Sara se réveilla en sursaut, les calmants ne faisaient plus effet. Le cauchemar qu'elle venait de faire, elle le faisait souvent… elle revoyait sa mère, les mains pleines de sang et son père allongé sur le sol, inerte. Son sursaut avait réveillé Grissom par la même occasion. Il se demandait où il était jusqu'à ce qu'il sente une main dans la sienne, celle de Sara. Grissom avait passé la nuit à son chevet. Il avait dormi dans une position tout à fait inconfortable et en ressentait les effets mais peu importait pour lui, tout ce qui comptait c'était que Sara sache qu'il était là maintenant, qu'elle pouvait compter sur lui.

Sara se sentait étourdie et lorsqu'elle avait tenté de mettre sa main sur sa tête, elle avait senti une résistance. Elle tourna alors la tête et vit une main tenant la sienne, puis un bras, puis un visage qui la regardait, celui de Grissom.

« Eh… bonjour Sara. » Lui dit-il doucement, en lui souriant.

Sara était encore perturbée par son rêve et par ce qu'il s'était passé la veille.

« Grissom… » Elle avait du mal à parler. Bien que les calmants ne fassent plus effet, ils l'abrutissaient encore. Elle tenta de lui rendre son sourire mais sa tentative ressemblait plus à une grimace qu'à un véritable sourire. Elle se força à reprendre ses esprits.

« … Vous avez passé la nuit ici ?

-Je te l'avais dit que je ne te quitterais pas. »

Elle remarqua tout de suite que Grissom l'avait tutoyé.

« Je vais aller prévenir l'infirmière que tu es réveillée. Plus tôt tu passeras tes examens de santé, plus tôt tu sortiras. »

Elle n'eut pas le temps de répliquer, il se leva, lâcha sa main et quitta la pièce.

Lorsqu'elle fut seule, elle se concentra pour essayer de se remémorer les dernières vingt-quatre heures… très vite, tout lui revint en mémoire, sa tentative de suicide, la foule en bas de son immeuble, la voix de Grissom dans le porte-voix, sa venue dans l'appartement, la discussion puis la révélation qu'il lui avait faite, le moment où il l'avait aidé à passer la rambarde, tout. Elle n'en revenait pas, Grissom lui avait dit qu'il tenait à elle ? Il l'avait tenu dans ses bras ? Il était resté toute la nuit avec elle ? Il la tutoyait ?

Grissom interrompit ses réflexions quand il revint à nouveau dans la chambre accompagné d'une infirmière et d'un psychologue il lui dit qu'il attendrait dehors, le temps qu'elle se fasse examiner. Sara passa tous ses examens et le psychologue lui expliqua qu'ils devaient la revoir… après ce qu'elle avait tenté de faire, il trouvait normal que Sara ait besoin de se confier et de vider son sac. Il l'autorisait donc à sortir et lui donna rendez-vous à son cabinet pour le lendemain. Mais Sara n'avait aucune intention d'y aller, elle ne voulait pas parler, encore moins à un inconnu. Et puis elle considérait que suivre une « thérapie » signifiait ne plus pouvoir travailler au CSI, elle serait jugée comme trop faible et la réalité lui sauta soudain aux yeux… elle avait peut-être déjà perdu son travail à cause de ce qu'il s'était passé la veille. Ecklie en profiterait cette fois pour la faire virer, cette fois Grissom ne pourrait pas l'empêcher car l'argument d'Ecklie serait de taille !

Grissom entra dans la pièce et lui dit qu'il avait tout régler avec les médecins, ils pouvaient s'en aller. Bien que reposée, elle ne le paraissait pas. Il vit une profonde tristesse et une forte inquiétude marquer le visage de sa collègue… Sara pensait et ça, il devait à tout prix l'éviter !

Sara qui était assise sur le lit d'hôpital se mit debout. Grissom ramassa sa veste et s'approcha de sa jeune collègue afin de lui couvrir les épaules avec. Non pas qu'il faisait froid à Vegas, mais Sara n'était pas bien et pouvait avoir froid. Grissom posa sa main dans le creux du dos de Sara pour la diriger vers la sortie. Sara le suivit en silence. Arrivés à la voiture, son superviseur ouvrit la porte côté passager pour l'inviter à s'asseoir.

« Monte, je te raccompagne chez toi. » Sara n'avait pas très envie d'aller chez elle, de retrouver l'endroit qui lui rappelait de mauvais souvenir.

« Je préfère aller à un autre endroit, si ça ne vous dérange pas. »

Bien sûr… sur le coup, il n'avait pas réfléchi, il pensait que Sara devait se reposer, mais sa proposition était maladroite… il se demandait où ils allaient aller : Sara devait avoir faim mais aller dans un lieu public alors qu'elle avait besoin de calme et d'intimité ne lui paraissait pas une bonne idée. Ils ne pouvaient pas non plus se rendre au LVPD, car Sara devait prendre du repos et ce bâtiment représentait bien trop de choses négatives. Soudain les choses lui parurent claires.

« Alors allons chez moi. »

Sara ne dit rien et monta dans le véhicule, signe qu'elle acceptait sa proposition. Grissom se réjouissait de la voir obtempérer. Il grimpa à son tour, démarra le véhicule et sortit du parking de l'hôpital.

Le chemin se fit en silence, Sara regardait les bâtiments défiler inlassablement par la fenêtre, elle ne semblait penser à rien. « Tant mieux » se disait Grissom. Arrivés à la porte de son garage, il déclencha l'ouverture automatique de la porte, gara la voiture à la place qui lui était réservée, releva sa fenêtre, coupa le contact, retira sa ceinture descendit du véhicule et fit le tour de celui-ci afin d'ouvrir la porte de Sara. Celle-ci n'avait pas encore bougé. A son tour elle défit sa ceinture et pivota sur son siège pour sortir. Elle regardait en direction du sol, comme si elle voulait éviter le regarde de Grissom. Celui-ci observait tous ses gestes et tentait de cerner le moindre geste, le moindre détail qui lui permettrait de savoir comment agir avec elle. Là encore, il mit sa main dans son dos afin de la diriger vers la porte de son domicile.

Il ouvrit la porte et l'invita d'un geste de la main à entrer.

Sara hésita un léger instant, en silence. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait ici mais les rares occasions qui s'étaient présentées, elle accompagnait l'équipe de CSI. Aujourd'hui elle était seule avec Grissom et les circonstances étaient tout autre. Elle se décida à entrer, voyant la main de Grissom qui était toujours tendue, l'invitant à franchir le seuil de la porte. Elle s'avança prudemment dans l'appartement silencieux, Grissom ferma alors derrière lui. Il avait des gestes très posés, afin qu'elle se sente rassurée et en confiance. Il l'invita à entrer dans le salon, lui demandant de lui donner sa veste. Lui aussi retira ses chaussures et son gilet de CSI qu'il n'avait pas encore retiré depuis la veille où il était sensé partir résoudre des crimes. Au lieu de cela, il avait préféré rester avec Sara à l'hôpital et avait envoyé son équipe, sous la direction de Catherine, faire le travail sans lui. Après avoir soigneusement rangé les vêtements, il se dirigea vers sa cuisine qui donnait vers son salon et sa salle à manger, pendant qu'il regardait Sara se diriger vers son canapé, d'un pas encore hésitant.

Il prépara une tisane pour eux, ouvrit un placard pour en sortir des beignets et des céréales pour leur petit déjeuner.

« Ce n'est pas un trois étoiles que je t'offre mais ça va te faire du bien, tu dois avoir faim. » Il alla porter tout sur sa table basse.

« Tu veux quelque chose en particulier ? »

Sara répondit d'une voix à peine audible : « Merci, non, ça ira. »

Lorsque les tisanes furent prêtes, il les servit dans des tasses et apporta le plateau sur la table basse. Il choisit de s'asseoir à côté de la jeune femme afin de partager leur petit déjeuner. Il se servit un beignet et invita Sara à en faire autant.

« Mange, ça te fera du bien… » Lorsqu'il vit Sara se servir il croqua un morceau de son donut et but une gorgée de sa tisane, restant silencieux Sara trempa son beignet dans sa tasse et porta l'aliment à sa bouche. Grissom releva ce geste et le prit comme une lueur d'espoir. Dans la nature, lorsqu'un animal ayant des problèmes de santé ou autre acceptait la nourriture que l'homme tentait de lui donner pour le sauver, lorsque celui-ci l'acceptait, c'était bon signe. Il préféra détourner son regard et regarder en face de lui, dans le vide. Il ne voulait pas la mettre mal à l'aise. Après un moment qu'ils étaient restés sans rien dire, se restaurant un peu, Grissom rompit le silence :

« Sara ? »

Sara releva la tête et regarda en direction de Grissom.

« Oui ?

-Tu peux rester tant que tu veux ici, tu es chez toi. »

Après s'être restaurés, Grissom ramassa tout ce qui traînait sur la table, et invita Sara à le suivre. Elle se mit debout et le suivit dans un couloir qui menait à une chambre.

« Voici ta chambre… si tu veux rester bien sûr. Je ne l'utilise pas. Il m'arrive de m'allonger sur le lit pour me reposer, surtout quand j'ai une migraine, car la pièce est calme, tu y seras tranquille. »

Soudain un bip se fit entendre au bipeur de Grissom. Celui-ci regarda alors l'écran qui affichait « Ecklie ». Il savait déjà pourquoi. Il rattacha son bipeur à sa ceinture et après un court silence il ajouta : « Tu devrais te reposer encore un peu. Moi je dois sortir, Ecklie veut me voir. Au retour, je passerai chez toi pour te chercher des affaires, si tu es d'accord pour rester ici… ?»

Sara ne répondit rien, elle se contenta de s'avancer dans la pièce et de s'asseoir sur le lit. A ce geste, Grissom sourit, il comprit que Sara avait fait le choix de rester. Il resta un court instant encore dans le chambranle de la porte à regarder la jeune femme qui lui tournait le dos et qui regardait tout autour d'elle afin d'observer la disposition de la pièce.

Il lui lança alors : « A tout à l'heure. Si tu as besoin de quelque chose, n'importe quoi, fais comme chez toi. Dans cette armoire il y a quelques couvertures. N'hésite pas à me biper au cas où tu en aurais besoin ».

Grissom se retourna alors, ce mouvement attira le regard de Sara. Il commençait à rebrousser chemin dans le couloir quand Sara l'interpela :

« Grissom.

-Oui ?

-Merci… » Elle tenta de lui faire un sourire très timide. Grissom lui sourit et ne dit rien… il quitta alors l'appartement, Sara entendit le bruit de la porte d'entrée qui claqua légèrement derrière lui, la laissant de nouveau toute seule pour un moment. Elle respira profondément puis s'allongea sur le lit et ferma les yeux, attendant que le sommeil vienne la chercher.