'elle ait eue. Elle plia sa chemise de nuit, et la déposa à regret sur une chaise. Elle descendit l'escalier, et trouva le salon sans aucune difficulté. Un feu crépitait dans l'âtre, et la Chenille était tranquillement assis dans un des fauteuils qui étaient tournés vers la cheminée. D'où elle était, elle ne pouvait voir son visage.
« Qu'attends-tu ? »
Il fit un geste impatient vers le fauteuil qui était en face de lui, et elle exécuta son ordre silencieux. Lorsqu'elle fut assise, elle le dévisagea de ses grands yeux, attendant qu'il prenne la parole.
« Comme les Tweedles ont sûrement dus te le dire, je suis la Chenille. »
Elle n'eut pas le courage de sourire face à la différence entre son apparence hautaine et son nom. Se moquer de celui qui venait de lui fournir des vêtements serait pour le moins impoli.
« Je suis celui à qui tu as fait part de ta volonté de partir, mais pas seulement. »
Il tira une nouvelle bouffée de sa cigarette.
« Tu m'as demandé d'effacer ta mémoire avant que tu ne sois renvoyée de l'autre côté.
-Mais pourquoi ?
-Tu craignais de regretter ta décision. Tu as donc pris le parti de tout oublier. »
La cruauté et l'égoïsme dont elle avait fait preuve la choqua. Tous ces gens qui semblaient tant l'apprécier, elle avait tiré un trait sur eux comme si c'était la chose la plus naturelle au monde !
« Pourrais-je les récupérer ?
-Je crains que non. Je t'avais d'ailleurs prévenu à ce moment-là; je n'étais pas sûr de pouvoir les conserver. Tout au plus, je pourrais te rendre des bribes de souvenirs. Cependant… »
Il écrasa sa cigarette dans le cendrier.
« Un tel processus pourrait se révéler dangereux.
-Comment cela ?
-Altérer la mémoire est déjà difficile, mais te rendre des souvenirs que je pourrais avoir modifié par inadvertance serait de la folie.
-Je peux donc faire une croix sur le temps que j'ai passé ici ?
-Tu avais fait ton choix en toute connaissance de cause.
-Je suis désolée.
-Pour quoi ?
-De vous avoir imposé ma décision, alors que vous faisiez vous-même partie de ces souvenirs…
-Tu as préféré te tourner vers l'avenir. On peut voir cela comme une noble décision.
-Comprendre la raison de mes actes ne veut pas dire que vous l'avez accepté. »
Il eut un sourire amer.
« Je fais tout pour te paraître agréable, alors pourquoi t'échines-tu à remuer le couteau dans la plaie ?
-Je préfèrerai vous voir m'en vouloir plutôt que de prétendre que nous nous sommes séparés en bons termes.
-Pour qui est-ce que ce sera le plus facile ? Moi…ou toi ?
-Tout le monde devrait me détester, non ? Alors, pourquoi m'accueillent-ils tous à bras ouverts ?
-La plupart ignorent que tu as volontairement oublié leur existence. Et même s'ils le savaient, leur comportement ne changerait sans doute pas.
-Qu'ai-je fais de si spécial pour que tous ceux que je rencontre soient si attachés à moi ?
-Va savoir. Quelquefois, il suffit de dire les bonnes choses au bon moment; d'autres fois, un simple geste peut tout changer.
-Ce serait aussi simple ?
-Tu n'as toujours pas perdu l'habitude de poser des questions, à ce que je vois.
-Excusez-moi d'être curieuse ! »
Elle croisa les bras sur sa poitrine.
« Dis-moi, as-tu un mari de l'autre côté ? »
Elle fut surprise du changement soudain de sujet.
« Non… Pourquoi une telle question ?
-Lors de ta première visite, tu étais extrêmement jeune; beaucoup t'ont considérée comme une petite sœur, ou un statut qui s'en approchait. Mais maintenant…
-Maintenant quoi ? Je croyais que j'étais toujours la même !
-Presque, Alice. Cependant, il est clair qu'ils vont avoir tendance à te considérer comme une femme, et leur comportement s'en fera sentir. Si en plus tu n'as pas de mari, ou une quelconque excuse pour les tenir à distance, ta vie va se compliquer…
-Vous parlez d'eux comme des animaux !
-Oh, ils n'en sont pas tellement différents. Si leur perception de toi commence à changer, tu seras la première à en pâtir. Garde en tête que les codes qui existent chez toi n'ont aucune importance ici. Chacun joue avec ses propres règles.
-Je vous remercie pour vos conseils, mais je ne compte pas m'éterniser dans ce monde.
-A ta place, je n'en serais pas si sûr…
-Que voulez-vous dire ?
-Le Chapelier Fou t'a amené ici, et cela m'étonnerait fortement qu'il n'ait pas déjà songé à un moyen de te faire rester. Cet homme est plein de ressources; la partie est loin d'être gagnée. Et même si tu parviens à t'en débarrasser, garde à l'esprit que tous ceux qui t'accompagneront n'ont pas forcément envie que tu partes de nouveau. Ils pourraient très bien attendre que tu leur accordes ta confiance pour en abuser.
-Vous parlez des Tweedles ?
-Pas seulement. Le Chat est tout aussi dangereux. La seule qui pourrait être une alliée sur laquelle tu pourrais compter serait la Reine Rouge.
-La Reine Rouge ?
-Le Chapelier Fou n'a-t-il pas tenté de la dénigrer ?
-Oui, c'est vrai.
-Alors c'est la preuve qu'elle peut t'aider et aller à l'encontre de ses plans. En la faisant passer pour une ennemie, il ne te serait jamais venu à l'idée d'aller lui demander de l'aide.
-A vous attendre, j'ai l'impression de partir à la guerre.
-C'est le cas. La première fois, tu les as tous pris par surprise mais cette fois-ci, ils sont tous prêts à te retenir ici. Si tu désires vraiment retourner dans ton monde, les amis que tu t'es fait ici deviendront des ennemis. C'est aussi simple que cela.
-Et vous ? Pourquoi m'aidez-vous en me prodiguant tous ces conseils ?
-Je ne fais que rendre la partie équitable, bien que tu restes largement désavantagée.
-Êtes-vous un allié ?
-Ne te méprend pas, jeune fille. Je suis loin d'être d'accord avec le fait que tu t'en ailles. Cependant, je suis plus lâche qu'eux; je ne souhaite pas que tu me détestes. J'ai donc choisi une alternative, qui est de t'aider, sans pour autant te faire gagner.
-Même en essayant, je pense que je serai bien incapable de détester quiconque. »
Elle se leva.
« Merci pour toutes ces informations. Au revoir. »
Il inclina la tête, la regardant partir, avant d'allumer une nouvelle cigarette.
« Bonne chance, Alice… Tu en auras terriblement besoin. »
